Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Neuvaine de la Transfiguration 8

Huitième jour de la neuvaine – Jésus seul

Transfiguration du Christ - Rubens - musée des Beaux-Arts Nancy
Transfiguration du Christ – Rubens – musée des Beaux-Arts Nancy

Voir «Jésus, seul», cela signifie encore : concentrer sur Jésus seul notre attention et notre regard, ne pas  nous laisser distraire par les choses du monde, ni par les hommes et les femmes que nous rencontrons, bref, rendre Jésus suprême et unique dans notre vie.

Est-ce à dire qu’il faille fermer les yeux au monde qui nous entoure et qui souvent a besoin de nous ?

Quelques uns sont appelés à rester absolument seuls avec le Maître : qu’ils soient fidèles à cette vocation.

Mais la plupart des disciples de Jésus, vivant au milieu du monde, peuvent donner aux mots «Jésus, seul» encore une autre interprétation.

Sans renoncer à un contact reconnaissant avec les choses créées, à un contact aimant et dévoué avec les hommes, ils peuvent atteindre un degré de foi et de charité, où Jésus deviendra transparent, à travers les hommes et les choses.

Toute beauté naturelle, toute beauté humaine, deviendront la frange de la beauté même du Christ; nous verrons son reflet dans tout ce qui, en d’autres, attire et mérite notre sympathie; bref, nous aurons «transfiguré » le monde, et, dans tous ceux sur lesquels nous ouvrirons les yeux, nous trouverons «Jésus seul». 

L’événement qui a eu lieu sur le mont Thabor est un défi que le Christ nous lance pour que nous continuions à « jouer » à le chercher.

C’est une main tendue à notre faiblesse et à notre incohérence, c’est un rayon d’espérance pour nous dire : « Persévère ! » Persévère, malgré tous les efforts qu’exige un instant décisif, déjà venu ou encore à venir, un instant qui attend de toi que tu reconnaisses le Christ et que tu cries comme l’apôtre Jean sur le lac de Tibériade : « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,17).

*

Il est cependant, en un sens, légitime et même désirable de demeurer sur la sainte montagne. On peut croire sans témérité que notre très aimé Sauveur se souvenait des joies ressenties au Thabor et du témoignage reçu alors du ciel, quand, dans les angoisses de l’agonie, il priait longuement en disant : Abba, Père.

Ne demandait-il pas et ne méritait-il pas pour nous, dans l’abattement de la sueur sanglante, que nous vivions de la vérité la plus importante peut-être qu’il ait apportée au monde : sa filiation divine et notre participation à cette filiation ? Mgr Gay a écrit que l’état de Fils de Dieu est le fondement de la vie humaine de Jésus et par conséquent celui de la vie chrétienne.

Le fidèle qui persévère en cet état bienheureux est la vivante image de Jésus. Comme le Sauveur ne cessait de vivre dans In contemplation de son Père et de l’amour que son Père lui porte ; ainsi l’âme fidèle demeurera en esprit sur le Thabor si elle reste en état permanent de conscience filiale, malgré le bruit et l’agitation du monde, semblable à un pic élevé dont le sommet^ hors d’atteinte du brouillard qui attriste la plaine, apparaît resplendissant dans la lumière du soleil.

N’est-ce pas la solution de l’antinomie apparente entre notre ardent désir de contempler le Roi de gloire et le devoir impérieux de nous arracher à cette contemplation pour faire face aux humbles et saintes occupations de chaque jour ?

Action et contemplation n’étaient point séparées en la très sainte Vierge Marie, ni chez les apôtres que le souvenir de la Transfiguration soutint dans leurs travaux et dans leur martyre. Et saint François de Sales aimait à dire que la fine pointe de l’âme doit toujours être unie à Dieu ; sans doute est-ce là le secret de la prodigieuse fécondité de son action.

Vivre de la pensée que Dieu nous aime, que nous sommes ses enfants et que nous aurons part à l’héritage de son Fils unique, tel paraît être le fruit dernier et le plus parfait de la Transfiguration du Sauveur : « notre cité est dans les deux. » Idéal difficile, mais dont nous pouvons approcher si nous correspondons à la grâce.

