Tous les articles par P. Jean-Daniel Planchot

L’Acte qui consacre l’humanité dans l’amour

L’Acte qui consacre l’humanité dans l’amour

JEUDI SAINT

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout (Jn 13,1)

En mourant, Jésus dit : Tout est consommé (Jn 19,30. 28). Dans la mort de Jésus, l’histoire humaine tout entière parvient à sa consommation, à son sommet. Un homme de notre race a été Jusqu’au bout de l’amour ; il a fait de sa mort un acte parfait d’amour, s’abandonnant sans réser­ve entre les mains du Père (Le 23,46) et entre les mains de ses frères pécheurs (Le 23,33-34).

Cet Acte est indépassa­ble : il porte d’un coup l’histoire à son accomplissement, et si celle-ci continue, c’est pour que les hommes entrent dans cet Acte, le fassent leur, acceptant d’être pris en lui, sancti­fiés, consacrés par lui, qui les transforme et leur permet d’aller, eux aussi, jusqu’au bout de l’amour.

L’Acte de mourir de Jésus sur la Croix est l’acte auquel l’humanité entière est suspendue, l’Acte qui la sanctifie et la consacre tout entière dans l’amour.

Cet acte de mourir, Jésus l’a anticipé symboliquement, c’est-à-dire réellement et d’une manière merveilleusement significative pour nous, à la Cène. La veille de sa mort, pour la gloire du Père et la joie de ses frères, Jésus se fait pain des hommes.

Il prend le pain qui est son corps ; anticipant sa mort, il prend en main la totalité de son être et de son existence, il se prend lui-même et il se rompt ; ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne (Jn 10,18) : il se rompt lui-même, avant même d’être rompu par nous tous, ses frères pécheurs ; il se partage.

Consommant sa mort à lui-même, il devient capable de se partager entre tous dans un partage où il est vraiment tout entier à chacun ; il passe au Père dans les autres, et, nous regar­dant tous, il dit : « Mon Corps, c’est vous ».

La Parole par laquelle il se livre est efficace : il est déjà mort, il vit déjà au cœur des siens. La Passion ne fera qu’accomplir ce qu’il a dit ; les hommes seraient d’ailleurs bien incapables de faire mourir celui qui est la Vie, s’il ne voulait lui-même mourir pour eux et par eux, dans l’amour.

Mais, à la Cène, Jésus dit : Faites ceci en mémoire de moi (Le 22,19). Ceci n’est pas simplement le rite à réitérer, c’est l’Acte posé ce soir-là. L’Église est tout entière invitée à entrer dans l’Acte qui la sauve et la consacre.

Nous som­mes sauvés, nous faisons de notre vie un acte d’amour parfait dans la mesure où « nous faisons ceci en mémoire de Lui », dans la mesure où nous nous prenons, où nous nous rompons dans la mort à nous-mêmes et où nous devenons réellement le pain des autres, à la gloire du Père.

L’Acte de mourir de Jésus, son acte parfait d’amour, est re-présenté (rendu présent dans un symbole) à l’huma­nité, jusqu’à la fin des siècles, dans l’eucharistie. La messe est le moment où cet Acte nous rejoint et où nous le lais­sons s’emparer de nous, nous consacrer et nous « trans-substancier », pour que nous aussi, nous allions jusqu’au bout de l’amour.

Jean-Marie Hennaux Vœu et promesse,… dans « Vie consacrée », DDB, 1972, p. 6-7.

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Saint François de Paule, ermite, fondateur de l’ordre des Minimes

Saint François de Paule, ermite, fondateur de l’ordre des Minimes

Saint François de Sales Moretto
Saint François de Sales Moretto

Il naquit à Paola, aujourd’hui province de Cosenza, le 27 mars 1416. Frappé depuis son enfance par une forme grave d’infection à un œil, il fut confié par ses parents à l’intercession de François d’Assise: en cas de guérison le petit endosserait pendant toute une année l’habit franciscain comme oblat.

Parfaitement guéri, il entrera à 15 ans, pour accomplir le vœu de ses parents, au couvent de S.Marco Argentano (Cosenza) où il manifesta aussitôt son penchant à la prière et de grands dons de piété. A la fin de son séjour au couvent il entreprit, avec ses parents, un pèlerinage à la recherche d’une vie religieuse plus adaptée à lui.

Il se rendit à Assise, Mont-Cassin, Rome, Lorette et Monte Luco. A Rome, troublé par le faste de la cour papale il fit ce commentaire :« Notre Seigneur ne vivait pas ainsi ». C’était là le premier indice de son âme de réformateur.

Ermite

Rentré à Paule, il commença une période de vie d’ermite, dans un endroit inaccessible des propriétés de sa famille. D’autres personnes, de plus en plus nombreuses, s’associèrent progressivement à cette expérience, en le reconnaissant assez vite comme leur guide spirituel.

Avec les siens, il construisit une chapelle et trois dortoirs. En 1452 arriva l’approbation diocésaine avec la faculté d’instituer un oratoire, un monastère et une église. Les nobles eux-mêmes de Paola, enthousiastes de l’expérience de François, contribuèrent comme simples ouvriers à la construction des édifices.

Approbations papales

La réputation de sainteté de François se répandit rapidement: en 1467 le pape Paul II envoya à Paola un émissaire pour avoir des nouvelles de l’ermite. Après avoir présenté son rapport positif sur le monastère, le même légat pontifical décida de s’agréger à la communauté.

Le 17 mai 1474, le pape Sixte IV reconnaissait officiellement le nouvel ordre avec la dénomination: Congrégation érémitique paulienne(Paola) de Saint François d’Assise. La reconnaissance de la règle avec le nom actuel fut plutôt du pape Alexandre VI.

Le manteau sur la mer

Aimé et recherché comme guide spirituel, François était considéré aussi comme l’unique autorité en mesure de s’opposer aux abus de la cour aragonaise dans le royaume de Naples, en se mettant aux côtés des pauvres. A ce sujet on raconte certains faits prodigieux qui lui sont attribués.

En 1464, année de grande famine, certains ouvriers se dirigeaient vers le plateau de Terranova en recherche de travail. Dans le territoire de Galatro (Reggio Calabria) ils tombèrent sur Saint François en route vers Sicile. Ce dernier leur demanda un peu de pain mais eux aussi ils étaient affamés et n’avaient rien à manger.

Alors François dit: «Donnez-moi vos besaces car, il y a du pain à l’intérieur». Ce qui était vrai: dans les pauvres besaces les ouvriers trouvèrent du pain très blanc, chaud et fumant. Et plus ils en mangeaient, plus le pain augmentait en quantité.

D’après un autre récit, un batelier refusa de faire passer François et ses compagnons vers la Sicile. Le saint étendit alors son manteau sur la mer, et ainsi ils purent franchir le détroit. Autre «charisme» attribué au saint ermite fut la prophétie, comme par exemple, il prédit que la ville d’Otrante serait tombée entre les mains des Turcs en 1480 et reconquise ensuite par le roi de Naples.

De l’ermitage à la cour

Colportée par les marchands napolitains, la renommée de François parvint jusqu’en France, à la cour de Louis XI, alors malade, et qui demanda au pape Sixte IV de faire venir l’ermite à son chevet. Aussi bien le pape que le roi de Naples virent dans cette invitation la possibilité d’avantages politiques. François cependant obéit difficilement à l’injonction papale: il était habitué à son ermitage et de mauvais gré il s’adapterait à la vie de cour.

A son arrivée, le roi Louis XI s’agenouilla à ses pieds; il n’obtint jamais la guérison, mais l’action à la cour de l’ermite fit naître de bonnes relations entre la papauté et la monarchie française. Ici aussi, François fut approché par des gens simples mais aussi par des universitaires en recherche d’un guide spirituel. François resta 25 ans au-delà des Alpes, où il travailla la terre comme paysan, toujours en faisant grandir sa réputation de réformateur et de pénitent.

Avec l’agrégation de certains bénédictins et franciscains, la congrégation calabraise abandonna la vie érémitique en faveur de la cénobitique. En outre ce tournant portera à la fondation d’abord du Tiers Ordre séculier, puis des Moniales. Les règles respectives furent définitivement approuvées par Jules II le 28 juin 1506.

Mort et canonisation

François mourut à Tours le 2 avril 1507. Sa renommée se répandit vite en Europe grâce aux trois branches de la famille Minime (frères, moniales et tertiaires). Il fut canonisé le 1° mai 1519, douze ans seulement après sa mort, durant le pontificat de Léon X, auquel il avait prédit l’élection au siège pontifical lors que celui-ci était encore enfant.

Le 13 avril 1562, certains Huguenots forcèrent sa tombe et ils y trouvèrent son corps intact auquel ils mirent le feu. Les rares reliques de Saint François de Paule sont conservées dans les couvents des Minimes dont Palerme, Milazzo et Paule.

EUCHARISTIE MÉDITÉE 2

EUCHARISTIE MÉDITÉE 2

Emmanuel, ou Dieu avec nous

Mes délices sont d’habiter avec les enfants des hommes. (Proverbes., VIII,31.)

eucharistie-bruxelles
Eucharistie- Motif sculpté  porte d’église – Bruxelles

2me Action de grâces – Jésus, notre Emmanuel par l’incarnation

Soyez béni, ô Jésus, mon Seigneur et mon Dieu ; car c’est bien en cet heureux instant que vous êtes mon divin Emmanuel, le Dieu véritablement avec moi, présent en moi, uni à moi.

Ah ! je reconnais, Seigneur, mon indigence ; je con­fesse, devant la grandeur de votre majesté abaissée jusqu’à moi, que je suis infiniment indigne de l’hon­neur que vous me faites en venant me visiter ; mais l’excès de ma misère fera éclater celui de votre miséricorde, vos abaissements eux-mêmes mani­festeront votre amour et glorifieront votre nom.

L’âme que vous venez de visiter, ô Jésus, est trop pauvre pour que vous puissiez y prendre vos délices ; mais n’est-ce pas son indigence qui vous attire en elle ? Riche, vous venez l’enrichir de vos propres biens ; saint, vous voulez la rendre sainte de votre sainteté ; fort, vous voulez être avec elle pour la soutenir et la rendre forte de votre force divine ; auteur de la vie, médecin par excel­lence, vous venez guérir toutes ses infirmités et lui donner cette vigueur céleste qui est la santé et la vie de l’âme.

Accomplissez, Seigneur, vos miséricordieux des­seins ; bien loin d’y mettre obstacle, je veux, aidé de votre grâce, les seconder de tout mon pouvoir et y coopérer avec toute l’ardeur de ma volonté. Uni à vous, je veux ne m’en séparer jamais : car la vie sans vous serait pour moi la mort, ô le bien-aimé de mon cœur.

Un jour passé sans vous serait pour moi un jour sans soleil, sans espérance, sans bonheur ; une heure même sans vous, ô Sauveur adoré, serait une heure que je ne veux pas vivre, votre amour ne permettra pas qu’elle sonne jamais pour moi, et si vous prévoyez qu’elle doive arriver un jour, vous me rappellerez à vous avant qu’elle soit venue.

Soyez toujours mon Emmanuel, ô Sauveur bien- aimé ; soyez avec mon esprit pour l’éclairer de vos divines lumières, avec ma mémoire afin qu’elle ne perde jamais le souvenir de votre amour, de vos bienfaits, de vos perfections infinies ; soyez avec ma volonté pour la fortifier dans le bien et la rendre en tout conforme à votre sainte volonté ; soyez enfin avec mon cœur pour le détacher de la terre, pour l’embraser et le consumer des saintes ardeurs de votre charité.

Ne me quittez pas, ô Jésus ; soyez avec moi en tous lieux, en tous temps. Soyez avec moi au moment de la tentation, pour m’apprendre à résister et à vaincre ; soyez-y à celui de l’épreuve, afin que je sache la supporter avec patience, courage et résignation.

Soyez encore avec moi au temps de la prière, afin de fixer la légèreté de mon esprit, la mobilité de mes pensées ; que mon cœur, dans ce saint exercice, goûte toujours combien vous êtes, doux à celui qui vous aime ; qu’il se repose sur votre sein pour y puiser de nouvelles forces, pour remplir avec zèle les différents devoirs que votre providence m’impose.

Soyez enfin le compagnon inséparable de mon travail, de mon repos, de mes joies, de mes peines ; sanctifiez par votre présence, par cette divine union, les unes et les autres ; soyez avec moi dans le temps pour que je sois avec vous dans l’éternité.

Et vous, ô Vierge sainte, vous qui nous avez donné notre Emmanuel bien-aimé, vous qui lui avez été si intimement unie, non seulement par la chair, mais encore par l’affection et par le cœur ; vous qui l’avez aimé comme une mère aime son enfant, soyez le lien qui m’unisse à l’objet divin de votre amour et du mien ; par vous il est venu à moi, que par vous j’aille à lui. Apprenez-moi à l’aimer, apprenez-moi enfin à lui plaire et à vous imiter. Ainsi soit-il.

Léonie Guillebaut