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Île Maurice, le vivre-ensemble en exemple

Île Maurice, le vivre-ensemble en exemple

Après deux jours passés à Madagascar, le Pape François se rend ce lundi 9 septembre à Maurice pour un voyage de quelques heures. C’est l’occasion pour le peuple mauricien de présenter sa plus grande richesse : le vivre-ensemble entre plusieurs communautés culturelles et religieuses.

 

Pape François pèlerin de la paix - Maurice 2019
Pape François pèlerin de la paix – Maurice 2019

Maurice, petite île de l’océan Indien, constitue la troisième et dernière étape du voyage apostolique du Pape François en Afrique. Après le Mozambique et Madagascar, il rejoint pour quelques heures à peine ce territoire caractérisé par une coexistence entre différentes communautés, résultat d’une histoire commencée au XVIe siècle.

Au cours de cette journée, le Pape, après avoir été accueilli à l’aéroport, se rendra au sanctuaire de Marie Reine de la Paix pour y célébrer à la mi-journée la messe, trente ans après le voyage de Jean-Paul II, encore dans toutes les mémoires.

Il déjeunera ensuite avec les membres de la conférence épiscopale de l’océan Indien (CEDOI), avant d’effectuer une visite privée au sanctuaire du père Laval, «l’apôtre de l’unité» et de s’adresser aux autorités au château du Réduit, la résidence présidentielle.

Toute la population attend le Pape

À la messe, sont attendues pas moins de cent mille personnes venues de toute l’île mais aussi des îles alentours, notamment Rodrigues, Agalégas ou la Réunion, sans compter les Chagossiens, originaires de l’archipel des Chagos. Parmi cette foule, il y aura évidemment beaucoup de catholiques, mais aussi d’autres chrétiens, comme les anglicans ou des pentecôtistes. Il y aura aussi sans doute des musulmans et des hindous.

La figure du Pape François et son message de paix et d’amour transcendent en effet les différences qui, à Maurice, malgré parfois des malentendus ou de petites tensions, sont particulièrement bien vécues.

Les mariages mixtes ne sont pas rares, l’appel du muezzin dans la rue côtoie les cloches de l’église ; les mosquées, les temples hindous ou les églises chrétiennes sont construites dans les mêmes rues, sans que cela pose de problème, sans qu’il y ait une séparation stricte entre quartiers ou entre communautés.

Cadeau de Maurice au Pape

Ce vivre-ensemble dont les Mauriciens sont si fiers, c’est d’ailleurs le bien, peut-être, le plus précieux que Maurice et son peuple ont à offrir au Pape et à l’Église universelle. C’est en tout cas le visage que les Mauriciens veulent offrir au Pape : une coexistence faite de tolérance, de proximité et d’échange.

Le plus bel exemple, c’est le sanctuaire du père Laval, fêté ce lundi : au-delà des catholiques, y viennent aussi des musulmans et surtout des hindous qui considèrent le bienheureux comme la réincarnation d’une de leur déesse.

Le père Laval, béatifié par Jean-Paul II il y a quarante ans, est la figure emblématique de Maurice. Il a su à son époque, au milieu du XIXe siècle, s’adresser à tous, portant le message de l’Évangile à tous les habitants, sans distinctions de races, de religions et surtout, de conditions sociales.

favoriser «le développement humain intégral»

favoriser «le développement humain intégral»

Ce samedi matin, la première journée du Saint-Père à Madagascar a débuté par une rencontre avec les autorités, le corps diplomatique et plusieurs représentants de la société civile, au Palais présidentiel d’Antananarivo. Le Pape a évoqué la politique et la protection de l’environnement sur la Grande Ile, pour assurer la promotion de tous les habitants.

 

Rencontre du Pape François avec le président et les autorités malgaches
Rencontre du Pape François avec le président et les autorités malgaches

Avant cette rencontre, le Pape François et le président Andry Rajoelina se sont rencontrés en privé. Dans le livre d’honneur, le Saint-Père a écrit le mot suivant: «Je suis venu comme semeur de paix et d’espérance: puissent les semences jetées dans cette terre porter pour le peuple malgache des fruits abondants ! Le Seigneur vous bénisse ! Priez pour moi, je vous prie».

Après cela, la cérémonie publique a commencé dans une vaste salle du Palais, où la première intervention a été donnée par le président malgache, en français. Puis ce fut au tour du Pape, qui a chaleureusement remercié ses hôtes, en particulier le «peuple malgache», pour son «hospitalité remarquable».

Une force: l’âme du peuple malgache

François a ensuite mentionné un élément central de la culture nationale: le “fihavanana”, inscrit dans la Constitution, «qui évoque l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité. Cela comprend également l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature».

Le Pape y voit «l’âme» du peuple malgache, une âme à préserver puisqu’elle donne aux habitants «ces traits particuliers qui le distinguent, le constituent et lui permettent de résister avec courage et abnégation aux multiples contrariétés et aux difficultés auxquelles il est confronté quotidiennement».

Lutter contre la corruption et l’exclusion

Puis, le Saint-Père s’est arrêté sur la situation politique du pays, se réjouissant de la mise en œuvre d’une «alternance démocratique positive» depuis l’indépendance de la Grande Ile. Les responsables politiques restent toutefois confrontés au «défi permanent» de «favoriser les conditions d’un développement digne et juste, impliquant tous les acteurs de la société civile».

Il a alors lancé un appel fort, exhortant à «lutter avec force et détermination contre toutes les formes endémiques de corruption et de spéculation qui augmentent la disparité sociale, et à affronter les situations de grande précarité et d’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvreté inhumaine».

