Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

À L’OMBRE DE L’ESPRIT

À L’OMBRE DE L’ESPRIT

à l'ombre de l'Esprit
à l’ombre de l’Esprit

« Je vous salue, Marie… » Ce court poème angélique est le prélude immédiat du Magnificat, et de la première comme de la seconde acclamation retentiront à jamais tous les échos du monde.

L’Ave Maria est un poème nuptial, un épithalame ; c’est déjà un poème de nativité, de maternité, et c’est enfin, dans sa strophe dernière, un cantique filial.

Toutes les relations de Marie, posées dans l’éternel, prennent ainsi leur valeur du temps. Marie resserre ses liens avec les Trois Personnes. C’est pour cette raison — outre qu’on veut lui consacrer toutes les phases de la durée humaine — que chaque jour un triple Angélus salue la Mère de Dieu et des hommes avec les paroles de l’Ange.

A l’égard du Père, Marie est fille, aujourd’hui, bien autrement qu’hier ! La voilà établie dans son rôle, infiniment plus important que sa personne. Au berceau, elle n’est qu’une créature humaine, et sa maternité consiste, avons-nous dit, à achever d’une certaine manière, en la poussant jusque dans le temps, l’éternelle Paternité.

A l’égard du Fils, l’Ange l’a avertie en termes clairs : le fruit de son sein sera appelé le Fils du Très-Haut. C’est dire qu’elle concourt, de sa chair, à l’Incarnation même, que sa coopération y est toute directe, ce qui la fait appeler en toute rigueur de termes la Theotokos, la Mère de Dieu.

Quant à l’Esprit, Marie est « à son ombre », il « vient sur elle », formules imagées pour signifier la causalité divine et l’exclusion de l’homme dans l’exquise maternité. Ces épousailles sont attribuées à l’Esprit, parce que l’action qu’elles visent — action commune, en réalité, aux trois Personnes — est une œuvre d’amour. On voit le Père, Pontife attendri, étendant les mains sur cette Vierge pour lui communiquer son Amour vivant et la rendre Mère du Verbe.

Marie sera le « Paradis de l’Incarnation », recouvrant, nouvelle Eve, le paradis que perdit l’ancienne, offrant la condition, le moyen, l’image du paradis éternel, et s’affirmant en conséquence victorieuse du Dragon, dont la gueule de feu cédera sous le pied nu de la Vierge.

Dans son cœur, gracieux encensoir, loin des relents du mal, le Feu qui l’envahit va dégager le parfum destiné à purifier et à embaumer la terre. En cet instant d’ardeur, en cette minute blanche, vont se déverser dans l’humanité et dans le monde tous les trésors du ciel.

Chaque chrétien en aura sa part. Le don, qui est universel, est aussi personnel et intime. Il est intime plus que public, car, finalement, c’est l’âme seule qui compte. Pour que Dieu naisse en chacun de nous, il suffit que par la foi nous en recevions l’annonce, et que par la fidélité, par l’amour, notre âme, comme Marie, se déclare et se montre effectivement servante du Seigneur.

Que de mystères en ces arrangements ! et quel premier mystère dans cette élection d’une petite Juive, saluée — ange ébloui — comme « bénie entre toutes les femmes » ! Mais saint Paul nous explique ce secret : Dieu a élu ce qui n’est pas, afin de confondre ce qui est. Dans une œuvre de cette portée, de cette nature, Dieu seul compte, et il faut qu’on le sache.

Toutes nos grandeurs de chair n’ont qu’à s’écarter, et plus encore les valeurs d’esprit génératrices d’orgueil ; dans la seule humilité, dans l’amour, dans l’acceptation, dans le don de soi sans réserve, se trouvent les seuls attraits qui puissent enchaîner Dieu.

La voilà, Celle qui y réussit sans y avoir prétendu, et dont l’amour anéanti a préparé le triomphe. La voilà toute petite, en proie au divin, inondée de flammes secrètes, blanche et embrasée comme un lis au soleil du soir.

Aussitôt prononcée sa parole d’acceptation, il s’établit un solennel silence. « L’Ange la quitte. » La solitude l’enveloppe. Si la lumière de l’Ange a rempli sa chambre, et si le ciel lui est apparu en ailes, une autre manifestation, une autre irradiation, intérieure, celle-là, douce et brûlante, paisible et toute-puissante, a envahi son cœur. Sa poitrine se gonfle ; son esprit, écrasé, se tait ; elle défaille, dans sa simplicité stupéfaite.

