L’Heure de la Mère

Pieta de Kiko (Roger Camille) |DR

Un exercice spirituel  a commencé au monastère de la Très Sainte Conception, dans le territoire de Palma, en Sicile : il consiste à tenir compagnie à la Très Sainte Vierge pendant ces heures qui furent pour elle d’une si grande amertume après la mort de son Fils,. De là il se répandit en d’autres provinces, et, depuis l’année 1815, il se pratique publiquement dans un grand nombre d’églises et est très appréciée des fidèles.

Manière pratique de faire cet exercice : offrande de l’heure de la compassion.

Ô Marie, Mère de mon Dieu, je viens me jeter à vos pieds avec un profond sentiment de ma misère et de mon indignité. Daignez agréer, je vous en conjure, cette oraison que je vous offre pour honorer surtout votre désolation après la mort et l’ensevelissement de Jésus. Que mon cœur s’attendrisse à la vue le de tout ce que vous avez souffert alors, et que je recueille de cette compassion des fruits abondants de salut.

Ô douce Vierge Marie ! Par ce glaive de douleur qui a transpercé votre âme lorsque vous avez vu votre Fils bien-aimé élevé sur la Croix, cloué à ce gibet infâme, couvert de plaies et de meurtrissures, obtenez que mon cœur soit touché des traits de l’Amour divin.

Ô Vierge sainte, par ces inexprimables tourments que vous avez endurés sans vous plaindre, quand, debout au pied de la Croix, vous avez entendu votre Fils vous recommander à saint Jean et remettre son esprit entre les mains de Dieu son Père, secourez-nous à la fin de notre vie.

Ô Vierge très pure ! Par ces profonds gémissements qui s’échappaient de votre poitrine lorsque, recevant dans vos bras votre Fils bien-aimé détaché de la Croix, vous contempliez son visage autrefois si beau, maintenant défiguré par la mort, et son corps adoré tout couvert de blessures ; faites, je vous en supplie, que nous pleurions nos fautes, et que nous effacions par les larmes d’une sincère pénitence. Faites, ô Mère de Douleurs, que je pense toujours à votre désolation, que son souvenir se grave profondément dans mon âme.

Ô Jésus et Marie, couvrez de la protection de vos Cœurs l’Église, convertissez les pêcheurs, secourez les agonisants, délivrez toutes les âmes du purgatoire.

Ainsi soit-il.

I. Marie désolée auprès du tombeau de son divin Fils.

Considère, ô mon âme ! L’affliction de Marie dans le jardin auprès du tombeau neuf qui devait bientôt renfermer le corps de son adorable Fils. Elle assiste avec une douleur inexprimable aux derniers devoirs que Joseph d’Arimathie et Nicodème rendent à Jésus, lorsqu’ils prennent son corps, enveloppé avec soin d’un linceul blanc, lorsqu’ils le soulèvent avec respect comme le trésor le plus précieux, et le placent avec vénération dans le sépulcre. Il me semble entendre cette Mère affligée s’écrier alors : « il fut un temps où je revêtais mon Fils de langes et de doux vêtements ! Oh mon Dieu ! Quelle énorme différence avec ce que je vois ! ». Marie, accablée de tristesse et toute en pleurs, dit aux pieux disciples : « de grâce attendez quelques instants, ne me privez pas si tôt de l’objet de mon amour. » Ô tendre Mère ! Quelle pâleur sur son front, quelle vive douleur se manifeste sur toute sa personne ! Il semble que son cœur va se briser au moment où le corps de Jésus lui est ravi ! Son âme ne peut se détacher de cette dépouille sacrée ; elle voudrait se renfermer avec elle dans le roc. Nicodème, Joseph, hâtez-vous de lui épargner ce supplice et de renfermer le corps de Jésus dans son tombeau neuf. Une grosse pierre renferme déjà l’entrée et prive Marie de la triste consolation de voir ce Fils chéri ; elle l’appelle et le demande d’une voix éteinte et entrecoupée par ses sanglots ; et, comme Jésus ne lui répond pas, elle appuie sa tête contre la pierre froide, elle l’embrasse avec amour, elle y imprime mille baisers et l’humecte de ses larmes.

