LA JOIE DE L’ÉVANGILE AVEC MARIE

2013-11-26 Radio Vatican

Le Pape François - Exhortation Evangelii GaudiumEvangelii Gaudium (<-pdf), la joie de l’Évangile : c’est le titre de la première exhortation apostolique du Pape François, sur l’annonce de l’Évangile au monde actuel. Elle a été remise dimanche à 36 représentants de l’Église catholique, lors de la messe conclusive de l’Année de la Foi. Elle a été officiellement présentée ce mardi en salle de presse du Saint-Siège. Un texte très personnel du Pape François. Il y dévoile sa conception de l’évangélisation, ainsi que les lignes directrices de son pontificat.

« La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus» : ainsi s’ouvre cette Exhortation apostolique dans laquelle le Pape François développe le thème de l’annonce de l’Évangile dans le monde actuel, en se basant, entre autres, sur le thème « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne».

En voici la finale qui nous intéresse plus particulièrement et qui nous prépare à la fête de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse demain 27 novembre :

Marie, Mère de l’évangélisation

284. Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (cf. Ac 1, 14), et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation.

Le don de Jésus à son peuple

285. Sur la croix, quand le Christ souffrait dans sa chair la dramatique rencontre entre le péché du monde et la miséricorde divine, il a pu voir à ses pieds la présence consolatrice de sa Mère et de son ami. En ce moment crucial, avant de proclamer que l’œuvre que le Père lui a confiée est accomplie, Jésus dit à Marie : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit à l’ami bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27). Ces paroles de Jésus au seuil de la mort n’expriment pas d’abord une préoccupation compatissante pour sa mère, elles sont plutôt une formule de révélation qui manifeste le mystère d’une mission salvifique spéciale. Jésus nous a laissé sa mère comme notre mère. C’est seulement après avoir fait cela que Jésus a pu sentir que « tout était achevé » (Jn 19, 28). Au pied de la croix, en cette grande heure de la nouvelle création, le Christ nous conduit à Marie. Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère, et le peuple lit en cette image maternelle tous les mystères de l’Évangile. Il ne plaît pas au Seigneur que l’icône de la femme manque à l’Église. Elle, qui l’a engendré avec beaucoup de foi, accompagne aussi « le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17). L’intime connexion entre Marie, l’Église et chaque fidèle, qui, chacun à sa manière, engendrent le Christ, a été exprimée de belle manière par le bienheureux Isaac de l’Étoile : « Dans les Saintes Écritures, divinement inspirées, ce qu’on entend généralement de l’Église, vierge et mère, s’entend en particulier de la Vierge Marie […] On peut pareillement dire que chaque âme fidèle est épouse du Verbe de Dieu, mère du Christ, fille et sœur, vierge et mère féconde […] Le Christ demeura durant neuf mois dans le sein de Marie ; il demeurera dans le tabernacle de la foi de l’Église jusqu’à la fin des siècles ; et, dans la connaissance et dans l’amour de l’âme fidèle, pour les siècles des siècles ».

286. Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse. Elle est la petite servante du Père qui tressaille de joie dans la louange. Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie. Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend tous les peines. Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu. Par les différentes invocations mariales, liées généralement aux sanctuaires, elle partage l’histoire de chaque peuple qui a reçu l’Évangile, et fait désormais partie de son identité historique. Beaucoup de parents chrétiens demandent le Baptême de leurs enfants dans un sanctuaire marial, manifestant ainsi leur foi en l’action maternelle de Marie qui engendre de nouveaux enfants de Dieu. Dans les sanctuaires, on peut percevoir comment Marie réunit autour d’elle des enfants qui, avec bien des efforts, marchent en pèlerins pour la voir et se laisser contempler par elle. Là, ils trouvent la force de Dieu pour supporter leurs souffrances et les fatigues de la vie. Comme à saint Juan Diego, Marie leur donne la caresse de sa consolation maternelle et leur murmure : « Que ton cœur ne se trouble pas […] Ne suis-je pas là, moi ta Mère ? ».

L’Étoile de la nouvelle évangélisation

287. À la Mère de l’Évangile vivant nous demandons d’intercéder pour que toute la communauté ecclésiale accueille cette invitation à une nouvelle étape dans l’évangélisation. Elle est la femme de foi, qui vit et marche dans la foi, [214] et « son pèlerinage de foi exceptionnel représente une référence constante pour l’Église ». Elle s’est laissé conduire par l’Esprit, dans un itinéraire de foi, vers un destin de service et de fécondité. Nous fixons aujourd’hui notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut, et pour que les nouveaux disciples deviennent des agents évangélisateurs. Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité, d’enfouissement et même de la fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth, alors que Jésus grandissait : « C’est là le commencement de l’Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n’est cependant pas difficile d’observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de “nuit de la foi” – pour reprendre l’expression de saint Jean de la Croix –, comme un “voile” à travers lequel il faut approcher l’Invisible et vivre dans l’intimité du mystère. C’est de cette manière, en effet, que Marie, pendant de nombreuses années, demeura dans l’intimité du mystère de son Fils et avança dans son itinéraire de foi ».

288. Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. En la regardant, nous découvrons que celle qui louait Dieu parce qu’« il a renversé les potentats de leurs trônes » et « a renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 52.53) est la même qui nous donne de la chaleur maternelle dans notre quête de justice. C’est aussi elle qui « conservait avec soi toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Marie sait reconnaître les empreintes de l’Esprit de Dieu aussi bien dans les grands événements que dans ceux qui apparaissent imperceptibles. Elle contemple le mystère de Dieu dans le monde, dans l’histoire et dans la vie quotidienne de chacun de nous et de tous. Elle est aussi bien la femme orante et laborieuse à Nazareth, que notre Notre-Dame de la promptitude, celle qui part de son village pour aider les autres « en hâte » (cf. Lc 1, 39-45). Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation. Nous la supplions afin que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau. C’est le Ressuscité qui nous dit, avec une force qui nous comble d’une immense confiance et d’une espérance très ferme : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5). Avec Marie, avançons avec confiance vers cette promesse, et disons-lui :

Vierge et Mère Marie,
toi qui, mue par l’Esprit,
as accueilli le Verbe de la vie
dans la profondeur de ta foi humble,
totalement abandonnée à l’Éternel,
aide-nous à dire notre “oui”
dans l’urgence, plus que jamais pressante,
de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.

Toi, remplie de la présence du Christ,
tu as porté la joie à Jean-Baptiste,
le faisant exulter dans le sein de sa mère.
Toi, tressaillant de joie,
tu as chanté les merveilles du Seigneur.

Toi, qui es restée ferme près de la Croix
avec une foi inébranlable
et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
afin que naisse l’Église évangélisatrice.

Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités
pour porter à tous l’Évangile de la vie
qui triomphe de la mort.
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
pour que parvienne à tous
le don de la beauté qui ne se ternit pas.

Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation,
mère du bel amour, épouse des noces éternelles,
intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,
afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais se s’arrête
dans sa passion pour instaurer le Royaume.

Étoile de la nouvelle évangélisation,
aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,
du service, de la foi ardente et généreuse,
de la justice et de l’amour pour les pauvres,
pour que la joie de l’Évangile
parvienne jusqu’aux confins de la terre
et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.

Mère de l’Évangile vivant,
source de joie pour les petits,
prie pour nous.
Amen. Alléluia !

Donné à Rome, près de Saint Pierre, à la conclusion de l’Année de la foi, le 24 novembre 2013,
Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, en la première année de mon Pontificat.

Synthèse de l’exhortation Evangelii Gaudium

« Je désire – écrit le Pape – m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années » (1). Il s’agit d’un appel vibrant à tous les baptisés afin que, avec une ferveur et un dynamisme nouveaux, ils portent à leurs prochains l’amour de Jésus dans un « état permanent de mission » (25), en évitant « le grand risque du monde d’aujourd’hui » : celui de tomber dans « une tristesse individualiste » (2).

Le Pape invite à « retrouver la fraîcheur originale de l’Évangile », en cherchant « de nouvelles voies » et « des méthodes créatives », et à ne pas enfermer Jésus dans nos « schémas ennuyeux » (11). Il faut une « conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont » (25) et une « réforme des structures » ecclésiales pour les rendre plus missionnaires (27). Le Souverain Pontife pense aussi à une « conversion de la papauté » pour qu’elle soit « plus fidèle à la signification que Jésus Christ entend lui donner et aux besoins actuels de l’évangélisation ». Le souhait que les Conférences épiscopales puissent offrir leur contribution afin que « le sentiment collégial se réalise concrètement » – affirme-t-il – « ne s’est pas pleinement réalisé » (32). Il est nécessaire de procéder à une « décentralisation salutaire » (16). Dans ce processus de renouveau, il ne faut pas avoir peur de réviser certaines coutumes de l’Église qui ne sont pas « directement liées au cœur de l’Évangile… certains usages s’étant très enracinés dans le cours de l’histoire » (43).

