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Marie, Mère de l’Église

Une nouvelle messe mariale pour le lundi de Pentecôte 2018 : « Marie, Mère de l’Église »

Vierge Marie, Mère de l'Église
Vierge Marie, Mère de l’Église

Historique

Instituée par la Congrégation pour le culte divin et avec l’approbation du pape François, l’Église catholique célébrera pour la première fois comme mémoire liturgique obligatoire la messe du lundi de Pentecôte en l’honneur de la Vierge Marie sous le vocable de « Marie, Mère de l’Église ».

En réalité, les prières très belles de cette messe « Marie, Mère de l’Église » figurent déjà dans l’appendice du Missel romain « Messes en l’honneur de la Vierge Marie » approuvées le 15 août 1986.

Il s’agit de mettre en lumière la mission de la Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église. La Vierge Marie est membre éminent de l’Église mais l’Église est plus grande qu’elle. La Vierge Marie ne se situe pas en dehors ou au-dessus de l’Église mais au cœur du Peuple de Dieu.

Si l’expression « Marie, Mère de l’Église » n’apparaît pas chez les Pères de l’Église ni dans la tradition orientale, son sens se trouve en revanche développé chez les grands théologiens comme saint Irénée de Lyon, saint Ambroise de Milan et saint Augustin. C’est un moine bénédictin de l’abbaye de Ferrières au IXe siècle qui semble être le premier à avoir utilisé le titre de « Mère de l’Église » dans un commentaire du chapitre 12 de l’Apocalypse : « Marie, Mère de l’Église, du fait qu’elle a engendré celui qui est la Tête de l’Église et qu’elle est en même temps fille de l’Église, puisqu’elle est le membre le plus important de l’Église ».

À la suite de cette longue tradition théologique et spirituelle, le bienheureux pape Paul VI déclara Marie « Mère de l’Église » le 21 novembre 1964, lors de la clôture de la 3e session du concile Vatican II.

L’Église, Corps du Christ

Saint Paul, célèbre le Christ « Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église » (Col 1, 18). Dans son épître aux Colossiens, l’apôtre des nations appelle l’Église « Corps du Christ » (Col 1, 24). L’image du corps humain avec la tête et ses membres correspond au Christ total, qui rassemble dans l’unité le Christ, sa Tête, et les chrétiens, ses membres. Dans son épître aux Corinthiens (1 Co 12, 12.27), saint Paul explique la dépendance des membres du même corps avec ses différentes fonctions, image qui s’applique à l’Église, « le Christ répandu et communiqué », selon la belle formule de Bossuet, où chaque baptisé participe à la vie du Fils de Dieu en tant que membre vivant de son Corps.

Le Christ ressuscité est devenu inséparable de son Église. L’Église n’existe qu’unie au Christ, sa Tête. Le Christ et l’Église forment le Christ total : sa Tête et ses membres. Inutile de parler du Christ sans son Église. Erreur que d’imaginer l’Église comme existant sans le Christ.

Marie est aussi la plus grande des sauvés par sa foi en son Fils, le Verbe fait chair en son sein. À l’Annonciation, elle accueille librement et de manière intelligente le Verbe. Par son adhésion à la mission annoncée par l’ange Gabriel, elle devient la Mère du Messie, la Mère de Dieu. En elle, le Verbe s’unit à la nature humaine. Le Fils de Dieu s’unit alors d’une certaine manière à tout homme. Pour sauver les hommes, Dieu s’est fait homme. Voici le cœur et l’originalité de la foi chrétienne par rapport à d’autres religions. Désormais, entre Dieu et l’humanité il y a un commun dénominateur : l’humanité de Jésus semblable à la nôtre hormis le péché. Le saint pape Jean-Paul II aimait cette formule ramassée de la foi : « Jésus-Christ est le visage humain de Dieu et le visage divin de l’homme » (Ecclesia in America, n°67).

À partir de l’image de l’Église, Corps mystique dont le Christ Jésus est la Tête et les baptisés ses membres, il s’avère logique d’appeler « la Mère de la Tête » « Mère des membres » et « Mère de l’Église ». En ce sens, les chrétiens sont nés spirituellement dans le sein de la Vierge Marie à l’Annonciation, au moment où le corps du Fils de Dieu fait homme est devenu la Tête de ce Corps qui est l’Église (cf. Épître de saint Paul aux Corinthiens 12, 12s). Mère du corps physique de Jésus-Christ, Marie est aussi Mère de l’Église, son Corps mystique.