Que se passe-t-il ? elle ne sait ; mais quel tressaillement ! Si, à l’approche de Jésus déjà vivant en elle, Jean-Baptiste, au sein d’Élisabeth, va bientôt tressauter de joie, combien plus, à sa venue, doit frémir l’humble Vierge-Mère !

Là-haut, les écluses de l’Amour sont rompues ; la Vie s’élance. Au souffle de l’Esprit, comme lorsque le vent charrie le pollen et le dépose sur les fleurs, une germination se produit mystérieusement dans le jeune être. La « Porte du ciel » est demeurée close ; mais l’Époux est présent au dedans. L’action de Dieu n’a de condition qu’elle-même.

Ce que l’éternité a voulu s’accomplit à l’heure dite. Le Christ est là. Seul a été requis, pour sa venue, le libre aveu de la terre exprimé par Marie, le Fiat qui lie à Dieu l’humanité entière, pour une Nouvelle Alliance qui plus jamais ne pourra être rompue.

Il n’est plus besoin de prophète ou de poète pour s’écrier, sur un mode de supplication ou de détresse désormais anachronique :

Cieux, répandez votre rosée, Et que la terre enfante son Sauveur !

On aime songer à la première adoration de Marie, quand, sûre de son Trésor, elle se concentre ardemment en elle-même pour l’étreindre.

L’art chrétien a représenté mille fois la Vierge adorant l’Enfant dans sa crèche, à terre, sur de la paille, dans un pli de robe, ou bien sur les genoux maternels. Mais un art plus subtil ne pourrait-il exprimer l’extase virginale au moment précis de l’Incarnation, quand le Verbe, invisible et présent, sans figure et éclatant déjà dans la création en de puissants effluves, s’offrait à la pensée et au cœur de l’unique créature humaine — Marie — qui fût encore admise dans le secret ?

A partir de ce moment, la Mère de Dieu exerce au nom de tous, de nous comme de Jésus, de Jésus comme de nous, ce qui est bien réellement un sacerdoce. Elle inaugure le culte ; elle reçoit en retour et communique les grâces ; elle procède aux intercessions ; elle pose de pieuses actions dont Jésus est l’objet dans sa réalité incarnée, comme il est l’agent réel, quoique secret, de l’action rédemptrice.

Tout est mystère ici ; mais la foi n’a de raison que par le mystère, et l’amour, qui vit de confiance, y est spontanément acquis.

P. Sertillanges

sortir du tombeau pour revenir à la vie

sortir du tombeau pour revenir à la vie

Enlever la pierre des tombes de nos problèmes et revenir à la vie. Garder la foi, même quand tout va mal, aussi quand l’espoir semble perdu, tel est le message du Pape François à nous adressé ce dimanche 26 mars, pour la prière mariale de l’Angélus.

A l’approche de Pâques, le Pape  commente la résurrection de Lazare, nous invitant à ne jamais cesser d’espérer. Les maladies, les déceptions, les trahisons, les échecs n’obstruent pas le chemin vers la lumière : avec Jésus qui nous accompagne toujours, nous pouvons regarder au-delà du seuil sans nous laisser emprisonner par la douleur et le pessimisme.

LE PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
dimanche 26 mars 2023

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Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, cinquième dimanche de Carême, l’Évangile nous présente la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). C’est le dernier des miracles de Jésus raconté avant Pâques : la résurrection de son ami Lazare. Lazare est un ami proche de Jésus, qui sait qu’il est sur le point de mourir ; il part, mais arrive chez lui quatre jours après l’enterrement, alors que tout espoir est maintenant perdu.

Cependant, sa présence ravive un peu de foi dans le cœur des sœurs Marthe et Marie (cf. vv. 22,27). Même dans la douleur, ils s’accrochent à cette lumière, à ce petit espoir. Et Jésus les invite à avoir la foi et leur demande d’ouvrir le tombeau. Puis il prie le Père et crie à Lazare: «Sors!» (v. 43). Et il revient à la vie et sort. C’est le miracle, donc, simple.

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Le message est clair : Jésus donne sa vie même quand il semble qu’il n’y ait plus d’espoir. Il arrive parfois de se sentir désespéré – c’est arrivé à tout le monde – ou de rencontrer des gens qui ont cessé d’espérer, aigris parce qu’ils ont vécu de mauvaises choses, le cœur blessé ne peut espérer.

