Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

L’idolâtrie de l’argent affame les enfants à mort

Le riche insensé par Rembrandt (1606-1669) – Gemälde Gallerie,Berlin

Lors de son homélie dans la chapelle Sainte-Marthe ce lundi, le Saint-Père a ainsi commenté l’évangile de Luc qui relate la parabole de l’homme riche qui accumule ses biens pour lui-même. il a mis en garde une nouvelle fois contre la tentation d’adorer le “dieu argent”, demandant à convertir les cœurs pour ne pas tomber dans ce travers.

L’argent est pour le riche  « son dieu » et cela nous invite à réfléchir sur combien il est vain de s’appuyer sur les biens terrestres sans être en rapport avec le Seigneur. Devant l’abondance de la récolte, l’homme pense à démolir ses greniers, afin d’en construire des plus grands et d’accumuler toutes ses richesses. Il ne connait pas de satiété, rentre dans ce mouvement de consumérisme exacerbé.

C’est Dieu qui met des limites à cet attachement à l’argent, quand l’homme en devient l’esclave. Tant de personnes aujourd’hui vivent pour adorer l’argent, en font leur propre dieu et ne savent pas s’enrichir auprès de Dieu.

Pour illustrer son propos, le Pape a raconté une anecdote qui a eu lieu dans son ancien diocèse de Buenos Aires en Argentine. Un riche entrepreneur avait acheté une villa alors qu’il était gravement malade, sans penser qu’il allait dans un avenir proche « se présenter devant Dieu ».

Aujourd’hui encore nous voyons ces personnes avides d’argent et de biens terrestres, des gens qui ont tant et sont en face d’enfants affamés, qui eux n’ont pas de médicament, d’éducation, qui sont abandonnés. « Ce n’est rien d’autre qu’une idolâtrie qui tue » a dénoncé François, qui sacrifie des humains.

Le drame des Rohingyas de nouveau abordé

Pour appuyer ses propos, le Pape a encore cité le drame des Rohingyas, dont les terres sont accaparées. « Il y a 200 000 enfants rohingyas dans les camps de réfugiés, où vivent 800 000 personnes. Ils ont à peine de quoi manger, ils sont mal nourris, sans médicaments. Cela arrive encore aujourd’hui, et notre prière doit être forte : Seigneur, touche le cœur des personnes qui adorent le dieu argent, touche aussi mon cœur pour que je ne puisse pas tomber là-dedans, que je sache voir »

Une autre conséquence est aussi la guerre, y compris dans les familles. Nous connaissons tous ce qui arrive quand il y a un héritage, les familles se divisent, elles finissent dans la haine.

A la fin de l’Évangile, le Seigneur parle de celui « qui ne s’enrichit en vue de Dieu ». Cela est la seule voie, mais en Dieu. Il ne s’agit pas d’un mépris de l’argent, mais celui de la cupidité, le fait de vivre attaché au dieu-argent.

Voici pourquoi notre prière doit être forte, en cherchant en Dieu un fondement solide de notre existence.

notre appartenance à Dieu est plus forte que les réalités politiques

L’argent du tribut Pierre Paul Rubens. 1612. De Young and Legion of Honor museums of San Francisco, CA. USA

le Pape, lors de l’Angélus, ce dimanche midi devant les fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre,  a commenté l’Évangile du jour, tiré de saint Matthieu, dans lequel Jésus est interrogé sur la légitimité ou non de payer l’impôt à César, un piège tendu à Jésus par les pharisiens, qui veulent tester son éventuelle soumission à Rome, dans le contexte tendu de la Palestine d’alors.

Mais le Christ leur répond de façon surprenante, en séparant la foi de l’ordre temporel de la politique.

«Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu». Dans cette phrase connue, parfois présentée comme une préfiguration du concept moderne de laïcité, Jésus fait preuve d’un certain pragmatisme et permet d’écarter la relation à Dieu de toute instrumentalisation politique. Il répond tranquillement aux pharisiens que «payer la taxe n’est pas un acte d’idolâtrie, mais un acte dû à l’autorité terrestre».

Tout comme Jésus avait interpellé ses interlocuteurs à propos du visage gravé sur la pièce, le Pape invite à une interrogation radicale : «À qui est-ce que j’appartiens ? À la famille, à la ville, aux amis, à l’école, au travail, à la politique, à l’État ?» Tout cela est vrai, mais notre appartenance fondamentale, c’est notre «appartenance à Dieu». Elle n’annule pas le reste mais elle est au-dessus de tout le reste.

«Opposer Dieu et César serait une attitude fondamentaliste.». «Le chrétien est appelé à s’engager concrètement dans les réalités terrestres», mais en les illuminant «avec la lumière qui vient de Dieu». Donner la priorité à Dieu n’est pas «une fuite de la réalité», mais permet au contraire de répondre courageusement aux défis du réel.

« Que la Vierge Marie nous aide à vivre toujours en accord avec l’image de Dieu que nous portons en nous, en donnant aussi notre contribution à la construction de la cité terrestre. »

Appels pour les martyrs d’Espagne, les missions et la concorde politique au Kenya:

Au terme de la prière, le Saint-Père a rappelé qu’hier ont été béatifiés à Barcelone 109 martyrs de la guerre civile espagnole. «Que leur exemple héroïque et leur intercession soutiennent les nombreux chrétiens qui aussi de nos jours, dans diverses parties du monde, subissent des discriminations et des persécutions.»

Par ailleurs, à l’occasion de la Journée missionnaires mondiale, le Pape a exhorté à «vivre la joie de la mission en témoignant de l’Évangile dans les environnements dans lesquels chacun vit et agit». Il a appelé dans le même temps à «soutenir avec l’affection, l’aide concrète et la prière les missionnaires partis pour annoncer le Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore».

Il a fait part aussi de son intention d’organiser en octobre 2019 un «mois missionnaire extraordinaire». Enfin, en ce 22 octobre qui marque la mémoire liturgique de saint Jean-Paul II, il a confié à l’intercession de ce «Pape missionnaire» la mission de l’Église dans le monde.

Sur le plan de l’actualité internationale enfin, le Pape a évoqué la crise politique au Kenya, un pays qu’il avait visité en 2015 et qui est enlisé dans une délicate crise post-électorale. Il a dit prier «pour que le pays entier sache affronter les difficultés actuelles dans un climat de dialogue constructif, ayant à cœur la recherche du bien commun».

 

la mission au cœur de la foi chrétienne

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 2017

La mission au cœur de la foi chrétienne

Chers frères et sœurs,

Cette année également, la Journée missionnaire mondiale – du 22 octobre – nous rassemble autour de la personne de Jésus, « le premier et le plus grand évangélisateur » (Bienheureux Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n. 7), qui, continuellement, nous envoie annoncer l’Évangile de l’amour de Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint.

Cette Journée nous invite à réfléchir à nouveau sur la mission au cœur de la foi chrétienne. En effet, l’Église est missionnaire par nature. Si ce n’était pas le cas, elle ne serait plus l’Église du Christ mais une association parmi tant d’autres qui, bien vite, finirait par épuiser son but et disparaître.

C’est pourquoi nous sommes invités à nous poser un certain nombre de questions qui touchent notre identité chrétienne même et nos responsabilités de croyants dans un monde confus par tant d’illusions, blessé par de grandes frustrations et lacéré par de nombreuses guerres fratricides qui frappent injustement les innocents en particulier.

Quel est le fondement de la mission ? Quel est le cœur de la mission ? Quelles sont les attitudes vitales de la mission ?

La mission et le pouvoir transformant de l’Évangile du Christ, Chemin, Vérité et Vie

1. La mission de l’Église, destinée à tous les hommes de bonne volonté, est fondée sur le pouvoir transformant de l’Évangile. L’Évangile est une Bonne Nouvelle qui porte en soi une joie contagieuse parce qu’il contient et offre une vie nouvelle : celle du Christ ressuscité qui, en communiquant son Esprit vivifiant, devient Chemin, Vérité et Vie pour nous (cf. Jn 14, 6).

Il est le Chemin qui nous invite à Le suivre avec confiance et courage. En suivant Jésus comme notre Chemin, nous faisons l’expérience de la Vérité et nous recevons sa Vie, qui est pleine communion avec Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint, nous rend libre de toute forme d’égoïsme et se trouve être source de créativité dans l’amour.

2. Dieu le Père veut une telle formation existentielle de ses fils et de ses filles ; transformation qui s’exprime en tant que culte en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24), par une vie animée par l’Esprit Saint à l’imitation du Fils, Jésus, à la gloire de Dieu le Père. « La gloire de Dieu est l’homme vivant » (Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses IV, 20, 7).

De cette manière, l’annonce de l’Évangile devient parole vivante et efficace qui met en œuvre ce qu’elle proclame (cf. Is 55, 10-11) c’est-à-dire Jésus Christ, qui se fait continuellement chair dans toute situation humaine (cf. Jn 1, 14).

La mission et le kairos du Christ

3. La mission de l’Église n’est donc pas la diffusion d’une idéologie religieuse et pas même la proposition d’une éthique sublime. De nombreux mouvements de par le monde savent produire des idéaux élevés ou des expressions éthiques remarquables. Par le biais de la mission de l’Église, c’est Jésus Christ qui continue à évangéliser et à agir, et par suite elle représente le kairos, le temps propice au salut dans l’histoire.

Par l’intermédiaire de la proclamation de l’Évangile, Jésus devient toujours à nouveau notre contemporain, afin que ceux qui l’accueillent avec foi et amour fassent l’expérience de la force transformatrice de son Esprit de Ressuscité qui féconde l’être humain et la Création comme le fait la pluie avec la terre.

« Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 276).

4. Rappelons-nous toujours que « à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI, Encyclique Deus caritas est, n. 1).

L’Évangile est une Personne, qui s’offre continuellement et continuellement invite ceux qui l’accueillent avec une foi humble et laborieuse à partager sa vie au travers d’une participation effective à son mystère pascal de mort et résurrection.

L’Évangile devient ainsi, par le Baptême, source de vie nouvelle, libérée de la domination du péché, illuminée et transformée par l’Esprit Saint.

Par le biais de la Confirmation, il devient onction fortifiante qui, grâce à ce même Esprit, indique des chemins et des stratégies nouvelles de témoignage et de proximité.

Et par l’intermédiaire de l’Eucharistie, il devient nourriture de l’homme nouveau, « remède d’immortalité » (Ignace d’Antioche, Epistula ad Ephesios, 20, 2).

5. Le monde a essentiellement besoin de l’Évangile de Jésus Christ. Au travers de l’Église, il continue sa mission de Bon Samaritain, en soignant les blessures sanglantes de l’humanité, et de Bon Pasteur, en cherchant sans relâche celui qui s’est égaré sur des chemins tortueux et sans but.

Et, grâce à Dieu, les expériences significatives témoignant de la force transformante de l’Évangile ne manquent pas non plus. Je pense au geste de cet étudiant Dinka qui, au prix de sa propre vie, protège un étudiant de la tribu Nuer destiné à être tué.

Je pense à cette Célébration eucharistique, à Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, alors ensanglanté par la férocité d’un groupe de rebelles, lorsqu’un missionnaire a fait répéter aux personnes les paroles de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », en tant qu’expression du cri désespéré des frères et des sœurs du Seigneur crucifié.

Cette célébration fut pour le peuple source de grande consolation et de beaucoup de courage. Et nous pouvons également penser aux nombreux, aux innombrables témoignages de la manière dont l’Évangile aide à surmonter les fermetures, les conflits, le racisme, le tribalisme en promouvant partout et entre tous la réconciliation, la fraternité et le partage.

La mission inspire une spiritualité d’exode continuel, de pèlerinage et d’exil

7. La mission de l’Église est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile» (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 20).

La mission de l’Église stimule une attitude de pèlerinage continuel à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Église inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le « déjà » et le « pas encore » du Royaume des Cieux.

8. La mission dit à l’Église qu’elle n’est pas une fin en soi mais un humble instrument et une médiation du Royaume. Une Église autoréférentielle, qui se complait de ses succès terrestres, n’est pas l’Église du Christ, son corps crucifié et glorieux.

Voila pourquoi nous devons préférer « une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités» (ibid., n. 49).

Les jeunes, espérance de la mission

9. Les jeunes représentent l’espérance de la mission. La personne de Jésus et la Bonne Nouvelle qu’il proclame continuent à fasciner de nombreux jeunes. Ils cherchent des parcours au travers desquels mettre en œuvre le courage et les élans du cœur au service de l’humanité.

« Nombreux sont les jeunes qui offrent leur aide solidaire face aux maux du monde et entreprennent différentes formes de militance et de volontariat […]. Qu’il est beau que des jeunes soient “pèlerins de la foi”, heureux de porter Jésus dans chaque rue, sur chaque place, dans chaque coin de la terre ! » (ibid., n. 106).

La prochaine Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra en 2018 sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations », se présente comme une occasion providentielle pour impliquer les jeunes dans la responsabilité missionnaire commune qui a besoin de leur riche imagination et de leur créativité.

Le service des Œuvres pontificales missionnaires

10. Les Œuvres pontificales missionnaires constituent un instrument précieux pour susciter en chaque communauté chrétienne le désir de sortir de ses propres frontières et de ses propres sécurités et de prendre le large pour annoncer l’Évangile à tous.

Au travers d’une profonde spiritualité missionnaire à vivre au quotidien, d’un engagement constant de formation et d’animation missionnaire, des adolescents, des jeunes, des adultes, des familles, des prêtres, des religieux et des religieuses, des Évêques sont impliqués afin que grandisse en chacun un cœur missionnaire.

La Journée missionnaire mondiale, promue par l’Œuvre de la Propagation de la Foi, constitue l’occasion propice pour que le cœur missionnaire des communautés chrétiennes participe par la prière, le témoignage de la vie et la communion des biens afin de répondre aux graves et vastes besoins de l’Évangélisation.

Être missionnaires avec Marie, Mère de l’évangélisation

11. Chers frères et sœurs, soyons missionnaires en nous inspirant de Marie, Mère de l’Évangélisation. Mue par l’Esprit, elle accueillit le Verbe de la vie dans la profondeur de son humble foi. Que la Vierge nous aide à dire notre « oui » dans l’urgence de faire résonner la Bonne Nouvelle de Jésus à notre époque.

Qu’elle nous obtienne une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui remporte la victoire sur la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions acquérir la sainte audace de rechercher de nouvelles routes pour que parvienne à tous le don du salut.

Pape François, du Vatican, 4 juin 2017 – Solennité de la Pentecôte 


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