LE MYSTÈRE DE MARIE III : MÈRE DE DIEU

I. UNE PREMIÈRE APPROCHE

Theotokos Kardiotissa | DR
Theotokos Kardiotissa | DR

Sujet rabâché ? Au contraire, jamais sujet semblable ne sera assez approfondi. Sujet ennuyeux ? Pas du tout ! La maternité de Marie est un trésor d’où l’on tire sans cesse du nouveau et de l’ancien. A l’heure actuelle, il y a un grand courant contestataire. On nie que Marie soit la Mère de Dieu, pour la bonne raison qu’on nie que Jésus-Christ soit vraiment Dieu !

Au 5e siècle, l’hérésie était différente. On ne niait pas la divinité de Jésus-Christ mais on pensait qu’il y avait en Lui deux personnes, la personne divine : Dieu, et la personne humaine : Jésus. Il en découlait que Marie était la mère de Jésus et non la mère de Dieu.

Le concile d’Éphèse en 431 définit le dogme de l’unité de personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Le concile définit aussi le rôle de la maternité divine de Marie. Parce que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme en une seule personne, la personne divine, Marie, sa Mère, est bien Mère de Dieu.

Mais pourquoi tant d’acharnement contre la maternité divine de Marie ? Parce que c’est le plus beau titre de gloire de la Reine du ciel, donc celui qui irrite le plus. En effet, Satan, en faisant pécher la première femme, l’avait condamnée à n’engendrer que des fruits de mort et avait ainsi placé toute l’humanité dans le péché.

Marie, la nouvelle Ève, a redonné le fruit de vie, l’auteur même de la vie. Dans la pensée de Dieu, Marie n’a été créée que pour être la Mère du Verbe. En vue de cette maternité divine, il l’éleva à un état sublime, l’orna de tous les privilèges dont les deux principaux sont l’Immaculée Conception et la plénitude de grâce. Sa conception immaculée lui était donnée en prévision des mérites futurs de Jésus-Christ.

Marie fut préservée du péché originel afin d’être, non seulement le digne tabernacle de Dieu, mais surtout afin d’être sanctifiée dès sa naissance, comblée de la plénitude de la grâce qui rendait son union au Christ totale et la faisait appartenant à l’Incarnation, elle-même, Marie, conçue de toute éternité pour donner Jésus au monde a la mission éternelle de donner le Christ. Elle est établie jusqu’à la fin du monde comme dispensatrice de toutes grâces et médiatrice entre les hommes et le Christ.

Éternellement, elle dispensera aux élus la lumière qu’Elle reçoit directement et en plénitude du Christ. Ceci n’est pas sans scandaliser celui qui, avant sa chute, recevait en premier et dans l’ordre naturel toute la lumière de Dieu. D’où son nom : Lucifer. Tout ange ne recevait la lumière de Dieu que par lui. Et voilà qu’une femme, une créature humaine, a pris sa place dans l’ordre surnaturel ! En appelant Marie par son titre de Mère de Dieu, on rappelle aussi aux hommes l’humilité infinie d’un Dieu qui a accepté de s’abaisser jusqu’à s’incarner dans le sein d’une de ses créatures. Une créature enfantant son créateur !

Le Verbe a pris la nature humaine pour être le frère de tous les hommes selon la chair. Par sa Passion, il nous a établis fils adoptifs du Père que nous pouvons désormais appeler : notre Père. En disant sur la Croix : « Femme, voici ton fils », Jésus, qui venait de nous donner pour père son propre Père, nous faisait enfants de sa propre Mère. Marie était établie Mère de nos âmes, la « Femme », celle dont la mission est de nous enfanter tous à la Vie. Marie, première créature rachetée, devenait à cet instant la Mère de tous les rachetés.

Par sa maternité divine, Marie trône au-dessus de tous les anges et de tous les saints. Bien que Mère de Dieu, Elle n’est pas d’essence divine mais pleine de la lumière divine. Sa participation à la divinité est si grande qu’Elle brille de la lumière même de Dieu, Elle est reflet de Dieu. Créée pour la Rédemption, elle fut conçue de toute éternité dans la pensée de Dieu avant toute créature et aimée de Lui par-dessus toutes les créatures.

