Le mystère de la divine eucharistie

La Cène musée Rolin Autun 1515« Le Corps du Christ ! » C’est ce que dit le prêtre ou la personne pressentie pour donner l’eucharistie au moment de la communion à la messe.

« Le Corps du Christ ! » Aujourd’hui nous le fêtons. Nos anciens l’appelaient la Fête-Dieu pour bien montrer la relation de la substance présentée avec le Mystère Divin.

Oui, « il est grand le Mystère de la Foi. » C’est ce que nous disons juste après la consécration, resituant ce Mystère, complétant l’expression de ce Mystère avec ce qui suit et qui est attesté par tous ceux qui sont présents :

« Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. »

Effectivement, pour prendre le Corps du Christ, il faut baigner dans l’atmosphère de la Divine Liturgie. Celle-ci nous dresse le panorama de notre foi et nous fait vivre dans ce dont nous sommes les uns et les autres en attente.  Quand nous y réfléchissons, c’est un merveilleux moment, un temps sublime.

« Nous pouvons imaginer, a dit Benoît XVI, avec quelle foi et quel amour la Vierge a reçu et adoré dans son cœur la sainte eucharistie ! A chaque fois, c’était pour elle comme revivre tout le mystère de son Fils Jésus : de sa conception à sa résurrection. « Femme eucharistique », c’est ainsi que mon vénéré et bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II l’a appelée. Apprenons d’elle à renouveler continuellement notre communion avec le Corps du Christ pour nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés. » (méditation avant l’Angélus, Rome, le dimanche 14-06-2009)

Le Corps ! C’est ce qui nous unit effectivement  à la Création, et désormais à la Création rachetée par  le Rédempteur. Et nous le prenons, pour y être intégrés, pour en faire partie. Le Pain de la communion, Corps du Christ, nourrit l’Église et la transforme elle-même en Corps de Christ. Le Mystère eucharistique est au centre de la vie chrétienne.

Les Israélites avaient coutume de célébrer des berakoth ou «bénédictions» par lesquelles ils exprimaient leur reconnaissance à Dieu pour tous Ses bienfaits. Reconnaître qu’un don vient de Dieu, faire mémoire de ce don avec reconnaissance, action de grâces, remerciement (en grec eucharistia, d’où Eucharistie) est une attitude fondamentale des serviteurs du Tout-Puissant. C’est en effet par cette action de grâces permanente que l’homme reconnaît l’œuvre du Créateur, lui exprime sa reconnaissance, et, au nom de toute la Création, lui «renvoie» sa gloire ; c’est par cette attitude d’eucharistie, d’action de grâces, que l’homme, qui est la conscience de la création, reconnaît le lien qui unit la création au Créateur et maintient, par ce mémorial reconnaissant, le courant d’amour entre le Créateur et Sa Création, et, par là même, l’harmonie de l’univers.

Le Christ, le soir du Jeudi saint, célébrait donc une telle beraka ou bénédiction en présidant le repas de ses disciples. Cela apparaît clairement quand on lit le récit et qu’on le compare au rituel de bénédiction d’un repas juif tel qu’il nous est décrit dans la Mishna (recueil de prières juives).

Au début du repas, on bénissait Dieu une première fois avec la coupe de vin en disant : «Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi des Siècles qui donnes ce fruit de la vigne. » C’est pourquoi Jésus prend la coupe, en disant : «Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu ».

Puis le chef de famille prenait le pain et le rompait en disant : «Béni sois-tu, Seigneur Notre Dieu, Roi des Siècles qui produis le pain de la terre… Rendons grâces à notre Dieu qui nous a nourri de son abondance.» C’est ici que Jésus «prit du pain et après avoir rendu grâces il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est Mon Corps, donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. »» Jésus fait donc le geste traditionnel du chef de famille juif mais il y donne un sens tout nouveau en identifiant le pain à son propre corps qui sera donné sur la croix pour la vie du monde.

Après le repas, le chef de famille prenait la coupe et bénissait Dieu une nouvelle fois. C’est pourquoi Jésus fit de même en  prenant la coupe et en disant : «Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang versé pour vous.» Les deux bénédictions, Jésus leur donne un sens nouveau en identifiant le vin à son Sang qu’il versera le lendemain sur la croix et qui scellera la nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes.

Saint Paul complète le récit (I Corinthiens 11, 23-25) en ajoutant : «Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez cette coupe vous annoncerez ma mort jusqu’à ce que je vienne.»

