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EUCHARISTIE MÉDITÉE 10

EUCHARISTIE MÉDITÉE 10

L’Arbre de vie.

Je donnerai au victorieux à manger du fruit de l’arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu.
(Apoc., XI, 7.)

Eucharistie- Motif sculpté sur porte d'église - Bruxelles
Eucharistie- Motif sculpté sur porte d’église – Bruxelles

10e Action de grâces – Une grande perte réparée.

Je l’ai mangé, Seigneur, cet aliment divin qui préserve de la mort et qui donne la vie ; il répand au-dedans de moi les pures émanations du ciel ; j’en savoure toute la douceur, et, m’enivrant de voluptés inconnues à la terre, il me fait jouir par anticipation des ineffables délices de la patrie.

C’est vous, ô Jésus, mon Sauveur bien-aimé, qui êtes cet aliment délicieux dont je viens de me nourrir. Tremblant de bonheur et d’émotion, je vous adore dans le fond de mon cœur et uni au plus intime de ma substance.

Maintenant, Seigneur, vous êtes plus pour moi que je ne le suis moi-même, et je puis réellement m’écrier avec le grand Apôtre : Non, non, je ne vis plus, mais Jésus vit en moi. Heureuse mort qui vous substitue ma vie ! Céleste transformation qui me donne la vôtre ! Ah ! vivez en moi, ô aimable Sauveur, vivez par moi et pour moi, et qu’à mon tour je vive en vous, pour vous et uniquement de vous.

Je ne vous demande pas, Seigneur, la prolongation de ma vie temporelle ; que m’importe de voir s’augmenter le nombre des années et se prolonger les jours de mon pèlerinage ? Les plus longues vies ne sont pas toujours les plus saintes ; peu m’importe que la mienne soit courte, si tous ses instants sont pleins de vous, si chacun d’eux est marqué au sceau de votre amour.

Mais ce que je vous demande avec instances, ô mon Dieu, ce que je vous supplie de m’accorder, c’est la vie de votre grâce, la vie de votre amour. Donnez-la-moi, Seigneur, si je suis assez malheureux pour en être privé ; conservez-la-moi si je la possède, augmentez-la, accroissez-la à chaque instant en moi.

Vous voyez le fond de mon cœur, et vous savez, mon Dieu, quelle est cette vie divine, le seul bien que je prise, le seul que j’ambitionne, et pour la conservation duquel je sacrifierais volontiers tous les autres.

Non, mon Dieu, je ne vous demande pas ces biens fragiles et périssables que le monde poursuit et ambitionne. Mon œil voit, sans en être jaloux, les uns saturés de plaisirs, les autres nageant au sein de l’opulence ou enivrés de la vaine fumée des honneurs et de la gloire humaine.

A tous ces biens trompeurs je préfère la croix, l’indigence, l’obscurité, les larmes, parce que vous êtes plus souvent avec ceux qui pleurent qu’avec ceux qui se réjouissent, et que la grâce abonde toujours là où vous vous trouvez. Donnez-la-moi, mon Dieu, cette vie de la grâce et de l’amour, objet de mes plus vifs, de mes plus ardents désirs ; conservez-la-moi surtout après me l’avoir donnée.

Car, je le sais, hélas ! c’est un bien que vous ne donnez pas sans retour, on peut le perdre après l’avoir reçu, et des ennemis nombreux et puissants s’efforcent sans cesse de ravir ce trésor, dont le prix inestimable excite d’autant plus leur envie que les premiers ils l’ont perdu sans espérance de le recouvrer jamais.

Donnez-la aussi, ô mon Dieu, cette vie divine de la grâce, à tant d’âmes qui en sont privées, et qui dorment ensevelies dans le sommeil du péché. 0 vous qui êtes la lumière éternelle, illuminez les ténèbres qui les environnent.

Verbe incréé, parole vivante du Père, faites-vous entendre à elles, réveillez-les, comme vous réveillâtes autrefois Lazare au fond de son tombeau. Aujourd’hui comme alors, vous êtes la résurrection et la vie, et votre voix est aussi puissante pour faire sortir les âmes de la mort du péché qu’elle l’était aux jours de votre vie mortelle pour faire sortir les morts de leurs tombes.

Cette voix puissante commande quand elle le veut au néant, et le néant l’entend, lui obéit, et produit à son ordre des créatures vivantes. Ce n’est point un miracle dans l’ordre de la nature que je vous demande en ce moment, ô mon Dieu, mais un miracle de la grâce.