Prière

Ô Sainte Mère, je compatis vivement et de tout mon cœur à vote extrême désolation. Sans doute vous avez éprouvé une douleur profonde à prévoir la douloureuse Passion et la cruelle mort de votre aimable Fils ; mais vos souffrances furent bien plus vives encore à la vue de son agonie et de ses derniers moments. Cependant sa présence vous soutenait et vous fortifiait au milieu de cet océan de peines ; mais à présent vous êtes au comble de la désolation : vous n’avez plus d’époux, plus de père, plus de fils, plus de frère, plus d’ami, plus de consolateur ; vous avez tout perdu. Vos yeux ne peuvent plus considérer les mains de Jésus, vos oreilles ne peuvent entendre sa douce voix, Jésus ne vous accompagne plus sur cette terre : ô douleur sans pareille !

Ô amertume désolante ! Par cette douloureuse séparation, par ces cruelles angoisses où vous fûtes alors plongée, ayez pitié de moi qui ai perdu, par ma faute, cent fois et mille fois mon doux et adorable Maître. Faites, ô tendre Mère, que je ne m’éloigne jamais plus de Jésus par ma malice et ma tiédeur ; mais qu’au contraire je le serve avec une constante fidélité tant que je vivrai sur la terre, afin de le voir face à face et de le posséder dans le ciel.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

II. La Très Sainte Vierge quitte le tombeau pour retourner à Jérusalem.

Considère, ô mon âme ! ce qui se passe au saint tombeau ! il est fermé et scellé, et de plus, par un décret de la Providence, gardé à vue par les soldats juifs. Le disciple bien-aimé, les larmes aux yeux, vient annoncer à la Mère affligée que la nuit approche, qu’il est temps de quitter ce lieu lugubre et de retourner à Jérusalem. À l’instant, Marie, toujours soumise aux volontés divines, fait une profonde révérence au sépulcre, l’embrasse encore, et dit en pleurant : « Ô mon fils, voilà l’heure de la séparation ; recevez mon cœur blessé, je vous le laisse enseveli avec vous. » Elle lève ensuite vers le ciel ses yeux remplis de larmes, et elle ajoute : « Ô Père éternel ! Je vous recommande de toute mon âme votre Fils et le mien. » Enfin les saintes femmes la couvrent d’habits de deuil, et elle part accompagnée du bon Joseph d’Arimathie, qui avait procuré un tombeau honorable à son Fils ; du fidèle Nicodème, qui avait aidé à la descente de la Croix ; de la pénitente Madeleine, accablée de douleur ; de la compatissante Salomé, la fidèle Marie de Cléophas, et surtout du disciple vierge bien-aimé, nouveau fils de la Très Sainte Vierge par substitution. Chacun s’empresse de prodiguer à cette mère désolée tous les soulagements que réclame son immense douleur. Mais, ô mon Dieu ! Quelle consolation peut-on lui offrir ? Quel spectacle que celui de sa langueur, de ses soupirs continuels, de ses larmes amères !

Prière

Ô Mère affligée, je compatis à l’extrême Douleur que vous avez ressentie quand il fallut vous éloigner du saint tombeau. Hélas ! Vous auriez voulu y demeurer pour ne vous séparer jamais de l’objet de votre amour. Et cependant, soumise aux ordres du Ciel, vous avez dû quitter ce lieu chéri et retourner sans Jésus à Jérusalem. Ah! Sainte Mère, après Dieu c’est à vous que je dois la grâce que j’ai obtenue si souvent, de n’être pas demeuré jusqu’à présent enseveli dans le profond abîme de mes fautes, et dans l’abîme bien plus épouvantable encore de la malheureuse éternité. Ah! Par la vive et amère douleur qui déchira votre cœur en quittant le tombeau de votre divin Fils, ne permettez pas que je sois désormais privé de la grâce de Dieu ni de votre protection maternelle.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