« Le Seigneur me posséda dès le commencement de ses voies
Avant ses œuvres, depuis toujours.
Dès les siècles j’ai été formée,
Dès le début, avant les origines de la terre… »
(Livre des Proverbes 8, 22)

Mère de Dieu, Immaculée, pleine de grâce, quels beaux titres de gloire ! Vite redisons-lui : « Je vous salue Marie… »

Le titre par lequel la liturgie désigne le plus souvent la Sainte Vierge est donc celui de Mère de Dieu : «Sainte Marie, Mère de Dieu». Telle est la grandeur de Marie. Ainsi l’a toujours compris l’Église. Le Concile Vatican Il, reprenant les déclarations du Concile d’Éphèse (431) a confirmé cette croyance.

« La Vierge Marie, en effet, qui, lors de l’Annonciation faite par l’Ange, reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son cœur et dans son corps… est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur. Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils, unie à lui par un lien étroit et indivisible, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère du Fils de Dieu » (Lumen Gentium n° 53).

Retrouver un peu de lumière sur cette vérité nous aidera à établir notre piété mariale sur un fondement solide.

II. VRAIE MÈRE DE JÉSUS – L’Écriture

Les évangiles et les épitres nous apprennent avant tout de Marie qu’elle est la vraie Mère de Jésus.

Saint Paul ne nomme pas une seule fois directement la Vierge Marie ; mais en deux fois, l’Apôtre nous renvoie à la femme dont est né Jésus.

« Le Fils de Dieu est issu de David selon la chair » (Romains 1,3).

« Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme » (Galates 4, 4).

Cette femme qui demeure anonyme dans les épitres est nommée dans les évangiles qui la mettent en scène plusieurs fois. Ils commencent même par nous donner la généalogie de Jésus depuis Abraham (Matthieu 1, 1-17) et jusqu’à Adam (Luc 3, 23-37).

L’humanité fait donc la chaîne, si l’on peut dire, pour transmettre ce qui sera le corps du Verbe incarné et cette longue préparation aboutit au sein de Marie, «de laquelle naquit Jésus que l’on appelle Christ» (Matthieu 1, 16).

En réalité, aucun des contemporains de Jésus ne doutait qu’il fut le fils de Marie. Au contraire, ce fut là souvent un obstacle pour reconnaître en lui le Messie, le Sauveur : « N’est-ce pas lui, le fils du charpentier, le fils de Marie ? (Marc 6, 3).

Si Saint Jean nous présente l’incarnation en une formule insondable : « Le Verbe s’est fait chair » (1, 14), Saint Luc nous apporte une lumière précieuse pour nous faire comprendre qu’il s’agit d’une véritable maternité. Dans la scène de l’Annonciation, l’Ange dit à Marie : « Voici que tu concevras et que tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus » (Luc 1, 31).

Réalisme de l’incarnation.

Il ne faut pas craindre de souligner la signification de cette naissance humaine.

Le Fils de Dieu a voulu devenir un homme comme tout homme, à partir d’une cellule originelle formée dans le sein de la femme. Il n’a pas refusé cet état de vie embryonnaire puisée à une autre vie ; il s’est soumis à l’humaine condition jusque dans son origine ; il en a assumé toutes les fragilités.

Marie l’a mis au monde à Bethléem, elle l’a enveloppé de langes, l’a nourri comme font toutes les femmes pour leur enfant.Jésus a d’abord été un enfant qui ne parle pas, il a grandi ; il a fait des « progrès en sagesse, en taille et en grâce » (Luc 2, 52). Tout ce qu’il a accompli durant sa vie terrestre, est fondé sur son être de chair né de la Vierge Marie.

L’affirmation du Credo de Nicée est fondamentale pour notre foi : « Je crois en Jésus-Christ, né de la Vierge Marie ».