Le Christ connaît notre misère, et sa Providence détermine pour chacun avec une infinie sollicitude la proportion de lumière et d’ombres, de joies et d’épreuves qui lui convient. Assez d’ombres pour que la croix ne soit pas absente, assez de lumière pour ne pas perdre de vue lé Thabor,

Ombre et lumière se succèdent selon un rythme mystérieux qui d’abord nous échappe : c’est seulement dans le recul du temps que nous l’apercevons et que nous comprenons les motifs de la conduite divine à notre endroit.

Il est rare alors que, revenant sur le passé, nous ne voyions pas, avec une reconnaissance émerveillée, que Dieu nous a menés par le chemin le plus sanctifiant pour nous Cette évidence de la bonté divine dans le passé favorise puissamment pour l’avenir un abandon affectueux entre les mains du Christ.

L’abandon total exige un grand esprit de foi et demande beaucoup d’humilité, maïs il est récom­pensé au-delà de toute expression : « Gloire à vous Jésus, qui vous révélez aux petits ! »  L’âme est établie dans une paix inaltérable et un bonheur profond que rien ne lui ravit. C’est comme une anticipation de la vie éternelle, dans la contemplation de Jésus, dans une union intime avec lui, dans la docilité. à, son Esprit-Saint, dans l’amour filial de son Père.

Sans quitter cette atmosphère sereine, le chrétien lutte pour son Chef, avec un zèle d’autant plus ardent qu’il a sa source dans le contact ininter­rompu du Cœur Sacré, avec une force d’autant plus conquérante qu’elle connaît sa faiblesse et s’appuie toujours sur le Christ, avec enfin l’espoir indéfectible que « la tribulation présente prépare, au-delà de toute mesure, une plénitude éternelle de gloire (2 Cor. IV, 17)

Ces hautes vérités veulent être longuement et humblement méditées. L’Église nous exhorte à prier Dieu que nous puissions les comprendre dans la clarté dun cœur purifié. Le Sauveur ne nous en refusera pas l’intelligence.

Et, soit que sa bonté nous fasse monter sur le Thabor, soit qu’elle nous demande de le quitter pour travailler à l’extension de son règne/nous saurons, par la grâce de Dieu, garder nos yeux fixés sur le Christ transfiguré, et nous souvenir que le Fils bien-aimé est « le premier-né parmi un grand nombre de frères» (Rom. VIII, 29) destinés à partager l’héritage qu’il leur a acquis de son sang.

Ces pensées de foi nous soutiendront dans le labeur de la vie présente. Si nous laissons le Roi de gloire renouveler en nous son Mystère, il nous introduira un jour dans la céleste Jérusalem « que la gloire de Dieu illumine et dont l’Agneau» (Apoc XXII, 23) est le flambeau où nous serons pour toujours transfigurés avec lui : Cohéritiers de la gloire du Roi lui-même et partenaires dans sa gloire.

*

Tu t’es transfiguré sur la montagne, ô Christ notre Dieu, laissant tes disciples contempler ta gloire autant qu’ils le pouvaient : Fais briller aussi sur les pécheurs que nous sommes, ton éternelle clarté, par les prières de la Mère de Dieu.

Source de lumière, gloire à toi.

Gloire et louange à notre Dieu, éblouissant de sainteté!

Ta transfiguration révèle ta lumière qui veut se donner aux hommes.

Prières quotidiennes  

Neuvaine de la Transfiguration 7

Septième jour de la neuvaine – Jésus rassure l’homme

La transfiguration motif du vitrail Plogonnec Bretagne

Les disciples sont terrassés d’effroi. Jésus les touche et les rassure. «Et, eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul ». Nous pouvons trouver à cette phrase des sens divers, également vrais.

La condition normale du disciple de Jésus, en ce monde, est de s’attacher à la personne de Jésus, sans que celle ci revête les attributs extérieurs de la gloire divine. Le disciple doit voir «Jésus, seul», Jésus dans son humilité.

Si, à de rares moments, son image nous semble enveloppée de lumière, et si nous croyons entendre la voix du Père, désignant le Fils à notre affection, ces éclairs ne durent pas; et nous devons aussitôt retrouver Jésus, là où Il se trouve habituellement, au milieu de nos humbles et parfois difficiles devoirs quotidiens.

