Les trois naissances

« On fête à Noël une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver un bonheur si grand qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse.

La première et la plus sublime naissance est celle du Fils, unique engendré par le Père céleste dans l’essence di­vine, dans la distinction des personnes.

La se­conde naissance est celle qui s’accomplit par une mère qui, dans sa fécondité, garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté.

La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme.

Telles sont les trois naissances qu’on célèbre par trois messes.

La première messe, dans l’obscurité de la nuit, commence ainsi : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » Cette messe figure la naissance cachée qui s’opéra dans le secret inconnu de la divinité.

La seconde messe débute ainsi : « La lumière brillera sur nous, aujourd’hui » ; elle nous rappelle le rayonnement de la nature humaine divinisée, et c’est pourquoi cette messe est célébrée partie pendant la nuit, partie pendant le jour, symbole d’une naissance en partie connaissable, en par­tie inconnaissable.

La troisième messe, en plein jour, a pour introït : « Un enfant nous est né et un Fils nous a été donné. » Elle nous fait penser à l’aimable naissance qui, à chaque instant, se réalise en chaque âme sainte, si elle veut bien y donner une amoureuse attention ; car pour sentir en nous cette naissance et en prendre conscience, il faut une concentration de toutes nos facultés. Alors, dans cette naissance, Dieu devient tellement nôtre, il se donne à nous en telle propriété, que personne n’a jamais rien eu en si intime possession. »

© Copyright : CERF, 2011 , « SERMONS DE JEAN TAULER », du sermon 1
Dominicain de Strasbourg, XIVe siècle

En écho, La triple nuit de la naissance de Pius PARSCH
Prêtre autrichien (1884-1954)