Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

réveiller le Christ dans notre cœur

réveiller le Christ dans notre cœur

La catéchèse de ce mercredi 10 novembre a porté sur  la fin du commentaire de la lettre aux Galates (Gal 6, 9-10.18). Le Pape François a commenté la manière dont Saint Paul annonçait l’Évangile, et ce que son témoignage peut susciter en nous: l’enthousiasme et la conscience de nos limites, ce qui rend nécessaire le soutien du Seigneur.
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PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 10 novembre 2021

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Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Chers frères et sœurs,

nous sommes parvenus à la fin de la catéchèse sur la Lettre aux Galates. Dans cette Lettre, l’Apôtre Paul nous a parlé en évangélisateur, en théologien et en pasteur qui a su contempler le mystère du Christ et l’a transmis par son intelligence créative. Il a aussi défendu la liberté apportée par le Christ et a fait comprendre aux Galates qu’ils y étaient aussi appelés.

En effet, cette liberté les affranchissait de toute forme d’esclavage et les rendait héritiers de la promesse et fils de Dieu en Christ. Elle n’équivaut pas au libertinage et ne conduit pas à des formes d’autosuffisance présomptueuse. A l’ombre de l’amour, cette liberté s’exerce dans le service de la charité.

De cet itinéraire catéchétique, deux attitudes peuvent naître en nous. D’une part l’enthousiasme à suivre immédiatement le chemin de la liberté et à “marcher selon l’Esprit”. D’autre part, la conscience de nos limites qui peut freiner l’enthousiasme.

Dans une telle situation, Saint Augustin nous suggère de réveiller le Christ dans notre cœur et de contempler les choses avec son regard. Nous ne devons pas non plus nous lasser de faire le bien, en invoquant souvent le secours du Saint Esprit.


Catéchèse sur la Lettre aux Galates – 15. Ne nous laissons pas prendre par la fatigue

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous sommes parvenus à la fin de la catéchèse sur la Lettre aux Galates. Tant d’autres éléments contenus dans ce texte de Saint Paul auraient pu faire l’objet d’une réflexion ! La parole de Dieu est une source inépuisable. Dans cette Lettre, l’Apôtre Paul nous a parlé en évangélisateur, en théologien et en pasteur.

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Le saint évêque Ignace d’Antioche a une belle expression lorsqu’il écrit : « Il y a un seul maître lequel parla et ce qu’il dit fut réalisé ; mais les choses qu’il a faites en silence sont dignes du Père. Qui possède la parole de Jésus peut aussi entendre son silence » (Ad Ephesios, 15, 1-2). Nous pouvons dire que l’apôtre Paul a su donner voix à ce silence de Dieu.

Ses intuitions les plus originales nous aident à découvrir la nouveauté bouleversante dont recèle la révélation de Jésus-Christ. Il a été un véritable théologien, qui a contemplé le mystère du Christ et l’a transmis par son intelligence créatrice. Et il a aussi été capable d’exercer sa mission pastorale auprès d’une communauté perdue et désorientée.

Il l’a fait avec différentes méthodes : il a utilisé de temps en temps l’ironie, la rigueur, la douceur… Il a affirmé son autorité d’apôtre, mais en même temps il n’a pas caché les faiblesses de son caractère. La puissance de l’Esprit a vraiment creusé son cœur : la rencontre avec le Christ ressuscité a conquis et transformé toute sa vie, qu’il a entièrement consacrée au service de l’Évangile.

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Paul n’a jamais pensé à un christianisme aux traits iréniques, manquant de mordant et d’énergie, au contraire. Il a défendu la liberté apportée par le Christ avec une passion qui nous touche encore aujourd’hui, surtout si l’on pense aux souffrances et à la solitude qu’il a dû endurer.

Il était convaincu d’avoir reçu un appel auquel lui seul pouvait répondre ; et il a voulu expliquer aux Galates qu’eux aussi étaient appelés à cette liberté, qui les affranchissait de toute forme d’esclavage, parce qu’elle les rendait héritiers de l’ancienne promesse et enfants de Dieu dans le Christ. Et conscient des risques que comportait cette conception de la liberté, il n’en a jamais minimisé les conséquences.

