Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Angélus: du «oui» de la Vierge dépend le sort de l’humanité

Angélus: du «oui» de la Vierge dépend le sort de l’humanité

Dimanche 8 décembre, en la solennité de l’Immaculée Conception, qui coïncide cette année avec le deuxième dimanche de l’Avent, après avoir célébré une messe dans la basilique Saint-Pierre entouré des 21 nouveaux cardinaux, le Pape François a prié l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique.

 

SOLENNITÉ DE L’IMMACULÉE CONCEPTION
DE LA BIENVENUE VIERGE MARIE

LE PAPE FRANÇOIS

ANGELUS

Place Saint-Pierre
dimanche 8 décembre 2024

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Chers frères et sœurs, bonjour et bonnes vacances !

Aujourd’hui, en la solennité de l’Immaculée Conception, l’Évangile nous raconte l’un des moments les plus importants et les plus beaux de l’histoire de l’humanité : l’Annonciation (voir Luc 1, 26-38), lorsque le « oui » de Marie à l’archange Gabriel permit l’Incarnation du Fils de Dieu, Jésus.

C’est une scène qui suscite la plus grande émerveillement et l’émotion car Dieu, le Très-Haut, le Tout-Puissant, dialogue à travers l’Ange. avec une jeune femme de Nazareth, lui demandant sa collaboration pour son projet de salut. Si vous trouvez du temps aujourd’hui, parcourez l’Évangile de Saint Luc et lisez cette scène. Je vous assure que cela vous fera du bien, du très bien !

Comme dans la scène de la création d’Adam peinte par Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine, où le doigt du Père céleste touche celui de l’homme ; ainsi ici aussi l’humain et le divin se rencontrent, au début de notre Rédemption, ils se rencontrent avec une merveilleuse délicatesse, dans le moment béni où la Vierge Marie prononce son « oui ».

C’est une femme d’un petit village périphérique et elle est à jamais appelée au centre de l’histoire : de sa réponse dépend le sort de l’humanité, qui peut à nouveau sourire et espérer, car son destin a été remis entre de bonnes mains. Elle amènera le Sauveur, conçu par le Saint-Esprit.

Marie donc, comme la salue l’archange Gabriel, est « pleine de grâce » (Lc 1, 28), Immaculée, entièrement au service de la Parole de Dieu, toujours auprès du Seigneur, à qui elle se confie pleinement. Il n’y a rien en elle qui résiste à sa volonté, rien qui s’oppose à la vérité et à la charité.

Voici son bonheur, que toutes les générations chanteront. Réjouissons-nous aussi car l’Immaculée Conception nous a donné Jésus qui est notre salut !

Frères et sœurs, en contemplant ce mystère, nous pouvons nous demander : à notre époque, agitée par les guerres et concentrée dans l’effort de posséder et de dominer, où dois-je placer mon espérance ? En force, en argent, en amis puissants ? Est-ce que j’y place mon espoir ? Ou dans la miséricorde infinie de Dieu ?

Et face aux nombreux modèles faussement scintillants qui circulent dans les médias et sur internet, où chercher mon bonheur ? Où est le trésor de mon cœur ? Est-ce dans le fait que Dieu m’aime librement, que son amour me précède toujours, et est-il prêt à me pardonner quand je reviens vers lui repentant ?

Dans cette espérance filiale dans l’amour de Dieu ? Ou est-ce que je me fais des illusions en essayant d’affirmer mon moi et ma volonté à tout prix ?

Frères et sœurs, à l’approche de l’ouverture de la Porte Sainte du Jubilé, ouvrons les portes de notre cœur et de notre esprit au Seigneur. Il est né de Marie Immaculée : nous implorons l’intercession de Marie. Et je vais vous donner quelques conseils.

Aujourd’hui est un bon jour pour décider de faire une bonne confession. Si vous ne pouvez pas y aller aujourd’hui, cette semaine, jusqu’à dimanche prochain, ouvrez votre cœur et le Seigneur pardonne tout, tout, tout. Ainsi, entre les mains de Marie, nous serons plus heureux.

