Dans le silence du matin

Dans le silence du matin,
Ô Jésus, descends dans mon âme,
Sois mon compagnon de chemin :
Mon cœur ardemment te réclame.
N’es-Tu donc pas le grand ami
Dont le souvenir me réveille,
Tandis que je dors à demi,
Que mon esprit encor’ sommeille.

Comme à Ton humble laboureur,
En mes mains remets la charrue,
Guide mes pas, ô doux Sauveur
Dans la terre encore si nue.
Pour que mon soc creuse profond,
Donne-moi Ta force divine ;
Pour que mon labeur soit fécond,
Que Ton regard vers moi s’incline.

Pour convaincre les incroyants,
Malheureux que l’erreur enchaîne,
Inspire-moi les cris puissants
De l’amour plus fort que la haine ;
Si les obstacles sont nombreux,
Si l’ennemi trouble ma route,
Oh! loin de détourner les yeux,
Viens écarter de moi le doute.

Si la fatigue me surprend :
Par pitié, pour ma main qui tremble,
Viens à moi, je suis Ton enfant :
Nous travaillerons mieux ensemble.
Jusqu’au soir, reste près de moi ;
Puis, quand du repos viendra l’heure,
Je m’endormirai près de Toi,
Et Tu garderas ma demeure.

Henri Colas (éditions Arc-en-ciel – 1946)