Pâques

Résurrection Fra Angelico Florence San Marco Museum|DRL’Exultet est un chant de joie sans pareil où une pensée forte et des sentiments intenses se développent en un symbolisme et une mélodie merveilleuse au début de la veillée pascale. L’Exultet pascal est le texte liturgique relatif à la bénédiction du Cierge (benedictio cerei). L’Église chante, dans le Cierge qui illumine de ses clartés la veillée pascale, la nuit sainte, où jadis la nuée lumineuse délivra les Hébreux de la captivité d’Égypte, et où maintenant, ressuscité des morts, le Christ lumière anéantit la mort, illumine nos âmes et dissipe nos ténèbres.

Le Cierge est normalement fait de cire d’abeille. A ce propos il est intéressant de rappeler la légende de la reproduction virginale des abeilles. Elle a commencé avec Virgile, voire avec Homère, a été reprise par Saint Ambroise dans son Hexaméron. Elle a été plus largement diffusée par les diacres dans leurs compositions poétiques des annonces pascales.

L’Exultet pour sa part remonte donc à la nuit des temps. Cette hymne, l’une des premières de la liturgie chrétienne, était à l’origine improvisée par le diacre qui devait la chanter par coeur, avant qu’elle ne trouve sa forme définitive. Improvisée, parce qu’il est de la nature de la joie pascale de ne pouvoir être contenue par des mots. Devançant l’intelligence, elle déborde les paroles qui l’expriment. Saint Augustin a fort bien décrit cette surabondance : « Chanter pour Dieu, c’est chanter en jubilant, car les mots ne peuvent traduire le chant quand c’est le coeur qui chante. »

Dès le Ve siècle, l’Église de Rome connaissait bien l’usage de la bénédiction du Cierge pascal, mais notre formule actuelle n’est entrée dans les livres liturgiques romains qu’à une époque relativement tardive. Les plus anciens témoins de ce texte sont les anciens missels gallicans et les sacramentaires gélasiens du VIIIe siècle qui ont fondu textes romains et formules traditionnelles en pays franc. Le chant commence d’être normalisé sous Charlemagne et son ministre Alcuin, il donne naissance à une sorte de poème chantant l’abeille. Le texte commence par l’exhortation Exultet iam angelica turba caelorum, « Qu’exulte de joie dans le ciel la multitude des anges ! », c’est pourquoi cette hymne a été appelé tout simplement Exultet. L’Exultet passa ensuite dans le Supplément du Grégorien, fut enfin adopté, à Rome même, dans la liturgie officielle de l’Eglise et a ainsi alimenté pendant des siècles la piété des fidèles. En effet l’abeille a été le symbole le plus parfait de la pureté virginale, image et figure de la Vierge Marie.

Mais au XIIe siècle cette légende a commencé à tomber en désuétude, et avec la réforme liturgique d’Innocent III, la référence élogieuse aux abeilles a disparu de l’Exultet de l’annonce pascale. La réforme liturgique du concile Vatican II a conservé l’Exultet tout en ratifiant la suppression de l’éloge des abeilles. Quelle que soit leur origine, tous ces témoins distinguent nettement deux parties dans la Bénédiction du Cierge : le Prologue et la Préface.

L’Exultet est une catéchèse sur le salut offert par Dieu à l’homme, le sacrifice de son Fils. En effet on y chante : « C’est lui [Jésus-Christ] qui a remis pour nous au Père éternel le prix de la dette encourue par Adam ; c’est lui qui répandit son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché ». Un peu plus loin : « C’est maintenant la nuit qui arrache au monde corrompu, aveuglé par le mal, ceux qui, aujourd’hui et dans tout l’univers, ont mis leur foi dans le Christ : Nuit qui les rend à la grâce et leur ouvre la communion des saints. »

Dans ces deux passages nous avons l’affirmation de deux éléments absolument essentiels du salut : C’est par le Christ et uniquement par lui que nous pouvons être sauvés et ceux qui ont mis, de manière authentique, leur foi dans le Seigneur peuvent être sauvés. Que cette affirmation, bien sûr, ne nous empêche pas de remercier celle par qui tout fut possible, la virginale Marie, qui, depuis la croix, dans son deuil, nous semble si absente ! Elle sera à nouveau là, à la Pentecôte , mais n’anticipons pas.

Le jour de Pâques, nous pouvons aussi méditer la belle Séquence de la messe, Victimae pascali laudes. C’est une composition du XIème siècle attribuée à Wipo, moine bourguignon, chapelain à la cour de l’empereur Conrad II. « Cette oeuvre lyrique respire le plus vif enthousiasme envers le Rédempteur sortant du tombeau » (Dom Guéranger).

L’inspiration s’envole tout de suite : deux strophes, truffées de rimes fréquentes, disent la joie de la victoire du Christ sur la mort. Apparaît alors un dialogue entre Marie-Madeleine et les apôtres. Rimé lui aussi, il oppose la voix grave des apôtres à la voix féminine. La conclusion redonne la parole aux apôtres avec l’enthousiasme de la première strophe. Et le poème s’achève sur une imploration vigoureuse au Christ ressuscité.

1. Victimae paschali laudes
immolent Christiani.
2a. Agnus redemit oves:
Christus innocens Patri
Reconciliavit peccatores.
2b. Mors et vita duello
conflixere mirando,
Dux vitae mortuus,
regnat vivus.
3a. Dic nobis Maria,
quid vidisti in via?
Sepulcrum Christi viventis,
Et gloriam vidi resurgentis:
3b. Angelicos testes,
sudarium et vestes.
Surrexit Christus spes mea:
Praecedet vos in Galilaeam.
4. Scimus Christum surrexisse
a mortuis vere:
Tu nobis, victor Rex, miserere.
Amen. Alleluia.
À la Victime pascale, les chrétiens
offrent un sacrifice de louanges.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
les pécheurs avec le Père.
La mort et la vie se sont affrontées
en un duel admirable ;
Mort, le guide de la vie
règne vivant.
Dis-nous, Marie,
ce que tu as vu en chemin.
J’ai vu le tombeau du Christ vivant
et la gloire de sa résurrection,
Les anges témoins,
le suaire et les vêtements.
Christ, mon espérance, est ressuscité,
il vous précèdera en Galilée.
Nous savons que le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Toi, Roi vainqueur, aie pitié de nous.
Amen. Alleluia.