Il était conscient des risques que comporte la liberté chrétienne, mais il n’en a pas minimisé les conséquences. Il a expliqué avec parrhésie, c’est-à-dire avec courage, aux croyants que la liberté n’équivaut pas en fait au libertinage et ne conduit pas à des formes d’autosuffisance présomptueuse. Au contraire, Paul a placé la liberté à l’ombre de l’amour et a établi son exercice cohérent dans le service de la charité.

Toute cette vision s’inscrit dans l’horizon de la vie selon l’Esprit Saint, qui porte à son accomplissement la Loi donnée par Dieu à Israël et empêche de retomber sous l’esclavage du péché. La tentation est toujours de retourner en arrière. Une définition des chrétiens, qui se trouve dans les Écritures, dit que nous, les chrétiens, ne sommes pas des gens qui vont en arrière, qui retournent en arrière.

Une belle définition. Et la tentation est d’aller en arrière pour être plus sûr ; de revenir uniquement à la Loi, en négligeant la vie nouvelle de l’Esprit. C’est ce que Paul nous enseigne : la vraie Loi a sa plénitude dans cette vie de l’Esprit que Jésus nous a donné. Et cette vie de l’Esprit peut être vécue seulement dans la liberté, la liberté chrétienne. Et c’est l’une des choses plus belles.

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Au terme de cet itinéraire catéchétique, il me semble que deux attitudes peuvent naître en nous. D’une part, l’enseignement de l’Apôtre suscite en nous enthousiasme ; nous nous sentons poussés à suivre immédiatement le chemin de la liberté, à « marcher selon l’Esprit ». Toujours marcher selon l’Esprit : ça nous rend libres.

D’autre part, nous sommes conscients de nos limites, car nous faisons l’expérience chaque jour de la difficulté d’être docile à l’Esprit, de répondre à son action bénéfique. Alors peut s’installer la fatigue qui freine l’enthousiasme. Nous nous sentons découragés, faibles, parfois marginalisés par rapport au style de vie de la mentalité mondaine.

Saint Augustin nous suggère comment réagir dans cette situation, en se référant à l’épisode évangélique de la tempête sur le lac. Il dit ainsi :

« La foi du Christ dans ton cœur est comme le Christ dans la barque. Tu entends des insultes, tu te fatigues, tu es contrarié, et Christ dors. Réveille le Christ, secoue ta foi ! Même dans la tourmente, tu es capable de faire quelque chose. Secoue ta foi. Le Christ se lève et te parle… Réveille donc le Christ… Croie ce qui a été dit, et il y aura un grand calme dans ton cœur » (Sermons 163/B 6).

Dans les moments de difficulté, nous sommes comme – dit ici saint Augustin – dans la barque au moment de la tempête. Et qu’ont-ils fait les Apôtres ? Ils ont réveillé le Christ qui dormait dans la tempête, mais Lui était présent. L’unique chose que nous pouvons faire dans les mauvais moments est de « réveiller » le Christ qui est en nous, mais « endormi » comme dans la barque.

C’est vraiment ainsi. Nous devons réveiller le Christ dans notre cœur et alors seulement nous pourrons contempler les choses avec son regard, car il voit au-delà de la tempête. À travers son regard serein, nous pouvons voir un panorama qui, par nous-mêmes, n’est même pas concevable.

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Dans ce parcours difficile mais fascinant, l’Apôtre nous rappelle que nous ne devons pas non plus nous lasser de faire le bien. Ne vous lassez pas de faire le bien. Nous devons avoir confiance que l’Esprit vient toujours au secours de notre faiblesse et nous accorde le soutien dont nous avons besoin. Apprenons donc à invoquer plus souvent l’Esprit Saint ! Quelqu’un pourrait dire :

« Et comment invoque-t-on le Saint-Esprit ? Parce que je sais comment prier le Père, avec le Notre Père ; je sais comment prier la Vierge avec l’Ave Maria ; je sais comment prier Jésus avec la Prière des Plaies, mais qu’en est-il de l’Esprit ? Quelle est la prière du Saint-Esprit ? »

La prière à l’Esprit Saint est spontanée : elle doit venir de ton cœur. Tu dois dire dans les moments de difficulté :  » Saint Esprit, viens ». Le mot clé est celui-ci : « viens ». Mais tu dois le dire avec ton langage, avec tes mots. Viens, parce que je suis en difficulté, viens parce que je suis dans l’obscurité, dans les ténèbres ; viens parce que je ne sais pas quoi faire ; viens parce que je risque de tomber. Viens. Viens.

