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LETTRE DE L’AVENT SUR LES CONSEILS ÉVANGÉLIQUES

Voici de la part du P. Tomaz MAVRIC, notre Supérieur Général, la Lettre de l’Avent :

P. Thomas Mavric, cm
P. Thomas Mavric, cm

 

LETTRE DE L’AVENT

LES CONSEILS ÉVANGÉLIQUES :

UN APPEL UNIVERSEL A LA SAINTETÉ

A tous les membres de la Famille vincentienne

Chers frères et sœurs,

La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !

Cette lettre de l’Avent est une invitation à prier, méditer et intérioriser les conseils évangéliques comme moyen de poursuivre notre chemin avec saint Vincent de Paul, « mystique de la Charité ». Jésus est le centre de notre vie, de notre action, de nos aspirations.

Pour nous, chrétiens, il est le point de mire, le modèle et celui que nous devons mettre à la première place dans nos vies, que notre vocation soit à la vie conjugale, au célibat ou à une forme de vie consacrée. La pauvreté, la chasteté et l’obéissance sont des signes incontestables et frappants dans la vie de Jésus, car il était pauvre, chaste et obéissant.

Habituellement, lorsque nous parlons des conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, nous les associons à la vie consacrée. Les personnes consacrées suivent un chemin spécifique, confirmé par les vœux qu’elles prononcent. Cependant, les conseils évangéliques font partie de la réponse à l’appel universel à la sainteté de chaque chrétien, mais toujours selon sa vocation spécifique, donnée par Jésus lui-même.

Jésus reste le prototype de la manière de vivre les trois conseils évangéliques. Bien qu’il ait tout eu, il a vécu pauvrement. Il était chaste, ce qui lui permettait une grande liberté dans ses relations. Il a été obéissant, exprimant avec une grande clarté que sa mission sur terre se déploierait selon le dessein du Père et s’abandonnant totalement à la volonté de son Père jusqu’à la dernière seconde de sa vie terrestre, jusqu’à la croix où il s’est exclamé avant de retourner dans la maison de son Père : « Tout est accompli » (Jean 19, 30).

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Le fondement du conseil évangélique de pauvreté est la vie du Fils de Dieu : « Jésus-Christ, qui, ayant tout, n’avait rien ; il était le maître et le seigneur de tout le monde, il a fait les biens qui y sont ; cependant il a voulu, pour l’amour de nous, se priver de l’usage ; bien qu’il fût le seigneur de tout le monde, il s’est fait le plus pauvre de tous les hommes, il en a eu même moins que les moindres animaux ». Coste XI, 224 ; conférence 130 « Sur la pauvreté », 6 août 1655.

Notre appel commun, en tant que Vincentiens, à servir les pauvres nous pousse à témoigner dans le monde de notre configuration au Christ qui a commencé avec notre baptême et s’approfondit jusqu’à notre retour dans la maison du Père.

En tant que Vincentiens, notre priorité n’est pas l’accumulation de biens matériels et de ressources financières pour nos propres fins égoïstes, car nous gardons toujours à l’esprit et dans le cœur que les pauvres sont « nos Seigneurs et nos Maîtres » qui ont droit à nos ressources.

Réfléchir à la manière dont nous pouvons les assister nous aide à vivre le conseil évangélique de pauvreté par un mode de vie sobre et simple. La mission vincentienne nous place dans le monde des pauvres. La pauvreté vincentienne favorise une communauté de service et de solidarité avec nos frères et sœurs.

Elle suppose également de modeler notre vie sur l’exemple de Jésus pauvre, qui a évangélisé les personnes les plus abandonnées. Saint Vincent, selon la longue tradition de l’Église, fait la distinction entre la pauvreté intérieure et la pauvreté extérieure, toutes deux nécessaires. Sans manifestation extérieure, la « pauvreté spirituelle » n’est pas crédible. Sans motivation spirituelle, la « pauvreté matérielle » est souvent de l’ordre du mal.

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Le conseil évangélique de chasteté concerne également tous les chrétiens, évidemment ceux qui prononcent le vœu, mais aussi les personnes mariées et les célibataires.

En tant que Vincentiens, régulièrement au contact des pauvres, nous ne devons pas les aider seulement matériellement, mais aussi spirituellement, en abordant la personne de manière intégrale, en partageant avec elle la valeur de la chasteté dans le cadre de l’évangélisation.

