Dans ce voyage de retour à l’essentiel qu’est le Carême, l’Évangile propose trois étapes que le Seigneur demande de parcourir sans hypocrisie, sans comédie : l’aumône, la prière, le jeûne. A quoi servent-elles ? L’aumône, la prière et le jeûne nous ramènent aux trois seules réalités qui ne disparaissent pas. La prière nous rattache à Dieu ; la charité au prochain ; le jeûne à nous-mêmes. Dieu, les frères, ma vie : voilà les réalités qui ne finissent pas dans le néant, sur lesquelles il faut investir.
Voilà où le Carême nous invite à regarder : vers le Haut, avec la prière qui nous libère d’une vie horizontale, plate, où on trouve le temps pour le ‘je’ mais où l’on oublie Dieu. Et puis vers l’autre avec la charité qui libère de la vanité de l’avoir, du fait de penser que les choses vont bien si elles me vont bien à moi. Enfin, il nous invite à regarder à l’intérieur, avec le jeûne, qui nous libère de l’attachement aux choses, de la mondanité qui anesthésie le cœur. Prière, charité, jeûne : trois investissements pour un trésor qui dure.
Jésus a dit : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Notre cœur regarde toujours dans quelque direction : il est comme une boussole en recherche d’orientation. Nous pouvons aussi le comparer à un aimant : il a besoin de s’attacher à quelque chose. Mais s’il s’attache seulement aux choses terrestres, tôt ou tard, il en devient esclave : les choses dont on se sert deviennent des choses à servir.
L’aspect extérieur, l’argent, la carrière, les passe-temps : si nous vivons pour eux, ils deviendront des idoles qui nous utilisent, des sirènes qui nous charment et ensuite nous envoient à la dérive. Au contraire, si le cœur s’attache à ce qui ne passe pas, nous nous retrouvons nous-même et nous devenons libres. Le Carême est un temps de grâce pour libérer le cœur des vanités. C’est un temps de guérison des dépendances qui nous séduisent. C’est un temps pour fixer le regard sur ce qui demeure.
Où fixer alors le regard le long du chemin du Carême ? C’est simple: sur le Crucifié. Jésus en croix est la boussole de la vie, qui nous oriente vers le Ciel. La pauvreté du bois, le silence du Seigneur, son dépouillement par amour nous montrent les nécessités d’une vie plus simple, libre de trop de soucis pour les choses. De la Croix Jésus nous enseigne le courage ferme du renoncement.
Parce que chargés de poids encombrants, nous n’irons jamais de l’avant. Nous avons besoin de nous libérer des tentacules du consumérisme et des liens de l’égoïsme, du fait de vouloir toujours plus, de n’être jamais content, du cœur fermé aux besoins du pauvre. Jésus sur le bois de la croix brûle d’amour, il nous appelle à une vie enflammée de Lui, qui ne se perd pas parmi les cendres du monde ; une vie qui brûle de charité et ne s’éteint pas dans la médiocrité.
Est-il difficile de vivre comme lui le demande ? Oui, c’est difficile, mais il conduit au but. Le Carême nous le montre. Il commence avec la cendre, mais à la fin, il nous mène au feu de la nuit de Pâques ; à découvrir que, dans le tombeau, la chair de Jésus ne devient pas cendre, mais resurgit glorieuse. Cela vaut aussi pour nous, qui sommes poussière : si avec nos fragilités nous revenons au Seigneur, si nous prenons le chemin de l’amour, nous embrasserons la vie qui n’a pas de couchant. Et nous serons certainement dans la joie.
Après avoir examiné la généalogie de saint Joseph et établi l’illustration de sa naissance, le chancelier Gerson émet, à titre de pieuse croyance, une opinion qu’ont adoptée non-seulement un grand nombre d’auteurs mystiques, mais plusieurs docteurs de l’Église. (Voir la Theologia Mariana; — Cornélius a Lapide; — Suarès, t. II, Sur les Mystères.)
C’est que l’Époux de Marie dut être aussi favorisé dans l’ordre de la grâce qu’il l’avait été dans l’ordre de la nature, et que les titres de sa noblesse divine, pour ainsi parler, devaient être aussi exceptionnels que ceux de sa noblesse temporelle. La grandeur de son ministère justifie et même implique d’une certaine manière les prérogatives qu’on lui attribue, et que Gerson énumère ainsi dans son naïf et pittoresque langage.
