DÉVOTION À LA SAINTE VIERGE

Marie Église de l'Annonciation sant Agata dei Goti | DR
Marie Église de l’Annonciation sant Agata dei Goti | DR

Voici un texte sur la Sainte Mère de Dieu qui date de plus de deux siècles. Il a été élaboré en 1786, un peu avant la Révolution Française, par un prêtre, un vieux professeur de collège, bien connu naguère des jeunes latinistes pour son De viris illustribus.

Après Dieu, le plus digne objet de notre culte et de nos hommages, c’est la sainte Vierge, mère de Dieu. Elle a été choisie, avant tous les siècles, pour être le temple vivant de la sagesse éternelle et l’instrument glorieux du salut des hommes. Par son auguste qualité de mère de Dieu, elle est élevée au-dessus de tous les saints et de tous les anges, dont elle est la reine. Aussi le culte que l’Église lui rend est-il un culte particulier qui ne convient à aucun autre saint. Lire la suite →

saint Pierre Chrysologue

Pierre Chrysologue - mosaïques Ravenne
Pierre Chrysologue – mosaïques Ravenne

Le théologien Pierre, surnommé Chrysologue, conseiller du pape Léon Ier (406-450) fut évêque de Ravenne de 433 à sa mort en 451 et est docteur de l’Église. Le surnom de « Chrysologue » (« aux paroles d’or ») lui vient de son éloquence. Doté du nom de l’Apôtre Pierre, il accomplit le même ministère, si bien qu’il ramena des foules dans le filet de la doctrine céleste et qu’il les nourrit de la douceur de la parole de Dieu. Sa mort survint un 31 juillet, vers 450, près de Forum Cornelii en Émilie. (Martyrologe romain)

Voici ce qu’en rapporte Dom Guéranger :

Nous honorons aujourd’hui saint Pierre Chrysologue, le pieux Pontife de Ravenne. Son éloquence pastorale lui acquit une haute réputation, et il nous est resté un grand nombre de ses sermons. On y recueille une foule de traits de la plus exquise beauté… Le mystère de l’Incarnation y est souvent traité, et toujours avec une précision et un enthousiasme qui révèlent la science et la piété du saint évêque.

Son admiration et son amour envers Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, triomphé de ses ennemis par le décret du concile d’Éphèse, lui inspirent les plus beaux mouvements et les plus heureuses pensées. Nous citerons quelques lignes sur l’Annonciation :

« A la Vierge Dieu envoie un messager ailé. C’est lui qui sera le porteur de la grâce ; il présentera les arrhes et en recevra le retour. C’est a lui qui rapportera la foi donnée, et qui, après avoir conféré la récompense à une si haute vertu, remontera en hâte porteur de la promesse virginale.

L’ardent messager s’élance d’un vol rapide vers la Vierge ; il vient suspendre les droits de l’union humaine ; sans enlever la Vierge à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle fut fiancée dès l’instant même où elle était créée ‘. C’est donc son épouse que le Christ reprend, et non celle d’un autre ; ce n’est pas une séparation qu’il opère, c’est lui qui se donne à sa créature en s’incarnant en elle.

« Mais écoutons ce que le récit nous raconte de l’Ange. Étant entré près d’elle, il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous. De telles paroles annoncent déjà le don céleste ; elles n’expriment pas un salut ordinaire. Salut ! c’est-à-dire : recevez la grâce, ne tremblez pas, ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, c’est-à-dire : en d’autres réside la grâce, mais en vous résidera la plénitude de la grâce.

Le Seigneur est avec vous : qu’est-ce à dire ? sinon que le Seigneur n’entend pas seulement vous visiter, mais qu’il descend en vous, pour naître de vous par un mystère tout nouveau. L’Ange ajoute : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? parce que celles dont Eve la maudite déchirait les entrailles, ont maintenant Marie la bénie qui se réjouit en elles, qui les honore , qui devient leur type. Eve, par la nature, n’était plus que la mère des mourants ; Marie devient, par la grâce, la mère des vivants (sermon CXI). »

Dans le discours suivant, le saint Docteur nous enseigne avec quelle profonde vénération nous devons contempler Marie en ces jours où Dieu réside encore en elle. « Quand il s’agit, dit-il, de l’appartement intime du roi, de quel mystère, de quelle révérence, de quels profonds égards ce lieu n’est-il pas entouré? L’accès en est interdit à tout étranger, à tout immonde, à tout infidèle.

Les usages des cours disent assez combien doivent être dignes et fidèles les services que l’on y rend ; l’homme vil, l’homme indigne seraient-ils soufferts à se rencontrer seulement aux portes du palais ? Lors donc qu’il s’agit du sanctuaire secret de l’Époux divin, qui pourrait être admis, s’il n’est intime, si sa conscience n’est pure, si sa renommée n’est honorable, si sa vie n’est vertueuse ?

Dans cet asile sacré, où un Dieu possède la Vierge, la virginité sans tache a seule le droit de pénétrer. Vois donc, ô homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, et demande-toi si tu pourrais sonder le mystère de l’Incarnation du Seigneur, si tu as mérité d’approcher de l’auguste asile où repose encore en ce moment la majesté tout entière du Roi suprême, de la Divinité en personne. »

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Marie, secours face à la misère religieuse

Marie, la Mère de Jésus
Marie, la Mère de Jésus

La doctrine de la coopération nous montre logiquement en Marie le plus puissant des secours dont la foi en détresse puisse disposer, la seule défense victorieuse contre la régression religieuse. Ce n’est pas un hasard si de nos jours ceux que l’Église a mis sur ses autels se tournent si souvent vers Marie; ce n’est pas un hasard si aujourd’hui toute la théologie s’efforce de mettre au point le dogme de Marie, médiatrice de toute grâce.

La Litanie de Lorette affirme déjà ce dogme quand elle appelle Marie «Reine des Anges», c’est-à-dire aussi «Reine de saint Michel au combat», quand elle la proclame «Reine des Apôtres» — sans Marie la prédication apostolique n’eût pas eu d’objet; — quand elle l’invoque enfin comme «Reine du Saint Rosaire» — la prière n’existe pas si le cœur humain n’est pas disponible et consentant. Le dogme marial n’évoque pas seulement la coopération de la créature accomplie en Marie, mais, en Marie, la coopération de toutes les créatures.

La misère religieuse entraîne toujours de plus amples misères. Sans doute notre époque ne croit-elle plus que le châtiment suit de près le rejet de Dieu, elle a oublié ce simple truisme suivant lequel un trouble au cœur de l’organisme dérègle fatalement toutes les fonctions extérieures; elle s’en est pourtant vu administrer les preuves les plus grandioses et les plus terribles qui aient jamais été fournies au monde.

La foi en Marie triomphatrice de l’impiété couronne ainsi la foi en Marie «perpétuel secours». La femme nous a, au sens le plus fort du mot, «porté» le salut; vraie sur le plan religieux, et parce qu’elle est vraie sur ce plan, cette proposition vaut également partout. Les peuples et les États, pour s’épanouir, ont besoin de vraies mères…

Cette idée ne correspond pas seulement à la vérité biologique immédiate, elle correspond aussi à cette vérité plus profonde que le monde spirituel lui-même ne se contente pas d’hommes aux vues droites, il réclame aussi la Mère.

Ici, les chemins se croisent. Si d’un côté la création a possibilité de collaborer à la Rédemption, elle a prétendu se l’approprier. Notre époque sécularisée a commis la folie masculine de se fier à soi-même pour son salut, comme si nous étions nos propres créateurs ; cette folie explique tous ses échecs. La créature n’est jamais rédemptrice, mais elle doit prendre part à la Rédemption.

L’activité créatrice ne peut échoir à l’être créé qu’à la faveur d’une « conception ». Car l’homme lui aussi, quand son esprit conçoit quelque étincelle créatrice, il l’accueille sous le signe de Marie, dans l’humilité et le don de soi, — ou bien il ne conçoit rien du tout; tout au plus conçoit-il un esprit «qu’il peut comprendre» et incapable lui-même d’aucune compréhension profonde.

Le monde est bien mû par la force virile, mais il ne peut être fécondé, au sens profond du terme, que sous le signe de la femme. La créature ne jouit absolument que d’une seule faculté : s’offrir à Dieu; seule l’Ancilla Domini [Servante du Seigneur] est la Regina Coeli [Reine du Ciel].

Partout où la créature collabore en toute sincérité, on voit poindre la «mère du Créateur», la «mère du bon conseil». Partout où la créature s’arrache à elle-même, la «mère tout aimable», la « mère du bel amour », se porte au secours du monde blessé. Partout où les peuples sont de bonne volonté, la «reine de la paix » intercède pour eux.

Gertrude von Le Fort

site officiel en France