Les pauvres comprendront les relations chrétiennes grâce à la façon dont nous vivons en cohérence avec les valeurs de l’Évangile, en étant lumière et sel pour l’humanité.

La chasteté implique la continence intérieure et extérieure, selon l’état de vie, afin que l’affectivité et la sexualité de la personne soient vécues avec un profond respect des autres et de soi-même. Le célibat présuppose la renonciation au mariage et aux expressions sexuelles qui lui sont propres.

Pour les Vincentiens dans la vie consacrée, ces deux éléments du vœu, chasteté et célibat, sont des manifestations extérieures de leur don total. Ils doivent être perçus comme l’engagement d’une «responsabilité particulière : le service des pauvres » et non comme un refus de la responsabilité familiale. Les exigences d’une suite radicale de Jésus conduisent les Vincentiens consacrés à s’offrir entièrement pour la cause du Royaume.

Pour les Vincentiens en général, le conseil évangélique de chasteté nous aide à grandir dans une relation intime avec Jésus. En tant que don généreux de soi aux autres, la chasteté favorise notre mission d’évangélisation et de charité envers les pauvres, une expression de générosité et de créativité. Comme la pauvreté, la chasteté encourage une communauté de service qui ne peut être efficace qu’à travers l’amitié et des relations fraternelles.

Nous sommes appelés à développer la liberté et le soutien mutuel à travers des amitiés saines et la prudence, menant au zèle apostolique. Nous devons reconnaître nos propres faiblesses, notre besoin d’humilité et la nécessité du soutien indispensable de Jésus. Saint Vincent affirme : « L’humilité est un très excellent moyen pour acquérir et conserver la chasteté ». Coste XI, 168 ; conférence 111, «Sur la chasteté», 13 novembre 1654.

Il y a des moments où la fidélité à Jésus implique des sacrifices. Saint Vincent recommande un sérieux sacrifice (la mortification) des sens intérieurs et extérieurs et de savoir éviter les modes d’expression de l’affectivité et de la sexualité qui ne sont pas en accord avec le célibat.

Parce que notre humanité a ses forces et ses faiblesses, nous devons parler sincèrement des difficultés avec Jésus et avec d’autres personnes qui peuvent nous soutenir, comme notre confesseur et notre directeur spirituel.

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Le troisième conseil évangélique est l’obéissance. Il s’adresse aux personnes qui sont ouvertes au message de Jésus. Malgré les doutes et les incertitudes, elles s’abandonnent à Jésus et lui font confiance, persuadées qu’en fin de compte, le chemin qu’il nous propose de suivre est le meilleur.

Comme nous le rappelle saint Vincent : « il y a bénédiction de Dieu dans les actions faites par obéissance ». Coste VI, 560 ; lettre 2431 à François Villain, Prêtre de la Mission, à Troyes, 25 octobre 1657

L’obéissance implique des valeurs et des attitudes évangéliques telles que l’humilité, la simplicité, la douceur, le dialogue, le don de l’écoute dans la vie conjugale, dans le célibat ou dans la vie consacrée. Même lorsque saint Vincent s’adresse aux personnes consacrées, il évoque souvent l’exemple de l’obéissance et de la déférence des laïcs :

« J’ai connu un conseiller de la cour… Tout conseiller qu’il était et âgé, il ne faisait jamais rien sans prendre conseil. S’il n’avait personne, il appelait son laquais : « Viens ça, petit Pierre, j’ai une telle affaire ; que penses-tu que je doive faire là-dessus ? » Son laquais lui répondait : « Monsieur, il me semble que vous feriez bien de faire comme cela. » — « Va, Pierre, tu as raison, je suivrai ton conseil. » Et il m’a dit qu’il éprouvait que Dieu donnait une telle bénédiction là-dessus que les choses qu’il faisait de cette sorte réussissaient à bien. » Coste XIII, 642 ; document 160, Conseil du 20 juin 1647

Lorsque deux ou plusieurs personnes n’arrivent pas à se mettre d’accord entre elles, surtout sur des questions d’importance, c’est le conseil évangélique d’obéissance qui les mène à un état de paix intérieure et de réconciliation qu’elles ne pouvaient pas imaginer.