I
JEAN DE GERSON (1363-1429)
Église Saint André de Mairieux, vitrail dédié à Saint Joseph (59). La lecture d’un vitrail se fait de gauche à droite et de bas en haut. Joseph artisan dans son atelier. L’ange lui apparut en songe et lui dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse » Joseph prit Marie chez lui Présentation de Jésus au Temple La fuite en Égypte Joseph et l’enfant Jésus Le Saint-Esprit
« Considérons, selon les prérogatives, que raison juge avoir été appartenues ou dues ou convenant à saint Joseph, que c’est bien à croire religieusement qu’il fut sanctifié au ventre de sa mère, comme saint Jean-Baptiste, comme Jérémie, comme son épouse, Notre-Dame, et comme autres plusieurs de moindre mérite. Entendons qu’il devait approcher souvent du Saint des saints, c’est-à-dire à Jésus, trop plus souvent que ne fit saint Jean-Baptiste. Il lui devait faire plus de services, et devait être, ce semble, moult purifié dès le commencement de sa formation, comme fut saint Jean-Baptiste.
« Considérons en outre que saint Joseph demeura vierge, comme Jérémie et Hélie, et saint Jean-Baptiste, et son épouse, sainte Marie. Le béni Fils de Dieu aima tant virginité, qu’il ne voulut point accomplir le mystère de son incarnation, sinon par une mère Vierge : c’est bien à croire aussi qu’il ne voulut point être gardé, nourri, traité, gouverné et porté sinon par celui auquel reluisait pure virginité; car, comme dit le Sage, qui aime la netteté du cœur, aura le roi pour ami; et qui est mieux ce roi que Jésus – Christ ?
« Considérons encore que tentation quelconque ne émut Joseph à ce qu’il s’inclinât et trébuchât à un péché mortel ; mais autrement , hélas ! autrement est de nous, qui n’avons pas telle abondance de grâce.
« Considérons aussi que saint Joseph eut l’esprit de prophétie en bien haut degré, plus que par visions imaginaires, et tant du passé, comme du présent et du futur, et, plus clairement que les prophètes anciens, voire que saint Jean-Baptiste, ce semble, quant en aucune manière; car saint Joseph ne montra mie seulement le Fils de Dieu au doigt, mais le porta, le nourrit, et le traita dès son enfance , et conversa plus prochainement, et plus souvent, avec la Sainteté des saintetés, laquelle le salua non mie une fois, mais plus de mille. Et, si à une salutation saint Jean tressaillit au ventre de sa mère sainte, et en fut remplie de l’esprit d’exaltation et de prophétie, concluons ce que nous pouvons penser de saint Joseph.»
Tout fut donc marqué d’un sceau spécial dans l’âme, dans la vie et dans la famille de saint Joseph. Tout ce qui lui appartient mérite d’être étudié avec respect. Il n’est pas jusqu’à son nom dont la signification mystique ne serve à caractériser le trait saillant de cette sainte figure, et ne justifie l’importance que les Juifs attachaient aux noms portés par les grands serviteurs de Dieu. Écoutons encore sur ce point les réflexions du même auteur.
II
Le Nom de saint Joseph.
JEAN DE GERSON
« Considérons en après que saint Joseph, puisqu’il fut né, fut circoncis le 8me jour, selon la loi, et lors lui fut imposé ce nom : Joseph, qui selon son interprétation signifie accroissement, ou augmentation. Et raisonnablement fut ainsi nommé celui qui devait croitre de vertus en vertus et d’honneurs en honneurs, jusques à une telle dignité qu’il fut appelé Père du béni fils Jésus, et qu’il est maintenant et glorieusement couronné là-haut..
« Nous lisons de plusieurs qu’ils eurent semblable nom : comme Joseph qui sauva l’Égypte contre la famine de sept ans ; mais notre Joseph fut plus parfait, qui gouverna le Sauveur de tout le monde, environ trente ans. Nous avons un autre Joseph d’Arimathie, qui était disciple occulte de Jésus, qui l’ensevelit hardiment et précieusement, comme dit l’Évangile; mais notre Joseph fut plus que disciple de Jésus, et lui fit trop plus de service en son vivant.
« Considérons en outre, selon le mystique entendement, que Joseph signifie l’homme contemplatif, qui s’élève au-dessus de soi et va de clarté en clarté, jusques à la vision des choses divines, de plus en plus : quoique ce soit ici comme en un miroir et en un ombrage. Le contemplatif est le fils de Jacob, qui signifie, selon son interprétation, supplanteur ou lutteur, par quoi nous entendons l’homme actif, qui supplante et met dessous les pieds de l’affection les vices, et lutte contre eux vigoureusement.