La Vierge Marie, Mère du Christ, Mère de l’Église

La foi de l’Église prend naissance dans la Bible. La prière de l’Église manifeste aussi le projet de salut de Dieu pour l’humanité : « Lex orandi, lex credendi » (« La loi de la prière est la loi de la foi »). C’est pourquoi il convient de faire appel à la liturgie de l’Église pour comprendre le mystère de la Vierge Marie. À l’Annonciation, la Vierge Marie est devenue la Mère du Fils de Dieu fait homme, qui recevra le nom de Jésus. L’événement de l’Annonciation représente non seulement la nouveauté de l’Incarnation mais aussi le commencement de l’Église. La liturgie de cette fête, appelée par certains Pères de l’Église « la fête de la racine » car cachée et fondatrice, exprime le mystère de l’accueil du Fils de Dieu « par la foi de Marie » et sa tendresse maternelle envers le corps de son fils Jésus (cf. Préface de la messe) tandis que la prière sur les offrandes met en lumière la naissance de l’Église, Corps du Christ : « L’Église n’oublie pas qu’elle a commencé le jour où ton Verbe s’est fait chair ».

Si Marie est la mère de Jésus, elle est aussi la mère de l’Église. Étant la mère de la Tête du Corps elle demeure aussi la mère du reste du Corps, les membres unis au Christ par la foi et le baptême. S’il n’est pas possible de séparer la Tête du Corps, il n’est pas possible non plus de séparer la maternité divine de Marie de sa maternité spirituelle envers le Corps de son Fils Jésus, l’Église.

Un théologien du XIIe siècle, Isaac de l’Étoile[1], moine cistercien, a su mettre en valeur l’union du Christ et de l’Église, la maternité de Marie envers le Christ et à l’égard de l’Église : «  Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare donc pas. Ce mystère est grand, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église. Garde-toi bien de séparer la tête du corps ; n’empêche pas le Christ d’exister tout entier ; car le Christ n’existe nulle part tout entier sans l’Église, ni l’Église sans le Christ. Le Christ total, intégral, c’est la tête et le corps[2]. »

Dans un autre sermon sur l’Assomption, Isaac de l’Étoile élargit sa réflexion à l’union de Marie et de l’Église dont elle est la figure : « Les hommes, en eux-mêmes, par leur naissance selon la chair, sont une multitude ; mais par la seconde naissance, la naissance divine, ils ne sont avec lui qu’un seul. Le seul Christ, unique et total, c’est la tête et le corps.

Et ce Christ unique est le Fils d’un seul Dieu, dans le ciel et d’une seule mère sur la terre. Il y a beaucoup de fils, et il n’y a qu’un seul fils. Et de même que la tête et le corps sont un seul fils et plusieurs fils, de même Marie et l’Église, sont une seule mère et plusieurs mères, une seule vierge et plusieurs vierges. L’une et l’autre ont conçu du Saint-Esprit, sans attrait charnel (…). L’une a engendré, sans aucun péché, une tête pour le corps ; l’autre a fait naître, dans la rémission des péchés, un corps pour la tête. L’une et l’autre sont mères du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre. Aussi c’est à juste titre que, dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de la vierge mère qu’est l’Église, s’applique en particulier à la Vierge Marie ; et ce qui est dit de la vierge mère qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Église.

De plus, chaque âme croyante est également, à sa manière propre, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ, vierge et féconde. Ainsi donc c’est la Sagesse même de Dieu, le Verbe du Père, qui désigne à la fois l’Église au sens universel, Marie, dans un sens très spécial et chaque âme croyante en particulier.