Dans cette perspective, il demande l’instauration de «médiations structurelles qui peuvent assurer une meilleure répartition des revenus et une promotion intégrale de tous les habitants, en particulier des plus pauvres», sans se limiter à de l’assistanat.

Inquiétude pour la biodiversité du pays

Un deuxième défi de Madagascar a ensuite été évoqué: prendre soin de «cette terre bénie pour sa beauté et son inestimable richesse naturelle». Une richesse «particulièrement menacée par la déforestation excessive au profit de quelques-uns; sa dégradation compromet l’avenir du pays et de notre Maison commune», a mis en garde François, avant de dénoncer «les feux de forêt, le braconnage, la coupe effrénée de bois précieux», la «contrebande et des exportations illégales».

Si ces activités assurent la survie de certaines populations, il est «important de créer des emplois et des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et aident les personnes à sortir de la pauvreté»,  pour «l’intégration d’une justice sociale qui accorde le droit à la destination commune des biens de la terre.»

Aider la population en respectant sa singularité

Le Saint-Père a également sollicité l’engagement de «la communauté internationale», dont l’aide ne doit cependant pas entraîner Madagascar vers «une prétendue “culture universelle” qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaque peuple».

Au contraire, le processus d’aide doit respecter «les priorités et les modes de vie autochtones», afin que «le peuple lui-même [se prenne] en charge progressivement, en devenant l’artisan de son propre destin». Le Pape a donc appelé ses hôtes à écouter toutes les voix «d’une communauté nationale qui cherche son unité. Je vous invite à imaginer ce chemin sur lequel personne n’est laissé de côté, ni ne va seul, ou se perd.»

La disponibilité de l’Église catholique

En conclusion de son discours, le Souverain Pontife a rappelé le rôle de l’Église catholique dans cette perspective de développement humain intégral respectueux de la culture malgache: «Contribuer, dans un dialogue permanent avec les chrétiens des autres confessions, avec les membres des différentes religions et avec tous les acteurs de la société civile, à l’avènement d’une véritable fraternité qui valorise toujours le “fihavanana”, en favorisant le développement humain intégral, afin que personne ne soit exclu».

Plantation d’un baobab

Cette rencontre s’est achevée à l’extérieur du Palais présidentiel, où le Pape François, accompagné du président Rajoelina, a participé à la plantation d’un petit baobab. Un arbre grandement symbolique: on l’appelle “reniala” en malgache, c’est-à-dire “mère de la forêt”. Il est très présent sur la Grande Ile.

Les baobabs deviennent toujours des arbres centenaires – certains ont même plus de 800 ans ! – aux proportions impressionnantes: la circonférence du tronc peut atteindre 30 mètres. On le surnomme également “arbre bouteille”, car il est capable de retenir une importante quantité d’eau. Le baobab résiste enfin aux conditions climatiques extrêmes.

Le Pape François arrivé à Madagascar, comme semeur de paix et d’espérance

Le Pape à Madagascar, semeur de paix et d'espérance
Le Pape à Madagascar, semeur de paix et d’espérance

Après 2h50 de vol pour rejoindre Madagascar depuis le Mozambique, le Pape François a atterri à Antananarivo vers 16 heures, heure locale, soit 15 heures, heure française.

Le Pape François est arrivé à l’aéroport international d’Antananarivo-Ivato vendredi 6 septembre vers 16 heures, heure locale – avec une demi-heure d’avance sur son programme.

Il a été accueilli par le Président de la République malgache, Andry Rajoelina, ainsi que son épouse, mais aussi les évêques de l’île. Trois cents fidèles étaient présents.

Le Pape a ensuite  été transféré à la nonciature apostolique au nord de la capitale.

La nonciature à Madagascar officie également pour l’île Maurice et l’archipel des Seychelles.  Le Saint-Père y dinera en privé ce vendredi soir.

Dans les rues de la capitale, les drapeaux jaunes et blancs du Vatican saluent la visite apostolique du pape François. Tout le monde s’attèle à la tâche et le président Malgache a suivi personnellement les préparatifs. La presse de l’île affiche l’événement sur ses premières pages, et les malgaches se préparent à assister à la messe de dimanche matin. Environ 900.000 personnes sont attendues.

Le programme du Pape ce week-end à Madagascar 

Le samedi 7 septembre, dans la capitale malgache, le Pape rencontrera le président Andry Rajoelina à 9h30 au Palais présidentiel, avant la rencontre à 10h15 avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique en début de matinée.

Il prononcera ensuite une homélie lors de l’office de tierce au monastère des carmélites déchaussées à 11h15, avant de déjeuner à la nonciature. Il rencontrera ensuite les évêques du pays à 16h à la cathédrale de l’Immaculée Conception, appelée aussi cathédrale d’Andohalo (du nom du quartier dans lequel elle se situe).

Il visitera ensuite à 17h la tombe de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, puis il conclura la journée à18h par une veillée avec les jeunes dans le champ diocésain de Soamandrakizay.

Dimanche 8 septembre, il célébrera la messe à 10h en ce même lieu, d’où il récitera ensuite la prière de l’Angélus. Après le déjeuner, François visitera à 15h10 le village d’Akamasoa du père Pedro, la “Cité de l’Amitié”. Il se rendra ensuite à 16h sur le chantier de Mahatzana pour y réciter une prière pour les travailleurs. Cette seconde journée sur la Grande Ile se terminera à 17h10 par la rencontre avec les prêtres, religieuses et religieux, les personnes consacrées et les séminaristes au collège Saint-Michel.