La mère au cœur attentif

Dans l’orbite de la fête du Cœur immaculé de Marie, voici une méditation de 1943 qui, malgré son âge,  peut nous aider en toute simplicité à mieux saisir la présence de ce Cœur près du Cœur de Jésus sur notre médaille.

« Le vin étant venu à manquer, Marie dit à Jésus : ils n’ont plus de vin ! »  (Saint Jean 2, 3)

Vous êtes, ô Très Sainte Vierge Marie, la plus délicate et la plus délicieuse des mamans! Et ce miracle de Cana que nous a raconté saint Jean nous fait pénétrer mieux qu’un long discours dans ce tréfonds de votre âme toute bonne et condescendante!

Oui, condescendante. Et j’insiste sur cette qualité, dût ce que je vais dire me faire juger sévèrement. Mais il faut voir les choses telles qu’elles sont.

C’est entendu: le vin manquait. (Il manquait, du moins, en ce sens qu’il n’y en avait plus.) Mais en avaient-ils vraiment besoin? Si je lis la suite du récit, je vois qu’on en était arrivé à ce moment des repas de noces où les convives ne distinguent plus la piquette du bon vin. Est-ce bien la minute opportune pour remplir de nouveau les bouteilles?

C’est pourtant ce que Vous avez fait faire, ô Marie!

Vous n’avez vu qu’une chose : non pas les yeux des convives qui commençaient à devenir vagues, — mais l’embarras cruel de ces pauvres jeunes mariés.

Jusqu’à cette minute, ils ne goûtaient que leur bel amour. Ils se grisaient à tel point l’un de l’autre, rien qu’en se regardant, que tout le reste leur était indifférent.

Et brusquement, la catastrophe : il n’y a plus de vin!

Au fond, quelle importance cette brusque disette pouvait-elle avoir pour Jésus et pour Vous? Et c’était bien l’avis de votre Enfant, Lui qui Vous a répondu : Ceci n’est point notre affaire.

Mais Vous avez vu les regards sans aménité qui s’accrochaient aux jeunes époux rougissants. Et l’embarras de ces derniers. Et leur brusque chagrin.

C’est alors que Vous êtes intervenue.

C’est là que je Vous trouve admirable et délicieuse, très sainte Mère. Parce que Vous avez eu cette idée, devant la confusion de ces pauvres enfants, de mettre au service de leur détresse intime la toute-puissance de votre Fils!

Combien parmi nous se seraient crus déshonorés de s’occuper d’aussi mesquins détails! Combien, perdus dans le brouillard des spéculations intellectuelles ou dans les enivrements de la contemplation mystique, seraient passés indifférents à côté de ce gros chagrin humilié!

Ce qui est grave, c’est que nous ne péchons pas seulement par inattention. Il y a aussi notre dureté de cœur; notre rigidité d’hommes à cheval sur les principes; notre stricte exigence envers les autres. Toutes ces manières de penser et de vivre qui nous font des âmes sans bonté!

Ah! que nous sommes loin de Vous, ô Marie. Et loin de votre Fils Jésus.

Eh! oui, je sais bien que votre bonté et ce premier miracle de votre Fils scandalisent bien des gens. Comment expliquer que Vous, la Toute Détachée, Vous soyez inquiétée de ces détails? Comment justifier le geste de votre Enfant qui, à ces braves gens qui n’ont point épargné les rasades, donne encore deux barriques de vin délicieux? N’est-ce point là encourager le vice?

C’est vrai. Peut-être. Mais ceux qui pensent cela ont-ils vraiment eu faim et soif? Ont-ils connu cette angoisse et ce serrement de cœur de vos jeunes amis?

Très Sainte Vierge, je Vous en supplie, intercédez pour moi. Obtenez-moi la grâce d’être bon; de comprendre les humbles chagrins des petits et les désirs des pauvres. Mettez en moi cette délicate prévenance qui pense à tout. Et cette persévérance.

Afin qu’en toutes choses, éclate la bonté de votre Fils Jésus.

Louis Mendigal – Silhouettes évangéliques