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En tant que chrétiens et Vincentiens, nous nous efforçons de ne pas avoir le dernier mot, ni d’avoir raison, mais de nous situer dans le rôle du serviteur, de celui qui sert et non de celui qui est servi. Que la méditation et l’intériorisation des conseils évangéliques aident chacun de nous à répondre à l’appel universel à la sainteté et ainsi, recevoir de grandes bénédictions.

« Que bienheureux sont ceux qui se donnent à Dieu de cette sorte pour faire ce que Jésus-Christ a fait, et pratiquer après lui les vertus qu’il a pratiquées : la pauvreté, l’obéissance, l’humilité, la patience, le zèle et les autres vertus ! Car ainsi ils sont les vrais disciples d’un tel Maître ; ils vivent purement de son esprit et répandent, avec l’odeur de sa vie, le mérite de ses actions, pour la sanctification des âmes, pour lesquelles il est mort et ressuscité » Coste VIII, 543 ; lettre 3314 à Joseph Beaulac [1656].

Ma prière de l’Avent pour tous les membres de la Famille vincentienne : « continuez à le craindre [Notre Seigneur] et à le bien aimer ; offrez-lui vos incommodités et vos petits services, et ne faites rien que pour lui complaire, et de la sorte vous irez croissant en grâce et en vertu ». Coste IV, 410 ; lettre 1512 aux Sœurs de Valpuiseaux, 23 juin 1652.

Votre frère en saint Vincent,
Tomaž Mavrič, CM, Supérieur général

une prière constante, le médicament de la foi

une prière constante, le médicament de la foi

Dans un monde où l’urgence prime sur l’essentiel, ce dimanche 16 octobre, le Pape suggère aux fidèles de prier tout au long de la journée pour rester «en phase» avec le Seigneur, connectés à Lui.

 

LE PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
dimanche 16 octobre 2022

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Chers frères et sœurs, bonjour!

L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui se termine par une question inquiète de Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Lc 18, 8). Comme pour dire : quand j’arriverai à la fin de l’histoire – mais, on peut le penser, encore maintenant, en ce moment de vie – trouverai-je un peu de foi en toi, en ton monde ? C’est une question sérieuse.

Imaginons que le Seigneur vienne sur terre aujourd’hui : malheureusement, il verrait tant de guerres, tant de pauvreté, tant d’inégalités, et en même temps de grandes réalisations technologiques, des moyens modernes et des gens qui courent toujours, ne s’arrêtent jamais ; mais trouverait-il ceux qui lui consacrent du temps et de l’affection, qui le placent en premier?

Et surtout demandons-nous : que trouverait-il en moi, si le Seigneur venait aujourd’hui, que trouverait-il en moi, dans ma vie, dans mon cœur ? Quelles priorités dans ma vie verriez-vous ?

Ne pas laisser l’amour pour Dieu se refroidir

Nous nous concentrons souvent sur de nombreuses choses urgentes mais inutiles, nous traitons et nous inquiétons de nombreuses réalités secondaires ; et peut-être, sans s’en rendre compte, négligeons-nous ce qui importe le plus et laissons notre amour pour Dieu se refroidir, se refroidir peu à peu.

Aujourd’hui, Jésus nous offre le remède pour réchauffer une foi tiède. Et quel est le remède ? La Prière. La prière est le médicament de la foi, le tonique de l’âme. Cependant, cela doit être une prière constante. Si l’on doit suivre une cure pour aller mieux, il est important de bien l’observer, de prendre les médicaments de la manière et en temps voulu, avec constance et régularité.

Dans tout dans la vie, il y a un besoin pour cela. Pensons à une plante que nous gardons chez nous : nous devons la nourrir régulièrement tous les jours, nous ne pouvons pas la faire tremper puis la laisser sans eau pendant des semaines ! A fortiori pour la prière : on ne peut pas vivre que des moments forts ou des rencontres intenses de temps en temps et puis « hiberner ».

L’eau quotidienne de la prière

Notre foi va se tarir. Il faut l’eau quotidienne de la prière, il faut un temps dédié à Dieu, pour qu’il puisse entrer dans notre temps, notre histoire; de moments constants où nous lui ouvrons notre cœur, pour qu’il puisse chaque jour déverser en nous amour, paix, joie, force, espérance ; c’est-à-dire pour nourrir notre foi.

C’est pourquoi Jésus s’adresse aujourd’hui « à ses disciples – à tous, pas seulement à quelques-uns ! – de la nécessité de prier toujours, sans jamais se lasser » (v. 1). Mais on pourrait objecter : « Mais comment puis-je faire ? Je ne vis pas dans un couvent, je n’ai pas beaucoup de temps pour prier ! ».

