Tentation

Les 3 tentations de Jésus – image suggestive d’un vieux missel !

« En ce début du Carême nous sommes invités à faire de notre montée vers Pâques un combat spirituel, à la suite de Jésus conduit au désert, où pendant quarante jours il sera mis à l’épreuve par le démon. Au plus profond de lui-même, l’homme connaît la tentation du pouvoir, de l’ambition et de l’hédonisme. Demandons au Christ de nous entrainer dans le mystère de son obéissance au Père, afin que nous ne succombions pas à la tentation et que nous soyons délivrés du mal. Que la Vierge Marie nous aide à nous donner librement à son Fils et à suivre ses chemins ! Bon Carême à tous! »

Benoît XVI Angelus Place Saint Pierre
Rome, premier dimanche de Carême – 21 février 2010

© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

Cendres – Benoît XVI

Rome, mercredi des cendres 17 février 2010 – salle Paul VI, au Vatican, à l’issue de l’audience générale, le pape a résumé sa catéchèse en français :

Chers frères et sœurs,

En ce mercredi des cendres, nous débutons le temps du carême. Dans la vision chrétienne de la vie, ce sont chaque jour et chaque instant qui peuvent être dits favorables au salut. Cependant, le temps du carême nous le fait découvrir et vivre de façon plus intense.

La conversion à laquelle nous sommes appelés ne doit pas être comprise comme un simple ajustement de notre vie, mais comme un véritable retournement. Se convertir signifie proprement «aller à contre-courant», ce courant qui n’est autre qu’un style de vie superficiel et incohérent qui souvent nous entraîne, nous domine et nous rend prisonniers du mal et de la médiocrité. Bien plus qu’une décision morale, la conversion relève pour le croyant d’un choix de foi qui introduit dans une communion plus profonde avec la personne du Christ. Ainsi, se convertir et croire à l’Evangile ne sont-ils pas deux choses distinctes.

Le geste de l’imposition des cendres nous rappelle nos fragilités, y compris la plus grande de toutes, la mort. Mais si nous ne sommes que poussière, notre poussière est précieuse aux yeux de Dieu qui fait de notre mort, qu’a partagée Jésus Christ, le chemin de la résurrection glorieuse. Nous sommes donc invités à plonger notre vie plus profondément dans le mystère pascal à travers la participation à l’Eucharistie et à la vie de charité, qui naît de l’Eucharistie et qui trouve en elle sa plénitude.

Confions à la Vierge Marie notre carême et prions-la de nous accompagner pour que nous puissions être vraiment renouvelés lorsque nous célébrerons la Pâque de son Fils. Bon carême à tous !

© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

Carême : lettre de notre directeur Général


Chers frères et sœurs,

La réflexion sur la non-violence fait partie de notre tradition en tant que chrétiens catholiques et se trouve au cœur de ce que le Carême signifie pour nous. Nous nous centrons sur la nécessité de changer nos attitudes afin de vivre en plénitude la vie qui nous a été donnée en la personne de Jésus-Christ par sa passion, sa mort et sa résurrection. Au cœur même de ce don de la vie nouvelle se trouve la fragilité.

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Mercredi des Cendres, 17 février 2010

A tous les membres de la Famille Vincentienne,

Ma grâce te suffit, ma puissance te fortifie dans la faiblesse.

Le temps du Carême s’ouvre à nouveau devant nous et, pour nous aider, en tant que Famille Vincentienne, à entrer plus profondément dans ce temps de grâce, je vous propose la réflexion suivante.

Après la publication de ma lettre pour l’Avent, centrée principalement sur la paix comme un aspect important de la vie chrétienne, j’ai eu un dialogue fructueux avec une amie au sujet de mon expérience en Amérique centrale en tant que missionnaire. Cette amie, très engagée avec les pauvres, se considère chrétienne catholique. Un de ses traits caractéristiques est qu’elle est en faveur de la révolution, y compris la révolution armée, particulièrement dans et pour les pays en voie de développement qui luttent pour leur avancement dans le monde d’aujourd’hui. Evidemment, notre discussion a porté sur la question de la paix et de la non-violence. Ma position est totalement contraire à la révolution armée et plus ouverte à ce que je considère comme une approche évangélique de la révolution non-violente, celle proposée par Jésus-Christ à travers les différents exemples qu’il nous donne, de transformation de la société non par la force mais par l’amour.

