faire de Madagascar «un lieu où l’Évangile se fait vie»

faire de Madagascar «un lieu où l’Évangile se fait vie»

Devant un million de fidèles rassemblés sur le champ diocésain de Soamandrakizay, le Pape François a présidé la messe ce dimanche matin, au deuxième et dernier jour de son voyage apostolique à Madagascar. Dans son homélie, le Saint-Père a rappelé les exigences de l’engagement à la suite de Jésus, fondées sur le détachement personnel et l’ouverture au don de Dieu.

 

Messe présidée par le Pape François au champ diocésain de Soamandrakizay  - 8 septembre 2019  (Vatican Media)
Messe présidée par le Pape François au champ diocésain de Soamandrakizay – 8 septembre 2019 (Vatican Media)

Ce matin, l’ampleur de l’assemblée était impressionnante sur le champ diocésain de Soamandrakizay, dont une partie prêtée par un voisin musulman, là même où s’est déroulée hier la veillée de prière avec les jeunes.

Face aux fidèles, étaient exposées sur l’autel les reliques du bienheureux Raphaël Louis Rafiringa (1856-1919), un Frère des Écoles Chrétiennes malgache , éducateur, catéchiste et médiateur de paix, qui a donné toutes ses forces pour l’Église de la Grande île, à l’époque mouvementée de la fin du 19e siècle.

Dans son homélie, le Pape a commenté l’Évangile du jour, extrait de saint Luc (Lc 14, 25-33), qui invite à renoncer à tout pour suivre Jésus. Trois exigences sont demandées par le Seigneur.

Repousser la culture du privilège

La première concerne les relations familiales. Ce détachement signifie que l’accès dans le Royaume des Cieux ne peut «seulement se limiter ou se réduire aux liens du sang, à l’appartenance à un groupe déterminé, à un clan ou à une culture particulière».

Autrement finit par prévaloir «la culture du privilège et de l’exclusion (favoritismes, clientélismes et, par conséquent corruption).» Jésus appelle donc ses disciples à «voir l’autre comme un frère», «au-delà de son origine familiale, culturelle, sociale».

Ne pas instrumentaliser le nom de Dieu

La seconde est relative au sens donné au Royaume des Cieux. Il ne faut pas l’identifier «avec ses propres intérêts personnels ou avec la fascination d’une idéologie quelconque», au risque d’«instrumentaliser le nom de Dieu ou la religion pour justifier des actes de violence, la ségrégation et même l’homicide, l’exil, le terrorisme et la marginalisation».

Jésus invite à «ne pas manipuler l’Évangile par de sombres réductionnismes», mais à toujours garder un esprit de fraternité, de solidarité, de «respect gratuit de la terre et de ses dons contre toute forme d’exploitation».

Compter sur les dons du Seigneur

Enfin, la troisième exigence invite au détachement vis-à-vis de ses propres forces et de ses biens. La «course à l’accumulation» pousse en effet à «l’égoïsme et l’utilisation de moyens immoraux.» Le Seigneur exhorte au contraire «à retrouver la mémoire reconnaissante et à prendre conscience que, bien plus qu’une victoire personnelle, notre vie et nos capacités sont le fruit d’un don», qui vient de Dieu et de la communion des saints.

Une libération, en faveur de Dieu et du prochain

Le but de ces renoncements : libérer le chrétien de l’un «des pires esclavages: le vivre pour soi-même», «créer des espaces pour que Dieu soit le centre et l’axe de notre vie». Le Pape a déploré l’individualisme orgueilleux, le repli confortable et sécurisant sur soi où «les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, on n’a plus d’enthousiasme à faire le bien…»

Il a invité l’assemblée à «laisser triompher l’esprit de fraternité – qui naît du côté ouvert de Jésus-Christ», et à se donner pour valoriser la dignité humaine.

La joie de l’Évangile  

Cette «sagesse du détachement personnel» peut sembler rude, mais il faut l’envisager à «la lumière de la joie et de la fête de la rencontre avec Jésus-Christ.». «Il est le premier à sortir pour nous chercher à la croisée des chemins.» Une joie jaillie de l’humilité et du réalisme, qui poussent à «assumer les grands défis» Le Pape encourage les fidèles à «faire de [leur] beau pays un lieu où l’Évangile se fait vie, et où la vie soit pour la plus grande gloire de Dieu».

À la fin de la célébration, le Pape a récité la prière de l’Angélus avec l’assemblée, après avoir remercié les autorités et la population malgaches pour leur accueil et mentionné la mémoire de la Nativité de la Vierge Marie, qui a lieu ce 8 septembre.