Angelus Dómini nuntiávit Mariæ.
Et concépit de Spíritu Sancto.
Ave Maria…
L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie.
Et elle a conçu du Saint-Esprit.
Je vous salue, Marie …
Ecce ancílla Dómini.
Fiat mihi secúndum verbum tuum.
Ave Maria…
Voici la servante du Seigneur.
Qu’il me soit fait selon ta parole.
Je vous salue, Marie …
Et Verbum caro factum est.
Et habitávit in nobis.
Ave Maria…
Et le Verbe s’est fait chair.
Et il a habité parmi nous.
Je vous salue, Marie …
Ora pro nobis, sancta Dei génetrix.
Ut digni efficiámur promissiónibus Christi.
Priez pour nous, Sainte Mère de Dieu.
Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.
Orémus.
Grátiam tuam, quǽsumus, Dómine, méntibus nostris infunde; ut qui, Ángelo nuntiánte, Christi Fílii tui incarnatiónem cognóvimus, per passiónem eius et crucem, ad resurrectiónis glóriam perducámur.
Per eúndem Christum Dóminum nostrum.
Amen.
Prions :
Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs ; par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé. Conduis-nous par sa passion et par sa croix, avec le secours de la Vierge Marie, jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen…. (ter)
Requiem æternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis..

Bénédiction Apostolique ou Papale
Dominus vobiscum.
Et cum spiritu tuo.
Sit nomen Benedicat vos omnipotens Deus,
Pa ter, et Filius, et Spiritus Sanctus.
Amen.

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Après l’Angélus

Chers frères et sœurs !

En cette solennité de l’Immaculée Conception de Marie, je suis particulièrement proche des Nicaraguayens. Je vous invite à vous joindre à la prière pour l’Église et le peuple du Nicaragua, qui célèbrent la Très Pure, comme Mère et Patronne, et qui lancent vers elle un cri de foi et d’espérance.

Que la Mère Céleste soit pour eux une consolation dans les difficultés et les incertitudes, et qu’elle ouvre les cœurs de tous, afin que l’on recherche toujours la voie d’un dialogue respectueux et constructif pour promouvoir la paix, la fraternité et l’harmonie dans le pays.

Et nous continuons de prier pour la paix, dans l’Ukraine tourmentée, au Moyen-Orient – ​​Palestine, Israël, Liban, aujourd’hui Syrie –, au Myanmar, au Soudan et partout où nous souffrons de guerre et de violence. J’en appelle aux gouvernements et à la communauté internationale pour que nous puissions parvenir à la célébration de Noël avec un cessez-le-feu sur tous les fronts de guerre.

Je vous salue tous, Romains et pèlerins. En particulier, le pèlerinage des Servantes du Sacré-Cœur d’Espagne, du groupe « Oasi Mamma dell’Amore », des fidèles des États-Unis, du Honduras et d’Australie ; ainsi que ceux de Calderara di Reno, Corpolò et Grado, et les jeunes de confirmation de la paroisse de S. Pio da Pietrelcina à Rome.

Aujourd’hui, cela me vient à l’esprit de vous demander à tous de prier pour les prisonniers aux États-Unis qui se trouvent dans le couloir de la mort. Je pense qu’il y en a 13 ou 15. Nous prions pour que leur peine soit commuée, modifiée. Pensons à nos frères et sœurs et demandons au Seigneur la grâce de les sauver de la mort.

Aujourd’hui, l’adhésion à l’Action catholique est renouvelée dans les paroisses italiennes. Je souhaite à tous les membres un bon chemin de formation, de service et d’engagement apostolique. Je bénis de tout cœur les fidèles de Rocca di Papa et le flambeau avec lequel ils allumeront la grande étoile de la forteresse de leur belle ville, en l’honneur de Marie Immaculée.

Et je suis proche des travailleurs de Sienne, Fabriano et Ascoli Piceno qui défendent solidairement le droit au travail, qui est un droit à la dignité ! Que leurs emplois ne leur soient pas supprimés pour des raisons économiques ou financières.

Je souhaite à tous un bon dimanche et une bonne fête de l’Immaculée Conception. Nous nous retrouvons cet après-midi sur la Place d’Espagne. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et à bientôt !


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Messe de consécration de l’autel de Notre-Dame de Paris

 Messe de consécration de l’autel de Notre-Dame de Paris

Homélie de Mgr Laurent Ulrich

Notre-Dame de Paris – Dimanche 8 décembre 2024

 

« Frères et sœurs parisiens aimés, ne restez pas seulement éblouis de la beauté des pierres retrouvée, mais laissez-vous conduire jusqu’aux joies les plus grandes, jusqu’au don le plus beau que Dieu vous fait et nous fait de sa présence aimable, de sa proximité des plus pauvres, de sa puissance transformante dans les sacrements. »

Contrairement à ce que l’on pourrait comprendre spontanément, ce n’est pas d’abord pour rappeler une histoire du passé que l’auteur de l’évangile, saint Luc, situe son récit avec tant de précision historique et géographique : « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère ».