Le Christ lit dans les cœurs et y apprécie la disponibilité, la pureté et l’amour. Et bien qu’il soit souverainement juste, il choisit, il a des préférences. Il désire avoir autour de lui ceux qui le respectent et l’adorent avec ferveur. Cette fois-ci, il a choisi Pierre, Jacques et Jean (Mt 17,1). C’est chacun de nous qu’il choisit et qu’il appelle à le contempler dans la lumière de l’évangile et à le suivre.

Nous avons besoin d’un pont entre Dieu et l’homme : c’est le Christ, l’Homme-Dieu. Il nous montre le chemin. Il nous montre qui nous pouvons être et il nous donne le courage de nous présenter nous-mêmes devant notre Père céleste.

*

Jésus transfiguré ne manifeste sa gloire que pour un temps, car il doit, avant de retourner au ciel, suivre ia voie douloureuse du Calvaire. Telle est la volonté de son Père, amoureusement acceptée par lui et dont il s’entretient avec Moïse et Élie, concertant, pour ainsi dire, avec eux l’exécution de cet ordre divin : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem » (Luc IX, 31).

Depuis ce jour, le Christ annonce à maintes reprises le baptême sanglant dont il doit être baptisé et multiplie les avertissements aux apôtres qui ne parviennent pas à se détacher de leurs rêves temporels. Il leur défend de répéter ce qu’ils ont vu, tant qu’il ne sera pas ressuscité, et eux conçoivent si peu un Messie souffrant qu’ils cherchent entre eux la signification de cette prédic­tion surprenante.

Il prophétise de nouveau sa Passion, et eux se gardent de le questionner sur ce point, par crainte de trop bien comprendre une réponse trop claire- Bien mieux, deux des témoins de la grande merveille, Jacques et Jean, n’hésitent pas à solliciter les premières places dans son royaume ; et Jésus de leur répondre qu’ils ne savent ce qu’ils demandent, et de leur promettre d’abord une part de son calice d’amertume, laissant au Père le soin de les récompenser un jour.

Tout de même, leur aveuglement n’est que partiel, et la Transfigu­ration a fait pénétrer là foi si avant dans leur âme qu’elle n’en sera pas arrachée par le drame du vendredi-saint, en dépit d’une éclipse passagère et d’une lâcheté trop certaine, Pierre et Jean, Jean surtout, n’abandonneront pas complètement Jésus souffrant. Ils seront les premiers à courir au tombeau.

Et quand au soir de Pâques, le Sauveur ressuscité se montrera k eux, ils croiront de tout leur cœur, disposés enfin à comprendre que le Christ devait souffrir pour entrer dans sa gloire. La descente du St-Esprit mettra le sceau à leur transformation.

Ils seront dans le monde les témoins héroïques du Maître, inébranlables dans leur foi, aimant à rappeler sa gloire magnifique un instant entrevue, mais prêts il être baptisés de son baptême, à boire son calice et à mêler leur sang au sien.

Chef-d’œuvre admirable de la grâce qui a conduit les humbles pêcheurs aux plus hauts sommets de la sainteté, consumant leur faiblesse dans la force des secours divins et le feu du sacrifice, leur donnant enfin accès à la montagne éternelle où l’on voit le Christ face à   face et d’où on ne redescend pas.

Les desseins de la Providence à. l’égard du chrétien sont exactement semblables : la passion avant la glorification ; mais quelquefois, selon la miséricorde de Dieu, une sorte de transfiguration qui fortifie en vue de l’épreuve. Bien des âmes en ont fait l’expérience.

Dans des circonstances importantes, aux jours de grandes solennités de l’Église, dans l’intimité de l’union eucharistique, ou dans une pieuse méditation, le Christ nous emmène sur la montagne et se transfigure pour ainsi dire devant nous. Le sentiment de sa présence devient plus intense, la foi en sa divinité s’impose plus fortement.

Sa charité envahit et presse, augmente la conviction qu’il est le Fils unique, éternel et tout-puissant, mort et ressuscité, rédempteur et intercesseur, fait presque toucher du doigt la réalité de notre adoption surnaturelle. Il semble que le Père céleste se penche amoureusement vers nous et nous murmure à l’oreille du cœur : Vous êtes mon enfant bien-aimé ; eu vous je mets mes complaisances.

