Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Sa vie ne fut qu’amour

Sa vie ne fut qu’amour

MERCREDI (3e semaine de Carême) Dt 4,1.5-9 –  Mt 5,17-19

Jusqu’à ce que tout soit réalisé (Mt 5,18)

Jésus au jardin des oliviers Jean-Baptiste Caracciolo 16e s
Jésus au jardin des oliviers Jean-Baptiste Caracciolo 16e s

Le Christ ne vint pas pour abolir la Loi mais pour l’ac­complir (cf. Mt 5/17)… Sa nourriture était de faire la volonté de son Père. Il ne faisait à ce point qu’un avec le Père, avec chacune des exigences de la Loi, que l’accom­plissement de la Loi était son désir propre, son unique besoin vital. L’amour en lui était action constante.

Il n’y eut pas un moment, pas un seul, dans sa vie où l’amour eût été simplement en lui un sentiment inactif qui cherche après un mot tout en laissant s’écouler le temps ; ou un état d’esprit qui s’arrête satisfait de lui-même auprès de lui-même, ne se fixant aucune tâche. Non, son amour fut action constante.

Même les larmes qu’il versa n’occupèrent pas le temps ; car même si Jérusalem ignorait ce qui était utile à sa paix, lui le savait. Même si les parents endeuillés auprès du tombeau de Lazare ignoraient ce qui devait arriver, lui, néanmoins, savait ce qu’il devait faire.

Dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, son amour était toujours prêt. Il ne se concentra point en quelques moments solennels, comme si quelques heures déterminées de la vie quotidienne étaient placées en dehors des exigences de la Loi. Il fut le même en tout instant, pas davantage lorsqu’il expira sur la croix qu’au moment où il accepta de venir au monde.

Ce fut le même amour qui dit Marie a choisi la meilleure part (Lc 10,42) et qui punissait ou absolvait Pierre d’un regard ; ce fut le même amour lorsqu’il accueillit ses disciples à leur retour joyeux, après qu’ils eurent fait des miracles en son nom, et le même amour lorsqu’il les trouva dormant.

*

Son amour ne réclama rien à un autre homme, ni son temps, ni sa force, ni son assistance, ni son service, ni son amour en retour. Car ce que le Christ réclama de chacun était uniquement le bien de l’intéressé lui-même et il ne l’exigea que pour l’amour de l’autre ; aucun homme ne vécut avec lui qui s’aimât autant que le Christ l’aimait.

Dans son amour il n’existait pas d’accord négocié, de con­cessions, de coterie avec un autre homme qui pût rivaliser avec les exigences infinies de la Loi ; le Christ en son amour ne réclama aucune exception pour lui, pas la moin­dre. Son amour ne fit aucune différence.

Il ne fit même pas la plus tendre des différences, celle qui eût pu exister entre sa mère et le reste des hommes ; car il dit, désignant ses disciples : C’est ceux-ci qui sont ma mère (Mt 12,50). Et inversement il n’aimait pas ses disciples sous prétexte qu’ils représentaient quelque chose de particulier ; car son unique désir était que chacun pût devenir son disciple et il le désirait pour l’amour de chaque homme pris individuel­lement.

Son amour ne fit pas non plus de différence entre ses disciples ; car son amour, à la fois divin et humain, était exactement le même à l’égard de tous les hommes ; il vou­lait les racheter tous et il était le même à l’égard de tous ceux qui voulaient se laisser sauver. Sa vie ne fut qu’amour.

Kierkegaard Vie et règne de l’Amour. Trad. P. Villadsen, Aubier, Paris 1946, p. 112-114.

Préparons-nous au pardon mutuel

Préparons-nous au pardon mutuel

MARDI (3e semaine de Carême) Dn 3,25.34-43 – Mt 18,21-35

Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton collègue, comme j’ai eu moi-même pitié de toi ? (Mt 18,33)

Préparons-nous au pardon
Préparons-nous au pardon

Le Seigneur a dit : Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs (Mt 9,13). Il n’est donc permis à aucun chrétien de haïr qui que ce soit : personne ne peut être sauvé si ce n’est dans le pardon des péchés et, ceux que la sagesse du monde méprise, nous ne savons à quel point la grâce de l’Esprit peut leur donner du prix.

Que le peuple de Dieu soit saint et qu’il soit bon : saint pour se détourner de ce qui est défendu, bon pour agir selon les commandements.

Bien qu’il soit grand d’avoir une foi droite et une saine doctrine, et que soient dignes de louanges la sobriété, la douceur et la pureté, toutes ces vertus demeurent pourtant vaines sans la charité. Et on ne peut pas dire qu’une conduite excellente soit féconde si elle n’est pas engendrée par l’amour…

Que les croyants fassent donc la critique de leur propre état d’esprit et qu’ils examinent attentivement les sentiments intimes de leur cœur. S’ils trouvent au fond de leur conscience quelque fruit de la charité, qu’ils ne doutent pas que Dieu est en eux.

Et pour devenir de plus en plus capables d’accueillir un hôte si grand, qu’ils persévèrent et grandissent dans la miséricorde par des actes. Si en effet l’amour est Dieu, la charité ne doit connaître nulle borne, car aucune limite ne peut enfermer la divinité.