Pour une perte douloureuse, une maladie, une déception brûlante, pour un tort ou une trahison subis, pour une faute grave commise… ils ont renoncé à espérer. Parfois on entend quelqu’un dire : « Il n’y a plus rien à faire ! », et fermer la porte à tout espoir.

Ce sont des moments où la vie ressemble à un tombeau fermé : tout est noir, on ne voit autour que la douleur et le désespoir. Le miracle d’aujourd’hui nous dit que ce n’est pas comme ça, ce n’est pas la fin, que dans ces moments nous ne sommes pas seuls, en effet que c’est précisément dans ces moments qu’Il se rapproche plus que jamais pour nous redonner la vie.

Jésus pleure : l’Évangile dit que Jésus a pleuré devant le tombeau de Lazare, et aujourd’hui Jésus pleure avec nous, comme il a pu pleurer Lazare : l’Évangile répète deux fois qu’il a été ému (cf. vv. 33.38) et souligne que il éclata en sanglots (cf. v. 35).

Et en même temps Jésus nous invite à ne pas cesser de croire et d’espérer, à ne pas nous laisser écraser par des sentiments négatifs qui nous empêchent de pleurer. Il s’approche de nos tombeaux et nous dit, comme il le faisait alors : « Enlevez la pierre » (v. 39). Dans ces moments-là, nous avons comme une pierre à l’intérieur et le seul capable de l’enlever est Jésus, avec sa parole : « Enlevez la pierre ».

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C’est ce que dit Jésus, même à nous. Retirez la pierre : la douleur, les erreurs, même les échecs, ne les cachez pas à l’intérieur de vous, dans une pièce sombre et solitaire, fermée. Retirez la pierre : sortez tout ce qui est à l’intérieur. « Ah, ça me fait honte. » Jetez-le-moi avec confiance, dit le Seigneur, je ne suis pas offensé; jetez-le en moi sans crainte, car je suis avec vous, je vous aime et je veux que vous reviviez.

Et, comme Lazare, il répète à chacun de nous : Sortez ! Relevez-vous, reprenez votre route, reprenez confiance ! Combien de fois dans la vie nous sommes-nous retrouvés ainsi, dans cette situation de ne pas avoir la force de nous relever. Et Jésus : « Vas, vas-y ! Je suis avec toi ». Je te prendrai par la main, dit Jésus, comme quand tu as appris à faire tes premiers pas d’enfant.

Cher frère, chère Soeur, ôte les bandes qui te lient (cf. v. 45); de grâce, ne cédez pas au pessimisme qui déprime, ne cédez pas à la peur qui isole, ne cédez pas au découragement dû au souvenir de mauvaises expériences, ne cédez pas à la peur qui paralyse.

Jésus nous dit : « Je te veux libre, je te veux vivant, je ne t’abandonnerai pas et je suis avec toi ! Il fait tout noir, mais je suis avec toi ! Ne te laisse pas emprisonner par la douleur, ne laisse pas mourir l’espoir. Frère, sœur, reviens à la vie ! – « Et comment puis-je faire cela? » – « Prends-moi par la main », et Il nous prend par la main. Laissez-vous arracher : et Il est capable de le faire.  En ces mauvais moments qui nous arrivent à tous.

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Chers frères et sœurs, ce passage du chapitre 11 de l’Évangile de Jean, si bon à lire, est un hymne à la vie, et il est proclamé à l’approche de Pâques. Peut-être que nous portons nous aussi en ce moment un poids ou une souffrance dans nos cœurs, qui semblent nous écraser ; quelque chose de mauvais, un vieux péché dont nous ne pouvons pas nous débarrasser, une erreur de notre jeunesse, on ne sait jamais.

Ces choses désagréables doivent sortir. Et Jésus dit : « Sortez ! ». Ensuite, il est temps d’enlever la pierre et de sortir à la rencontre de Jésus, qui se trouve à proximité. Pouvons-nous lui ouvrir notre cœur et lui confier nos soucis ? On y va? Sommes-nous capables d’ouvrir la tombe des problèmes, en sommes-nous capables, et regardons-nous au-delà du seuil, vers sa lumière, ou en avons-nous peur ?

Et à notre tour, comme de petits miroirs de l’amour de Dieu, sommes-nous capables d’illuminer les milieux dans lesquels nous vivons avec des paroles et des gestes de vie ? Témoignons-nous de l’espérance et de la joie de Jésus ? Nous, pécheurs, tous ?