C’est la parole de l’Esprit pour invoquer l’Esprit. Apprenons à invoquer plus souvent l’Esprit Saint. Nous pouvons le faire avec des mots simples, à différents moments de la journée. Et nous pouvons emporter avec nous, peut-être bien dans notre Évangile de poche, la belle prière que l’Église récite à la Pentecôte :

 » Viens, Esprit Saint, / envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. / Viens, Père des pauvres, / viens, dispensateur des dons, /viens, lumière de nos cœurs. / Consolateur souverain, / hôte très doux de nos âmes, / adoucissante fraîcheur… ».

Viens. Et ainsi de suite, c’est une prière très belle. Le cœur de la prière est « viens », c’est ainsi que la Vierge et les Apôtres priaient après que Jésus soit monté au Ciel ; ils étaient seuls au Cénacle et invoquaient l’Esprit. Cela nous fera du bien de prier souvent : Viens, Esprit Saint.

Et avec la présence de l’Esprit, nous sauvegardons la liberté. Nous serons libres, des chrétiens libres, non attachés au passé au sens négatif du terme, non liés à des pratiques, mais libres de la liberté chrétienne, celle qui nous fait mûrir. Cette prière nous aidera à marcher dans l’Esprit, dans la liberté et dans la joie, car quand vient l’Esprit Saint, vient la joie, la vraie joie. Que le Seigneur vous bénisse !


Salutations

Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement les jeunes de “l’École des Francs Bourgeois-La-Salle, de Paris”. Frères et sœurs, à l’exemple de Saint Paul, demandons la grâce d’une vraie rencontre avec le Christ afin qu’il nous libère des liens qui nous entravent en ce monde et qu’il nous aide à mettre toute notre vie au service de l’Évangile et du prochain. Que Dieu vous bénisse !

Je salue les pèlerins et les visiteurs anglophones qui participent à l’audience d’aujourd’hui, en particulier les groupes d’Angleterre et des États-Unis d’Amérique. En ce mois de novembre, prions pour nos proches décédés, et pour tous ceux qui sont morts, que le Seigneur dans sa miséricorde les accueille dans le Royaume des cieux. Sur vous tous et vos familles, j’invoque la joie et la paix du Christ. Que Dieu vous bénisse!

Je souhaite une cordiale bienvenue aux frères et sœurs germanophones. Essayons de marcher dans le Saint-Esprit, d’être proches de ceux qui sont dans le besoin et de louer le Seigneur dans toutes nos affaires. Dieu miséricordieux vous bénisse ainsi que vos familles.

Je salue cordialement les fidèles de langue espagnole. Je vous encourage à demander avec confiance à l’Esprit Saint d’aider notre faiblesse, nous pouvons le faire avec la prière que nous propose la liturgie le jour de la Pentecôte et qui commence ainsi : « Viens Esprit divin, envoie ta lumière du ciel. Père bien-aimé des pauvres, offre tes magnifiques dons. Lumière qui pénètre les âmes, source de la plus grande consolation ». Cela nous fera du bien de le réciter fréquemment, cela nous aidera à marcher dans la joie et la liberté. Que le Seigneur vous bénisse. Merci beaucoup.

Chers fidèles de langue portugaise, le mois de novembre nous rappelle le destin éternel qui nous attend ; et il le fait de plusieurs manières, dont l’une est le souvenir nostalgique de nos proches décédés. Ils nous ont laissé un jour avec la demande, tacite ou explicite, de notre aide spirituelle dans leur traversée vers l’au-delà ; comme vous le savez, nos mains en prière atteignent le Ciel, et ainsi nous pouvons les y accompagner, consolidant en eux et en nous-mêmes les liens qui nous unissent à l’éternité. Avec ce rappel que vous priez pour vos proches décédés, je vous délivre la Bénédiction Apostolique.

Je salue les fidèles arabophones. Saint Paul nous rappelle que nous ne pouvons nous permettre aucune lassitude à faire le bien. Nous devons avoir foi en l’Esprit Saint, qui vient toujours au secours de notre faiblesse et nous accorde le soutien dont nous avons besoin pour faire le bien. Que le Seigneur vous bénisse tous et vous protège toujours de tout mal !

Je souhaite une cordiale bienvenue aux pèlerins polonais. La fête nationale de l’indépendance est demain en Pologne. En remerciant le Seigneur pour le don de la liberté, rappelons-nous que – comme l’a dit saint Jean-Paul II – « cette liberté doit être gérée sur la base de l’amour de Dieu, de la patrie et des frères » (13.11.2002).