III. Marie repasse par le Calvaire.

Ô mon âme ! Considère le nouveau tourment et les cruels souvenirs qui, dans le chemin, désolent le cœur maternel de la Très Sainte Vierge. Pour retourner à Jérusalem, il lui faut repasser par le mont du Calvaire. Marie y voit debout la Croix ensanglantée de son Fils ; l’imagination lui peint Jésus attaché à ce bois meurtrier, comme il l’était effectivement peu d’heures auparavant ; Marie se rappelle son agonie de trois heures, et son dernier soupir au milieu des blasphèmes et des insultes de ses ennemis. « Ô mon Fils bien-aimé ! S’écrie-t-elle, pourquoi ne me fut-il pas donné d’être crucifiée avec vous ? La mort ne m’aurait pas été si amère ! ». Ici Marie, toute remplie d’émotions, tombe à genoux, embrasse étroitement la Croix et s’y colle avec tant d’ardeur, qu’il semble que son âme va rompre ses liens sous l’empire de l’amour et de la douleur. Marie, en descendant de la montagne, se représente de nouveau son cher Fils succombant sous le fardeau de la Croix et frappé cruellement par les soldats ; elle reconnaît l’endroit où elle aperçut le Sauveur tout défiguré et tout haletant de fatigue et de sueur. À chaque pas elle se retrace, sous les plus sombres couleurs, toutes les péripéties de la voie douloureuse, et ses souvenirs ouvrent toutes les plaies de son Cœur.

Prière

Ô Mère affligée ! Je compatis de toute mon âme à votre Douleur, en voyant embrasser le bois sur lequel votre Fils adorable a été cloué et mis à mort. Ô tendre Mère laissez-moi vous demander pardon d’avoir été la cause de cette mort par mes fautes ; laissez-moi m’approcher de cette croix pour l’embrasser et l’adorer. Ô sainte Croix ! Gage de la vie éternelle, étendard sacré et guide des élus, trône de miséricorde, véritable autel d’amour consacré par le sang de l’Agneau de Dieu, je vous vénère, je vous adore, je vous embrasse, je vous presse sur mon cœur ; désormais vous me conduirez sûrement dans le chemin du Salut, vous serez mon arme toute-puissante contre les attaques de l’ennemi, vous serez encore la clé qui m’ouvrira les portes d’or de la cité de Dieu. Et vous, ô Mère des Douleurs ! Inspirez à mon cœur un souverain respect, un amour sincère et pour la Croix sanctifiée par les membres du Rédempteur, pour toutes celles qui me seront envoyées ; faites que je les porte à la suite de Jésus, heureux de souffrir jusqu’à la fin de ma vie, pour être son vrai disciple et régner ensuite avec lui dans le Ciel. Je l’avoue à ma confusion, jusqu’à ce moment j’ai eu la Croix en horreur. Ô sainte Mère ! Faites que je l’aime désormais sincèrement, et que je la regarde comme l’unique moyen d’expier mes péchés et de m’unir étroitement à mon Dieu.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

IV. La Très Sainte Vierge entre à Jérusalem, accompagnée de Saint-Jean et des saintes femmes.

Ô mon âme ! Voilà enfin Marie dans les murs de Jérusalem. Considère sa douleur en entrant dans cette ville coupable de la mort de Jésus. Les saintes femmes pleurent avec Marie, et ceux qui voient cette Mère affligée ne peuvent retenir leurs larmes. Les filles de Sion la contemplent en silence, elles partagent sa douleur et ses larmes. Qui pourrait n’être pas touché d’un spectacle aussi déchirant ? La Vierge sainte est seule et sans appui par suite de la jalousie et de la malice des hommes. Son cœur maternel est déchiré à chaque pas par la vue du prétoire, des places publiques, des rues de Jérusalem, des palais, de tout ce qui s’offre à ses regards. Tout ce qu’elle considère aiguise sa douleur et lui rend plus sensible la privation de son Fils adorable !