Peut-être cette difficulté, qui est vraie, peut-elle être aidée par une sage pratique spirituelle, aujourd’hui un peu oubliée, que nos aînés, surtout les grands-mères, connaissent bien : celle des prières dites jaculatoires. Le nom est un peu dépassé, mais la substance est bonne.

De quoi s’agit-il? Des prières très courtes, faciles à mémoriser, que l’on peut répéter souvent au cours de la journée, lors des différentes activités, pour rester « en phase » avec le Seigneur. Prenons quelques exemples.

Dès le réveil on peut dire : « Seigneur, je te remercie et je t’offre ce jour » : c’est une petite prière ; puis, avant une activité, on peut répéter : « Viens, Esprit Saint » ; et entre une chose et une autre priez ainsi : « Jésus, j’ai confiance en toi, Jésus, je t’aime ». Des petites prières mais qui nous maintiennent en contact avec le Seigneur.

Prières jaculatoires et lecture de la Parole

Combien de fois envoyons-nous des « sms » aux personnes que nous aimons ! Faisons-le aussi avec le Seigneur, afin que le cœur reste connecté à lui, et n’oublions pas de lire ses réponses. Le Seigneur répond toujours. Où les trouve-t-on ? Dans l’Évangile, à garder toujours à portée de main et à ouvrir chaque jour quelques fois, pour recevoir une Parole de vie qui nous est adressée.

Et revenons à ce conseil que j’ai donné tant de fois : ayez un petit Évangile de poche, dans votre poche, dans votre sac à main, et ainsi quand vous avez une minute, ouvrez et lisez quelque chose, et le Seigneur vous répondra.

Que la Vierge Marie, fidèle dans l’écoute, nous enseigne l’art de prier toujours, sans se fatiguer.

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Après l’angélus

Chers frères et sœurs !

La première phase de la XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques s’est ouverte le 10 octobre dernier, sur le thème « Pour une Église synodale : communion, participation, mission ». Depuis lors, la première phase du Synode se déroule dans les Églises particulières, avec écoute et discernement.

Les fruits du processus synodal qui a commencé sont nombreux, mais pour arriver à pleine maturité, il faut ne pas être pressé. C’est pourquoi, afin d’avoir un temps de discernement plus long, j’ai établi que cette Assemblée synodale se déroulera en deux sessions.

La première du 4 au 29 octobre 2023 et la seconde en octobre 2024. J’espère que cette décision pourra favoriser la compréhension de la synodalité comme dimension constitutive de l’Église et aider chacun à la vivre dans un cheminement de frères et de sœurs qui témoignent de la joie de l’Évangile.

Aujourd’hui, à Boves (Cuneo), Don Giuseppe Bernardi et Don Mario Ghibaudo, pasteur et pasteur adjoint, tués dans la haine de la foi en 1943 seront béatifiés du sang, partageant le sort tragique d’autres citoyens, exterminés par les nazis.

Que leur exemple suscite chez les prêtres le désir d’être des pasteurs selon le cœur du Christ, toujours aux côtés de leur peuple. Une salve d’applaudissements aux nouveaux Bienheureux !

Mardi prochain, 18 octobre, la Fondation « Aide à l’Église en Détresse » promeut l’initiative « Un million d’enfants prient le Rosaire pour la paix dans le monde ». Merci à tous les garçons et filles qui participent! Nous nous joignons à eux et confions le peuple ukrainien torturé et les autres peuples qui souffrent de la guerre et de toutes les formes de violence et de misère à l’intercession de Notre-Dame.

En ce qui concerne la pauvreté, demain est la journée mondiale du refus de la misère : chacun peut donner un coup de main pour une société où personne ne se sent exclu parce qu’il est démuni.

Je vous salue tous, Romains et pèlerins de divers pays : familles, groupes paroissiaux, associations. En particulier, je salue le groupe fribourgeois que j’ai entendu jouer : bien ; le Chœur « Comelico » de Santo Stefano di Cadore ; l’Association de la milice de l’Immaculée Conception, et les représentants de la Confédération espagnole des organisations d’entreprises et de la Fédération espagnole des autonomes.

Et je salue aussi les fidèles de Chajarí, dans la province d’Entre Ríos (Argentine) qui sont là : que Dieu les bénisse !

