ÉVANGÉLISATION ET RENOUVELLEMENT DE L’ÉGLISE

Évangélisatrice, l’Église vit la mission qui est la sienne en recommençant chaque fois à s’évangéliser elle-même. « Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour.

Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin d’entendre proclamer les grandes œuvres de Dieu qui l’ont convertie au Seigneur, d’être à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile ».

Le Concile Vatican II a repris fortement ce thème de l’Église qui s’évangélise à travers une conversion et un renouvellement constant, afin d’évangéliser le monde de façon crédible. Les mots du Pape Paul VI résonnent encore actuels, alors qu’affirmant à nouveau la priorité de l’évangélisation, il rappelait à tous les fidèles :

« Il ne serait pas inutile que chaque chrétien et chaque évangélisateur approfondisse dans la prière cette pensée : les hommes pourront se sauver aussi par d’autres chemins, grâce à la miséricorde de Dieu, même si nous ne leur annonçons pas l’Évangile ; mais nous, pouvons-nous nous sauver si par négligence, par peur, par honte – ce que saint Paul appelait ‘rougir de l’Évangile’ – ou par suite d’idées fausses nous omettons de l’annoncer?»

Dès son origine, l’Église a dû affronter de semblables difficultés, en expérimentant le péché de ses membres. L’histoire des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité d’une connaissance du Christ vouée à l’échec.

Les deux disciples parlaient d’un mort (cf. Lc 24, 21-24), de leur frustration et de leur espérance perdue. Ils représentent, pour l’Église de toujours, la possibilité d’apporter une annonce qui n’est pas source de vie, mais qui garde enfermés dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et, en conséquence, les destinataires aussi de l’annonce.

la pèche miraculeuse- Duccio di Buoninsegna (vers 1255-vers 1319) - Sienne, Musée de l’Œuvre de la cathédrale
la pèche miraculeuse- Duccio di Buoninsegna (vers 1255-vers 1319) – Sienne, Musée de l’Œuvre de la cathédrale

Il en est de même à propos de l’épisode rapporté par l’évangéliste Jean (cf. Jn 21, 1-14), celui des disciples qui, séparés du Christ, sont en train de pêcher mais vivent leurs actions sans profit. Et, comme pour les disciples d’Emmaüs, ce n’est que lorsque le Ressuscité se manifeste, qu’ils retrouvent la confiance, la joie de l’annonce, le fruit de leur action évangélisatrice.

C’est uniquement en se rapportant avec force au Christ que celui qui avait été désigné pour être un «pêcheur d’hommes» (Lc 5, 10), Pierre, peut à nouveau jeter ses filets avec succès, en se fiant à la parole de son Seigneur.

Ce qui est décrit avec autant de détails à l’origine, l’Église l’a vécu à plusieurs reprises au cours de son histoire. Il est arrivé maintes fois que le lien avec le Christ s’étant relâché, la qualité de la foi vécue se soit trouvée affaiblie et l’expérience de participation à la vie trinitaire intrinsèque à ce lien moins fortement ressentie.

C’est pour cette raison qu’il ne faut pas oublier que l’annonce de l’Évangile est une question spirituelle avant tout. L’exigence de transmettre la foi – qui n’est pas une action individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire, ecclésial – ne doit pas provoquer la recherche de stratégies efficaces de communication, ni une sélection des destinataires – par exemple, les jeunes –, mais elle doit concerner le sujet chargé de cette opération spirituelle.

Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème d’une façon non extrinsèque, et met en cause l’Église dans tout son être et toute sa vie… La réflexion porte sur la capacité de l’Église à se structurer en communauté réelle, en fraternité authentique, en tant que corps et non comme une entreprise.

C’est justement pour que l’évangélisation sache conserver intacte sa qualité spirituelle originelle, que l’Église doit se laisser modeler par l’action de l’Esprit et se faire semblable au Christ crucifié, lui qui révèle au monde le visage de l’amour et de la communion de Dieu.

Elle peut ainsi découvrir à nouveau sa vocation d’Ecclesia mater qui engendre des fils au Seigneur, en transmettant la foi, et en enseignant l’amour qui nourrit les fils. De cette façon, elle vit son devoir d’annonciatrice et de témoin de cette Révélation de Dieu, en rassemblant son peuple dispersé, afin que puisse se réaliser la prophétie d’Isaïe que les Pères de l’Église ont lues comme s’adressant à elle-même :

« Élargis l’espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t’abritent, allonge tes cordages, renforce tes piquets, car à droite et à gauche tu vas éclater, ta race va déposséder des nations et repeupler les villes abandonnées » (Is 54, 2-3).

SYNODE DES ÉVÊQUES – XIIIème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE : LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION POUR LA TRANSMISSION DE LA FOI CHRÉTIENNE – INSTRUMENTUM LABORIS  37-40 – CITÉ DU VATICAN 2012