L’évangéliste y ajoute même des indications encore plus fines et identifiables par nos modernes chercheurs : les archéologues ont identifié des traces certaines du dénommé Pilate que nous citons dans notre Credo, et il est dit : « Jean, fils de Zacharie, parcourut toute la région du Jourdain ».

Si l’évangéliste choisit de nommer ces précisions, c’est plutôt pour dire que ce qui s’est passé là et à tel moment s’inscrit dans une longue tradition – et alors il reprend les paroles du prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ».

Cette tradition n’a pas fini son cursus et elle nous rejoint, nous, dans notre époque, et en notre lieu ! Ce qui se passe à l’époque du prophète Isaïe, ce qui se passe à une autre époque, celle du prophète Baruc dont nous avons entendu quelques lignes en première lecture, ce qui se passe à l’époque du dernier grand témoin et prophète de l’ancienne alliance, Jean, fils de Zacharie, appelé Jean le Baptiste, c’est l’expérience sans cesse renouvelée du peuple de Dieu qui a pu s’éloigner de Lui, ou qui a été déporté, exilé par des empires voisins, victime des puissants de ce monde ; mais Dieu n’abandonne jamais ce peuple qui devient ainsi un témoin permanent de la sollicitude dont Il entoure l’humanité tout entière, l’humanité à la recherche de la justice et de la paix pour tous les peuples : « Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. »

On pourrait craindre que cette histoire soit d’un optimisme naïf ! Pourtant, génération après génération, les croyants en font l’expérience, le Seigneur n’abandonne pas les siens.

Et si les détresses et les violences ne cessent pas au cours de l’Histoire des hommes, la vie des hommes est si précieuse aux yeux de Dieu qu’Il suscite, en tout temps et en tout lieu, des témoins et des disciples qui se nourrissent de sa force pour montrer le chemin de la victoire de la vie, de la confiance en Lui, de la construction en commun de la fraternité universelle des enfants de Dieu et du don de soi qui y conduit.

La tâche n’est jamais facile, mais elle trouve de belles occasions de se vérifier, de se donner à voir, comme la réalisation exemplaire de ce chantier pour rebâtir Notre-Dame de Paris en a fourni la preuve. « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu. »

Oui, les ravins qui séparent les hommes entre eux peuvent être comblés, les montagnes d’orgueil peuvent être rabotées, les tortueux mensonges peuvent faire place à la joie de la vérité, les obstacles déposés sur le chemin peuvent être remplacés par l’admiration réciproque de ceux qui concourent honnêtement : on peut se réjouir sans arrière-pensée de la réussite des autres qui fait grandir l’estime partagée.

Nous pouvons désirer cela et y contribuer ; c’est en tout cas l’intention même de Dieu de le réaliser avec notre concours. Et c’est une manière déjà d’entrevoir le salut qu’Il nous offre et le chemin que Lui-même nous indique pour marcher vers Lui, pour Le rejoindre puisqu’Il nous y appelle.

Ce matin, la peine du 15 avril 2019 est effacée. D’une certaine manière, et même si la sidération causée par l’incendie a pu être durable, la peine était déjà dominée quand la prière montait depuis les quais de Seine et de centaines de millions de cœurs dans le monde entier.

La prière était déjà le signe d’une espérance encore étonnée d’elle-même, mais réelle. Le peuple immense de ceux qui cherchent Dieu pouvait déjà chanter : « quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu … ».

Et nous voici autour de cet autel que, dans quelques instants, je vais devant vous consacrer pour qu’il soit la table du sacrifice du Christ, le lieu où Il donne sa vie pour tous. Le matériau choisi par l’artiste, le bronze, entre dans un dialogue franc avec l’édifice de pierre, c’est le premier saisissement qui nous étreint.

Et ce bloc de l’autel, comme issu de la terre pour le sacrifice, s’apprête en une table fraternelle pour le repas du Seigneur. Il forme avec l’ambon, dans un échange sans confusion, la table de la Parole et celle de l’Eucharistie.

