NOËL

NATIVITÉ, d'après les Très belles heures de Jean de France, Duc de Berry - France - vers 1400UN NOUVEAU-NÉ couché dans une crèche vient faire surgir de notre vieux monde un homme nouveau. Son message est une Bonne Nouvelle, capable de renouveler nos cœurs.

Dieu est jeune, inépuisablement neuf, nouveau, source de vie nouvelle. Cette jeunesse, cette puissance divine de renouveau a bien du mal avec nos scléroses, nos habitudes, nos routines, nos idées toutes faites, ce qui fait de nous des êtres souvent tordus, blessés, malades, usés…

Mais un enfant nous est né ! Un cœur neuf nous est offert et donné. Un monde nouveau veut naître. Des paroles inouïes se font entendre. Ceux qui les entendent retrouvent leur cœur d’enfant. Ils sont enfants de Dieu. C’est Noël !

DANS notre monde souvent inhumain, nous sommes de plus en plus sensibles aux quelques oasis de l’âme qui nous restent, comme la fête de Noël. Ceux qui ne voient en Noël qu’une fête des enfants se trompent : c’est une fête pour les adultes, pour nous tous, prisonniers d’un univers de béton, de logique, de calculateurs, d’ordinateurs.

Quelle bouffée d’air incomparable, quelle prodigieuse fissure ouvrant sur l’infini, que cette naissance de Dieu petit enfant, bébé, né d’une vierge, couché dans une mangeoire, pauvre, ignoré, silencieux, sans or, sans auto, sans publicité !…

Qui aurait osé inventer pour Dieu un tel visage ? Qui, d’ailleurs, aurait osé inventer son autre visage parmi les hommes, celui de son dernier jour : nu, couronné d’épines, cloué sur une croix?

De tous temps les hommes se sont inventé des philosophies et des religions ; mais pas cette Incarnation du Fils de Dieu, ce défi total à toutes les vraisemblances, à tous les pouvoirs, à toutes les puissances qui règnent en ce monde.

Je crois ceci : plus on avance dans la connaissance de la vie et dans l’expérience des réalités terrestres, plus cette déconcertante naissance du Fils de Dieu devient croyable, et plus sa folle démesure laisse pressentir qui est Dieu ! Lui dont, comme le dit Isaïe, les pensées ne sont pas nos pensées…

Cependant, il ne faudrait pas que le mystérieux, l’admirable et le divin de Noël nous masquent son extrême réalisme ! Le risque n’est pas illusoire de tellement voir en Jésus le Dieu qu’on ne voit plus du tout l’homme. C’est alors annuler le mystère de l’Incarnation. Sans doute le Fils de Dieu aurait pu « faire semblant » d’être homme, descendre un beau jour du ciel, âgé de 33 ans, impassible et rayonnant.

Mais ce que Dieu a voulu pour nous, c’est un Sauveur né de notre humanité, d’une femme nommée Marie, vraiment nôtre, portant en lui devant Dieu toute notre condition humaine, pour la faire aboutir jusqu’à Dieu. Comme l’explique saint Thomas d’Aquin, c’est dans et par son humanité, son être d’homme, que Jésus nous a sauvés, au prix de sa fidélité jusqu’au bout envers Dieu.

Jésus, Fils de Dieu, oui. Mais en même temps, vrai homme, notre frère. Voilà pourquoi chacun peut le suivre pas à pas, jour après jour, dans le concret de la vie. Et ainsi se prolonge en quelque sorte, à travers nous, cette Incarnation de Noël, parce que grâce à lui, le Fils de Dieu, nous devenons nous-mêmes enfants de Dieu, capables de dire à Dieu : « Notre Père ».