Préparer l’Annonciation

Lors de l’Angélus de ce dimanche 11 mars 2012, Benoît XVI a dit : « La Pâque de Jésus introduit un nouveau culte, le culte de l’amour, et un nouveau sanctuaire qui est Jésus lui-même, le Christ ressuscité, à travers lequel tout croyant peut adorer Dieu le Père « en esprit et en vérité » (Jn 4, 23). L’Esprit- Saint a commencé à construire ce nouveau sanctuaire dans le sein de la Vierge Marie. »

A ce propos, dans 15 jours, nous allons célébrer cet événement. Pour nous y préparer, nous pouvons méditer l’homélie donnée justement par le pape Benoît XVI la première année de son pontificat « en la solennité liturgique de l’Annonciation du Seigneur, et sous le soleil que nous donne le Seigneur. »

Dans l’Incarnation du Fils de Dieu, nous reconnaissons en effet les débuts de l’Église. Tout provient de là. Toute réalisation historique de l’Église et également chacune de ses institutions doivent se référer à cette Source originelle. Elles doivent se référer au Christ, Verbe de Dieu incarné. C’est Lui que nous célébrons toujours:  l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous, par l’intermédiaire duquel s’est accomplie la volonté salvifique de Dieu le Père. Et cependant (nous contemplons cet aspect du Mystère précisément aujourd’hui) la Source divine s’écoule par un canal privilégié:  la Vierge Marie…

En célébrant l’Incarnation du Fils nous ne pouvons pas, par conséquent, ne pas honorer sa Mère. C’est à Elle que fut adressée  l’annonce  de  l’ange; Elle l’accueillit, et lorsque du plus profond de son coeur elle répondit:  « Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), à ce moment-là, le Verbe éternel commença à exister comme être humain dans le temps.

De génération en génération, on continue de s’émerveiller devant ce mystère ineffable. Imaginant s’adresser à l’Ange de l’Annonciation, Saint Augustin demande:  « Dites-moi donc, ange de Dieu, d’où vient cette faveur à Marie? » La réponse, dit le Messager, est contenue dans les paroles mêmes de la salutation:  « Je vous salue, pleine de grâce » (cf. Sermo 291, 6). Effectivement, l’Ange, en « entrant chez Elle », ne l’appelle pas par son nom terrestre, Marie, mais par son nom divin, comme Dieu la voit et la qualifie depuis toujours:  « Pleine de grâce », la grâce n’étant rien d’autre que l’amour de Dieu, c’est ainsi que nous pourrions à la fin traduire:  « aimée » de Dieu (cf. Lc 1, 28).

Origène observe que jamais un tel titre ne fut donné à un être humain, que rien de semblable n’est décrit dans l’ensemble des Saintes Écritures (cf. In Lucam, 6, 7). Il s’agit d’un titre exprimé sous une forme passive, mais cette « passivité » de Marie, qui est depuis toujours et pour toujours l’ « aimée » du Seigneur, implique son libre consentement, sa réponse personnelle et originale:  dans le fait d’être aimée, en recevant le don de Dieu, Marie est pleinement active, car elle accueille avec une disponibilité personnelle la vague de l’amour de Dieu qui se déverse en elle.

En cela également, Elle est la parfaite disciple de son Fils, qui à travers l’obéissance à son Père réalise entièrement sa propre liberté et précisément de cette manière exerce la liberté, en obéissant. Dans la deuxième lecture,  l’auteur de la Lettre aux Hébreux interprète le Psaume 39, précisément à la lumière de l’Incarnation du Christ:  « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit: … Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté » (He 10, 5-7). Face au mystère de ces deux « me voici », le « me voici » du Fils et le « me voici » de la Mère, qui se reflètent l’un dans l’autre et forment un unique Amen à la volonté d’amour de Dieu, nous demeurons émerveillés et, remplis de reconnaissance, nous adorons.

© Libreria Editrice Vaticana 2006