Prière

Ô Mère de mon Sauveur ! Je compatis à l’excès de douleur que vous avez éprouvée en rentrant à Jérusalem. Vos yeux et votre esprit furent affligés à la fois en présence de ces lieux où, d’une part, votre Fils avait prodigué les bienfaits les plus éclatants à son peuple chéri, et où ce même peuple, de l’autre, s’était rendu coupable de la plus criante injustice et de la plus noire cruauté envers son bon Maître et son insigne Bienfaiteur. Ô ville ingrate ! ô malheureuse Jérusalem ! Que tu as mal profité de la visite de ton souverain Seigneur ! Dans ton aveuglement, tu l’as connu et tu l’as repoussé ! Dans ton impiété, tu as osé le persécuter et le mettre à mort ! Malheureuse, tu pleureras un jour, inutilement, ton ingratitude, ton endurcissement. Ô Marie, Mère de Douleurs, vous daignez jeter sur moi un regard de miséricorde ; vous voyez aussi en mon âme des traits nombreux de la Bonté divine et des marques indubitable de la souveraine miséricorde envers moi. Mais vous y découvrirez aussi des preuves innombrables de mon ingratitude et de ma profonde perversité. Ô Mère tendre ! Compatissez à mes misères, et dans votre miséricorde, obtenez-moi la grâce d’un véritable repentir de mes fautes, et d’une ferme et inviolable résolution d’obéir désormais à la voix de Jésus, votre divin Fils et mon Sauveur.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

V. Le disciple bien-aimé reçoit la Très Sainte Vierge dans sa maison.

Ô mon âme, représente-toi les pieux personnages restés fidèles à Jésus : Nicodème, Joseph d’Arimathie, Madeleine, Salomé, et les autres saintes femmes, arrivant tous dans la rue du mont de Sion. Là tous, les larmes aux yeux, prennent le congé de la Très Sainte Vierge ; Saint-Jean, seul substitué à Jésus pour devenir le fils de Marie, en vertu du testament de l’Auteur de la nouvelle Alliance, demeure attaché à Notre Dame des Douleurs, et l’introduit dans sa maison. Considère ici la joie ineffable que ce cher disciple éprouve en recevant chez lui la Mère de son divin Maître, l’Arche du Nouveau Testament, la souveraine maîtresse et le modèle de toutes les vertus, le miroir de la plus haute sainteté. Voyez avec quelle grâce la Très Sainte Vierge accepte l’hospitalité chez le disciple que Jésus aimait avec tant de tendresse, et à qui il l’avait lui-même recommandée. Mais, hélas ! Jean n’est pas Jésus, et la société du disciple, loin de diminuer la peine de n’avoir plus son divin Fils, ne fait que l’accroître. Cette privation est pour Marie la source d’une douleur inconsolable, que les fréquentes visites des saintes femmes ne peuvent dissiper. Aussi il lui échappe quelquefois de dire : « où est mon Fils ? Je ne puis donc plus le voir ! De grâce, Jean, montrez-le-moi ! Mes chères sœurs, où est mon Fils ? Nous avons perdu avec lui toute notre joie, toute notre douceur, toute la lumière de nos yeux. Mon Jésus est mort en proie aux plus vives angoisses ; son corps était tout déchiré et brûlant de soif ; ce cher Fils était abandonné de tout le monde ! Mère infortunée que je suis, ô cruelle séparation ! ».

Prière

Ô Mère désolée ! Je compatis à votre extrême douleur. Que ne puis-je, avec le disciple bien-aimé et les pieuses femmes, avoir le bonheur de vous servir, de vous consoler et de me tenir auprès de vous ; mais, à défaut de ce privilège, j’entends dès maintenant et pour toujours vous servir en esprit comme l’enfant le plus dévoué, et ne jamais m’éloigner de vous. Ô mère affligée, daignez à votre tour m’adopter à jamais pour votre enfant, et me protéger jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je n’ai, il est vrai, ni l’innocence ni la pureté du disciple chéri ; mais souvenez-vous que vous êtes la Mère des pécheurs, et que vous les aimez de tout votre amour, surtout quand ils sont résolus à quitter le péché.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

