Ma plus belle invention

Pour commencer ce mois d’Août, durant lequel nous allons célébrer l’Assomption de la Vierge Marie, faisons nôtre cette méditation d’un prêtre du Havre (+1997), bien connu pour son merveilleux livre, Prières.

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Ma plus belle invention, dit Dieu, c’est ma mère.
Il me manquait une maman, et Je l’ai faite.
J’ai fait ma mère avant qu’elle ne me fasse.
C’était plus sûr.

Maintenant, Je suis vraiment un Homme
comme tous les hommes.
Je n’ai plus rien à leur envier, car j’ai une maman. Une vraie.
Ça me manquait.

Ma mère, elle s’appelle Marie, dit Dieu.
Son âme est absolument pure et pleine de grâce.
Son corps est vierge et habité d’une telle lumière que sur terre
Je ne me suis jamais lassé de la regarder,
de l’écouter, de l’admirer.

Elle est belle, ma mère, tellement belle que,
Laissant les splendeurs du ciel, je ne me suis pas trouvé dépaysé près d’elle.
Pourtant, Je sais ce que c’est, dit Dieu, que d’être porté par les anges ;
Ça ne vaut pas les bras d’une maman, croyez-moi.

Ma Mère Marie est morte, dit Dieu,
Depuis que J’étais remonté vers le ciel, elle me manquait, Je lui manquais.
Elle m’a rejoint, avec son âme, avec son corps, directement.
Je ne pouvais pas faire autrement.
Ça se devait. C’était plus convenable.

Les doigts qui ont touché Dieu ne pouvaient pas s’immobiliser.
Les yeux qui ont contemplé Dieu ne pouvaient pas rester clos ;
Les lèvres qui ont embrassé Dieu ne pouvaient se figer.
Ce corps très pur qui avait donné un corps à Dieu
ne pouvait pourrir, mêlé à la terre.

Je n’ai pas pu, ce n’était pas possible, ça m’aurait trop coûté.
J’ai beau être Dieu, Je suis son fils et c’est moi qui commande.
Et puis, dit Dieu, c’est encore pour mes frères les hommes que j’ai fait cela.
Pour qu’ils aient une maman au ciel.
Une vraie, une de chez eux, corps et âme. La mienne.

Maintenant, qu’ils la prient d’avantage ! dit Dieu.
Au ciel, ils ont une maman qui les suit des yeux avec ses yeux de chair.
Au ciel, ils ont une maman qui les aime à plein cœur avec son cœur de chair.

Et cette maman c’est la mienne,
Qui me regarde avec les mêmes yeux, qui m’aime avec le même cœur.
Si les hommes étaient plus malins, ils en profiteraient,
Ils devraient bien se douter que Je ne peux rien lui refuser…

Que voulez-vous, c’est ma maman.
Je l’aie voulue. Je ne m’en plains pas.
L’un en face de l’autre, corps et âme, Mère et Fils,
Éternellement Mère et Fils…

Michel QUOIST