Le réalisme de l’incarnation ne porte pas seulement sur le corps de Jésus. Aucune maternité ne s’arrête à la chair. La maternité ne consiste pas seulement en un lien corporel. Engendrer un être humain, n’est pas une fonction seulement organique. Il y a une dimension spirituelle. Le corps seul, à proprement parler, est fait de la femme, mais l’âme est créée en fonction de ce corps, de sorte que c’est dans son âme et dans son corps que l’enfant dépend originellement de sa mère. La maternité humaine dans sa nature profonde a donc aussi une influence sur le cœur et l’esprit de l’enfant.

Peut-on supposer que Jésus, Fils de Dieu, voulant naître d’une femme, n’ait pas donné à sa mère de quoi réaliser dans toute sa profondeur le mystère de la maternité humaine et que, de plus, Marie n’ait pas reçu de son fils des grâces exceptionnelles d’union à la divinité ?

III. VRAIE MÈRE DE DIEU – Jésus est Fils de Dieu.

Croire en Jésus-Christ, c’est croire qu’il est Fils de Dieu et pas seulement né de la Vierge Marie. La nature qu’il reçoit de sa Mère, c’est la nature humaine, mais avant d’être homme, il existe dans la nature divine. Il pourra dire un jour : « Avant qu’Abraham fût, je suis » (Jean 8, 58).

C’est en l’appelant Fils de Dieu, Fils Unique du Père, le Fils Bien-Aimé du Père, que les premiers chrétiens ont exprimé le mystère de sa personne et de son existence éternelle.

L’ange annonçait tout d’abord à Marie qu’elle serait la Mère du Messie : « Voici que tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et on l’appellera Fils du Très-Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin» (Luc 1, 31-32).

Tout dans ce texte indique le Messie attendu, un Messie transcendant qui vient instaurer un règne éternel. Rien n’y parle encore du caractère divin de cet enfant.

La Vierge pose alors une question à laquelle est donnée la réponse prodigieuse : « L’Esprit-Saint viendra en toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’Enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1, 35).

L’ombre qui doit envelopper Marie nous renvoie à la nuée lumineuse dont parle l’Exode et qui était le signe de la présence de Yahvé. Ici, le texte évangélique fait comprendre assez clairement qu’il s’agit d’une venue dans la chair de celui qui est éternellement Fils de Dieu.

Nous sommes en face du mystère de l’incarnation. La maternité de Marie est « divine »

1. dans sa cause. En la Vierge qui avait renoncé à « connaître l’homme » (Luc 1, 35) pour appartenir à Dieu seul, Dieu supplée miraculeusement le rôle qui revient à l’homme dans les autres générations humaines. « Elle a conçu du Saint-Esprit » (Matthieu 1, 18. 20 ; Luc 1, 35).
2. en son terme : le Fils de Dieu en personne.

Saint Cyrille d’Alexandrie, le défenseur de la maternité divine de Marie au Concile d’Éphèse, a précisé le sens de l’expression : Mère de Dieu. Marie n’est pas mère de la divinité ; elle n’est pas mère d’un homme qui s’unirait à Dieu ; elle est, par génération humaine, mère d’un Fils qui est Dieu en personne.

Comme dans l’ordre naturel, la maternité se rapporte à la personne, mais ici c’est la personne divine du Verbe qui assume la nature humaine engendrée par Marie. Marie n’est pas mère de la seule chair de Jésus ; elle est mère de son Fils qui est Dieu et donc mère de Dieu.

Rôle conscient et actif

Le rôle de Marie dans l’incarnation n’est pas purement passif. L’évangile nous révèle la part consciente et volontaire de son âme dans cette œuvre.

Lorsque l’ange informe la jeune fiancée de ce que Dieu attend d’elle, émue et quelque peu troublée, elle demande : e Comment cela se fera-t-il ?» (Luc 1, 34). Sur la réponse rassurante rie l’Ange, en pleine conscience et soumission, elle prononce le mot décisif : « Oui », « Fiat ». Librement, volontairement, elle offre son être à l’action de l’Esprit-Saint.