Nos églises doivent être ouvertes et accueillantes

Pour témoigner de l’accueil de Dieu, il faut « avoir partout des églises avec les portes ouvertes » afin que ceux qui cherchent ne rencontrent pas « la froideur d’une porte close ». « Même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison ». Ainsi, l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace » (47). Le Pape réaffirme qu’il préfère une Enlise « accidentée, blessée et sale pour être sortie dans la rue, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper … c’est que tant de nos frères vivent » sans l’amitié de Jésus-Christ (49).

Le Pape énonce les tentations auxquelles sont exposés les agents pastoraux : individualisme, crise d’identité, baisse de ferveur (78). « La plus grande menace » c’est « le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Église, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité, la foi s’affaiblit » (83). Le Pape exhorte à ne pas se laisser saisir par un « pessimisme stérile » (84) à être des signes d’espérance (86) en réalisant la « révolution de la tendresse » (88). Il faut repousser la « spiritualité du bien-être » qui refuse « les engagements fraternels » (90) et vaincre « la mondanité spirituelle » qui « consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine » (93). Le Pape parle de ceux qui « se sentent supérieurs aux autres » parce qu’ils sont « inébranlablement fidèles à un certain style catholique propre au passé » et qui « au lieu d’évangéliser, analysent et classifient les autres » et de ceux qui manifestent « un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu les préoccupe » (95). Il s’agit là « d’une terrible corruption sous l’apparence du bien … Que Dieu nous libère d’une Église mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux ! » (97).

Les hommes d’Église doivent être vertueux

Le Pape demande aux communautés ecclésiales de ne pas se laisser aller à l’envie et à la jalousie : « A l’intérieur du Peuple de Dieu et dans les diverses communautés, que de guerres ! » (98). « Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ? » (100). Il souligne la nécessité d’accroître la responsabilité des laïcs, qui sont maintenus « en marge des décisions » par « un cléricalisme excessif » (102). Il affirme « qu’il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église », en particulier « dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes » (103). « Les revendications des droits légitimes des femmes … ne peuvent être éludées superficiellement » (104). Les jeunes doivent avoir un rôle plus important (106). Face à la pénurie des vocations dans certaines régions, il affirme qu’on ne peut pas « remplir les séminaires sur la base de n’importe quelles motivations » (107).

Abordant le thème de l’inculturation, le Pape rappelle que « le christianisme n’a pas un seul modèle culturel » et que le visage de l’Église est « multiforme » (116). « Nous ne pouvons pas prétendre que tous les peuples de tous les continents, en exprimant la foi chrétienne, imitent les modalités adoptées par les peuples européens à un moment précis de leur histoire » (118). Le Pape réaffirme « la force évangélisatrice de la piété populaire » (122) et encourage la recherche des théologiens en les invitant à viser la finalité évangélisatrice de l’Église et à ne pas se contenter « d’une théologie de bureau » (133).

De l’importance des homélies, courtes et imagées

Le Pape s’attarde « avec soin sur les homélies » parce que « nous ne pouvons pas rester sourds aux nombreuses réclamations concernant cet important ministère » (135). Les homélies « doivent être brèves et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours » (138), elles doivent savoir dire « des paroles qui font brûler les cœurs », et surtout ne pas se limiter à faire la morale et à vouloir endoctriner (142). Les homélies, il faut les préparer : « Un prédicateur qui ne se prépare pas n’est pas “spirituel”, il est malhonnête et irresponsable envers les dons qu’il a reçus » (145). « Une bonne homélie… doit contenir une idée, un sentiment, une image » (157). La prédication doit être positive, offrir toujours l’espérance et ne pas laisser les fidèles « prisonniers de la négativité » (159). L’annonce de l’Évangile elle-même doit avoir des connotations positives : « proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas » (165).

Le système économique, profondément injuste

Évoquant les défis du monde contemporain, le Pape dénonce le système économique actuel : « il est injuste à sa racine » (59). « C’est une économie qui tue » parce que c’est la « loi du plus fort » qui prévaut. La culture actuelle du déchet a engendré « quelque chose de nouveau » : « Les exclus ne sont pas des ‘exploités’, mais des déchets, ‘des restes’ » (53). Nous vivons « une tyrannie invisible, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable », un « marché divinisé » où règnent « la spéculation financière », « une corruption ramifiée », « une évasion fiscale égoïste » (56). Le Pape dénonce les « atteintes à la liberté religieuse » et les « nouvelles situations de persécution des chrétiens… Dans de nombreux endroits, il s’agit plutôt d’une indifférence relativiste diffuse » (61). La famille – poursuit le Pape – « traverse une crise culturelle profonde ». Réaffirmant « la contribution indispensable du mariage à la société » (66) il souligne que « L’individualisme postmoderne et mondialisé favorise un style de vie qui affaiblit le développement et la stabilité des liens entre les personnes, et qui dénature les liens familiaux » (67).