VI. Marie a continuellement présent à la pensée la passion et la mort de son Très Saint Fils.

 Ô mon âme, considère la profonde amertume dans laquelle cette Sainte Mère est plongé pendant tout le temps qui s’écoule entre la sépulture de Jésus et sa glorieuse Résurrection. Elle ne pense qu’à la trahison de Judas, à la fuite des apôtres, à la jalousie de ses accusateurs chez Caïphe, au mépris impie de la cour d’Hérode, à la politique criminelle de Pilate. Elle se rappelle sans cesse cette nuit affreuse où Jésus fut couvert d’opprobre et d’ignominie ; elle se représente ce Fils adorable bafoué et meurtri ; elle voit sa tête percée d’épines meurtrières, son sang coagulé sur sa barbe et ses cheveux, sa poitrine et son dos tout déchiré, ses bras livides et enflés, ses épaules chargées du pesant fardeau de la Croix. Elle ne peut un instant perdre de vue ni les clous ni le les marteaux, ni le vinaigre ni l’absinthe. Elle voit son Fils abandonné par son Père céleste lui-même ; elle le voit agonisant et mourant entre deux voleurs. Toutes ces images lugubres ne la quittent pas et ne laissent pas de trêve à sa Douleur ; aussi à ses profonds soupirs succèdent souvent des torrents de larmes. On l’entend parfois s’écrier, avec l’accent de la douleur : « Ô Jésus, ô mon Fils bien-aimé ! ô mon amour ! L’immensité des cieux ne peut vous contenir, et vous voilà renfermé dans un sépulcre étroit ! Vous êtes mort, ô mon cher Fils ! et une pierre froide m’empêche de vous voir. Jean, il vous fut donné de reposer sur son cœur dans le cénacle, rapportez-moi fidèlement ses actes, ses recommandations, ses dernières dispositions. » À ces mots, Marie se met à pleurer amèrement. Marie désolée ne voit donc de toutes parts que des sujets de tristesse et d’amertume ; aux heures douloureuses du jour, succèdent les heures plus tristes encore de la nuit ; le soleil, à son coucher, laisse cette vierge dans son affliction, et, en se levant, il la trouve encore abîmée dans sa douleur.

Prière

Ô très douce Mère ! Je compatis à la désolation de votre esprit et de votre cœur, tout occupés de la douloureuse Passion du Sauveur. Si l’épouse des Cantiques ne pouvait prendre de repos en l’absence de son bien-aimé ; si dans son impatience elle le demandait à tout le monde ; si pour le trouver elle ne comptait pour rien ses peines, et jusqu’aux coups et aux plaies qu’elle recevait des gardes de la ville, parce que la blessure faite par l’amour à son cœur lui rendait insupportable l’éloignement de son bien-aimé ; ô Marie ! Qui pourrait comprendre combien votre cœur infiniment sensible et affligé en vous voyant séparée de votre cher Fils, de celui qui est tout votre amour et l’âme de votre âme ? Il me semble vous entendre dire avec le prophète : « mes larmes son ma nourriture du jour et de la nuit ! ». Ô Mère désolée ! Imprimez la cruelle Passion de votre Fils adorable si profondément dans mon esprit et dans mon cœur, que je pleure ce qui en fut la cause, et qui vous fit souffrir à vous-même un si long et cruel martyre.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

VII. Marie affligée et désolée de la perte de son peuple et de beaucoup d’autres âmes.

Considère, ô mon âme ! Cette Mère de Douleurs qui connaît et apprécie mieux que personne le bienfait immense de la Rédemption des hommes, l’anéantissement auquel s’est soumis le Fils de Dieu en prenant la nature humaine, et les peines et souffrances sans nombre qu’il a enduré pour nous dans sa sainte Humanité. Qui mieux que Marie a pu goûter et mesuré jusqu’au fond le calice fatal que l’Ange présenta à Jésus au jardin des olives ?? Ô douleur sans pareille, souffrance inexprimable ! Marie voit qu’en même temps un nombre presque infini d’âmes ne profite pas de tant de grâces. Elle voit ce peuple, racheté au prix de tout le sang de l’Homme-Dieu, fouler de nouveau au pied ce sang adorable. Le Calvaire a navré de douleurs le Cœur de Marie ; cependant elle a encore plus d’horreur des péchés par lesquels la plupart des chrétiens crucifient de nouveau son Fils. Voilà donc cette Vierge sainte réduite à verser plus de larmes sur les crimes des méchants que sur le crucifiement du Golgotha. Mais si quelques âmes héroïques eussent consenti à souffrir toutes sortes de supplices, et même à se jeter à l’entrée de l’abîme infernal, pour en fermer l’entrée à tant de malheureuses victimes de l’aveuglement et du péché, quelles durent être les angoisses de Marie lorsqu’après avoir enfanté avec tant de douleurs, sur le Calvaire, une multitude innombrables d’élus à une nouvelle vie, elle les voit mépriser un bien si précieux et se précipiter vers leurs pertes éternelles ? Ô mon Dieu ! Quelle affreuse pensée pour elle de prévoir que son cruel martyre sera inutile pour un si grande nombre et ne fera que tourner à leur plus grande ruine ! Ô ingratitude de l’homme ! Quels tourments tu infliges aux entrailles maternelles de cette Vierge affligée !