« Aujourd’hui, le monde et la Pologne ont besoin d’hommes au grand cœur, qui servent avec humilité et amour, qui bénissent et ne maudissent pas, qui conquièrent la terre avec bénédiction » (Sopot, 5.06.1999). Avec le vœu de paix et de tout bien, je confie tous les Polonais à Dieu et je vous bénis de tout cœur.

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Je souhaite une cordiale bienvenue aux pèlerins de langue italienne. En particulier, je salue les Associations du Clergé et les Unions de Culte – Sacristains : j’exprime ma reconnaissance pour votre service, que je vous encourage à accomplir toujours avec une vive sensibilité pastorale.

Je salue les représentants de la Police Pénitentiaire, des Sapeurs-Pompiers et autres syndicats du secteur Sécurité et Défense : j’espère que votre profession sera comprise comme une « mission », à exercer avec compétence et responsabilité morale.

Enfin, comme d’habitude, mes pensées vont aux personnes âgées, aux malades, aux jeunes et aux jeunes mariés. Aujourd’hui, la liturgie se souvient de saint Léon le Grand, Pape et Docteur de l’Église, qui a consacré son existence à la défense et à la diffusion de la vérité évangélique. Par son intercession, puissiez-vous vivre votre foi dans la joie et être des témoins sereins de l’amour du Seigneur.

Ma bénédiction à chacun de vous.


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celui qui offre tout trouve Dieu

Celui qui offre tout trouve Dieu

À la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui, à l’Angélus, le Pape réfléchit sur l’attitude différente des scribes et d’une pauvre veuve qui offre tout ce qu’elle a.Un geste, celui de la femme, qui exprime « une foi sans atours extérieurs, mais sincère intérieurement, faite d’humble amour pour Dieu et pour les frères ».

PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
Dimanche 24 octobre 2021

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Chers frères et sœurs, bonjour!

La scène décrite par l’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui se déroule à l’intérieur du Temple de Jérusalem. Jésus regarde, regarde ce qui se passe dans ce lieu, le plus sacré de tous, et voit comment les scribes aiment marcher pour être remarqués, salués, vénérés, et avoir des places d’honneur. Et Jésus ajoute qu’« ils dévorent les maisons des veuves et prient longtemps pour être vus » (Mc 12, 40).

En même temps, ses yeux entrevoient une autre scène : une pauvre veuve, une seule de celles exploitées par les puissants, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu’elle avait pour vivre » (v. 44). Ainsi dit l’Évangile, Elle jette tout ce qu’elle avait pour vivre dans le trésor.

L’Évangile nous présente ce contraste saisissant : le riche, qui donne à voir le superflu, et une pauvre femme qui, sans paraître, offre tout le peu qu’elle a. Deux symboles des attitudes humaines.

Jésus regarde les deux scènes. Et c’est précisément ce verbe – « regarder » – qui résume son enseignement : de ceux qui vivent la foi avec duplicité, comme ces scribes, « il faut se garder » pour ne pas devenir comme eux ; tandis que la veuve il faut « regarder » pour la prendre comme modèle. Arrêtons-nous là-dessus : méfiez-vous des hypocrites et regardez la pauvre veuve.

Méfiez-vous d’abord des hypocrites, c’est-à-dire veillez à ne pas fonder votre vie sur le culte de l’apparence, de l’extériorité, sur le soin exagéré de son image. Et surtout, attention à ne pas plier la foi à nos intérêts.

Ces scribes ont couvert leur vaine gloire du nom de Dieu et, pire encore, ont utilisé la religion pour gérer leurs affaires, abusant de leur autorité et exploitant les pauvres. Ici, nous voyons cette attitude si mauvaise qu’aujourd’hui encore, nous voyons le cléricalisme dans de nombreux endroits, dans de nombreux endroits, celui-ci étant au-dessus des humbles, les exploitant, les « battant », se sentant parfaits.

C’est le mal du cléricalisme. C’est un avertissement pour tous les temps et pour tous, Église et société : ne profitez jamais de votre rôle pour écraser les autres, ne gagnez jamais sur la peau des plus faibles ! Et soyez vigilants, pour ne pas tomber dans la vanité, pour ne pas devenir obsédés par les apparences, perdre de la substance et vivre dans la superficialité.

