Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Celui qui devait livrer Jésus (Jn 12,4)

Celui qui devait livrer Jésus (Jn 12,4)

LUNDI (de la Semaine sainte) Is 42,1-7-  Jn 12,1-11

Pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum trois cents deniers que l’on aurait donnés aux pauvres ? (Jn 12,5)

Judas avait ses travers. L’évangéliste Jean en souligne un très durement, le plus voyant sans doute : il tenait à l’argent. Sa foi doit donc lutter avec le mal subsistant dans son propre cœur, sa volonté de conversion avec des com­plications intérieures. Il faut dire que la cupidité est quel­que chose de bas, qui avilit.

Pierre, irréfléchi, impression­nable tant qu’on voudra, avait un cœur magnanime. Jean, le fanatique, brûlait d’un désir immense de se donner. Thomas, quoique méfiant, avait cette sincérité qui fait droit à la vérité, dès qu’elle se manifeste. Judas a dû avoir quelque chose de vulgaire.

Comment Jean aurait-il, autre­ment, pu l’appeler hypocrite et voleur, avec son intransi­geance coutumière, il est vrai ? (Jn 12,6) Comment aurait-il pu s’abaisser autrement jusqu’à trahir par un baiser de paix ? On n’arrive pas là tout d’un coup, mais à la suite d’une longue préparation. La possibilité du salut était mal­gré tout en lui. Il était appelé à devenir un apôtre et pou­vait l’être.

Mais un jour, la volonté de conversion a dû être paralysée. Nous ne savons pas à quel moment, peut-être à Capharnaùm, quand Jésus annonça l’Eucharistie et que les auditeurs trouvèrent son discours intolérable.

En cette circonstance l’opinion publique s’est détournée de Jésus, et beaucoup de ses disciples n’allèrent plus avec lui. Le cercle immédiat du Maître a dû être ébranlé aussi, car Jésus n’a pas demandé sans raison aux Douze : Voulez-vous partir, vous aussi ? (Jn 6,66-67)…

*

Peut-être est-ce alors que s’éteignit la foi de Judas… En restant, il s’exposait à un danger effroyable. La vie toute sainte, où toute pensée, tout jugement, toute action vien­nent de Dieu et vont à Dieu, n’est pas si facile à supporter.

C’est folie de penser qu’il est agréable, sans restriction, de vivre à côté d’un saint, surtout à côté du Fils de Dieu ; de s’imaginer qu’on ne peut pas ne pas devenir bon à ce con­tact. On peut y devenir un démon ! Le Seigneur lui-même le dit : N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l’un de vous est un démon (Jn 6,70).

Judas ne l’avait pas été dès le début, comme le croit le peuple, il l’est devenu, et auprès du Sauveur. Oui, disons-le tran­quillement, auprès du Sauveur, car celui-ci est au monde pour la chute et la résurrection d’un grand nombre (Lc 2,34).

C’est surtout après Capharnaùm que la situation dut être intolérable pour lui. Avoir toujours cette figure devant les yeux, sentir à chaque instant sa pureté surhumaine, constater sans arrêt — c’était là le plus pénible — cette disposition de victime, cette volonté de se sacrifier pour les hommes, seul quelqu’un qui aimait Jésus pouvait sup­porter tout cela.

C’est déjà assez difficile de supporter — il faudrait dire de pardonner — la grandeur d’un homme quand on est petit soi-même. Mais que dire, s’il s’agit de grandeur religieuse, de grandeur divine dans le sacrifice, de la grandeur du Rédempteur !…

C’est alors que Judas est devenu l’allié naturel des ennemis du Maître. Tous ses instincts pharisaïques se sont réveillés en lui, et il a vu en Jésus un grand danger pour Israël. En même temps s’est fait sentir ce qu’il y avait de bas en lui. L’argent est rede­venu sa vie et une tentation toute-puissante, jusqu’au jour où il a suffi peut-être d’un rien, d’une rencontre, pour faire naître en lui l’horrible projet.

Romano Guardini Le Seigneur, Alsatia, 1964, t. 2, p. 62-64.

