DE LA VIE DE JÉSUS EN MARIE

Jésus-Christ, pour avoir sacrifié sa vie humaine à Dieu, son Père, a reçu de lui ce privilège d’être dans l’Église une source de Vie divine dont il porte en soi la plénitude pour tous ses enfants.

C’est pourquoi le Saint-Esprit dans l’Écriture sainte fait entendre à tous les Chrétiens, qui sont les membres de Jésus-Christ, qu’ils ont reçu la grâce de cette première plénitude, et qu’ils n’ont rien en eux de la Vie de Dieu, que ce qu’ils en reçoivent de la vie de Jésus-Christ et selon la mesure qu’il la leur veut dispenser et les en rendre participants.

Et l’apôtre saint Paul prêchant toujours la vie de son maître, et annonçant ce que Jésus-Christ est à l’Église, il dit en plusieurs lieux que Jésus est la plénitude, non-seulement de la loi, mais de toute l’Église, soit dans la terre, soit dans le ciel ; car il remplit tout seul de se grâce et de sa gloire tous les justes et tous les saints ; il est en eux toute leur vie, leur grâce et leur vertu, il est en eux tout ce qu’ils ont de Dieu, lequel est en Jésus le tout en toutes choses, consommant en soi toute sa créature.

Ce qu’est Notre-Seigneur à son Église, il l’est par excellence à sa très-sainte Mère. Ainsi il est sa plénitude intérieure et divine; et comme il s’est sacrifié plus particulièrement pour elle que pour toute l’Église, il lui donne la vie de Dieu plus abondamment qu’à toute l’Église ; et il la lui donne même par gratitude, et en reconnaissance de la vie qu’il a reçue d’elle : car comme il a promis à tous ses membres de leur rendre au centuple de ce qu’il aura reçu de leur charité en la terre, il veut rendre aussi à sa Mère le centuple de la vie humaine qu’il a reçue de son amour et de sa piété; et ce centuple est la vie divine infiniment précieuse et estimable : et comme elle a tenu sur lui la qualité de père et de mère tout ensemble, lui fournissant toute la substance de sa vie, Jésus est maintenant en elle, lui donnant toute la plénitude et la surabondance de vie convenable à un si vaste sujet d’amour, et à une capacité si grande de sa dilection et de sa vie divine.

Il faut donc considérer Jésus-Christ, notre tout, vivant en la très sainte Vierge en la plénitude de la vie de Dieu, tant de celle qu’il a reçue de son Père que de celle qu’il a acquise et méritée aux hommes par le ministère de la vie de sa Mère. C’est en elle où il fait voir tous les trésors de ses richesses, l’éclat de sa beauté, et les délices de sa vie divine.

C’est là où l’on voit en raccourci la gloire que ses ignominies ont attirée sur l’Église, toute la joie et la félicité qu’il lui a acquises par ses souffrances, et toutes les richesses qu’il nous a méritées par la misère et par la pauvreté de la croix.

Jean-Jacques Olier