Quant aux lignes de l’une et l’autre pièce de ce mobilier, leur pureté, leur simplicité, sont extrêmement accessibles voire accueillantes ; une puissance de vie, une force apaisée émanent de cette simplicité même, répondant à la demande de l’Église que les composantes de la liturgie soient toutes marquées de noble simplicité.

C’est le Christ même que nous mettons ici au centre de notre eucharistie, au centre de notre assemblée ; saint John-Henry Newman désignait l’autel comme ce centre vers lequel convergent tous nos regards, nos regards de croyants.

De quel amour nous allons entourer cet autel ! Ce n’est certes pas un objet magique, mais c’est un instrument par lequel nous apprenons à voir le Christ au milieu de nous, comme le roc solide où notre foi s’appuie, comme le calvaire où l’on découvre jusqu’où va le don de soi et l’amour total, et comme la table autour de laquelle le Christ forme ses disciples.

De quelle tendresse nous allons l’entourer en appelant sur notre assemblée la puissance de sainteté de l’immense cohorte des bienheureux du ciel et de la terre ! Parmi eux, s’en trouveront cinq venus de plusieurs provinces de France et même de Roumanie et ayant un lien fort avec Paris, dont une relique – un signe de leur existence croyante – sera déposée à l’intérieur : Sainte Catherine Labouré, Sainte Madeleine-Sophie Barat, Sainte Marie-Eugénie Milleret, Saint Charles de Foucauld et Bienheureux Vladimir Ghika ; en invoquant ensuite l’Esprit de Dieu qui transforme toute chose en instrument de paix et de joie ; en répandant sur lui l’huile de bonne odeur qui attire tout homme sur les chemins vertueux de l’amour désintéressé !

De quelle admiration encore nous allons l’entourer quand montera la fumée de l’encens avec toutes nos prières aux intentions les plus évidentes de la paix et de la justice pour tous les hommes et aussi aux intentions les plus cachées au secret de tous nos cœurs, et quand, revêtu de l’habit blanc du baptême, il resplendira de la lumière du ciel.

Enfin, quelle reconnaissance, quelle action de grâce nous pourrons faire monter vers le Père et le Fils en célébrant ensuite pour la première fois ici l’eucharistie qui construit le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit, le Peuple de Dieu qui s’offre avec son Seigneur !

Frères et sœurs qui êtes invités particulièrement en ce jour, ne vous contentez pas de goûter le plaisir d’être là en un jour si particulier où la cathédrale de Paris retrouve sa splendeur, telle que personne ne l’a jamais connue auparavant : que vous soyez croyants ou non, vous êtes bienvenus pour participer à la joie des croyants d’ici qui rendent gloire à Dieu d’avoir retrouvé leur église-mère.

Et vous, évêques, prêtres et diacres, fidèles du Christ, baptisés, consacrés, serviteurs de l’évangile selon votre condition et votre mission particulière, frères et sœurs parisiens aimés, ne restez pas seulement éblouis de la beauté des pierres retrouvée, mais laissez-vous conduire jusqu’aux joies les plus grandes, jusqu’au don le plus beau que Dieu vous fait et nous fait de sa présence aimable, de sa proximité des plus pauvres, de sa puissance transformante dans les sacrements.

Comme notre sœur Madeleine Delbrêl – une humble croyante qui a fréquenté cette église, une servante des pauvres dans nos quartiers et ceux de la région parisienne – laissez-vous, comme elle, « éblouir par Dieu » ! Elle avait vingt ans quand cet éclair l’a touchée, et c’était il y a tout juste cent ans. Dieu est la liberté même, la liberté qui se livre, qui se donne ; Il se révèle à nous sur cet autel ; nous attendons sa venue en notre chair, à Noël qui approche.

Nous nous réjouissons de ce que nous voyons, nous savourons ce moment qu’il nous est donné de vivre, nous aimons ce rassemblement où nous sommes unis, et nous rêvons qu’il puisse en être ainsi dans notre société tellement inquiète.