Cette personne amie m’a envoyé un article sur la non-violence, trouvé par hasard. Bien qu’elle ne fût peut-être pas entièrement d’accord avec son contenu, cependant celui-ci l’a incitée à penser à la valeur de la non-violence dans le monde d’aujourd’hui. Pour ma part, il m’a permis d’engager une réflexion plus approfondie sur la non-violence dans notre tradition chrétienne et l’exemple de la vie de Jésus-Christ lui-même

L’auteur de cette très brève réflexion sur la non-violence commence en montrant que nous faisons partie d’une culture qui a historiquement justifié l’utilisation de la violence. Au fur et à mesure que l’histoire s’est développée, a progressé et est devenue tellement sophistiquée avec l’utilisation des moyens technologiques modernes dans la fabrication des armes, elle a construit un paradigme culturel qui, dans un sens, met en péril la race humaine et la vie entière de la planète la conduisant au bord de l’extinction. Mais en même temps et parallèlement à cette proposition culturelle vécue pendant des siècles, surgissent de nouvelles manières d’agir qui commencent à démanteler la justification des méthodes de violence, de tous types de violence, et proposent que, dans la diversité des expressions de la vie humaine, la vie en elle-même puisse être enrichie plutôt que détruite. En d’autres termes, il est possible de bâtir un monde dans lequel des personnes de milieux différents, d’expressions culturelles différentes, puissent apprendre à vivre ensemble dans l’harmonie fondée sur la diversité, au lieu que la diversité devienne la justification de la violence et donc de la destruction.

Parmi les différentes manières créatrices de résister à la violence dans le monde d’aujourd’hui, l’auteur met en relief la fragilité comme un élément essentiel. Il propose en même temps la force des dimensions horizontales dans l’organisation de la société comme solution, plutôt que des structures hiérarchisées. En d’autres termes, que les solutions soient recherchées d’une manière circulaire, autour d’une table où tous, y compris les pauvres et les marginalisés, aient la possibilité de s’exprimer sur un plan d’égalité dans les discussions.

Un peu plus loin, l’article démontre que l’image de l’ennemi doit être déconstruite en reconnaissant que ceux qui ont une opinion contraire peuvent également être en mesure de contribuer d’une manière constructive à la recherche de la vérité. En d’autres termes, tous ceux qui sont autour de la table, même si leurs avis sont différents, possèdent une part de vérité et peuvent contribuer à la construction de la totalité de la vérité. Nous, en tant que chrétiens, nous considérons que la vérité se construit à travers les valeurs que nous découvrons dans la richesse de la vie de Jésus-Christ. Il va de soi que la guerre, de nos jours, est une manière illégitime de réaliser l’harmonie au sein de la société humaine.

De plus, à travers l’histoire, l’humanité a dominé la planète à tel point que maintenant elle en gémit. L’harmonie avec la nature est une alternative à son contrôle et à sa domination.

Si nous négligeons de prendre soin de notre planète, il est encore plus probable que les pauvres souffriront davantage. L’entretien de la planète est l’un des signes des temps auxquels, nous, personnes vivant au XXIe siècle, devons répondre en tant que Famille Vincentienne. Pour citer le pape Benoît XVI, « aujourd’hui le grand cadeau de la création de Dieu est exposé à de sérieux dangers et aux styles de vie qui peuvent le dégrader. La pollution environnementale rend particulièrement insoutenable la vie des pauvres du monde. Nous devons nous engager à prendre soin de la création et à partager ses ressources dans la solidarité » (Angélus du 27 août 2006 à Castel Gandolfo, à quelques jours de la célébration de la Journée pour la Protection de la Création).