Une Église au cœur de la société, pour le bien des hommes

Le Pape réaffirme par ailleurs « la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine » (178) et le droit des Pasteurs « d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes » (182). « Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale ». Il cite Benoît XVI lorsqu’il affirme que l’Église « « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice » (183). Pour l’Église, l’option pour les pauvres est une catégorie « théologique » avant d’être sociologique. « Pour cette raison, je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner » (198). « Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres … les problèmes du monde ne seront pas résolus » (202). « La politique tant dénigrée – affirme-t-il encore – est … une des formes les plus précieuses de la charité ». « Je prie le Seigneur qu’il nous offre davantage d’hommes politiques qui aient vraiment à cœur la vie des pauvres ! ». (205) Puis cet avertissement : Toute communauté de l’Église qui oublie les pauvres « court aussi le risque de la dissolution » (207).

Protéger tous les plus faibles

Le Pape exhorte à prendre soin des plus faibles : « les sans-abris, les toxicomanes, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées » et les migrants et il encourage les nations « à une généreuse ouverture » (210). Il évoque les victimes de la traite et des nouvelles formes d’esclavage : « Ce crime mafieux et aberrant est implanté dans nos villes, et beaucoup ont les mains qui ruissellent de sang à cause d’une complicité confortable et muette » (211). « Doublement pauvres sont les femmes qui souffrent des situations d’exclusion, de maltraitance et de violence » (212). « Parmi les faibles dont l’Église veut prendre soin avec prédilection » il y a « aussi les enfants à naître, qui sont les plus sans défense et innocents de tous, auxquels on veut nier aujourd’hui la dignité humaine » (213). « On ne doit pas s’attendre à ce que l’Église change de position sur cette question… Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine » (214). Suit un appel au respect de toute la création : « nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons » (216).

La vraie paix est faite de justice

En ce qui concerne le thème de la paix, le Pape affirme qu’il faut des voix prophétiques car certains veulent instaurer une fausse paix « qui servirait d’excuse pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie » (218). Pour la construction d’une société bénéficiant de la paix, de la justice et de la fraternité, le Pape indique quatre principes (221) : « le temps est supérieur à l’espace » (222) cela veut dire « travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats » (223). « L’unité prévaut sur le conflit » (226) cela veut dire œuvrer afin que les oppositions parviennent à une « unité multiforme qui puisse engendrer une nouvelle vie » (228). « La réalité est plus importante que l’idée » (231) cela veut dire éviter que la politique et la foi se réduisent à la rhétorique (232). « Le tout est supérieur à la partie » cela veut dire mettre ensemble globalisation et localisation (234).

Se frotter aux autres réalités, politiques, sociales, religieuses et culturelles

« L’évangélisation – poursuit le Pape – implique aussi un chemin de dialogue » qui permette à l’Église de collaborer avec toutes les réalités politiques, sociales, religieuses et culturelles (238). L’œcuménisme est « un chemin incontournable de l’évangélisation ». L’enrichissement réciproque est important : « Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! », par exemple « dans le dialogue avec les frères orthodoxes, nous les catholiques, nous avons la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité » (246) ; « le dialogue et l’amitié avec les fils d’Israël font partie de la vie des disciples de Jésus » (248) ; « le dialogue interreligieux », qui doit être mené « avec une identité claire et joyeuse », est « une condition nécessaire pour la paix dans le monde » et il n’éclipse pas l’évangélisation (250-251) ; « La relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance » (252) : le Pape implore « humblement » les pays de tradition musulmane d’assurer la liberté religieuse aux chrétiens, « prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence » (253). Et contre la tentative de privatiser les religions dans certains contextes, il affirme que « le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses » (255). Le Pape réaffirme l’importance du dialogue et de l’alliance entre croyants et non-croyants (257).

Le dernier chapitre est consacré aux évangélisateurs avec esprit, « ceux qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint » qui « infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant » (259). Ces « évangélisateurs prient et travaillent » (262), en sachant que « La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple » (268) : « Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres » (270). « Dans notre rapport avec le monde – précise-t-il – nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent » (271). Pour être missionnaires, il faut chercher le bien du prochain et désirer le bonheur des autres (272) : « si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie » (274). Le Pape invite à ne pas se décourager face aux échecs ou aux faibles résultats parce que la « fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée » ; « Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire » (279). L’exhortation s’achève par une prière à Marie « Mère de l’Évangélisation ». « Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection » (288).