Demandons-nous si cela nous aidera : dans ce que nous disons et faisons, voulons-nous être appréciés et gratifiés ou voulons-nous rendre un service à Dieu et à notre prochain, surtout le plus faible ? Veillons à la fausseté du cœur, à l’hypocrisie, qui est une dangereuse maladie de l’âme !

C’est une double pensée, un double jugement, comme le dit le mot lui-même : « juger en bas », apparaissant d’une manière et « hypo » en bas, ayant une autre pensée. Double, personnes à double âme, duplicité d’âme.

Et pour guérir de cette maladie, Jésus nous invite à regarder la pauvre veuve. Le Seigneur dénonce l’exploitation de cette femme qui, pour faire l’offre, doit rentrer chez elle privée même du peu qu’elle a à vivre. Comme il est important de libérer le sacré de ses liens avec l’argent ! Jésus l’avait déjà dit, ailleurs : on ne peut pas servir deux maîtres.

Soit vous servez Dieu – et nous pensons qu’il dit « soit le diable », non – soit Dieu soit l’argent. C’est un maître, et Jésus dit que nous ne devrions pas le servir. Mais, en même temps, Jésus loue le fait que cette veuve jette tout ce qu’elle a dans le trésor. Elle n’a plus rien, mais elle trouve tout en Dieu.

Elle n’a pas peur de perdre le peu qu’elle a, parce qu’elle a confiance en beaucoup de Dieu, et ce beaucoup de Dieu multiplie la joie de ceux qui donnent. Cela nous fait aussi penser à cette autre veuve, celle du prophète Élie, qui s’apprêtait à faire une focaccia avec la dernière farine qu’elle avait et la dernière huile ; Élie lui dit : « Donne-moi à manger » et elle donne ; et la farine ne diminuera jamais, un miracle (cf. 1 Rois 17, 9-16).

Le Seigneur, face à la générosité des gens, va toujours plus loin, il est plus généreux. Mais c’est Lui, pas notre avidité. Voici donc que Jésus la propose comme maîtresse de foi, cette dame : elle ne va pas au Temple pour se laver la conscience, elle ne prie pas pour être vue, elle n’affiche pas sa foi, mais donne avec son cœur, avec générosité et gratuité.

Ses pièces ont un son plus beau que les grandes offres des riches, car elles expriment une vie consacrée à Dieu avec sincérité, une foi qui ne vit pas sur les apparences mais sur une confiance inconditionnelle. Nous apprenons d’elle : une foi sans atours extérieurs, mais sincère intérieurement ; une foi faite d’amour humble pour Dieu et pour les frères.

Et maintenant, nous nous tournons vers la Vierge Marie, qui, avec un cœur humble et transparent, a fait de toute sa vie un don pour Dieu et pour son peuple.

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Après l’Angélus

Chers frères et sœurs,

Je suis avec inquiétude les nouvelles en provenance de la région de la Corne de l’Afrique, notamment d’Éthiopie, secouée par un conflit qui dure depuis plus d’un an et qui a fait de nombreuses victimes et une grave crise humanitaire. J’invite chacun à prier pour ces peuples si durement éprouvés, et je renouvelle mon appel pour que prévalent l’harmonie fraternelle et la voie pacifique du dialogue.

Et j’assure également mes prières pour les victimes de l’incendie suite à une explosion de carburant à la périphérie de Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Hier à Manresa, en Espagne, trois martyrs de la foi ont été proclamés bienheureux, appartenant à l’Ordre des frères mineurs capucins : Benet de Santa Coloma de Gramenet, Josep Oriol de Barcelona et Domènech de Sant Pere de Riudebitlles.

Ils ont été tués pendant la période de persécution religieuse du siècle dernier en Espagne, se révélant être des témoins doux et courageux du Christ. Que leur exemple aide les chrétiens d’aujourd’hui à rester fidèles à leur vocation, même dans les moments d’épreuve. Une salve d’applaudissements à ces nouveaux bienheureux !

Je vous salue tous, chers fidèles de Rome et pèlerins de divers pays, en particulier ceux venus des États-Unis d’Amérique et du Portugal. Je salue les groupes de fidèles de Prato et de Foligno ; et les garçons de la Profession de Foi de Bresso.

Je souhaite à tous un bon dimanche. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir !


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Souvenir, passion et réconfort du Cœur de Jésus

Souvenir, passion et réconfort du Cœur de Jésus

Alors que nous commémorons avec gratitude le don de ce siège de l’Université catholique, je voudrais partager quelques réflexions sur son nom. Il est dédié au Sacré-Cœur de Jésus, auquel ce jour, le premier vendredi du mois, est dédié. En contemplant le Cœur du Christ, nous pouvons nous laisser guider par trois mots : souvenir, passion et réconfort.

 Le Sacré-Coeur de Paris
Le Sacré-Cœur de Paris

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Je me souviens. Se souvenir signifie « retourner au cœur, revenir avec le cœur ». Se souvenir. A quoi le Cœur de Jésus nous fait-il revenir ? A ce qu’il a fait pour nous : le Cœur du Christ nous montre Jésus qui s’offre : c’est le condensé de sa miséricorde.

En le regardant – comme le fait Jean dans l’Évangile (19 : 31-37) – il est naturel de se souvenir de sa bonté, qui est gratuite, ne peut être achetée ni vendue, et inconditionnelle, ne dépend pas de nos œuvres, elle est souveraine. Et ça bouge.

Dans la précipitation d’aujourd’hui, parmi mille courses et soucis continus, nous perdons la capacité de nous émouvoir et de ressentir de la compassion, car nous perdons ce retour au cœur, c’est-à-dire la mémoire, la mémoire, le retour au cœur. Sans mémoire, les racines sont perdues et sans racines, vous ne pouvez pas grandir. Cela nous fait du bien de nourrir la mémoire de ceux qui nous ont aimés, soignés, soulagés.

Aujourd’hui, je voudrais renouveler mon « merci » pour les soins et l’affection que j’ai reçus ici. Je crois qu’en cette période de pandémie cela nous fait du bien de nous souvenir même des périodes les plus subies : pour ne pas nous attrister, mais pour ne pas oublier, et pour nous guider dans nos choix à la lumière d’un passé très récent.

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Je me demande : comment fonctionne notre mémoire ? En simplifiant, nous pourrions dire que nous nous souvenons de quelqu’un ou de quelque chose lorsqu’il touche notre cœur, lorsqu’il nous lie à une affection particulière ou à un manque d’affection. Eh bien, le Cœur de Jésus guérit notre mémoire parce qu’il la ramène à l’affection fondatrice. La racine sur la base la plus solide.

Cela nous rappelle que peu importe ce qui nous arrive dans la vie, nous sommes aimés. Oui, nous sommes des êtres aimés, des enfants que le Père aime toujours et en tout cas, des frères pour lesquels bat le Cœur du Christ. Chaque fois que nous scrutons ce Cœur, nous nous découvrons « enracinés et fondés dans la charité », comme l’a dit l’Apôtre Paul dans la première lecture d’aujourd’hui (Ep 3 :17).

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Nous cultivons cette mémoire, qui se renforce lorsque nous sommes face au Seigneur, surtout lorsque nous nous laissons regarder et aimer par lui dans l’adoration. Mais nous pouvons aussi cultiver l’art du souvenir entre nous, chérir les visages que nous rencontrons. Je pense aux jours fatigants à l’hôpital, à l’université, au travail.

Nous risquons que tout se passe sans laisser de trace ou qu’il ne nous reste que beaucoup de fatigue et de lassitude. Cela nous fait du bien, le soir, de revoir les visages rencontrés, les sourires reçus, les bons mots. Ce sont des souvenirs d’amour qui aident notre mémoire à se retrouver : que notre mémoire se retrouve.

Quelle importance ces souvenirs dans les hôpitaux ! Ils peuvent donner un sens à un jour de maladie. Une parole fraternelle, un sourire, une caresse sur le visage : ce sont des souvenirs qui guérissent intérieurement, qui font du bien au cœur. N’oublions pas la thérapie de la mémoire : elle fait tant de bien !

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La passion est le deuxième mot. La passion. Le premier est la mémoire, le souvenir ; le second est la passion. Le Cœur du Christ n’est pas une pieuse dévotion pour sentir un peu de chaleur à l’intérieur, ce n’est pas une image tendre qui suscite l’affection, non, ce n’est pas cela. C’est un cœur passionné – il suffit de lire l’Évangile -, un cœur blessé par l’amour, déchiré pour nous sur la croix.