Saint Augustin commentera : Elle a conçu d’abord par son âme, par sa foi, par sa charité avant de concevoir par sa chair.

Le Concile de Vatican Il reprend dans la Constitution « Lumen Gentium » : « Marie n’apporte pas seulement la coopération d’un instrument passif entre les mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance » (n° 56).

IV. MATERNITÉ VIRGINALE

Un trait absolument unique caractérise la maternité divine de la Sainte Vierge : c’est une maternité virginale.

Il est de foi que Jésus est né d’une vierge, qu’il a été conçu de l’Esprit. L’évangile de saint Luc le dit clairement.

Sur le message de l’Ange, Marie pense aussitôt à son propos de virginité : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » (Luc 1, 34).

Et l’ange lui répond qu’elle concevra non par une union à un homme, mais par une intervention de la puissance de Dieu. En effet, « rien n’est impossible à Dieu» (Luc 1, 37).
Saint Matthieu affirme avec plus de netteté encore que Marie a conçu Jésus et l’a mis au monde étant vierge.

Après avoir donné la généalogie de Notre-Seigneur, il explique : « Voici comment Jésus-Christ fut engendré. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph… Elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit-Saint… Joseph résolut de la répudier sans bruit. L’Ange du Seigneur lui dit : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ; car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ». Et saint Matthieu conclut son récit en disant : « Tout ceci advint pour accomplir cet oracle prophétique : Voici qu’une vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel» (Matthieu 1, 18-32).

Dans cet oracle prophétique, l’évangéliste voit l’annonce de la conception virginale.

Telle est la foi de l’Eglise ; bien plus, les conciles des 4e et 5 e siècles ont défendu la virginité perpétuelle de Marie.

Dans la maternité divine, l’amour virginal de Marie a trouvé la suprême perfection et la suprême fécondité.

V. APPLICATIONS

1) Nous ne saurions trop louer la Sainte Vierge d’avoir été choisie pour être Mère de Dieu et d’avoir si dignement réalisé le dessein de Dieu.

Au jour de la Visitation, Elisabeth, éclairée par l’Esprit-Saint, la saluait du titre de Mère de Dieu. A quoi la Vierge répondait : « Magnificat… Le Puissant fit pour moi des merveilles ; saint est son Nom ».

« Ce que fit Marie, en cette occasion, a écrit le Père de Montfort dans son ‘Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge’, elle le fait tous les jours. Quand on loue Marie, quand on l’aime, quand on l’honore, quand on lui donne, Dieu est loué, aimé, honoré, on donne à Dieu par Marie et en Elle ».

Que cet aspect de la louange mariale nous encourage à être fidèles au chapelet et au rosaire.

2) Marie est le modèle par excellence de la femme consacrée. Dans le mystère de sa maternité divine, elle se présente aux religieuses comme modèle de virginité et maternité spirituelle.

Retenons le premier aspect.

A une époque où la virginité est exposée à être peu appréciée et trop facilement abandonnée, quel bienfait pour une religieuse de contempler et d’imiter Marie afin de mieux comprendre et de mieux vivre son vœu de virginité !

Un fait demeure toujours très frappant et très lumineux : pour l’incarnation du Verbe, Dieu a voulu une mère vierge.

Quel changement de perspectives ! L’Ancien Israël ne mettait pas en honneur la virginité. Seule était admirée sans réserve la maternité féconde ; la stérilité était généralement considérée comme un malheur, voire même comme une réprobation divine.

La virginité est une nouveauté spécifique du mystère chrétien. Le mariage, si noble, si positivement voulu par Dieu et si nécessaire à l’humanité, est élevé par le Christ à la dignité de sacrement ; mais la virginité devient première en valeur et en dignité. Notre-Seigneur l’a proposée discrètement : « Comprenne qui pourra » (Matthieu 19, 12).

Saint Paul l’a louée avec enthousiasme (1 Co 7) en la présentant sous son véritable aspect : un amour qui n’est pas divisé.