« Ce Jacob engendre Joseph; car la vie active engendre la vie contemplative, et vainement, comme dit saint Grégoire, un homme s’efforce de monter le mont de paisible contemplation, qui par avant ne s’est exercé au champ de laborieuse action : et c’est contre ceux et celles de notre temps, qui du premier saut veulent être mis en vie solitaire, ou en vie d’ermitage, ou demeurer au monde, et tantôt être ravis jusque au tiers ciel, sans avoir rien fait en discipline de la supplantation des vices, et mortification de leur charnalité, mais c’est en vain, et souvent tourne en leur dérision, scandale et perdition.
« Considérons encore que Joseph eut son père légal qui se nommait Hély, selon l’évangéliste saint Luc.
(Il y a deux généalogies de saint Joseph: la première lui donne pour père Jacob, la deuxième Héli. Les docteurs, et en particulier saint Augustin, pensent que Joseph naquit de Jacob et fut adopté par Héli. Saint Ambroise dit que Jacob et Héli étaient deux frères, et que le premier étant mort, le second épousa sa veuve, conformément à l’usage des Juifs. De ce second mariage naquit Joseph ; mais, d’après la loi de Moïse, il devait être considéré comme un rejeton du premier époux défunt de sa mère. Héli, conclut saint Ambroise, fut son père selon la nature, et Jacob fut son père selon la loi. ( Exposition de l’Évangile de saint Luc, par saint Ambroise, ch. i.)
« Hély veut dire donation de mon Dieu, et véritablement il n’est pas d’homme qui puisse être Joseph par contemplation, sinon par Dieu qui la donne, bien que l’humaine diligence en oraisons, en jeûnes, en aumônes, en bonnes opérations, dispose à recevoir cette grâce de congruité, non de nécessité. Ce serait ici une profitable et large matière de continuer nos considérations, à connaître la nature de dévote et élevée contemplation, en laquelle c’est bien à croire que saint Joseph profita moult, en la très-familière société de son aimée épouse, et du doux enfant Jésus. Mais à tant nous suffise de cela pour le présent.
« Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes. » (Mt 7, 12)
Sur les lèvres du Christ et dans le contexte du Sermon sur la montagne, la « Règle d’or » (Mt 7, 12 ; Lc 6, 31) ne peut être considérée comme le résumé de la Loi et des prophètes que parce qu’elle fonde sur le don de Dieu (qui est le Christ) ce que les membres du Christ peuvent attendre les uns des autres et s’assurer mutuellement. Elle dépasse donc la simple fraternité humaine pour englober l’échange interpersonnel de la vie divine.
1. La « Règle d’or » se trouve placée chez Matthieu et plus directement encore chez Luc dans le contexte des Béatitudes, du renoncement à une stricte justice distributive, de l’amour des ennemis, de l’exigence qui impose d’être « parfait » et «miséricordieux », comme le Père céleste. Le don reçu de lui est donc considéré comme contenant ce qu’un membre du Christ peut attendre des autres et ce qu’il doit leur assurer en retour. Par là se confirme une fois de plus que la « Loi » comme la « fraternité humaine » générale ont leur «fin» (Rm 10, 4) dans le Christ.
2. Déjà la « Loi » n’était pas une simple expression de la fraternité humaine. Elle manifestait la fidélité du Dieu sauveur qui voulait conclure une alliance avec son peuple (cf. thèse 6). Les « prophètes » ont cependant prédît un accomplissement de la Loi qui est seulement devenu possible quand Dieu eut aboli toute hétéronomie et gravé sa Loi par son Esprit dans le cœur des hommes (Jr 31, 33 ; Ez 36, 26 s).
3. Du point de vue chrétien, aucune éthique, ni personnelle ni sociale, ne peut faire abstraction de la Parole de Dieu qui agit et apporte ses dons. Pour être moralement valable, le dialogue entre les hommes présuppose, comme condition de sa possibilité, le « dialogue » entre Dieu et l’humanité, que l’homme en soit explicitement conscient ou non. En revanche, la relation avec Dieu renvoie ouvertement à un dialogue approfondi entre juif et païen, maître et serviteur, homme et femme, parents et enfants, riches et pauvres, etc.
Ainsi, toute éthique chrétienne est cruciforme : verticale et horizontale. Cette « forme » possède aussi son contenu concret dont on ne peut jamais l’abstraire : le Crucifié qui réunit Dieu et les hommes. Il se trouve présent, comme la norme unique, dans chaque relation particulière, dans chaque situation. « Tout m’est permis » (1 Co 6, 12; cf. Rm 14-15), pourvu que je me souvienne de ce que ma liberté résulte de mon appartenance au Christ (1 Co 6, 19 ; cf. 3, 21-23).
COMMISSION THÉOLOGIQUE INTERNATIONALE : LA MORALE CHRÉTIENNE ET SES NORMES (1974) – TROISIÈME DES NEUF THÈSES DE HANS URS VON BALTHASAR
Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse