la raison profonde du jeûne

« Les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : ‘Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ?’ Jésus leur répondit : ‘ Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ?  Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront.’ » (Matthieu 9 14-15)

Dans le Nouveau Testament, Jésus met en lumière la raison profonde du jeûne… [qui] consiste plutôt à faire la volonté du Père céleste, lequel « voit dans le secret et te récompensera » (Mt 6,18).

La pratique du jeûne est très présente dans la première communauté chrétienne (cf. Act 13,3; 14,22; 27,21; 2 Cor 6,5). Les Pères de l’Église aussi parlent de la force du jeûne, capable de mettre un frein au péché, de réprimer les désirs du « vieil homme », et d’ouvrir dans le cœur du croyant le chemin vers Dieu. Le jeûne est en outre une pratique récurrente des saints, qui le recommandent.

Saint Pierre Chrysologue écrit : « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu’il écoute l’homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d’entendre lorsqu’on le supplie » (Sermo 43: PL 52, 320. 332).

De nos jours, la pratique du jeûne semble avoir perdu un peu de sa valeur spirituelle et, dans une culture marquée par la recherche du bien-être matériel, elle a plutôt pris la valeur d’une pratique thérapeutique pour le soin du corps. Le jeûne est sans nul doute utile au bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une « thérapie » pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de Dieu…

La pratique fidèle du jeûne contribue en outre à l’unification de la personne humaine, corps et âme, en l’aidant à éviter le péché et à croître dans l’intimité du Seigneur. […] Jeûner, c’est mortifier notre égoïsme et ouvrir nos cœurs à l’amour de Dieu et du prochain, premier et suprême commandement de la Loi nouvelle et résumé de tout l’Évangile (cf. Mt 22,34-40) ?

Le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa Première Lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu’un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (3,17).

Le jeûne a comme ultime finalité d’aider chacun d’entre nous… pour éloigner de tout ce qui distrait l’esprit  et intensifier ce qui nourrit l’âme en l’ouvrant à l’amour de Dieu et du prochain [avec] l’engagement dans la prière avec la Parole de Dieu,  le recours au Sacrement de la Réconciliation et la participation active à l’Eucharistie, notamment la Messe dominicale…

Que la Bienheureuse Vierge Marie,  nous accompagne et nous soutienne dans nos efforts pour libérer notre cœur de l’esclavage du péché et pour en faire toujours plus un « tabernacle vivant de Dieu » !

Extraits du MESSAGE DE BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2009

© Copyright 11 décembre 2008 – Libreria Editrice Vaticana

Regard de Georges Bernanos sur la Vierge Marie

Georges Bernanos
Georges Bernanos

Georges Bernanos a quitté ce monde voilà 70 ans. À ce propos, il est bon de méditer sur ce qu’il dit de la Vierge Marie, dans son roman « Journal d’un curé de campagne », par le biais du curé de Torcy rendant visite au jeune curé pour l’encourager :

« Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Eve. Mais elle est aussi sa fille.

L’ancien monde, le douloureux monde, le monde d’avant la grâce l’a bercée longtemps sur son cœur désolé -des siècles et des siècles- dans l’attente obscure, incompréhensible d’une « virgo genitrix« …

Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom.

Une petite fille, cette reine des anges! Et elle l’est restée, ne l’oublie pas!…

Notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l’enfance émeut toujours ses entrailles, l’ignorance des petits lui fait baisser les yeux – ses yeux qui savent le bien et le mal, ses yeux qui ont vu tant de choses ! Mais ce n’est que l’ignorance, après tout.

La Vierge était l’innocence…

Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère – mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. »

Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne (Plon 1936), éditions « Le livre de poche », Paris, 1966, p. 180, 182

les conditions de vie du disciple

Jésus monte dans la barque, suivi de ses disciples (Mt 8, 18 et suivants). Ils s’apprêtent à prendre le large pour aller sur  l’autre rive, c’est-à-dire la terre païenne. Mais que va -t-il donc faire  dans cette contrée impure?

Dans l’agitation de l’embarquement, un scribe s’approche ; il insiste pour être du voyage, mais Jésus l’en dissuade. Le scribe manifeste une disponibilité généreuse dont on était en droit d’attendre qu’elle serait reçue avec bienveillance. La réponse de Jésus n’est ni un accueil, ni un rejet : il se contente de souligner les conditions de vie du disciple, afin que son interlocuteur ne s’engage pas à la légère.

Le Seigneur nous demande à nous aussi de vérifier si nous lui faisons suffisamment confiance pour quitter nos certitudes terrestres (les terriers par nous creusés ici-bas) et abandonner nos refuges imaginaires, nos rêves utopiques, afin de nous appuyer sur sa seule Parole.

Cette condition est difficile, car nous appréhendons de perdre nos repères, et nous hésitons à nous enfoncer dans le désert inhospitalier du renoncement à notre volonté propre. Pourtant nous le savons : nul ne peut entrer dans le Royaume si ce n’est par la porte étroite de la Croix.

Nous sommes loin du mythe de la religion « opium du peuple » ! Notre scribe intérieur – c’est-à-dire la part de nous-même qui ne s’avance que sur des chemins dont il peut garder la maîtrise – est-il prêt pour un tel exode hors de ses repères et de ses sécurités ? Osons-nous miser toute notre vie sur le Christ et l’Évangile?

Et sans compromission ! encore une manière subtile d’échapper à l’exigence d’un choix compromettant. On parie  à la fois sur Jésus et Bouddha, la mystique chrétienne et naturaliste, le Dieu personnel et l’Énergie cosmique, de manière à être sûr d’être gagnant.

Non ! La vie divine se communique au sein d’une relation d’amour, qui comme tout amour est éminemment personnel et présente un caractère exclusif dans le choix et définitif dans le don. « Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 16, 25).

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