La célébration du dimanche des Rameaux

La célébration du dimanche des Rameaux

Le Pape a présidé la célébration de ce dimanche des Rameaux sur la place Saint-Pierre, la dernière avant Pâques. La commémoration de l’entrée festive du Seigneur à Jérusalem précède la messe dont le passage évangélique présente le récit de la Passion du Christ. A la fin de la liturgie le Pape François a prié l’Angélus.

Le Pape a béni et aspergé d’eau bénite les rameaux d’olivier, symbole d’aujourd’hui, que les personnes présentes tenaient dans leurs mains. Puis la procession des « porteurs de palmes » s’est dirigé vers le cimetière depuis le centre de la place.

Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Royaume à venir de notre père David ! Hosanna au plus haut des cieux !

Le changement de décor est radical : la liturgie de la Parole de la célébration eucharistique comprend la lecture chantée à plusieurs voix de la Passion de Jésus reprise de l’Évangile selon Marc. À travers les paroles de l’évangéliste, nous revivons les passages de la souffrance du Christ dans toute sa crudité.

Le récit de la Passion, à l’invitation du Pape, est suivie d’un moment de silence et de méditation. C’est une souffrance, celle du Christ, qui contient les douleurs de tous les temps et de toute l’humanité et l’humanité, avec ses fragilités, est présentée au Seigneur dans la prière universelle où le Pape préside la célébration de ce dimanche sur la place Saint-Pierre, la dernière avant Pâques.

Nous prions pour l’Église, afin qu’elle «cherche toujours l’unité, la réconciliation et la communion» ; pour les gouvernants «appelés à cultiver la paix et le bien des peuples» ; pour tous les hommes et femmes qui souffrent ; pour les chrétiens persécutés ; pour chaque communauté chrétienne afin qu’elle « soit témoin de sa propre foi, dans la prière et la charité». Le Pape a prié pour les victimes du «lâche attentat terroriste» à Moscou.

A la fin de la célébration, directement depuis le parvis de la basilique, le Pape François a prononcé l’Angélus, avant de donner sa bénédiction et de faire un large tour pour saluer les fidèles et les pèlerins qui l’acclament sur la place.

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LE PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
Dimanche des Rameaux, 24 mars 2024

Chers frères et sœurs,

J’exprime ma proximité avec la communauté de San José de Apartado, en Colombie, où une jeune femme et un garçon ont été assassinés il y a quelques jours. Cette communauté a été récompensée en 2018 comme exemple d’engagement en faveur de l’économie solidaire, de la paix et des droits de l’homme.

Et je vous assure de mes prières pour les victimes du lâche attentat terroriste perpétré l’autre soir à Moscou. Que le Seigneur les accueille dans sa paix et réconforte leurs familles. Qu’il convertisse le cœur de ceux qui projettent, organisent et mettent en œuvre ces actions inhumaines, qui offensent Dieu, qui a ordonné : « Tu ne tueras pas » (Ex 20, 13).

Je vous salue tous, fidèles de Rome et pèlerins de divers pays. Je salue en particulier la délégation de la ville de Sanremo, qui cette année aussi, fidèle à une tradition vieille de quatre siècles, a offert pour cette célébration des feuilles de palmier tressées. Merci San Remo ! Que le Seigneur vous bénisse.

Chers frères et sœurs, Jésus est entré à Jérusalem en Roi humble et paisible : ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul peut nous libérer de l’inimitié, de la haine, de la violence, car Il est miséricorde et pardon des péchés. Nous prions pour tous les frères et sœurs qui souffrent à cause de la guerre.

Je pense particulièrement à l’Ukraine tourmentée, où de nombreuses personnes se retrouvent sans électricité en raison d’intenses attaques contre les infrastructures qui, en plus de causer des morts et des souffrances, entraînent le risque d’une catastrophe humanitaire encore plus grande. S’il vous plaît, n’oublions pas l’Ukraine tourmentée ! Et pensons à Gaza, qui souffre tant, et à bien d’autres lieux de guerre.