La bénédiction du repas, offrande reconnaissante du pain et du vin au Dieu qui les avait donnés, est associée à l’offrande que le Christ fera le lendemain – Vendredi saint – de son Corps et de son Sang sur la croix, et à la conclusion de la Nouvelle Alliance entre Dieu et son peuple par le sacrifice du Christ offert pour le pardon des péchés. «Faites ceci en mémoire de moi… jusqu’à ce que je vienne» : désormais la célébration de ce repas sera liée au mémorial reconnaissant de la mort et de la Résurrection du Sauveur qui fait entrer son peuple dans la Terre promise de son Royaume.

Depuis la Résurrection du Christ et jusqu’à son Retour, c’est par ce Repas que nous commémorons toute son œuvre salutaire depuis sa Passion jusqu’à son deuxième Avènement. Mais cette commémoration – en grec «anamnèse», en hébreu zikkaron – n’est pas une simple évocation par la mémoire, un simple acte intellectuel : elle est aussi, elle est surtout, une participation, une communion de toute l’assemblée qui célèbre ce «mémorial» aux événements salutaires qui sont commémorés. La mort, le tombeau, la Résurrection, l’Ascension, la Session à la droite du Père, le deuxième Avènement du Seigneur, ont une portée éternelle. Situés dans le temps, ils sauvent les hommes de tous les temps ; et lorsque nous les évoquons dans le mémorial eucharistique, nous sortons du temps pour communier «au geste éternel du Fils de Dieu passant à travers son Peuple pour le conduire vers son Royaume».

C’est par l’œuvre du Saint-Esprit qu’une évocation, qu’une représentation célébrée à un moment donné du temps devient une communion, une participation au geste éternel du Fils : en effet le Saint-Esprit «nous rappelle tout ce que Jésus a dit» (Jean 14, 26), … «rend témoignage de Lui» (15, 26)… et «prend de son bien pour nous en faire part» (16, 14). C’est donc bien par le Saint-Esprit que la représentation devient participation, communion.

On comprend maintenant l’importance de la divine Liturgie : c’est par elle que tout ce que le Christ a fait, fait et fera pour les hommes nous atteint; c’est véritablement le lieu de notre rencontre avec le Christ Sauveur. C’est là – en attendant le Festin du Royaume – que se célèbrent les noces du Christ et de son Épouse ; c’est là qu’en communiant au Christ nous communions avec nos frères dans le mystère de l’Église; c’est là qu’en recevant le Corps et le Sang du Ressuscité nous entrons dans le mystère de son Corps et contemplons sa Résurrection.

La communion eucharistique est un mystère d’amour qui se vit plus qu’il ne se comprend, et il est bien plus important de participer au repas eucharistique que d’en parler. C’est ce que nous allons faire.

Prendre le Corps ainsi, c’est donner son aval. C’est dire « J’en fais partie » et nous l’exprimons avec ce vieux mot hébreu : Amen ! D’accord, c’est bien cela, ainsi soit-il ! C’est une prise d’engagement. Oui, qu’il en soit ainsi !

«Mangez ce pain des anges, et vous y trouverez la force pour mener les luttes intérieures, les combats contre les passions et les épreuves, parce que Jésus Christ a promis à ceux qui mangent la sainte eucharistie la vie éternelle et la Grâce nécessaire pour l’obtenir. Quand vous serez entièrement consumé par ce feu eucharistique, alors vous pourrez, en pleine conscience, remercier Dieu qui vous a appelés à faire partie de sa légion et vous goûterez une paix que les gens, heureux ici-bas, n’ont jamais connue. Car le véritable bonheur, mes jeunes amis, ne réside pas dans les plaisirs de ce monde, ni dans les choses terrestres, mais dans la paix de la conscience: elle n’est donnée seulement qu’à ceux qui ont un cœur et un esprit purs. » (Bx Pierre Georges Frassati)

Avec Benoît XVI, achevons cette méditation avec la finale de son homélie de la fête du Saint Sacrement :

Chers frères et sœurs, comme chaque année,…  nous élèverons, à travers nos prières et nos chants, une imploration commune au Seigneur présent dans l’hostie consacrée. Nous lui dirons… : « reste avec nous Jésus, fais-nous don de ta personne et donne-nous le pain qui nous nourrit pour la vie éternelle ! Libère ce monde du poison du mal, de la violence et de la haine qui empoisonne les consciences, purifie-le par la puissance de ton amour miséricordieux ». Et toi, Marie, qui as été femme « eucharistique » toute ta vie durant, aide-nous à marcher unis vers l’objectif céleste, nourris par le Corps et par le Sang du Christ, pain de vie éternelle et médecine de l’immortalité divine. Amen !