Le soin de la création est également une question qui concerne le changement systémique. Un énorme système répandu dans le monde entier se focalise trop sur l’efficacité et les biens économiques et ne considère pas suffisamment l’impact de nos choix sur la planète, en particulier sur les pauvres. Il serait bon que nous, en tant que Famille Vincentienne, nous nous engagions en lien avec d’autres organismes, en vue de changer ce système destructeur en allant à la racine des causes.

Ces présupposés sont mis en évidence en tant qu’éléments impliqués dans la transformation et la reconstruction culturelle de notre monde. Un élément essentiel à cette fin est la non-violence. Elle implique une protection sans conditions de la vie sous toutes ses formes, cette protection étant favorisée par des actions concrètes. Ces actions nous provoquent à mieux nous comprendre dans nos relations humaines dans les domaines politiques, sociaux et économiques. Il s’agit de comprendre que, fondamentalement en tant qu’êtres humains, nous partageons avec d’autres cette planète que Dieu a gratuitement mise à notre disposition.

Certains considèrent que la non-violence est une utopie, peu réaliste. Nous, chrétiens et disciples de Jésus-Christ évangélisateur et serviteur des pauvres, nous savons que tel n’est pas le cas et que, dans plusieurs endroits à travers le monde, la non-violence fait ses preuves.

Chers frères et sœurs, la réflexion sur la non-violence fait partie de notre tradition en tant que chrétiens catholiques et se trouve au cœur de ce que le Carême signifie pour nous. Nous nous centrons sur la nécessité de changer nos attitudes afin de vivre en plénitude la vie qui nous a été donnée en la personne de Jésus-Christ par sa passion, sa mort et sa résurrection. Au cœur même de ce don de la vie nouvelle se trouve la fragilité.

Méditons durant ce temps de Carême sur la fragilité de Jésus-Christ et sur notre fragilité afin de la considérer non pas comme une limitation mais plutôt comme un moyen d’inaugurer une vie nouvelle pour nous-mêmes, pour d’autres et pour le monde dans lequel nous vivons. La fragilité de Jésus s’exprime de la manière la plus concrète lorsqu’il remet son esprit après l’expérience de sa propre passion avant et sur la croix elle-même. La lettre de Saint Paul aux Philippiens exprime une profonde réflexion théologique dans l’hymne christologique qui nous dit que Jésus s’est vidé de lui-même en s’anéantissant afin de nous faire parvenir à la plénitude de la vie dans la résurrection. Avant ce don total de lui-même sur la croix, Jésus montre comment la fragilité a toute sa place dans la transformation de la société. La veille de sa mort, Jésus nous a enseigné la manière d’être, la manière d’agir. Il a lavé les pieds de ses disciples, un geste qui, de son temps, était réalisé par des esclaves. Il est ainsi devenu le serviteur des serviteurs.

Saint Vincent, dans ses écrits aux Confrères et aux Filles de la Charité, nous invite à être d’indignes serviteurs, recherchant les places les plus humbles. Cette réflexion de Saint Vincent de Paul est reprise simplement, mais de façon éloquente, dans l’article du Père Jean-Pierre Renouard, le 5ème thème proposé à notre réflexion comme faisant partie de notre formation continue à l’occasion de la commémoration du 350ème anniversaire. Dans l’article du Père Renouard intitulé « Qui était Jésus pour Vincent », il cite Saint Vincent de Paul, et je reproduis ici une partie de cette citation :

« Ce qui m’a le plus touché de ce qui a été dit … c’est ce qu’on a rapporté de Notre-Seigneur, qui était le maître naturel de tout le monde et néanmoins s’est fait le dernier de tous, l’opprobre et l’abjection des hommes, prenant toujours le dernier rang partout où il se trouvait. Vous croyez peut-être, mes frères, qu’un homme est bien humble et qu’il s’est beaucoup abaissé lorsqu’il a pris la dernière place. Eh quoi ! Un homme s’humilie-t-il prenant la place de Notre-Seigneur ? Oui, mes frères, la place de Notre-Seigneur c’est la dernière » (Coste XI p. 137).