Et aussi, je voudrais dire un mot aux confesseurs : chers frères, n’oubliez pas que vous aussi vous êtes des pécheurs, et vous êtes au confessionnal pour ne pas torturer, mais pour pardonner, et pour tout pardonner, comme le Seigneur pardonne tout. Que Marie, Mère d’espérance, renouvelle en nous la joie de ne pas se sentir seuls et l’appel à éclairer les ténèbres qui nous entourent.

Angélus domini nuntiavit Mariae…

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Après l’angélus

Chers frères et sœurs !

Hier, solennité de l’Annonciation, nous avons renouvelé notre consécration au Cœur Immaculé de Marie, dans la certitude que seule la conversion des cœurs peut ouvrir le chemin qui conduit à la paix. Nous continuons à prier pour le peuple ukrainien martyr.

Et nous restons également proches des victimes du tremblement de terre de Turquie et de Syrie. La collecte spéciale des offrandes qui a lieu aujourd’hui dans toutes les paroisses d’Italie leur est destinée. Nous prions également pour les habitants de l’État du Mississippi touchés par une tornade dévastatrice.

Je vous salue tous, Romains et pèlerins de nombreux pays, renouvelant leurs prières pour la réconciliation et la paix. Nous devons prier pour le Pérou qui souffre tant.

Je prie pour vous tous et faites-le pour moi. Et je vous souhaite à tous un bon dimanche. Bon déjeuner et au revoir.


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Texte traduit et présenté par l’Association de al Médaille Miraculeuse

La première voie d’évangélisation : le témoignage

La première voie d’évangélisation : le témoignage

L’Audience générale du mercredi matin 21 mars 2023 a eu lieu sur la place Saint-Pierre, où le Saint-Père a rencontré des groupes de pèlerins et de fidèles d’Italie et du monde entier. Le Pape, poursuivant le cycle de catéchèse « La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant », a centré sa méditation sur le thème « La première voie d’évangélisation : le témoignage (cf. Evangelii nuntiandi) » (Lecture : 1 Pt 3,8-9).

Le Saint-Père a adressé des expressions particulières de salutation aux fidèles présents. Il a ensuite lancé un appel à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau qui est célébrée aujourd’hui et pour la deuxième Conférence de l’Organisation des Nations Unies sur l’eau qui se tient ces jours-ci ; il a ensuite rappelé la célébration, samedi prochain, de la Solennité de l’Annonciation du Seigneur et de l’acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie de Russie et d’Ukraine qui a eu lieu le 25 mars de l’année dernière, adressant enfin une pensée au  » l’Ukraine tourmentée ».

L’Audience générale s’est terminée par la récitation du Pater Noster et la Bénédiction apostolique.

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 22 mars 2023

Résumé

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Chers frères et sœurs,

aujourd’hui nous nous mettons à l’école de l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de saint Paul VI, charte fondamentale de l’évangélisation dans le monde contemporain. Si l’évangélisation suppose la foi professée, c’est-à-dire l’adhésion manifeste à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, qui par amour nous a créés et rachetés, elle est avant tout un témoignage de la rencontre personnelle avec Jésus Christ, le Verbe incarné par lequel s’accomplit le salut.

Le témoignage est donc indissociable de la cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on proclame. Chacun de nous est appelé à répondre à trois questions fondamentales, formulées par saint Paul VI : «Croyez-vous à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous ce que vous vivez ?»; «il faut, disait-il, que notre zèle évangélisateur jaillisse d’une véritable sainteté de vie alimentée par la prière et surtout par l’amour de l’Eucharistie, et que […] la prédication, à son tour, fasse grandir en sainteté le prédicateur».

Nous devons réaliser que l’évangélisation ne concerne pas seulement les destinataires, mais aussi nous-mêmes et l’Église parce qu’une Église qui s’évangélise pour évangéliser est, guidée par l’Esprit Saint, appelée à parcourir un chemin exigeant de conversion et de renouvellement continu.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française présents à cette audience, notamment ceux qui sont venus de Suisse et de France.

Chers frères et sœurs, je renouvelle l’invitation à lire ou à relire Evangelii nuntiandi, chez vous et dans vos communautés. Prions Dieu de faire de nous des évangélisateurs, en témoignant vraiment ce que nous croyons.

Je vous souhaite un bon parcours de Carême et demande à Dieu de vous bénir tous !