Je souhaite à tous un bon dimanche. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir !


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Les saints sont des perles précieuses, «un catéchisme en image»

Les saints sont des perles précieuses, «un catéchisme en image»

Le Pape François a reçu trois cents participants au colloque sur «la sainteté aujourd’hui», jeudi 6 octobre, en Salle Clémentine du Palais apostolique. Dans son discours, le Saint-Père a rappelé l’importance d’une sainteté pleine de bonne humeur, d’humour, de joie et d’espérance.

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS
AU CONGRÈS ORGANISÉ PAR LE DICASTÈRE POUR LA CAUSE DES SAINTS

Salle Clémentine
Jeudi 6 octobre 2022

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Je suis heureux de vous rencontrer au terme du Colloque sur “la sainteté aujourd’hui” organisé par le Dicastère des Causes des Saints.

Je salue et remercie le Cardinal Marcello Semeraro, les autres Supérieurs, les Officiels, les Postulateurs et tous les collaborateurs. Je vous salue tous, vous qui venez de différentes parties du monde et qui avez participé à ces journées d’étude et de réflexion, enrichies par l’apport d’intervenants de qualité, d’acteurs venant du monde théologique, scientifique, culturel et médiatique.

Le thème choisi par le Colloque est en harmonie avec l’Exhortation apostolique Gaudete et exsultate qui vise à « faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités » (n. 2).

Un tel appel est au cœur du Concile Vatican II, qui a dédié un chapitre entier de Lumen Gentium à la vocation universelle à la sainteté et qui affirme « tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père » (n. 11).

Aujourd’hui encore il est important de découvrir la sainteté au sein du peuple saint de Dieu : chez les parents qui élèvent leurs enfants, chez les hommes et les femmes qui accomplissent avec dévouement leur travail quotidien, chez les personnes qui supportent une situation d’infirmité, chez les personnes âgées qui continuent à sourire et à offrir la sagesse.

Le témoignage d’une conduite chrétienne vertueuse, vécue de nos jours par tant de disciples du Seigneur, est pour nous tous une invitation à répondre personnellement à l’appel à être saints. Ce sont des saints “de la porte d’à côté”, que nous connaissons tous.

Les saints de la porte d’à côté

À côté, ou mieux, au milieu de cette multitude de croyants que j’ai définie par « les saints de la porte d’à côté » (Gaudete et exsultate, n. 7) il y a ceux que l’Église présente comme des modèles, des intercesseurs et des maîtres. Il s’agit des Saints béatifiés et canonisés, qui rappellent à tous que vivre l’Évangile en plénitude est possible et beau.

La sainteté, en effet, n’est pas un programme d’efforts et de renoncements, elle ne consiste pas en une “gymnastique spirituelle”, non, elle est autre chose : elle est avant tout l’expérience d’être aimé de Dieu, de recevoir gratuitement son amour, sa miséricorde :

Ce don divin nous ouvre à la reconnaissance et nous permet de faire l’expérience d’une grande joie, qui n’est pas l’émotion d’un instant ou un simple optimisme humain, mais la certitude de pouvoir tout affronter avec la grâce et l’audace qui viennent de Dieu.

«Une sainteté pleine de bonne humeur»

Sans cette joie, la foi se réduit à un exercice opprimant et triste ; mais on ne devient pas saint en “faisant la tête”. Il faut un cœur joyeux et ouvert à l’espérance. Le nouveau Bienheureux Jean-Paul Ier nous donne l’exemple de cette sainteté pleine de bonne humeur.

De même, le Bienheureux Carlo Acutis est un modèle de joie chrétienne pour les enfants et les jeunes. Et la “joie parfaite” de Saint François d’Assise nous édifie toujours par son paradoxe Évangélique.

La sainteté germe dans la vie concrète des communautés chrétiennes. Les Saints ne viennent pas d’un “monde parallèle”. Ce sont des croyants qui appartiennent au peuple fidèle de Dieu et sont insérés dans le quotidien qui est fait de famille, d’étude, de travail, de vie sociale, économique et politique.

Dans toutes ces situations, le Saint ou la Sainte marche et œuvre sans crainte ou peur de l’exclusion, remplissant dans chaque circonstance la volonté de Dieu. Il est important que chaque Église particulière soit attentive à recueillir et à valoriser les exemples de vie chrétienne qui ont mûris au sein du peuple de Dieu, qui a toujours eu un certain “flair” particulier pour reconnaître ces modèles de sainteté, témoins extraordinaires de l’Évangile.