Y a-t-il une place plus humble à choisir, en ce moment de l’histoire, que celle d’être au service des pauvres en Haïti ? On dit des haïtiens qu’ils sont un peuple incroyable dont la capacité à résister à la douleur a été prouvée à maintes reprises dans le cours de l’histoire de leur pays, considéré le plus pauvre parmi les pauvres de l’hémisphère occidental. Aujourd’hui, après le tremblement de terre le plus destructeur qu’ils aient jamais connu depuis plus de 200 ans, ils sont au plus bas. J’ai été édifié par la réponse de l’ensemble de la Famille Vincentienne à cette crise et tragédie d’Haïti. On a écrit, dans différentes réflexions sur ce qui s’est produit en Haïti, que le monde a saisi l’occasion de cette tragédie, que nous pourrions considérer comme l’expérience la plus horrible et la plus terrible en terme de perte de vies humaines, et l’a transformée en chef-d’œuvre, une œuvre de toute l’humanité, une œuvre de notre monde d’aujourd’hui, incité par l’amour de Dieu qui a été déversé dans nos cœurs à tous. La réponse à cette tragédie, tout comme celle apportée à beaucoup d’autres, est certainement édifiante et prouve que mondialement nous avons des possibilités. En tant que citoyens de ce monde nous pouvons travailler ensemble, mettant de côté nos différences pour que le plus fragile parmi nous bénéficie de notre attention et que l’amour lui soit manifesté et offert. Dans l’esprit de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Marillac, nous sommes invités à descendre plus bas qu’eux et à nous mettre à leur service.

Une telle présence auprès de nos frères et sœurs qui vivent dans la pauvreté dans des lieux comme Haïti, peut être perçue comme une représentation symbolique de notre Seigneur Jésus ressuscité. Il se dresse au milieu des ombres de la mort et donne une vie nouvelle. De telles expériences ont été vécues dans beaucoup de pays à travers le monde entier où se trouve présente la Famille Vincentienne. Des lieux qui, autrement, n’auraient aucun espoir, ne trouveraient aucun espoir sans les disciples de Jésus-Christ, évangélisant et servant les pauvres. Dans des situations comme en Haïti, où beaucoup de personnes ont vu disparaitre ce qu’elles considéraient comme étant leur sécurité, c’est la présence de personnes attentionnées et aimantes donnant leur vie dans le service des autres, qui demeure signe de résurrection, signe d’espoir et de vie.

Mes frères et sœurs, je conclus cette réflexion sans pour autant y mettre un terme, car j’espère qu’elle se poursuivra par une réflexion personnelle ainsi qu’une réflexion et un partage entre vous. Au cœur de notre foi chrétienne se trouve la réalité de la fragilité de laquelle naît une vie nouvelle. Nous, disciples de Jésus-Christ et en fidélité à son appel, reconnaissons notre fragilité ainsi que celle des autres et promouvons une vie nouvelle par la non-violence ou la protection de notre planète. Par notre fragilité nous apportons une réponse à la fragilité du monde et à celle de toute la création.

Notre Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, est le Dieu de la vie et le Dieu de l’amour. Il déverse continuellement cet amour dans et par le don de sa résurrection que nous célébrons comme le point culminant du temps de Carême. N’oublions jamais que c’est la résurrection qui nous identifie. Nous sommes un peuple de résurrection, et l’alleluia est notre chant. Laissons éclater notre chant et, en tant que Famille, chantons ensemble avec tous nos frères et sœurs qui sont pauvres.

Votre frère en saint Vincent,

G. Gregory Gay, C.M.
Supérieur général de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité
Directeur Général de l’Association de la Médaille Miraculeuse

la Vierge Marie et sa sainte médaille miraculeuse