Nous avons entendu comment l’Évangile en parle : « Une lance le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19,34). Percé, il donne ; mort, nous donne la vie. Le Sacré-Cœur est l’icône de la passion : il nous montre la tendresse viscérale de Dieu, sa passion amoureuse pour nous, et en même temps, surmonté de la croix et entouré d’épines, il montre combien de souffrances a coûté notre salut.

Dans la tendresse et la douleur, ce Cœur révèle en somme quelle est la passion de Dieu. L’homme, nous. Et quel est le style de Dieu ? Proximité, compassion et tendresse. C’est le style de Dieu : proximité, compassion et tendresse.

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Qu’est-ce que cela suggère? Que, si nous voulons vraiment aimer Dieu, nous devons être passionnés par l’homme, par tout homme, spécialement celui qui vit la condition dans laquelle s’est manifesté le Cœur de Jésus, c’est-à-dire la douleur, l’abandon, le rejet ; surtout dans cette culture du jetable que nous vivons aujourd’hui. Lorsque nous servons ceux qui souffrent, nous consolons et réjouissons le Cœur du Christ.

Un passage de l’Évangile est frappant. L’évangéliste Jean, au moment même où il parle du côté transpercé, d’où coulent le sang et l’eau, rend témoignage parce que nous croyons (cf. v. 35). C’est-à-dire que saint Jean écrit qu’à ce moment-là le témoignage a lieu. Parce que le Cœur déchiré de Dieu est éloquent. Parler sans paroles, car c’est la miséricorde à l’état pur, l’amour qui blesse et donne la vie.

Il est Dieu, avec proximité, compassion et tendresse. Combien de mots disons-nous sur Dieu sans laisser transparaître l’amour ! Mais l’amour parle par lui-même, il ne parle pas de lui-même. Nous demandons la grâce d’être passionnée par l’homme qui souffre, d’être passionnée par le service, afin que l’Église, avant d’avoir des mots à dire, garde un cœur qui bat d’amour. Avant de parler, qu’il apprenne à garder le cœur amoureux.

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Le troisième mot est réconfort. Le premier était la mémoire, le second la passion, le troisième le réconfort. Il indique une force qui ne vient pas de nous, mais de ceux qui sont avec nous : la force vient de là. Jésus, le Dieu-avec-nous, nous donne cette force, son Cœur donne du courage dans l’adversité.

Tant d’incertitudes nous effraient : en cette période de pandémie nous nous sommes retrouvés plus petits, plus fragiles. Malgré tant de belles avancées, on le voit aussi dans le domaine médical : que de maladies rares et méconnues ! Quand je trouve, dans les auditions, des gens – surtout des garçons, des filles – et que je leur demande : « Tu es malade ? » – [ils répondent] « Une maladie rare ».

Combien il y en a aujourd’hui ! Qu’il est difficile de suivre les pathologies, les structures de soins, les soins qui sont vraiment comme il se doit, pour tous. Nous pourrions nous décourager. Pour cela, nous avons besoin de réconfort – le troisième mot -. Le Cœur de Jésus bat pour nous en battant toujours ces mots : « Courage, courage, n’aie pas peur, je suis là ! »

Courage sœur, courage frère, ne te décourage pas, le Seigneur ton Dieu est plus grand que tes maux, il te prend par la main et te caresse, il est près de toi, il est compatissant, il est tendre. Il est ton réconfort.

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Si nous regardons la réalité avec la grandeur de son Cœur, la perspective change, notre connaissance de la vie change car, comme nous l’a rappelé saint Paul, nous connaissons « l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3,19). Encourageons-nous avec cette certitude, avec la consolation de Dieu et demandons au Sacré-Cœur la grâce de pouvoir à notre tour consoler.

C’est une grâce qu’il faut demander, alors que nous nous engageons courageusement à nous ouvrir, à nous entraider, à porter les fardeaux les uns des autres. Cela vaut aussi pour l’avenir de la santé, en particulier de la santé « catholique » : partager, s’entraider, avancer ensemble.

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Que Jésus ouvre le cœur de ceux qui prennent soin des malades à la collaboration et à la cohésion. À ton Cœur, Seigneur, nous confions la vocation de soigner : fais-nous sentir comme précieux à toute personne qui s’approche de nous dans le besoin. Amen.

60e ANNIVERSAIRE DE L’INAUGURATION DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE DE L’UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DU SACRÉ-CŒUR – HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS Polyclinique « Agostino Gemelli » (Rome) – Vendredi 5 novembre 2021


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse