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Cinq années à la rencontre du Peuple de Dieu

Il y a cinq ans, le 13 mars 2013, le Pape François était élu. Son pontificat a notamment été marqué par la publication de deux encycliques (Lumen Fidei, sur la foi, qui reprenait ce qui avait été préparé par Benoît XVI, et Laudato Si’, sur le soin de la maison commune), deux exhortations apostoliques (Evangelii Gaudium, texte programmatique du pontificat pour une Église en sortie, fortement missionnaire, et Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille), 23 Motu proprio (notamment sur la réforme de la Curie romaine, la gestion et la transparence économique, la réforme des procès en nullité matrimoniale, ou encore sur la traduction des textes liturgiques).

Les deux Synodes sur la famille et le Jubilé de la Miséricorde ont également marqué ce pontificat, ainsi que ses 22 voyages apostoliques qui l’ont amené à visiter 30 pays, sans oublier ses 17 visites pastorales en Italie (la 18e aura lieu ce samedi 17 mars à Pietrelcina et San Giovanni Rotondo, sur les traces de Padre Pio), ses huit cycles de catéchèse du mercredi matin (sur la profession de foi, les sacrements, les dons de l’Esprit Saint, l’Église, la famille, la miséricorde, l’espérance chrétienne, la messe), les près de 600 homélies à Sainte-Marthe, sans compter les innombrables discours, messages et lettres, et les millions de visages croisés et embrassés.

Une Église aux portes ouvertes

Le premier Pape jésuite, premier Pape venu des Amériques, avait choisi le nom de François d’Assise car il désirait une Église aux portes ouvertes qui sache annoncer à tous la joie et la fraîcheur de l’Évangile. Une Église accueillante, «où il y a de la place pour chacun», et non pas une douane qui contrôle la grâce au lieu de la faciliter. Une Église qui risque d’être «accidentée, blessée et sale» au lieu d’être au milieu des gens, «plutôt qu’une Église malade par la fermeture et le confort de s’agripper aux propres sécurités». Il demande d’abandonner un style défensif ou négatif, de pure condamnation, pour proposer la beauté de la foi, qui est de rencontrer Dieu.

L’Esprit Saint déboussole

Le Pape François lance une invitation à se laisser surprendre par l’Esprit Saint, le vrai protagoniste de l’Église, qui continue à parler et à nous dire des choses nouvelles. Il avait prononcé l’une de ses paroles fortes à Istanbul en novembre 2014 : l’Esprit Saint «déboussole», parce qu’il «met en mouvement, il fait cheminer, il pousse l’Église à aller de l’avant», alors qu’il est beaucoup plus facile et sûr de «s’accrocher à ses propres positions statiques et immuables».

Pape de droite ou de gauche ?

Au début, tout le monde parlait positivement de lui, puis petit à petit sont arrivées les critiques. Une bonne nouvelle, étant donné ce que Jésus avait dit «Gare à vous quand tous diront du bien de vous». La droite accuse le Pape d’être communiste, parce qu’il défend les pauvres et les migrants, et qu’il attaque l’actuel système économique libéral : «il est injuste à la racine», affirme le Pape François, qui a été confronté à la crise économique en Argentine, «cette économie tue», elle fait prévaloir «la loi du plus fort», qui «dévore le plus faible».

De son côté, la gauche accuse le Pape de rester ferme sur les questions éthiques : il défend la vie, s’oppose à l’avortement et à l’euthanasie : «Il n’est pas progressiste de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine». Il défend la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, il condamne la théorie du genre, «erreur de l’esprit humain», la dictature de la pensée unique, et les colonisations idéologiques, aussi dans les écoles, qui risquent de devenir des camps de rééducation. Il s’inquiète des atteintes au droit à l’objection de conscience, et remarque la prolifération des revendications à des droits individuels, qui se ne se préoccupent pas des devoirs inhérents à la vie en société, et ne résolvent rien des problèmes essentiels de l’humanité comme celui de la faim, qui touche encore des centaines de millions de personnes.

Les critiques internes

Le Pape est aussi attaqué à l’intérieur de l’Église. Il y en a même qui accusent le Pape d’être hérétique, de rompre avec la Tradition séculaire de l’Église, qui l’opposent aux Papes précédents. Et pourtant, Benoît XVI avait déjà invité à réfléchir sur le discernement pour l’accès à la communion des divorcés-remariés dans certains cas particuliers. Et pourtant, saint Jean-Paul II avait déjà répondu à Mgr Lefebvre, il y a 30 ans, en expliquant le vrai sens de la Tradition qui «tire ses origines des Apôtres, progresse dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit Saint». Une notion de Tradition qui s’oppose au Magistère universel de l’Église est contradictoire, affirmait le Pape polonais… «On ne peut pas rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec Celui auquel le Christ lui-même, dans la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Église», insistait saint Jean-Paul II. Le Pape François invite, dans le même sens, à résister aux tentations du diable qui veut diviser le peuple de Dieu pour le réduire à la ruine.