Mais ce matin, la source de notre joie est encore plus profonde et durable : elle nous vient de Dieu même. Il est la cause de notre joie : n’hésitons pas à redire en tout temps avec le psalmiste : « quelle merveille le Seigneur fit pour nous, nous étions en grande fête ! »

Mgr Laurent Ulrich,
archevêque de Paris

la beauté de Marie pour le salut du monde

la beauté de Marie pour le salut du monde

En la solennité de l’Immaculée Conception, qui coïncide cette année avec le deuxième dimanche de l’Avent, le Pape François a présidé la sainte Messe dans la basilique Vaticane où il a créé hier 21 cardinaux. L’homélie s’est concentrée sur la beauté de Marie, «servante» non pas dans le sens d’«asservie» mais d’«estimée».

 

MESSE AVEC LES NOUVEAUX CARDINAUX ET LE COLLÈGE CARDINALICE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique Saint-Pierre
Solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie
IIe Dimanche de l’Avent, 8 décembre 2024

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« Réjouis-toi, comblée de grâce » (Lc 1, 28). Par cette salutation, dans l’humble maison de Nazareth, l’Ange révèle à Marie le mystère de son cœur immaculé, depuis sa conception « exempte de toute tache du péché originel » (B. Pie IX, Const. ap. Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854).

Au fil des siècles, les chrétiens ont cherché de multiples façons à représenter un tel don, par des mots et des images, en soulignant la grâce et la douceur sur le visage de la “ femme bénie entre toutes ” (cf. Lc 1, 42), à travers les traits de caractère et les catégories des ethnies et cultures les plus diverses.

En effet, la Mère de Dieu, comme l’a observé saint Paul VI, nous montre « ce que nous avons tous au fond du cœur : l’image authentique de l’humanité […] innocente, sainte, […] parce que son être est tout entier harmonie, candeur, simplicité. Marie est ainsi : tout entière harmonie, candeur, simplicité ; elle est tout entière transparence, bonté, perfection ; il est tout entier beauté » (Homélie en la Solennité de l’Immaculée Conception, 8 décembre 1963).

Arrêtons-nous donc un instant pour la contempler, cette beauté, à la lumière de la Parole de Dieu, à travers trois aspects de la vie de Marie qui nous la rendent proche et familière. Et quels sont ces trois aspects ? : Marie est fille, Marie est épouse et Marie est mère.

Regardons tout d’abord l’Immaculée comme fille. Les textes sacrés ne parlent pas de son enfance. L’Évangile nous la présente, au moment de son entrée sur la scène de l’histoire, comme une jeune fille riche de foi, humble et simple. Elle est la “vierge” (cf. Lc 1, 27) dans le regard de laquelle se reflète l’amour du Père et dans le cœur pur de laquelle la gratuité et la gratitude sont la couleur et le parfum de la sainteté.

Ici, la Vierge nous apparaît belle comme une fleur qui a poussé dans l’ombre et qui est enfin prête à s’épanouir dans le don de soi. Car la vie de Marie est un continuel don de soi.

Ce qui nous amène à la deuxième dimension de sa beauté : celle de l’épouse, c’est-à-dire celle que Dieu a choisie comme compagne de son plan de salut (cf. Conc. Œcum. Vatican II, Const. dogm. Lumen Gentium, n. 61).

C’est ce que dit le Concile : Dieu a choisi Marie, il a choisi une femme comme compagne de son plan de salut. Il n’y a pas de salut sans la femme, car l’Église est aussi une femme. Elle répond “oui” en disant : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38).

“Servante” non pas dans le sens de “asservie” et “humiliée”, mais de personne “qui fait confiance”, “estimée”, à qui le Seigneur confie les trésors les plus chers et les missions les plus importantes. Sa beauté polyédrique, pareil à celle d’un diamant, révèle alors un visage nouveau : celui de la fidélité, de la loyauté et de l’attention qui caractérisent l’amour mutuel des époux.

Tout comme l’entendait saint Jean-Paul II, lorsqu’il écrivait que l’Immaculée « a accepté d’être choisie comme Mère du Fils de Dieu, guidée par l’amour nuptial, qui “consacre” totalement à Dieu une personne humaine » (Lett. enc. Redemptoris Mater, n. 39).

Nous arrivons ainsi à la troisième dimension de la beauté de Marie. Quelle est cette troisième dimension de la beauté de Marie ? Celle de mère. C’est la manière la plus courante de la représenter : avec l’Enfant Jésus dans les bras, ou dans la crèche, penchée sur le Fils de Dieu couché dans la mangeoire (cf. Lc 2, 7).

