l’idéal qui doit nous orienter

Ici nous rencontrons une objection répandue, revenant sans cesse dans l’histoire et dans la littérature, et devenue classique pour l’écho qu’elle trouva chez des auteurs célèbres, tels Machiavel et Pascal…

Comment l’homme peut être fort et devenir saint

Voici l’objection: la religion catholique, spécialement dans sa présentation des doctrines morales, abaisse le sens moral, place les enseignements dogmatiques au-dessus des impératifs de la conscience, préfère le piétisme et les vertus théologales aux principes de la justice, propres à la morale naturelle. Laissons l’étude de la question à ceux qu’elle intéresse.

Pour ce qui est de notre humble dialogue, nous nous bornerons à quelques observations simples mais importantes. La première défendra le rapport entre la religion et la morale. Nous affirmons, avec toute la tradition théologique et pédagogique du christianisme, que la grâce perfectionne la nature.

C’est-à-dire que la foi, la vie religieuse, la référence à Dieu de nos actes, comme à son principe et à sa fin, l’exemple et la vertu qui découlent de l’Évangile, l’enseignement que l’Église donne aux fidèles sur la connaissance de leurs devoirs et la manière de concevoir leur vie personnelle et la vie sociale, la pratique de la prière et de la crainte de Dieu, etc., ne déforment pas le caractère de l’homme, ne restreignent pas sa liberté, ne se substituent pas à l’intime procès de la conscience et, moins encore, n’autorisent le fidèle à éluder ses engagements dans le contexte naturel et civil; elles n’en font pas un pharisien bigot et hypocrite.

Au contraire, ces données fortifient dans l’homme le vrai sens de l’homme. Elles réveillent en lui non seulement la conscience du bien et du mal, l’affranchissent de l’indifférentisme moral selon lequel, d’après une mentalité répandue, le sens de Dieu étant éteint, le pourquoi et le comment de l’acte honnête s’efface; mais elles lui confèrent une énergie spéciale pour être fort et droit, et une autre énergie mystérieuse: la grâce.

L’une et l’autre portent l’homme à la réalisation de ce véritable surhomme qu’est le juste selon la foi, le héros simple et constant des grandes et quotidiennes épreuves de la vie, le saint enfin, entendu au sens primitif de la communauté chrétienne ou, en des cas particuliers, au sens de l’hagiographie moderne.

Le croyant n’a pas à craindre d’être dernier ni même second au niveau de l’idéal humain où se situe la mentalité contemporaine.

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