Chantiers ouverts

Deux actions impulsées par le Pape au début de son pontificat restent encore en chemin : la réforme de la Curie romaine, et la lutte contre les abus sexuels. Alors que certains membres de la Commission pour la protection des mineurs ont démissionné, en dénonçant les inerties au Vatican pour traiter ce problème pourtant urgent, François a renouvelé sa confiance dans cette commission en l’élargissant à de nouveaux membres, et en renouvelant le mandat du président, le cardinal O’Malley, archevêque de Boston.

La diplomatie de la paix

Le Pape François promeut la culture de la rencontre dans le domaine œcuménique et interreligieux, sur le front social et politique, et sur le plan simplement humain. Il se déplace vers l’unité, mais sans annuler les différences et les identités. Son rôle a été central dans le dégel entre les États-Unis et Cuba, comme dans le processus de paix en Colombie et en Centrafrique. Il attaque ceux qui fabriquent et vendent les armes. Dans le même temps, il dénonce avec force la persécution des chrétiens, «dans le silence complice de tant de puissances», qui peuvent les arrêter. Il lance des appels contre la traite des êtres humains, «une nouvelle forme d’esclavage».

Le temps de la miséricorde, mais jusqu’à un certain point

Il ne fait pas de doute que la parole centrale ce pontificat est la miséricorde, mais elle a une limite : la corruption. Le corrompu est celui qui refuse la miséricorde divine. Et Dieu ne s’impose pas. Il y a un jugement dernier. Le Pape propose donc toujours le chapitre 25 de l’Évangile de Matthieu: «Moi, j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger». Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour.

Moins de cléricalisme, plus d’espace pour les laïcs, les femmes et les jeunes

Le Pape François critique le cléricalisme, parce que le pasteur doit «servir» et avoir «l’odeur des brebis». Il affirme que les laïcs doivent découvrir toujours plus leur identité dans l’Église : ils ne doivent pas rester aux marges des décisions. Il valorise le rôle de la femme, mais en regardant vers son mystère, et non pas vers son rôle pratique. Il ne s’agit pas d’une lutte pour le pouvoir ou de revendications impossibles, comme le sacerdoce. Il s’agit de réfléchir sur l’herméneutique de la femme, parce que Marie est plus importante que les Apôtres. Il invite les jeunes à avoir de la créativité, à bousculer les habitudes.

Évangélisateurs avec l’Esprit

Le Pape demande à tous les chrétiens d’être des «évangélisateurs avec l’Esprit», pour «annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, à voix haute en tout temps et tout lieu, même à contre-courant», en touchant «la chair souffrante des autres». «Si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, ceci est déjà suffisant pour justifier le don de ma vie.»


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24h pour le Seigneur

Ce vendredi 9 mars, à 17h, à la basilique Saint-Pierre, le Pape François préside la célébration pénitentielle en ouverture des “24h pour le Seigneur”, une démarche organisée par le Conseil pontifical pour la Nouvelle Évangélisation. Cette célébration donne le coup d’envoi à l’initiative “24h pour le Seigneur”, née à Rome il y a cinq ans, et qui s’est rapidement diffusée sur les cinq continents.

«J’espère que nos églises puissent rester ouvertes longtemps pour accueillir ceux qui voudront se préparer à Pâques, en célébrant le sacrement de la réconciliation et faire ainsi l’expérience de la miséricorde de Dieu.»

Cette année, dans chaque diocèse, au moins une église reste ouverte durant 24h non-stop pour offrir à tous la possibilité de prière d’adoration et de confession. Le fil conducteur est les paroles du Psaume 103, «près de Toi se trouve le pardon».

L’initiative constitue donc une occasion de rencontre personnelle avec la miséricorde de Dieu. «L’objectif est d’offrir à tous, surtout à ceux qui se sentent encore mal à l’aise à l’idée d’entrer dans une église, de chercher l’étreinte miséricordieuse de Dieu, en occasion de revenir au Père en dehors des temps et des modes habituels». (Mgr Fisichella)

Dans son message pour le Carême 2018, le Pape a invité tous les fidèles à vivre comme une occasion propice «cette initiative qui invite à célébrer le Sacrement de la Réconciliation dans un contexte d’adoration eucharistique».

les femmes, une force d’amour pour le monde

En cette Journée internationale de la femme, voici un panorama sur les interventions les plus significatives du Pape François au sujet du rôle des femmes dans l’Église et dans la société.