C’est pourquoi l’Écriture dit : « Je demeurerai dans l’héritage du Seigneur ». L’héritage du Seigneur, dans sa totalité, c’est l’Église, c’est tout spécialement Marie, et c’est l’âme de chaque croyant en particulier. En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois ; en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin du monde ; et dans la connaissance et l’amour du croyant, pour les siècles des siècles[3]. »

Au XIIIe siècle, le grand théologien dominicain saint Thomas d’Aquin voit dans les noces de Cana l’image de l’union mystique du Christ et de l’Église, union commencée à l’Annonciation : « Ces épousailles eurent leur commencement dans le sein de la Vierge, lorsque Dieu le Père unit la nature humaine à son Fils dans l’unité de la personne, en sorte que le lit nuptial de cette union fut le sein virginal… Ce mariage fut rendu public lorsque l’Église s’est unie au Verbe par la foi[4]. »

Le Docteur Angélique s’inspire de la pensée de saint Augustin pour qui le sein de la Vierge Marie est une chambre nuptiale où s’unissent dans la personne du Verbe la nature divine et la nature humaine. Pour saint Augustin, le corps de Jésus s’unit à l’Église formant ainsi « le Christ total tête et corps ».

L’Incarnation comporte une dimension ecclésiale. Marie a accueilli le Verbe au nom de l’humanité et pour l’humanité. Marie, nouvelle Ève, accomplit la prophétie du livre de la Genèse en écrasant la tête du serpent par sa foi (cf. Gn 3, 15). Elle est aussi la femme de l’Apocalypse qui enfante une nouvelle humanité (cf. Ap 12).

La Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes » enseigne que « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (n°22, 2). Par conséquent, la Vierge Marie est devenue aussi mère de cette humanité ce qui peut expliquer en partie la dévotion des croyants des religions non chrétiennes qui se rendent en pèlerinage dans les sanctuaires mariaux comme Lourdes ou Notre-Dame de la Garde à Marseille.

La Vierge Marie et la Pentecôte

Au Cénacle, Marie était réunie en prière avec les apôtres dans l’attente de l’Esprit Saint. La préface de la messe de « Marie, Mère de l’Église » nous révèle le sens de sa maternité spirituelle : « Quand les apôtres attendaient l’Esprit qui leur était promis, elle a joint sa supplication à celle des disciples, devenant ainsi le modèle de l’Église en prière. »

Marie nous apprend à prier. Prier, c’est appeler l’Esprit Saint au cœur de l’Église, ce qui explique le choix du lundi de Pentecôte.

La fête solennelle de la Pentecôte achève le mystère du Salut après la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus à la droite du Père.

Faire mémoire de Marie équivaut à entrer dans une dynamique de foi en la Parole de Dieu et de prière à l’Esprit Saint. Dans la célébration de la messe, les fidèles en se nourrissant du Corps et du Sang de Jésus, né de Marie, parviennent remplis de l’Esprit Saint à former « un seul corps et un seul esprit dans le Christ » (Prière eucharistique n°3). Voici le mystère de l’Église, Corps du Christ !

Vénérer la Vierge Marie

Le père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), dominicain, fondateur de l’École biblique de Jérusalem, notait dans son Journal spirituel au cours de son noviciat au couvent royal de Saint-Maximin : « La bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance[5]. »

L’histoire de l’Église montre aussi comment la fréquentation de la Vierge Marie dans la prière loin d’éloigner les fidèles du Christ les a rapprochés avec justesse de son mystère.

Aussi le concile Vatican II exhorte-t-il les chrétiens à vénérer la Vierge Marie avec amour en lui adressant des prières d’invocation et en cherchant à imiter sa foi[6].

Il arrive que des sociologues s’étonnent de l’impact de la spiritualité mariale auprès des chrétiens ayant subi la violence, l’emprisonnement, la pauvreté et toutes sortes de persécutions. Avec la Vierge Marie, ils ont gardé la foi au Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes.

Importance de cette nouvelle messe

Marie agit en mère qui rassemble ses enfants. Une maman aime ses enfants. Elle prend soin de manière prioritaire de l’enfant qui va mal, malade ou en souffrance morale. « Comblée de grâce » à l’Annonciation, Marie exerce sa maternité spirituelle dans sa prière d’intercession comme à Cana. Elle nous apprend à faire confiance à Jésus : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Évangile selon saint Jean 2, 5). Loin d’être une mère possessive, elle oriente tout chercheur de Dieu vers son Fils Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes.

La maternité divine de Marie continue de se déployer par sa prière : « Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Église de son amour maternel » (Préface de la messe Marie, Mère de l’Église).

C’est Jésus lui-même qui du haut de la croix a confié son disciple bien-aimé à sa mère : « Femme, voici ton fils » (Évangile selon saint Jean 19, 26). Et Jean a reçu Marie pour Mère. Il est devenu « fils de Marie » imitant sa foi, sa charité et son espérance.