Et maintenant nous nous tournons dans la prière vers la Vierge Marie : apprenons d’elle à rester proches de Jésus pendant les jours de la Semaine Sainte, pour arriver à la joie de la Résurrection. »

Angelus Domini nuntiavit Mariae – L’ange du Seigneur porta l’annonce à Marie…

Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Tu vis, ô mon Église, d’une exigence et d’une promesse

Tu vis, ô mon Église, d’une exigence et d’une promesse

SAMEDI (5° semaine de Carême) Ez 37,21-28  – Jn 11,45-56

Jésus devait mourir non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52)

cathédrale de Reims-vitraux Imi-Knoebel
cathédrale de Reims-vitraux Imi-Knoebel

Ainsi tu es là, mon épouse, vraiment un signe que l’on se montre du doigt parmi les peuples : très connue, mais très peu aimée. Ton échec retombe sur moi-même, car, à cause de toi, mon nom aussi est blasphémé parmi les païens. Beaucoup qui m’ont cherché d’un cœur sincère se sont arrêtés sur le chemin, saisis d’effroi, lorsqu’ils t’ont aperçue soudain — et ils sont revenus sur leurs pas.

Et beaucoup qui virent combien tes fidèles ont une vie mé­diocre, combien ils ont peu l’air rachetés, avec quelle piteuse facilité l’ardeur de leurs cœurs a été étouffée sous la cendre, avec quelle sévérité ils portent des jugements sur le monde, eux qui sont secrètement pleins du monde, sont retournés résolument à l’innocence païenne.

Ce qui constitue un scandale à leurs yeux, ce n’est pas ton amour vainqueur du monde — pareil scandale tu aurais dû le donner — mais ta tiédeur et ton irréparable manque d’amour. Tu aurais dû être pour les hommes le symbole de l’unité entre moi et le Père, c’est pour cela que je t’ai envoyé notre Saint-Esprit, le lien de l’amour unifiant, et que je t’ai fondée sur l’unité qui enveloppe tout…

Ta nature même est l’unité, et chacune des marques aux­quelles on te reconnaît et grâce auxquelles tu peux faire la preuve de ta vérité est toujours encore l’unité. Et comme j’ai moi-même déposé en toi cette unité et t’ai marquée de ce sceau ineffaçable, comme je suis entré en toi avec mon esprit et que je te meus du dedans vers l’unité, moi, ton unique cœur, tu ne réussiras pas à t’évader de cette unité…

Vous êtes tous des membres, et comme membres vous deviez vous compléter mutuellement en servant chacun à votre place, reconnaissants à la pensée que vos frères pos­sèdent ce que vous-mêmes n’avez pas. Dans l’amour qui ne cherche pas à garder ce qui lui appartient, vous posséde­riez alors le tout. Car c’est moi qui suis le Tout, moi qui suis la tête du corps et l’âme qui unifie.

Mais, vous dispu­tant à travers tous les siècles pour les meilleures places, vous déchirez et vous déchiquetez en tout temps mon corps… Chacun tient son programme limité pour le meil­leur, le seul vrai, et ainsi les membres se détachent les uns des autres, et mon sang porteur d’une vie sacrée ne coule plus à travers tout l’organisme…

Fais ce que tu veux, (mon épouse,) tu resteras prise dans l’amour… Je veux te mettre dans le cœur un tel souci du monde et de mes brebis perdues que le troupeau assoupi flairera le berger et accourra vers toi presque malgré lui…

Tu vis, ô mon Église, d’une exigence et d’une promesse. Ne vis pas de toi-même, vis uniquement en moi et de moi, oublie celle que tu étais, ne connais plus ton cœur, mais accepte que te suffise mon cœur seul (que je t’ai enfoncé au milieu du corps), ainsi tu seras pour moi mon épouse et mon corps, et c’est en toi, exclusivement en toi, que je veux racheter le monde entier.

Sois pour le monde mon obéissance incarnée, présentée visiblement à travers tous les temps, si obéissante que, parler d’Église soit parler d’obéissance ; car, dans l’obéissance est la rédemption, et qui m’exprime doit reproduire en lui mon obéissance jus­qu’à la mort de la croix : ainsi je veux t’élever comme reine du monde, et tous les peuples, tous les siècles, devront se courber devant toi.

Hans Urs von Balthasar Le cœur du monde, DDB, 1956, p. 208 à 215.