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Catéchèse – La passion pour l’évangélisation : le zèle apostolique du croyant – 8. La première forme d’évangélisation : le témoignage (cf. Evangelii nuntiandi)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous nous mettons à l’écoute de la « Magna Carta » la Charte fondamentale de l’évangélisation dans le monde contemporain : l’Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de saint Paul VI (EN, 8 décembre 1975). Ce texte est d’actualité, il a été écrit en 1975, mais c’est comme s’il avait été écrit hier.

L’évangélisation est plus qu’une simple transmission doctrinale et morale. Elle est avant tout témoignage : on ne peut pas évangéliser sans témoignage ; le témoignage de la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, Verbe Incarné en qui le salut s’est accompli. Un témoignage indispensable parce que, avant tout, le monde a besoin « d’évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et qui leur est familier. » (EN, 76)

Ce n’est pas transmettre une idéologie ou une « doctrine » sur Dieu, non. C’est transmettre Dieu qui se fait vie en moi : c’est cela le témoignage ; et aussi parce que « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, […] ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (ibid., 41).

Le témoignage du Christ est donc en même temps le premier moyen d’évangélisation (cf. ibid.) et la condition essentielle de son efficacité (cf. ibid., 76), pour que l’annonce de l’Évangile soit féconde. Être témoins.

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Il est nécessaire de rappeler que le témoignage comprend aussi la foi professée, c’est-à-dire l’adhésion convaincue et manifeste à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui par amour nous a créés, nous a rachetés. Une foi qui nous transforme, qui transforme nos relations, les critères et les valeurs qui déterminent nos choix.

Le témoignage est donc indissociable de la cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on annonce et ce que l’on vit. On n’est pas crédible seulement en énonçant une doctrine ou une idéologie, non. Une personne est crédible s’il y a harmonie entre ce qu’elle croit et ce qu’elle vit.

Tant de chrétiens disent seulement qu’ils croient, mais vivent autre chose, comme s’ils ne croyaient pas. C’est de l’hypocrisie. Le contraire du témoignage, c’est l’hypocrisie. Combien de fois avons-nous entendu  » ah, celui-là qui va à la messe tous les dimanches, et ensuite il vit ainsi, ainsi, ainsi, ainsi » : c’est vrai, c’est le contre-témoignage.

Chacun de nous est appelé à répondre à trois questions fondamentales, ainsi formulées par Paul VI : « Croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? » (cf. ibid.). Y a-t-il une harmonie : croyez-vous ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Annoncez-vous ce que vous vivez ?

Nous ne pouvons pas nous contenter de réponses faciles et toutes faites. Nous sommes appelés à prendre le risque, même déstabilisant, de chercher, en faisant pleinement confiance à l’action de l’Esprit Saint qui agit en chacun de nous, nous poussant toujours à aller au-delà : au-delà de nos frontières, au-delà de nos barrières, au-delà de nos limites, quelles qu’elles soient.

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En ce sens, témoigner d’une vie chrétienne implique un chemin de sainteté, fondé sur le Baptême, qui nous rend « participants de la nature divine et donc vraiment saints » (Constitution dogmatique Lumen Gentium, 40). Une sainteté qui n’est pas réservée à quelques-uns, qui est un don de Dieu et qui demande à être accueillie et à porter du fruit pour nous et pour les autres.

Choisis et aimés par Dieu, nous devons porter cet amour aux autres. Paul VI enseigne que le zèle pour l’évangélisation jaillit de la sainteté de vie, jaillit du cœur qui est rempli de Dieu. Alimentée par la prière et surtout par l’amour de l’Eucharistie, l’évangélisation fait à son tour grandir en sainteté les gens qui la mettent en œuvre (cf. EN, 76).

En même temps, sans la sainteté, la parole de l’évangélisateur « fera difficilement son chemin dans le cœur de l’homme de notre temps. », mais « risque d’être vaine et inféconde » (ibid.).

Nous devons donc être conscients que les destinataires de l’évangélisation ne sont pas seulement les autres, ceux qui professent d’autres confessions ou qui n’en professent aucune, mais aussi nous-mêmes, croyants dans le Christ et membres actifs du Peuple de Dieu. Et nous devons nous convertir chaque jour, accepter la parole de Dieu et changer notre vie : chaque jour.

C’est ainsi que se fait l’évangélisation du cœur. Pour donner ce témoignage, l’Église comme telle doit aussi commencer par s’évangéliser elle-même. Si l’Église ne s’évangélise pas elle-même, elle reste une pièce de musée. En revanche, ce qui contribue à l’actualiser en permanence, c’est l’évangélisation d’elle-même. Elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour.