Par ailleurs, Marie, la première missionnaire, est la Mère des « disciples-missionnaires »  dont nous parle notre pape François.

La célébration de cette messe « Marie, Mère de l’Église » donne une vision missionnaire à l’Église dans le rayonnement de la Pentecôte comme l’exprime la prière après la Communion : « Qu’avec l’aide maternelle de la Vierge Marie, ton Église proclame à tous les peuples le message de l’Évangile et qu’elle remplisse le monde entier de l’effusion de ton Esprit ».

[1] Isaac de l’Étoile (1100-1178), moine de Pontigny, puis abbé de l’Étoile en Poitou, ami de saint Thomas Becket.

[2] Sermon d’Isaac de l’Étoile. Liturgie des heures IV. Temps ordinaire. 23e semaine.

[3] Sermon d’Isaac de l’Étoile pour l’Assomption. Marie et l’Église. La liturgie des heures I. Avent – Noël. II Samedi de l’Avent.

[4] Saint Thomas d’Aquin, In Ioan. 1, n°338.

[5] Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel. Paris. Édition du Cerf. 2014. 16  novembre 1880. P. 104.

[6] Concile Vatican II. Lumen gentium. Chapitre VIII. « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église », n° 66-67.

Fr. Manuel Rivero O.P. Cathédrale de Saint-Denis (La Réunion). France.

Saint Joseph, un modèle pour les journalistes

Saint Joseph et Jésus
Saint Joseph et Jésus
Le Pape a reçu en audience quelque 400 employés du quotidien catholique italien l’Avvenire ce mardi midi. Ce qu’il leur a dit est valable pour tous ceux qui traitent de l’information. En ce premier mai, il les a invités à s’inspirer de saint Joseph, dont les caractéristiques sont le reflet du style Dieu : faire silence pour entendre, se laisser interpeller, être le témoin d’une église qui ne regarde pas la réalité avec distance ou supériorité mais de l’intérieur, et annoncer avec passion et joie de l’Évangile de la miséricorde.

 

En la solennité de saint Joseph, patron des travailleurs, le Pape qui en est particulièrement dévot,  juge « facile d’apprécier la figure de saint Joseph et de demander son intercession » mais pour devenir vraiment ses amis, il faut faire siennes ses qualités qui sont le reflet du style de Dieu.»

Il évoque d’abord « l’homme du silence » qui en apparence seulement est l’antithèse du communiquant. « En réalité, c’est seulement en éteignant les bruits du monde et de nos bavardages qu’il est possible d’écouter, contribution première à toute communication ».  Le silence de Joseph est habité par la voix de Dieu et manifeste l’obéissance de la foi. Joseph se laisse guide par Sa volonté.

Ce n’est pas un hasard s’il sait cheminer dans la nuit, sans comprendre, fort d’un appel qui le place face au mystère. «Joseph est l’homme juste capable de s’en remettre au rêve de Dieu, en se chargeant de porter de l’avant ses promesses. C’est un gardien discret et attentif.» Un éducateur qui accompagne et transmet un métier. Or «la dignité de la personne est étroitement liée au travail, et pas à l’argent, à la visibilité ou au pouvoir.»

Collaborer pour mieux communiquer

Dans « leur caisse à outils », les journalistes disposent maintenant d’instruments technologiques qui ont profondément modifié la profession. Une réorganisation du travail est nécessaire et elle implique plus de collaboration et une harmonisation des médias (télévision, radio, agence de presse).

« Une convergence et une interactivité qui doivent favoriser les synergies, l’intégration et une gestion unique ». Le Pape met en garde contre « un attachement au passé » pourrait être une « tentation pernicieuse ». Il demande aux journalistes catholiques de savoir discerner « les signes des temps » pour emprunter de nouveaux chemins.

Il est utile de rappeler que les médias « offrent un potentiel énorme pour contribuer à une culture de la rencontre ».  Comment l’Église peut-elle faire entendre sa voix et annoncer l’Évangile de la miséricorde ? En suivant les enseignements de saint Joseph.

Les vertus du silence

« Le menuisier de Nazareth nous rappelle l’urgence de retrouver un sens de saine lenteur, de calme et de patience ». Le Pape ne manque pas en effet d’observer que la « rapidité de l’information dépasse notre capacité de réflexion et de jugement ».

Une culture de la hâte et de la superficialité qui privilégie l’immédiateté à l’expérience et qui « risque de nous exposer à la pastorale de l’applaudimètre » ou « à un nivellement de la pensée ».

Le silence de saint Joseph rappelle que tout commence par l’écoute pour s’ouvrir à la parole et à l’histoire de l’autre. Et le silence implique deux choses. D’abord, de ne pas perdre ou abîmer ses racines culturelles  et de toujours se ressourcer dans le Seigneur, en faisant notre ses sentiments d’humilité, de tendresse, de gratuité et de compassion.

Le Pape demande ainsi aux journalistes de chercher la vérité avec humilité. Que l’Évangile soit « la ligne éditoriale » dont dépend leur intégrité, car ils auront alors « la lumière qui les aidera à discerner et les mots pour recueillir la réalité et l’appeler par son nom, en évitant de la réduire à une caricature. »

Se laisser interpeller

Ensuite, il faut reconnaître le Seigneur dans le visage de son prochain, et se laisser interpeller par lui, en dépassant « les myopies, la désinformation et les discriminations ». Le dialogue triomphe des suspicions et des peurs. « L’Église, artisan du dialogue, est purifiée et aidée par lui dans sa compréhension de la foi ».

Le Pape demande aux journalistes de contribuer au dépassement d’oppositions stériles et dangereuses, de ne pas succomber à la tentation de ne pas voir, de s’éloigner, d’exclure et de discriminer, de ne pas se contenter de ce que les autres voient, mais aussi de transformer les problèmes en opportunité, et de se faire les compagnons de tous ceux qui se démènent pour la justice et la paix.

« Ne grossissez pas la file de ceux qui courent pour raconter cette petite part de réalité déjà sous le feu des projecteurs. Partez des périphéries qui ne sont pas la fin mais le commencement de la ville ».

Éduquer à penser

 Paul VI invitait les journalistes à « faire le bien de ceux qui les écoutent ». « Nous devons les éduquer à penser et à juger » affirmait le bienheureux en 1971. Le communiquant catholique a horreur des rigidités qui suffoquent ou emprisonnent.

«  Il ne met pas en cage l’Esprit Saint mais cherchent à le laisser voler » afin que « la réalité ne cède pas la place à l’apparence, la beauté à la vulgarité, l’amitié sociale à la conflictualité ». Le communiquant catholique cultive et renforce toute semence de vie et de bien.

Que les journalistes catholiques puissent faire entendre la voix d’une Église qui ne regarde pas la réalité ni avec distance ou supériorité mais de l’intérieur, « qu’elle s’y cale, s’y mêle et l’habite pour susciter et dilater l’espérance de chacun ».

Et si le Pape de nouveau pousse ses interlocuteurs à « avoir en horreur l’information qu’on consomme facilement et qui ne (nous) engage pas, à reconstruire les éléments de contextes et expliquer les causes (de la réalité), à s’approcher des personnes avec toujours un grand respect », il les invite aussi à toujours « miser les relations (interpersonnelles) qui constituent et renforcent la communauté ».

Et rien de telle que la miséricorde pour créer de la proximité. Il les exhortent ainsi à s’en faire messager pour contribuer au renouvellement de la société pour servir le bien commun, la dignité de chacun et à la pleine citoyenneté.

Le Pape juge aujourd’hui nécessaire de donner de la voix aux valeurs propres à la mémoire collective, aux réserves culturelles et spirituelles du peuple, et de contribuer à apporter au monde sociale, politique ou économique la sensibilité et les orientations de la Doctrine sociale de l’Église, en étant les premiers interprètes fidèles et les premiers témoins.

appel à la sainteté dans le monde actuel

Gaudete et exsultate
Gaudete et exsultate

« Gaudete et exsultate » :

Exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance.

En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).

2. Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification.

Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4)

l’Exhortation en entier (ici)

176. Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions, car elle a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle est la sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne.

Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Il suffit de chuchoter encore et encore : “Je vous salue Marie…’’.

177. J’espère que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté. Demandons à l’Esprit Saint d’infuser en nous un intense désir d’être saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever.

Pape François, exhortation apostolique, donnée à Rome, près de Saint-Pierre, le 19 mars, Solennité de Saint Joseph, de l’an 2018, sixième année de mon Pontificat.

son plan (page 2)