Commandez, Seigneur, au néant du péché ; répandez de nouveau un souffle de vie sur cette argile que vos mains ont pétrie. Que tous ces frères morts que nous pleurons depuis si longtemps, et sur lesquels gémit avec les nôtres votre cœur de Sauveur et de Père, entendent aujourd’hui votre voix, et répondent à son doux et puissant appel !

Que leurs bouches s’ouvrent pour chanter avec nous l’hymne de la reconnaissance ; que leurs cœurs se dilatent pour vous aimer, pour ne plus vivre que de votre amour ; que leurs âmes se réchauffent au contact de la vôtre, et que la vie abonde où abondait la mort.

O Marie, Vierge immaculée, glorieuse Mère de l’auteur de la vie, vous qui avez donné la vie temporelle à celui qui vous l’a donnée à vous-même et qui l’a donnée à toutes les créatures, vous que l’Église appelle à si juste titre salut des infirmes, refuge des pauvres pécheurs, ah ! soyez touchée de nos misères ; abaissez vos yeux miséricordieux sur la foule qui se presse autour de vos autels.

Voyez toutes ces mains suppliantes qui s’élèvent vers votre trône; prêtez l’oreille à toutes ces voix qui crient vers vous; écoutez surtout celles qui vous demandent le retour à Dieu de tant d’êtres chéris. C’est un père, un frère, un ami, un époux dont on vous supplie d’obtenir la vie et la résurrection spirituelle.

Ne soyez pas insensible, ô vous que nous nommons notre Mère et qui l’êtes en effet, aux larmes de vos tristes enfants. Unissez-vous à nous pour fléchir votre Fils ; parlez-lui en notre faveur, en faveur de ceux que nous aimons, et qui ne savent plus ni le prier eux-mêmes, ni recourir à votre puissante médiation.

Sauvez-les malgré eux, forcez-les à recevoir la vie, à l’aimer, celle vie qui est Jésus, Jésus, votre amour et le nôtre, et que, vaincus par vos bienfaits, touchés de vos bontés maternelles, ils viennent bientôt vous bénir et vous rendre grâces après nous. Ainsi soit-il.

Léonie Guillebaut

Marie, Auxiliatrice, Bienfaitrice et Consolatrice des chrétiens

Marie, Auxiliatrice, Bienfaitrice et Consolatrice des chrétiens

Ce fut toujours le soin principal et solennel des catholiques de se réfugier sous l’égide de Marie et de s’en remettre à sa maternelle bonté dans les temps troublés et dans les circonstances périlleuses. Cela prouve que l’Église catholique a toujours mis, et avec raison, en la Mère de Dieu, toute sa confiance et toute son espérance.

la Vierge de Consolation Turin Ve siècle
la Vierge de Consolation Turin Ve siècle

En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l’œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d’une telle faveur et d’une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n’ont pu et ne peuvent les obtenir.

Aussi, puisqu’il lui est doux et agréable par-dessus toute chose d’accorder son secours et son assistance à ceux qui les lui demandent, il n’est pas douteux qu’elle ne veuille, et pour ainsi dire qu’elle ne s’empresse d’accueillir les vœux que lui adressera l’Église universelle.

Cette piété, si grande et si confiante envers l’Auguste Reine des cieux, n’a jamais brillé d’un éclat aussi resplendissant que quand la violence des erreurs répandues, ou une corruption intolérable des mœurs, ou les attaques d’adversaires puissants, ont semblé mettre en péril l’Église militante de Dieu.

L’histoire ancienne et moderne et les fastes les plus mémorables de l’Église, rappellent le souvenir des supplications publiques et privées à la Mère de Dieu, ainsi que les secours accordés par Elle, et en maintes circonstances la paix et la tranquillité publiques obtenues par sa divine intervention.

De là ces qualifications d’Auxiliatrice, de Bienfaitrice, et de Consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix, dont on l’a saluée. Entre tous ces titres, est surtout remarquable et solennel celui qui lui vient du Rosaire, et par lequel ont été consacrés à perpétuité les insignes bienfaits dont lui est redevable le nom de chrétien.

Extrait de SUPREMI APOSTOLATUS OFFICIO – LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIII SUR LE TRÈS SAINT ROSAIRE, donnée à Rome, à Saint-Pierre, le 1er septembre 1883.

EUCHARISTIE MÉDITÉE 9

EUCHARISTIE MÉDITÉE 9

Le divin Maître

A qui irions-nous, Seigneur ? vous avez les paroles de la vie éternelle. (Jean, VI, 69.)

Eucharistie- Motif sculpté sur porte d'église - Bruxelles
Eucharistie- Motif sculpté sur porte d’église – Bruxelles

9e Action de grâces – Jésus enseigne seul la véritable science

Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur vous écoute. C’est bien maintenant, ô Jésus, que je puis vous adresser ces paroles, maintenant que tout se tait et fait silence en moi pour entendre votre voix et goûter en paix la douceur de vos divins entretiens.

Oui ! que tout se taise au-dedans et au-dehors, que tout disparaisse pour moi ; je ne veux plus entendre, je ne veux plus voir que vous, ô Jésus, mon Sauveur bien-aimé ! Trop longtemps j’ai prêté l’oreille aux voix mensongères du monde et des créatures, trop longtemps elles m’ont enchanté et séduit ; mais vous avez parlé, ô divin Maître, et j’ai reconnu leur séduction et leur mensonge.

A présent, votre voix seule est pour moi pleine de charmes ; elle m’enchante, me ravit, et sa douceur me tient lieu de toutes les fausses douceurs de la terre.

Uni à vous, mon souverain bien, je comprends la relativité de tout ce qui passe, de tout ce qui n’est pas vous. Vous m’éclairez, et je vois à votre lumière la vanité du monde, de ses honneurs, de ses richesses et de ses plaisirs.

Ah ! que d’autres les ambitionnent et les poursuivent, moi je les dédaigne ; je n’envie plus qu’un seul honneur, celui de vous plaire, de vous aimer, et de voir votre amour croître sans cesse dans mon cœur, pour qu’il en soit enfin embrasé, consumé comme un holocauste offert à la gloire de votre éternelle majesté.

Je vis en ce moment de vous et par vous, ô Sauveur adoré, et je comprends mieux que jamais que ces quelques jours que nous passons ici-bas, et que nous appelons la vie, ne sont qu’une mort véritable, une épreuve qui sera bientôt terminée, puisque chaque pas que nous faisons sur la terre nous rapproche de la tombe.

Ah ! puisse chacun des miens me rapprocher de vous par la pratique d’un nouvel acte de vertu, par un accroissement d’amour ! Alors la mort ne sera plus que l’objet de mes désirs, le terme de ma captivité, elle sera mon espérance, et, lorsqu’elle viendra de votre part, je la recevrai comme une amie longtemps attendue, comme une messagère de bonheur, je la saluerai comme ma libératrice, comme l’aurore de mon plus beau jour.

Pénétré de ces sentiments, que me fait à présent, ô mon Dieu, que le jour de la vie soit pour moi sans joie et sans bonheur ? que m’importe que ce jour s’écoule dans la tristesse et dans le deuil ? J’ai compris sur votre cœur, ô Jésus, la béatitude des larmes, de la pauvreté, du renoncement et de la croix. Oui, souffrir avec vous et pour vous, ô Sauveur adoré, voilà le vrai bonheur de la terre, le seul qu’ambitionne et désire mon âme.

Soutenu par l’exemple de votre sainte vie, encouragé, fortifié et consolé par la divine parole que vous faites entendre à mon cœur, je veux, ô mon adorable Maître, suivre avec fidélité les inspirations de votre grâce, ne plus écouter d’autres maîtres que vous, et par ma docilité vous prouver ma reconnaissance et mon amour.

Ah ! faites, Seigneur, que mon cœur soit cette bonne terre de l’Évangile qui rend au centuple, et sur laquelle la semence de la divine parole produit des fruits abondants. Pourrait-elle demeurer stérile, cette terre si souvent couverte de la rosée de votre précieux sang  ?

Non, non, vous ne permettrez pas que j’abuse ainsi de vos bienfaits et de vos grâces, et que ces dons, qui, dans les vues de votre miséricorde, doivent servir à ma sanctification et à mon salut, deviennent la matière de mon jugement et le sujet de ma condamnation.

Vous serez ma force, ô Jésus, vous me protégerez contre ma propre faiblesse ; vous serez vous-même le gardien de mes promesses, de mes résolutions, et vous mettrez le sceau à tous vos dons en m’accordant celui de la persévérance finale.

0 Marie, Vierge fidèle, vous qui écoutiez toutes les paroles de Jésus et qui les conserviez dans votre cœur pour en faire la règle de votre conduite et de votre vie, vous qui êtes la copie fidèle et la vivante image de votre Fils, vous qui l’avez aimé et imité mieux que personne ne l’aimera et ne l’imitera jamais, ayez pitié de ma faiblesse ; voyez mon cœur, il veut être à Jésus, il veut y être tout entier, sans réserve et sans retour.

Mais, hélas ! il est faible, fragile, inconstant. Ah ! soyez son soutien, sa caution, son guide. Je vous le donne ce pauvre cœur, ô ma tendre Mère ; cachez-le dans le vôtre ; gardez-le pour l’offrir à Jésus, pour l’instruire et le sanctifier à l’école du vôtre. Ainsi soit-il.