«Les premiers témoins de la Résurrection sont les femmes», rappelait le Pape François le 3 avril 2013, lors de sa deuxième audience générale sur la Place Saint-Pierre, en remarquant que cette dimension du témoignage est la première mission des femmes.

Il a aussi souvent rappelé les figures féminines qui ont marqué son chemin personnel et son éducation chrétienne, comme sa grand-mère Rosa ou cette jeune novice des Petites Sœurs de l’Assomption qui l’avait tenu dans ses bras à sa naissance, et avec laquelle il est resté longtemps lié.

Le magistère du Pape sur le génie féminin est riche de gestes plus que de paroles, du rite du Lavement des pieds rendu accessible aux femmes jusqu’aux visites dans les prisons féminines, ou de l’institution d’une commission sur le diaconat féminin jusqu’au nombre toujours croissant de femmes nommées dans des rôles importants au Vatican, ou encore au choix d’une femme, Anne-Marie Pelletier, pour les méditation du Chemin de Croix au Colisée.

L’Église est mère : approfondir la théologie de la femme

La réflexion du Pape François sur la femme part d’un regard théologique. Le 28 juillet 2013, en répondant aux journalistes sur le vol papal de retour des JMJ de Rio, il avait affirmé que «une Église sans les femmes est comme le Collège des apôtres sans Marie».

Il a souligné que «l’Église est féminine, épouse, et mère». Une affirmation qui est encore plus significative en la relisant quatre ans après, à la lumière de sa décision d’inscrire dans le calendrier liturgique la mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église.

À de nombreuses occasions, le Pape a regretté que dans l’Église n’ait pas encore été accomplie «une profonde théologie de la femme», notamment le 12 octobre 2013 quand, en recevant les membres du Conseil pontifical pour les Laïcs, lors du 25e anniversaire de la Lettre apostolique de Jean-Paul II Mulieris Dignitatem, il a affirmé que dans l’Église «il est important de se demander quelle est présence de la femme», invitant à réfléchir sur la dimension maternelle de l’Église.

Respecter la dignité et le service des femmes, à tous les niveaux

Par ailleurs il a dénoncer les conditions d’exploitation que de si nombreuses femmes doivent supporter. «Moi, je souffre quand je vois que dans l’Église, le rôle de service de la femme dérive vers un rôle de servitude.» Ce thème est souvent revenu dans le Magistère du Pape François.

Il l’a évoqué avec vigueur en parlant le 16 mars 2016 à l’Union internationale des Supérieures Générales. Il leur a demandées d’avoir le courage de dire “non” quand on leur demande «une chose qui relève plus de la servitude que du service». «Quand on veut qu’une consacrée fasse un travail de servitude, on dévalue la vie et la dignité de cette femme. Sa vocation est le service. Le service de l’Église, où qu’elle soit. Mais pas la servitude!»

Offrir de nouveaux espaces aux femmes dans l’Église et dans la société

En février 2015, lors de l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Culture, consacrée au thème «Les cultures féminines : égalité et différence», le Pape a affirmé qu’il était temps que les femmes «ne se sentent pas hôtes, mais pleinement participantes des différents domaines de la vie sociale et ecclésiale».

Il a mis l’accent sur l’urgence d’offrir «de nouveaux espaces aux femmes dans la vie de l’Église», en favorisant «une présence féminine plus capillaire et incisive dans les communautés», avec une meilleure implication des femmes «dans les responsabilités pastorales».

La femme porte l’harmonie dans l’Église et dans le monde

Le Pape évoque souvent les figures bibliques féminines, et notamment la Vierge Marie, dans ses homélies matinales à la Maison Sainte-Marthe. Le 26 janvier 2016, il s’est arrêté sur le thème de la transmission de la foi. Pourquoi, se demandait-il, «ce sont principalement les femmes qui transmettent la foi» ?

«Simplement parce que celle qui nous apporté Jésus est une femme. C’est la voie choisie par Jésus. Lui, il a voulu avoir une mère : le don de la foi est aussi passé par les femmes, comme Jésus par Marie.» Une femme courageuse qui a donc su mettre au monde le Fils de Dieu, et Lui permettre de transmettre aux hommes l’amour infini du Père pour ses créatures.