Ô Mère de douleur, souffrez donc que nous vous appelions notre Mère
« Ô Marie ! Ô Mère de douleur, qu’il dut être déchirant pour votre Cœur le spectacle de Jésus mourant pour des ingrats dans les plus cruels supplices ! Mais votre Amour pour nous, ô Marie, l’emporte encore sur l’excès de Votre douleur, et, debout au pied de la Croix, Vous consentiez au sanglant Sacrifice du Fils bien-aimé dont la mort devait nous réconcilier avec Dieu.
Pourrais-je donc oublier jamais tout ce que votre Amour pour moi, qui ne suit qu’un enfant pécheur, Vous a coûté de souffrances, d’angoisses sur le Calvaire ! Car le sang précieux que Vous voyiez avec douleur couler sur la Croix, ce sont mes péchés qui l’ont répandu. Je reconnais donc mon ingratitude, ô Marie ! Mais je reconnais aussi tout ce que Vous êtes devenue pour moi dans ce jour.
Pourriez-Vous jamais oublier le testament de Votre cher Fils ! Ses dernières paroles nous ont rendu Vos enfants adoptifs : souffrez donc que nous Vous appelions notre Mère. Oui, nous nous réfugions entre Vos bras maternels, ô Vierge sainte !
C’est par Vous que nous obtiendrons la grâce d’une conversion sincère, et sous ses auspices les grands mystères de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus-Christ, dont vos Douleurs sont inséparables, seront pour nous la source d’un entier renouvellement dans la piété et la ferveur. Ainsi soit-il. »
Le dimanche de la Passion, également connu sous le nom de dimanche des Rameaux, est le grand portail par lequel nous entrons dans la Semaine sainte, une période durant laquelle nous contemplons les moments ultimes de la vie de Jésus. Il commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem, accueilli par une foule en fête, et donc le souvenir de sa Passion.
Déjà dans les années 400, une procession de palmes était organisée à Jérusalem. La messe est entièrement caractérisée par le thème de la Passion de Jésus : cela est particulièrement vrai avec le texte des Évangiles qui, selon l’année correspondante, présente le récit de la Passion.
La première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe (le Chant du Serviteur du Seigneur, Isaïe 50), devient prière dans le psaume 22, avec le refrain « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». Une crainte qui conduira néanmoins Jésus à obéir au Père » jusqu’à la mort sur la croix « , rappelle le texte de la lettre aux Philippiens, choisi comme deuxième lecture.
Il ne s’agit pas seulement d’une célébration de « deuil » et de « lamentation », mais bien plus la semaine qui exprime le « cœur » du mystère pascal, quand Jésus donne sa vie pour notre salut : par amour, Jésus s’est fait homme, et par amour, il donne sa vie. Dans cette obéissance, Jésus aime le Père et aime les hommes qu’il est venu sauver.
Le dimanche des Rameaux nous offre une interprétation de notre vie et de notre destin. Chacune de nos peines et de nos deuils trouve une réponse en Jésus : face à toutes les questions : pourquoi souffrir, pourquoi mourir, pourquoi tant de choix incompréhensibles aux yeux des hommes, Jésus ne nous a pas donné de réponses vagues, mais par sa vie, il nous a dit qu’il est avec nous, à nos côtés. Jusqu’à la fin. Nous ne serons jamais seuls dans notre joie et dans notre souffrance. Jésus est là.
Une célébration dans laquelle on entre avec le cœur à travers le silence et la prière, plus qu’avec des mots à comprendre.
Prière
Seigneur Jésus,
au milieu de la foule en fête
tu es entré à Jérusalem.
Obéissant jusqu’à la fin,
tu remets ton esprit au Père,
en donnant ta vie pour nous sauver.
Les bouches de ceux qui aujourd’hui
t’acclament « Fils de David »
hurleront demain « Crucifiez-le ».
Les mêmes disciples qui ont promis
de rester avec toi jusqu’au bout, t’abandonnent.
Et moi, Seigneur ?
Je réalise que j’ai du mal à te suivre.
Je trouve que la prière
s’exprime difficilement.
Je bégaie. Je m’arrête. Je réfléchis.
Je réalise
que, comme Judas, je suis prêt
à trahir l’amour avec des gestes d’amour.
Comme Pilate, je suis prêt
à défendre la vérité,
tant que je ne dois pas payer en personne.
Comme Pierre, je suis prêt
à te faire tant de promesses,
mais je suis tout aussi prêt à t’abandonner.
Comme les disciples, je suis prêt
à te promettre fidélité,
pour ensuite disparaître dans l’anonymat.
Je réalise aussi que…
comme Marie, mère des douleurs,
en silence, je sais t’accompagner avec le cœur blessé
sur ton chemin de croix.
Comme le disciple bien-aimé,
avec Marie, je sais comment rester à côté
jusqu’au pied de la croix.
Comme le bon larron,
je sais reconnaître mes erreurs
et me confier à ton cœur miséricordieux.
Comme le centurion,
je sais reconnaître
que tu es mon Seigneur et mon Dieu.
Jésus, homme de la Croix,
Fils et frère,
Aie pitié de moi !
Aide-moi à rester derrière toi.
Avec toi.
Pour vivre en Toi et pour Toi.
Faisant implicitement allusion à sa première encyclique intitulée « Dieu est Amour » (« Deus caritas est »), le pape émérite Benoît XVI a dit : « La profession de foi de saint Jean dans sa première Lettre affirme que Dieu est amour, le psaume 144 déjà proclame : «le Seigneur est lent à la colère et plein d’amour, sa bonté est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres».
………….Psaume 144 Dieu est tendresse et pitié………….
Lecture: Psaume 144
1. Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
2. Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
3. Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.