Elle est sans doute un renoncement aux joies légitimes du mariage (renoncement qui n’entraîne aucun mépris de l’amour humain) ; elle veut être essentiellement, dans l’imitation du Christ, un amour sans partage de Dieu et du prochain. Elle est moins un état à conserver, une vertu à défendre qu’un envahissement et un épanouissement de la charité.

L’exemple de Marie

La virginité n’est pas pour elle un titre de gloire dont elle se prévaut, un privilège qui la sépare des autres ; elle est la remise de tout son être entre les mains de Dieu dans un amour total. La Vierge est celle qui ne s’appartient pas ; corps et âme, elle est au service de la volonté de Dieu.

Son dialogue avec l’ange est révélateur des dispositions de son âme. Elle a, certes. le souci d’être fidèle à son propos de virginité. C’est son premier réflexe. La question qu’elle pose n’est pas une hésitation, encore moins une objection. Elle veut obéir, mais intelligemment (car seule l’obéissance intelligente fait honneur à Dieu). C’est pourquoi elle veut savoir comment peut se résoudre la contradiction apparente entre maternité et virginité.

Une fois éclairée sur ce point, elle s’établit dans l’humilité, fondement et compagne de la virginité : « Je suis la servante du Seigneur ». (Luc 1, 38).

Son dernier mot sera l’acceptation sans réserve de la volonté divine : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38).

Le sommet de l’amour virginal est l’obéissance : « Fiat ».

VI. POUR RÉSUMER ET CONCLURE LE THÈME DE MARIE, MÈRE DE DIEU

Écoutons Benoît XVI, lors de son Audience du 2 janvier 2008 :

« Mère de Dieu », Theotokos, est le titre attribué officiellement à Marie au Ve siècle, plus exactement lors du Concile d’Ephèse de 431, mais qui s’était déjà affirmé dans la dévotion du peuple chrétien à partir du III siècle, dans le contexte des discussions enflammées de cette période sur la personne du Christ. On soulignait, par ce titre, que le Christ est Dieu et qu’il est réellement né, comme un homme, de Marie: on préservait ainsi son unité de vrai Dieu et de vrai homme.

En vérité, même si le débat semblait porter sur Marie, celui-ci concernait essentiellement son Fils. Voulant sauvegarder la pleine humanité de Jésus, certains Pères suggéraient un terme plus atténué: au lieu du titre de Theotokos, ils proposaient celui de Christotokos, « Mère du Christ »; cela fut cependant vu à juste titre comme une menace contre la doctrine de la pleine unité de la divinité avec l’humanité du Christ. C’est pourquoi, après une longue discussion, lors du Concile d’Éphèse de 431, comme je l’ai dit, furent solennellement confirmées, d’une part, l’unité des deux natures, divine et humaine, en la personne du Fils de Dieu et, de l’autre, la légitimité de l’attribution à la Vierge du titre de Theotokos, Mère de Dieu.

Après ce Concile, on enregistra une véritable explosion de dévotion mariale et de nombreuses églises dédiées à la Mère de Dieu furent construites. Parmi celles-ci domine la Basilique Sainte-Marie-Majeure, ici à Rome. La doctrine concernant Marie, Mère de Dieu, trouva en outre une nouvelle confirmation dans le Concile de Chalcédoine (451), au cours duquel le Christ fut déclaré « vrai Dieu et vrai homme […] né pour nous et pour notre salut de Marie, Vierge et Mère de Dieu, dans son humanité ».

Comme on le sait, le Concile Vatican II a recueilli dans un chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Église « Lumen gentium », le huitième, la doctrine sur Marie, réaffirmant sa maternité divine. Le chapitre s’intitule: « La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église ».

Prenons pour nous-mêmes les paroles de Benoît XVI exprimées le 1 janvier de l’an dernier :

« Par l’intercession de Sainte Marie, Mère de Dieu, qui, par sa maternité virginale, a offert au genre humain les trésors du salut éternel, demandons au Seigneur de combler notre monde de sa paix et chacun de nous d’une foi joyeuse et active. A vous tous, bonne, heureuse et sainte année. »