Pour traduire en actes ce bien de la charité, mes frères, il est vrai que tous les temps sont bons ; et pourtant, les jours que nous vivons nous y exhortent particulièrement. Ceux qui désirent accueillir la Pâque du Seigneur avec la sainteté de l’esprit et du corps doivent s’efforcer avant tout d’acquérir cette grâce qui contient la somme des vertus et couvre une multitude de péchés (1 P 4,8).

Sur le point donc de célébrer le plus grand de tous les mystères, celui où le sang de Jésus Christ a effacé nos iniquités, préparons tout d’abord le sacrifice de la miséricorde. Ce que la bonté de Dieu nous a donné, nous le rendrons ainsi à ceux qui nous ont offensés. Que les injures soient jetées dans l’oubli, que les fautes ignorent désormais la torture et que toutes les offenses soient libérées de la peur de la vengeance !

Que les maisons pénitencières ne retiennent plus personne et que dans les sombres cachots l’on n’entende plus les tristes gémissements des inculpés ! Si quelqu’un détient de tels prisonniers pour un quelconque délit, qu’il sache bien que lui-même est pécheur et, pour recevoir le pardon, qu’il se réjouisse d’avoir trouvé à qui pardonner.

Ainsi lorsque nous dirons, selon l’enseignement du Seigneur : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés (Mt 6,12), nous ne douterons pas, en formulant notre prière, d’obtenir le pardon de Dieu.

Nous devons aussi montrer une bonté plus généreuse envers les pauvres et ceux qui souffrent de diverses faiblesses, pour que des voix plus nombreuses puissent rendre grâces à Dieu et que nos jeûnes contribuent au soulage¬ment de ceux qui sont dans le besoin.

Aucun dévouement des croyants n’est plus agréable au Seigneur que celui dont ses pauvres bénéficient : là où Dieu trouve le souci de la miséricorde, il reconnaît l’image de sa bonté.

Saint Léon le Grand Sermon 48, 2-5 : Patrologie Latine 54, 299-300. Traduction Orval.

La grâce du baptême

La grâce du baptême

LUNDI (3e semaine de Carême)  2 R 5,1-15a – Lc 4,24-30

Si tu savais le don de Dieu (Jn 4/10)

Baptême du Christ église des pécheurs Landernau
Baptême du Christ église des pécheurs Landernau  ©J.-Daniel Planchot

Le baptême est le sacrement de l’adoption divine et de l’initiation chrétienne. En lui nous découvrons/ comme dans son germe/ le double aspect de «mort au péché et de vie pour Dieu», qui doit caractériser toute l’existence d’un disciple du Christ.

Nous devons souvent du fond du cœur, remercier Dieu de l’adoption divine donnée au baptême : c’est la grâce initiale d’où dérivent pour nous toutes les autres…

Cette reconnaissance doit se manifester par une généreuse et constante fidélité à nos promesses baptismales. Nous devons être si pénétrés du sentiment de notre dignité sur­naturelle de chrétiens que nous rejetions ce qui peut la ternir et ne recherchions que ce qui lui est conforme.

La gratitude est le premier sentiment que doit faire naître en nous la grâce baptismale ; la joie est le second. Nous ne devrions jamais penser à notre baptême sans un profond sentiment d’allégresse intérieure.

Au jour du bap­tême/ nous sommes nés/ en principe, à la béatitude éter­nelle ; nous en tenons même le gage dans cette grâce sanctifiante qui nous y a été donnée ; entrés dans la famille de Dieu, nous avons le droit de participer à l’héritage du Fils unique.

Quel motif de joie plus grand pour une âme, ici-bas, que de penser qu’en ce jour du baptême/ le regard du Père éternel s’est posé sur elle avec amour, et que le Père l’a appelée, en lui murmurant le nom d’enfant à participer aux bénédictions dont le Christ est comblé ?

Enfin et surtout, nous devons laisser aller notre âme à une grande confiance. Dans nos relations avec notre Père des cieux, nous devons nous souvenir que nous sommes ses enfants, par la participation à la filiation du Christ Jésus, notre frère aîné. Douter de notre adoption, des droits qu’elle nous donne, c’est douter du Christ lui-même.

Ne l’oublions jamais : nous avons revêtu le Christ au jour de notre baptême/ ou plutôt nous avons été incorporés à lui ; nous avons donc le droit de nous présenter devant le Père éternel et de lui dire : Je suis ton premier-né (Gn 27,32) ; de parler au nom de son Fils, de solliciter de lui avec une confiance absolue tout ce dont nous avons besoin.

Quand elle nous créait, la Trinité sainte le faisait « à son image et à sa ressemblance » ; quand elle nous confère l’adoption au baptême, elle grave en nos âmes les traits mêmes du Christ.

Et c’est pourquoi, lorsqu’il nous voit revêtus de la grâce sanctifiante, qui nous fait ressembler à son divin Fils, le Père ne peut que nous accorder ce que nous lui demandons, non de nous-mêmes, mais en nous appuyant sur celui en qui il a mis ses complaisances.

Telle est la grâce et la puissance que nous apporte le baptême : de nous rendre, par l’adoption surnaturelle, frè­res du Christ, capables, en toute vérité/ de partager sa vie divine et son héritage éternel : Vous avez revêtu le Christ (Ga 3,27).

Ô chrétien, quand reconnaîtras-tu ta grandeur et ta dignité ? Quand proclameras-tu, par tes œuvres, que tu es de race divine ? Quand vivras-tu en digne disciple du Christ ?

Columba Marmion Le Christ, vie de l’âme, Abbaye de Maredsous, 1933, p. 186 et 203-204.