L’Église, qui est un Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles- beaucoup – elle a toujours besoin d’entendre proclamer les œuvres de Dieu. Cela signifie, en bref, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, qu’elle a besoin de recevoir l’Évangile, de prier et de sentir la force de l’Esprit qui change les cœurs (EN, 15).

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Une Église qui s’évangélise pour évangéliser est une Église qui, guidée par l’Esprit Saint, est appelée à parcourir un chemin exigeant, un chemin de conversion, de renouvellement. Cela implique aussi la capacité de changer les manières de comprendre et de vivre sa présence évangélisatrice dans l’histoire, en évitant de se réfugier dans les zones protégées par la logique du « on a toujours fait comme ça ».

Ce sont des refuges qui rendent l’Église malade. L’Église doit aller de l’avant, elle doit grandir continuellement, alors elle restera jeune. Cette Église est entièrement tournée vers Dieu, donc elle participe à son plan de salut pour l’humanité, et, en même temps, entièrement tournée vers l’humanité.

L’Église doit être une Église qui dialogue avec le monde contemporain, qui tisse des relations fraternelles, qui crée des espaces de rencontre, en mettant en œuvre de bonnes pratiques d’hospitalité, d’accueil, de reconnaissance et d’intégration de l’autre et de l’altérité, et qui prend soin de la maison commune qu’est la création.

C’est-à-dire une Église qui se met en dialogue avec le monde contemporain, dialogue avec le monde contemporain, mais qui rencontre tous les jours le Seigneur et dialogue avec le Seigneur, et laisse entrer l’Esprit Saint qui est le protagoniste de l’évangélisation. Sans l’Esprit Saint, nous ne pourrions que faire de la publicité pour l’Église, pas évangéliser. C’est l’Esprit Saint en nous qui nous pousse à l’évangélisation et c’est la vraie liberté des enfants de Dieu.

Chers frères et sœurs, je vous renouvelle mon invitation à lire et à relire Evangelii Nuntiandi : je vous dis la vérité, je le lis souvent, car c’est le chef-d’œuvre de saint Paul VI, c’est l’héritage qu’il nous a laissé pour évangéliser.


Je salue cordialement les pèlerins de langue française présents à cette audience, notamment ceux qui sont venus de Suisse et de France : le groupe du Club de France accompagné par l’évêque de Digne, les jeunes filles de Sainte Marie de Neuilly, le groupe des confirmands de l’école Albert de Mun et tous les jeunes des différentes écoles.

Chers frères et sœurs, je renouvelle l’invitation à lire ou à relire Evangelii Nuntiandi, chez vous et dans vos communautés. Prions Dieu de faire de nous des évangélisateurs, en témoignant vraiment ce que nous croyons.

Je vous souhaite un bon parcours de Carême et demande à Dieu de vous bénir tous !


APPELS

Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l’eau. Les mots de Saint François d’Assise me viennent à l’esprit : « Loué sois-tu Seigneur pour sœur eau, qui est utile et humble et précieuse et chaste ». Ces simples mots nous font ressentir la beauté de la création et prendre conscience des défis à relever pour en prendre soin. La deuxième conférence des Nations unies sur l’eau se tient ces jours-ci à New York.

Je prie pour qu’elle soit couronnée de succès et je souhaite que cet événement important accélère les initiatives en faveur de ceux qui souffrent le manque d’eau, ce bien primordial. L’eau ne peut être ni gaspillée, ni utilisée à mauvais escient, ni être une cause de guerre, mais elle doit être préservée pour notre bien et celui des générations futures.

Samedi sera la solennité de l’Annonciation du Seigneur, et nos pensées se tournent vers le 25 mars de l’année dernière, lorsque, en union avec tous les évêques du monde, l’Église et l’humanité, en particulier la Russie et l’Ukraine, ont été consacrées au Cœur Immaculé de Marie.

Ne nous lassons pas de confier la cause de la paix à la Reine de la Paix. Je voudrais donc inviter chaque croyant et chaque communauté, en particulier les groupes de prière, à renouveler chaque 25 mars l’acte de consécration à Notre-Dame, afin qu’elle, qui est Mère, nous préserve tous dans l’unité et la paix.

Et n’oublions pas, en ces jours, l’Ukraine meurtrie, qui souffre tant.


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