Prière

Ô tendre Mère du Sauveur ! ô Mère compatissante de tous les enfants d’Adam ! Il est impossible de compatir dignement au supplice de votre Cœur magnanime ! Ma Sainte Mère, quel sera mon sort ? Ferai-je partie des chrétiens malheureux, qui, après vous avoir causé dans leur enfantement tant de douleurs, au lieu de vous consoler en profitant de la Rédemption, augmenteront vos peines en se perdant ? Ah ! De grâce, ne permettez pas que je grossisse le nombre de ces infortunés ; faites, au contraire, que je mette à profit le sang que Jésus a versé ! Il est vrai, j’ai tout à craindre de ma faiblesse ; mais je mets ma confiance dans la grâce de mon Sauveur, et dans votre toute-puissante intercession. Souvenez-vous que, par votre entremise, Jésus est devenu mon frère aîné, et en vertu de son testament vous êtes devenue, sur le Calvaire, ma tendre mère. Souvenez-vous encore que, pour me donner la vie, vous avez consenti, au prix d’une douleur inexprimable, à livrer au fouet et à la mort votre Fils unique. Ô Mère secourable ! Ne m’abandonnez donc pas durant tout le cours de ma vie, et surtout au moment terrible de ma mort ! Faites que je sois pendant toute l’éternité l’objet de la miséricorde de Jésus et de la vôtre.

Ainsi soit-il.
Pater, Ave, Gloria, en mémoire de la désolation de la Très Sainte Vierge.

* * *

Après ces exercices, à l’aube du Dimanche, il convient de se réjouir avec la Très Sainte Vierge, que Jésus ressuscité la visita la première, comme on le croit pieusement.

À cet effet, on peut faire la prière suivante :

Ô glorieuse Vierge et très aimable Mère, ne vous affligez plus, vous avez assez pleuré, il est temps d’essuyer vos larmes : votre divin Fils est ressuscité. Le voilà rempli de majesté, de lumière, de beauté dans son visage, dans ses plaies, dans sa très sainte Âme, dans ses membres infiniment purs ; il a vaincu la mort, il a soumis l’enfer, il a détruit le péché. La cour céleste, les saintes âmes des limbes, et toutes les créatures applaudissent à la triomphante Résurrection de l’Homme-Dieu. Vous qui êtes sa Mère, combien vous pouvez vous réjouir ! Au milieu de cette joie universelle, daignez Vierge Sainte, recevoir la mienne en ce jour d’allégresse ; obtenez-moi, je vous en supplie, la grâce tant désirée de briser les dures chaînes du péché et du monde, de surmonter les tentations de Satan et de ressusciter à la vie spirituelle et à l’amour de Jésus, en vous aimant toujours comme ma tendre Mère.

Ainsi soit-il.

Reine du Ciel, soyez dans l’allégresse, puisque Celui que vous avez eu le bonheur de porter dans votre sein est ressuscité, comme il l’avait dit.

Demandez pour nous à Jésus-Christ ressuscité que nous puissions recueillir les fruits de sa Résurrection.

***

Pour encourager et propager cette dévotion, Pie VII accorda des indulgences suivantes par des rescrits en date du 25 février et 21 mars 1815 :
1° Indulgence plénière le jour de la communion pascale, pour tous les fidèles qui, depuis trois heures du soir le Vendredi Saint jusqu’au Samedi Saint à midi, emploieront une heure ou une demi-heure au moins à honorer la Mère désolée ;
2° 300 jours d’indulgence pour ceux qui pratiqueront cette dévotion les autres vendredis de l’année, depuis trois heures de l’après-midi jusqu’à l’aurore du dimanche suivant ; et une indulgence plénière chaque mois, aux conditions ordinaires, s’ils pratiquent cet exercice toutes les semaines.