4. D’âge en âge, on vantera tes œuvres,
on proclamera tes exploits.
5. Je redirai le récit de tes merveilles,
ton éclat, ta gloire et ta splendeur.
6. On dira ta force redoutable ;
je raconterai ta grandeur.
7. On rappellera tes immenses bontés ;
tous acclameront ta justice.
8. Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
9. la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres .
10. Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11. Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,
12. annonçant aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
13. ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.
Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
1. C’est à présent le Psaume 144 qui est devenu notre prière, une joyeuse louange au Seigneur qui est exalté comme un souverain aimant et plein de tendresse, préoccupé par toutes ses créatures. La liturgie nous propose cet hymne en deux moments distincts, qui correspondent également aux deux mouvements poétiques et spirituels du Psaume lui-même. A présent, nous nous arrêterons sur la première partie, qui correspond aux versets 1-13.
Le Psaume est élevé au Seigneur invoqué et décrit comme le « Roi » (cf. Ps 144, 1), une représentation divine qui domine les autres hymnes des Psaumes (cf. Ps 46; 93; 95-98). Le centre spirituel de notre Psaume est même précisément constitué par une célébration intense et passionnée de la royauté divine. Dans celle-ci, on répète à quatre reprises — comme pour indiquer les quatre points cardinaux de l’être et de l’histoire — la parole hébraïque malkut, « règne » (cf. Ps 144, 11-13).
Nous savons que ce symbolisme royal, qui aura également un caractère central dans la prédication du Christ, est l’expression du projet salvifique de Dieu: il n’est pas indifférent à l’histoire humaine, il a même à son égard le désir de réaliser avec nous et pour nous un dessein d’harmonie et de paix.
L’humanité tout entière est également convoquée pour accomplir ce dessein, pour qu’elle adhère à sa volonté salvifique divine, une volonté qui s’étend à tous les « hommes », à « chaque génération » et « à tous les siècles ». Une action universelle, qui arrache le mal du monde et qui y installe la « gloire » du Seigneur, c’est-à-dire sa présence personnelle efficace et transcendante.
2. C’est vers ce cœur du Psaume, placée précisément au centre de la composition, que va la louange de prière du Psalmiste, qui se fait la voix de tous les fidèles, et qui voudrait être aujourd’hui notre voix à tous. En effet, la prière biblique la plus élevée est la célébration des œuvres de salut qui révèlent l’amour du Seigneur à l’égard de ses créatures.
On continue, dans ce Psaume, à exalter « le nom » divin, c’est-à-dire sa personne (cf. vv. 1-2), qui se manifeste dans son action historique: on parle précisément d’« œuvres », de « merveilles », d’« exploits », de « puissance », de « grandeur », de « justice », de « patience », de « miséricorde », de « grâce » de « bonté » et de « tendresse ».
C’est une sorte de prière litanique qui proclame l’entrée de Dieu dans les événements humains pour conduire toute la réalité créée à une plénitude salvifique. Nous ne sommes pas en proie à des forces obscures, ni solitaires face à notre liberté, mais nous sommes confiés à l’action du Seigneur puissant et aimant, qui a un « dessein » à notre égard, un « règne » à instaurer (cf. v. 11).
3. Ce « règne » n’est pas fait de puissance et de domination, de triomphe et d’oppression, comme, malheureusement, cela se produit souvent pour les règnes terrestres, mais il est le siège d’une expression de pitié, de tendresse, de bonté, de grâce, de justice, comme on le répète à plusieurs reprises tout au long des versets qui contiennent la louange.
La synthèse de ce portrait divin se trouve dans le v. 8 : le Seigneur est « lent à la colère et plein d’amour ». Ce sont des mots qui évoquent la présentation que Dieu lui-même avait faite de sa propre personne au Sinaï, où il avait dit: «Yahvé, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » (Ex 34, 6).
Nous avons ici une préparation de la profession de foi de saint Jean l’Apôtre à l’égard de Dieu, nous disant simplement qu’Il est amour: « Deus Caritas est » (cf. 1 Jn 4, 8.16).
4. Outre sur ces belles paroles, qui nous montrent un Dieu « lent à la colère, riche en grâce », toujours disponible à pardonner et à aider, notre attention se fixe également sur le très beau verset suivant, le verset 9: « La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres ». Une parole à méditer, une parole de réconfort, une certitude qu’Il apporte dans nos vies.
A ce propos, saint Pierre Chrysologue (380 env.-450 env.) s’exprime ainsi dans le Deuxième discours sur le jeûne: « «Grandes sont les œuvres du Seigneur» : mais cette grandeur, que nous voyons dans la grandeur de la Création, ce pouvoir est dépassé par la grandeur de la miséricorde.
En effet, le prophète ayant dit: «Grandes sont les œuvres de Dieu», il ajouta dans un autre passage: «Sa miséricorde est supérieure à toutes ses œuvres». Chers frères, la miséricorde remplit le ciel, remplit la terre… Voilà pourquoi la grande, généreuse, unique miséricorde du Christ, qui réserva tout jugement pour un seul jour, assigna tout le temps destiné à l’homme à la trêve de la pénitence…
Voilà pourquoi le prophète qui n’avait pas confiance dans sa propre justice se précipite tout entier vers la miséricorde: «Pitié pour moi, mon Dieu — dit-il —, dans ton amour, selon ta grande miséricorde» (Ps 50, 3)» (42, 4-5: Sermons 1-62bis, Scrittori dell’Area Santambrosiana, 1, Milan-Rome 1996, pp. 299.301). Et ainsi, nous aussi, nous disons au Seigneur: « Pitié pour moi, ô Dieu, selon la grande miséricorde ».
Benoît XVI – Audience au Vatican – mercredi 1er février 2006