Un peu comme les hommes (mais avec quelle différence d’accent !) reprennent sans y penser, quand ils parlent à leurs enfants, le mot touchant du père du prodigue à son fils aîné : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi » (Lc XV, 31) L’Esprit-Saint nous fait alors répéter à satiété que Dieu est notre père, met en pleine lumière notre union au Fils premier-né.

La force de Dieu entre dans l’âme avec ces joyeuses certitudes, multiplie la foi et l’espérance, imprime d’ineffaçables souvenirs, laisse un avant-goût du ciel et une aurore de la vie éternelle. « Quelle allégresse pour celui que vous visiter ? ô Jésus assis à la droite du Père, ô lumière de la patrie et incompréhensible amour ! » (ancienne hymne de Laudes de la fête)

Ces moments privilégiés de bonheur très pur sont comme le baiser du Sauveur qui ne veut pas nous laisser oublier nos destinées immortelles. Il faut recevoir ces faveurs avec simplicité, humilité et reconnaissance.

On peut avec saint Pierre en savou­rer la douceur et en garder soigneusement la mémoire, à la condition cependant d’écouter Jésus-Christ jusqu’au bout et d’être disposé à quitter la montagne quand il l’ordonnera, pour descendre dans la plaine et reprendre la lutte.

La vie chrétienne ne peut s’écouler tout entière sur le Thabor : le disciple n’est pas plus grand que le maître et il n’y a pas d’autre chemin pour aller au ciel que la voie royale de la sainte croix. Il ne faut donc pas se méprendre.

Il ne faut pas s’attacher avec une avidité égoïste et gourmande aux consolations. Bien loin d’incliner à une telle illusion, la lumière de la transfiguration doit éclairer sur le rôle providentiel et la nécessité du sacrifice, donner une vue juste des choses et l’intelligence du sens vrai de la vie : la récompense céleste comme terme et la croix comme moyen d’y parvenir.

« Écoutez bien ceci : le Fils de l’homme doit Être livré entre les mains des hommes. » Nous avons, hélas 1 résisté plus que les apôtres à cette parole ; prions-les de nous aider à la comprendre et à nous soumettre sans murmure à la sainte volonté de Dieu.

*

Aide-nous à te trouver, ô Christ, et à te suivre, car te trouver c’est trouver la splendeur de la beauté. Trouver le Christ, c’est le bonheur.

Gloire et louange à notre Dieu, éblouissant de sainteté!

Ta transfiguration révèle ta lumière qui veut se donner aux hommes.

Prières quotidiennes

Neuvaine de la Transfiguration 6

Sixième jour de la neuvaine – Jésus, l’Élu de Dieu

Transfiguration et nuée
Transfiguration et nuée

La nuée lumineuse de la présence divine couvre le sommet de la montagne. Du milieu de la nuée, une voix se fait entendre : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mon Élu, écoutez-le ! »

La voix du Père, qui résonne d’en haut, proclama Jésus son Fils bien-aimé comme dans le Baptême dans le Jourdain, en ajoutant : « Écoutez-le ! » (Mt 17,5).

Ces paroles donnent à la scène de la Transfiguration tout son sens.

Pourquoi Jésus change-t-Il d’aspect ? Pourquoi s’enveloppe-t-Il de lumière ?

Ce n’est pas pour offrir aux apôtres un spectacle impressionnant et confortant; C’est pour traduire, à l’extérieur le témoignage solennel que le Père rend à son Fils. Et le Père lui-même donne une conclusion pratique à la vision : «Écoutez-le ! ».

Une grâce extraordinaire ne produit son effet que si elle nous rend plus attentifs et plus obéissants à la Parole divine.

Pour nous, il ne reste que l’ordre divin, clamé du nuage : « Écoutez-le ! »

Écouter et obéir sont cousins germains. Il nous faut donc obéir à Jésus qui dit de monter avec lui sur la montagne. Obéir à Jésus qui commande le silence. Obéir à Jésus qui entraîne vers Jérusalem, en gardant les yeux fixés sur les réalités d’en haut, pour être sûrs de bien voir celles d’en bas.

Pour entrer dans la vie éternelle, il faut écouter Jésus, le suivre sur le chemin de la croix, en portant dans le cœur comme Lui, l’espérance de la résurrection. Sauvés dans l’espérance. Aujourd’hui nous pouvons dire : « Transfigurés dans l’espérance ».

Ce n’est qu’au moment d’entendre la voix du Père qu’ils ont pris peur. Souvent nous ne nous rendons pas compte à quel point le Christ est impliqué en nos vies – il est constamment là.

Pourtant, à un certain point, sa voix devient forte et clair et nous commençons à avoir peur, comme si sa présence nous était complètement étrangère. C’est pourquoi le Christ nous dit, « n’ayez pas peur ! » et c’est pourquoi son Vicaire sur la terre, le pape, le répète constamment.

*

On peut communier d’une autre manière à la Transfiguration du Sauveur. Le Pape saint Léon remarque a que la glorification du Christ fonde l’espérance de toute l’Église et que les membres du Corps mystique sont appelés au même honneur que leur Chef. C’est qu’en effet le Père céleste ne sépare pas de Jésus ceux qui croient en lui et regarde avec une même complaisance les enfants d’adoption et le Fils unique.

Le chrétien est convié à participer, dans un degré inférieur, maïs très réel, à la filiation divine et à la gloire du Sauveur. « Vous avez, par la voix sortie de la nuée lumineuse, merveilleusement préfiguré la parfaite adoption de vos enfants », dit l’oraison de la Transfiguration.

Et saint Paul adresse aux Philippiens cet avertissement de radieuse espérance : « Notre cité est dans les cieux d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps si misérable en le rendant semblable à son corps glorieux » (Philippiens III,1)

Dès ici-bas, nous sommes enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ par la grâce : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le soyons en effet » (1Jn III, 1).

Nous participons en Jésus-Christ à la nature divine; la grâce nous renouvelle à son image, opère en nous une transfiguration qui reste cachée, mais qui doit un jour s’épanouir dans la gloire céleste quand tombera le voile qui nous sépare du monde invisible :

« Ce que nous serons un jour n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons qu’au jour de cette manifestation, nous serons semblables à Dieu, parce que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn III, 2). Et pour que rien ne manque à cette glorification, le corps lui-même y aura part. Ainsi notre ressemblance avec le Christ transfiguré sera entière.

Le Sauveur a même voulu prévenir les doutes que notre pauvre raison pourrait être tentée d’opposer à la promesse de glorification corporelle. Par une de ces délicatesses exquises dont son Cœur sacré est prodigue, il a voulu que sa Transfiguration s’opérât, non dans son corps sorti du tombeau et désormais glorieux, mais dans son corps passible qui allait être cloué à la croix.

De la sorte, en même temps qu’il prémunissait les apôtres contre le scandale de ses souffrances, il donnait la preuve que le limon misérable dont nous sommes pétris serait associé à la gloire qui apparaissait en lui et que son sang rédempteur allait mériter pour nous.

Il nous en a laissé le gage dans l’adorable Eucharistie, gage de la future gloire, où, par le don de son Corps très saint, il dépose dans notre âme le germe de la gloire éternelle et dans notre chair une semence de résurrection.

Nous serons donc un jour resplendissants comme le Christ sur la montagne. Bien plus, cette splendeur existe déjà et n’attend que le moment de se mani­fester : « Le visage découvert, réfléchissant comme un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes trans­formés en la même image, de gloire en gloire, par l’action de l’Esprit du Seigneur »(II Cor, III, 18) .

Cette pensée bienfaisante que notre glorification est dès mainte­nant commencée et recevra un couronnement qui la rendra parfaite, est un des fruits précieux de la Transfiguration. Ce mystère la fait voir réalisée en Jésus et en ravive l’espérance chez les membres de son corps mystique.

L’air est pur sur ces cimes où le béni Rédempteur se montre à ses privilégiés dans l’éclat de sa nature humaine glorifiée ; et l’on est pris du désir d’y demeurer, ainsi que le souhaitait saint Pierre en une demande, de soi légitime, maïs alors hors de propos, car elle méconnaissait un aspect du mystère qu’il importe souverainement de ne pas négliger.

*

Seigneur, nous te prions de nous aider à comprendre que c’est toi qui es la source de la connaissance.

Aide-nous à entendre ta voix et à la suivre en toute confiance.

Gloire et louange à notre Dieu, éblouissant de sainteté!

Ta transfiguration révèle ta lumière qui veut se donner aux hommes.

Prières quotidiennes