«Une sainteté pleine de bonne humeur»

Il faut donc garder en juste considération le consentement des gens autour de ces figures chrétiennement exemplaires. Les fidèles, en effet, sont dotés par la grâce divine d’une perception spirituelle indéniable pour identifier et reconnaître dans l’existence concrète de certains baptisés l’exercice héroïque des vertus chrétiennes. La fama sanctitatis ne provient pas avant tout de la hiérarchie mais des fidèles.

C’est le peuple de Dieu, dans ses diverses composantes, qui est le protagoniste de la fama sanctitatis, c’est-à-dire de l’opinion commune et répandue parmi les fidèles concernant l’intégrité de vie d’une personne, perçue comme un témoin du Christ et des béatitudes évangéliques.

Une réputation de sainteté spontanée, stable et durable 

Cependant, il est nécessaire de vérifier qu’une telle réputation de sainteté soit spontanée, stable, durable et répandue au sein d’une partie importante de la communauté chrétienne. Elle est, en effet, authentique quand elle résiste aux changements de temps, aux modes du moment, et engendre toujours des effets salutaires pour tous, comme nous pouvons le constater dans la piété populaire.

De nos jours l’accès correct aux moyens de communication peut favoriser la connaissance du vécu évangélique d’un candidat à la béatification ou à la canonisation. Cependant, dans l’utilisation des médias numériques, en particulier des réseaux sociaux, il peut y avoir le risque d’exagérations et de mystifications dictées par des intérêts peu nobles.

Il faut donc un sage et perspicace discernement de la part de tous ceux qui s’occupent de la qualité de la réputation de sainteté. Par ailleurs, un élément qui prouve la fama sanctitatis ou la fama martirii est toujours la fama signorum.

Quand les fidèles sont convaincus de la sainteté d’un chrétien, ils font recours – même en masse et avec passion – à son intercession céleste. L’exaucement de la prière de la part de Dieu représente une confirmation d’une telle conviction.

Les Saints sont des perles précieuses

Chers frères et sœurs, les Saints sont des perles précieuses. Ils sont toujours vivants et actuels, ils ne perdent jamais leur valeur, parce qu’ils représentent un commentaire fascinant de l’Évangile. Leur vie est comme un catéchisme en image, l’illustration de la Bonne Nouvelle que Jésus a apporté à l’humanité : que Dieu est notre Père et il nous aime tous avec un amour immense et une tendresse infinie.

Saint Bernard disait que, en pensant aux Saints, il se sentait brûler de “grands désirs” (Disc. 2; Opera omnia Cisterc. 5, 364 ss.). Que leur exemple éclaire les esprits des femmes et des hommes de notre temps, en ravivant la foi, en animant l’espérance et en embrasant la charité, afin que chacun se sente attiré par la beauté de l’Évangile et que personne ne se perde dans le brouillard du non-sens et du désespoir.

Je ne veux pas terminer sans mentionner une dimension de la sainteté à laquelle j’ai consacré un petit chapitre dans Gaudete et exsultate : le sens de l’humour. Quelqu’un a dit un jour : « Un saint triste est un saint triste ». Savoir profiter de la vie avec un sens de l’humour, car prendre le côté de la vie qui fait rire, cela allège l’âme.

Et il y a une prière que je vous recommande de dire – je la prie tous les jours depuis plus de 40 ans – la prière de Saint Thomas More : c’est curieux, il demande quelque chose pour la sainteté mais il commence par dire:  » Seigneur, donne-moi une bonne digestion et quelque chose à digérer « . Il va au concret, mais l’humour part de là. La prière est dans la note 101 de Gaudete et exsultate, la prière est là, pour que vous puissiez la prier.

J’espère que les approfondissements et les suggestions de votre Colloque pourront aider l’Église et la société à recueillir les signes de sainteté que le Seigneur ne cesse de susciter, parfois même par les voies les plus inattendues. Je vous remercie pour votre travail !

Je le confie à l’intercession maternelle de Marie, Reine de tous les Saints et je vous bénis de tout cœur. Et enfin, le Cardinal Semeraro vous a déjà demandé de prier pour moi ; alors je ne vous le dis pas, il l’a dit lui. Merci.


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