Elle est présente aux côtés de son Fils dans toutes les circonstances de la vie, proche dans sa sollicitude et cachée dans son humilité ; comme à Cana, où elle intercède pour les époux (cf. Jn 2, 3-5), ou à Capharnaüm, où elle reçoit des éloges pour son écoute de la Parole de Dieu (cf. Lc 11, 27-28), ou enfin au pied de la croix – la maman d’un condamné –, où Jésus lui-même nous la donne comme mère (cf. Jn 19, 25-27).

Ici, l’Immaculée est belle dans sa fécondité, c’est-à-dire dans son savoir mourir pour donner la vie, dans son oubli de soi pour prendre soin de ceux qui, petits et sans défense, s’accrochent à elle.

Tout cela est renfermé dans le Cœur immaculé de Marie, exempt de péché, docile à l’action de l’Esprit Saint (cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptoris Mater, n. 13), prêt à rendre à Dieu, par amour, « un complet hommage d’intelligence et de volonté » (Conc. Ecum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 5 ; cf. Vat. I, Const. dogm. Dei Filius, n. 3).

Le risque, cependant, serait de penser qu’il s’agit d’une beauté lointaine, une beauté trop élevée, inaccessible. Ce n’est pas le cas, nous la recevons comme un don, dans le baptême, lorsque nous sommes libérés du péché et devenus enfants de Dieu.

Et, avec elle, nous est confié l’appel à la cultiver, comme la Vierge, avec un amour filial, sponsal et maternel, reconnaissants dans l’accueil et généreux dans le don, hommes et femmes du “merci” et du “oui” dits avec des mots, mais surtout par la vie – il est beau de rencontrer des hommes et des femmes qui par leur vie disent merci et disent oui –; prêts à faire place au Seigneur dans nos projets et à accueillir avec une tendresse maternelle tous les frères et les sœurs que nous rencontrons sur notre chemin.

L’Immaculée n’est donc pas un mythe, une doctrine abstraite ou un idéal impossible : elle est la proposition d’un projet beau et concret, le modèle pleinement réalisé de notre humanité, à travers lequel, par la grâce de Dieu, nous pouvons tous contribuer à rendre meilleur notre monde.

Malheureusement, nous voyons autour de nous comment la prétention du premier péché, de vouloir être “comme Dieu” (cf. Gn 3, 1-6), continue à blesser l’humanité, et comment cette présomption d’autosuffisance n’engendre ni amour ni bonheur. Celui qui exalte comme une conquête le refus de tout lien stable et durable, en fait, ne donne pas la liberté.

Celui qui enlève le respect du père et de la mère, qui ne veut pas d’enfants, celui qui considère l’autre comme un objet ou une gêne, qui considère le partage comme une perte et la solidarité comme un appauvrissement, ne répand ni joie ni avenir. À quoi servent l’argent en banque, le confort dans les appartements, les “contacts” factices du monde virtuel, si ensuite les cœurs restent froids, vides, fermés ?

À quoi servent les hauts niveaux de croissance financière des pays privilégiés, si la moitié du monde meurt de faim et de guerre, et que les autres restent indifférents ? À quoi bon voyager à travers la planète, si chaque rencontre se réduit ensuite à l’émotion d’un moment, à une photographie dont personne ne se souviendra plus dans quelques jours ou quelques mois ?

Frères et sœurs, aujourd’hui nous regardons Marie Immaculée, et nous lui demandons que son Cœur plein d’amour nous conquiert, qu’il nous convertisse et fasse de nous une communauté dans laquelle la filiation, la sponsalité et la maternité soient la règle et le critère de la vie : où les familles se réunissent, où les époux partagent tout, où les pères et les mères soient présents en chair et en os auprès de leurs enfants et où les enfants prennent soin de leurs parents.

Telle est la beauté dont nous parle l’Immaculée, telle est la “beauté qui sauve le monde” et devant laquelle nous voulons aussi répondre au Seigneur, comme Marie : « Me voici […], que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38).

Nous célébrons cette Eucharistie avec les nouveaux Cardinaux. Ce sont des frères à qui j’ai demandé de m’assister dans le service pastoral de l’Église universelle. Ils viennent de nombreuses parties du monde, porteurs d’une Sagesse unique aux multiples visages, pour contribuer à la croissance et à la diffusion du Royaume de Dieu. Confions-les tout particulièrement à l’intercession de la Mère du Sauveur.

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