C’étaient nos souffrances qu’il portait (Is 53,4)

C’étaient nos souffrances qu’il portait (Is 53,4)

MARDI (de la Semaine sainte) Is 49,1-6 – Jn 13,21…38

Là où je m’en vais, tu ne veux me suivre ; tu me suivras plus tard (Jn 13,36)

Sachant que le temps était venu d’accomplir sa glorieuse Passion, Jésus dit : Mon âme est triste à en mourir, et encore : Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi (Mt 26,38.39).

Par ces paroles révélatrices d’une certaine crainte, il guérissait, en les partageant, les émotions de notre faiblesse et abolissait, en s’y soumettant, la peur d’endurer la souffrance. C’est en nous que le Seigneur tremblait de notre frayeur ; il se revêtait ainsi de notre faiblesse pour recouvrir notre inconstance de la fermeté de sa force.

Il était en effet venu du Ciel en ce monde comme un marchand riche et bienfaisant, et, par un admirable échange, avait engagé un marché salutaire : prenant ce qui était à nous, il nous accordait ce qui était à lui ; pour les opprobres il donnait l’honneur, pour les douleurs le salut, pour la mort la vie.

Il pouvait avoir à son service plus de douze mille légions d’anges pour exterminer ses persécuteurs, mais il préférait subir notre effroi que d’exercer sa puissance.

Combien cette humilité fut profitable à tous les croyants, le saint apôtre Pierre en fit le premier l’expérience. Ébranlé par l’assaut violent de son trouble, il fit volte-face et, par ce brusque changement, recouvra sa force. Il avait trouvé le remède dans l’exemple du Seigneur ; membre tremblant, il avait soudain retrouvé la fermeté de la tête.

Le serviteur en effet ne pouvait être plus que le Seigneur ni le disciple que le Maître, et il n’aurait pu vaincre le tremblement de la fragilité humaine si le vainqueur de la mort n’avait d’abord tremblé.

Le Seigneur donc regarda Pierre, et au milieu des calomnies des prêtres, des mensonges des témoins, des injures de ceux qui le frappaient et le conspuaient, il rencontra son disciple ébranlé avec ces yeux qui avaient vu d’avance son trouble. La Vérité le pénétra de son regard là où son cœur avait besoin de guérison

. C’était comme si la voix du Seigneur s’y était fait entendre pour lui dire : « Où vas-tu, Pierre ? Pourquoi te retirer en toi-même ? Reviens à moi, fais-moi confiance et suis-moi ; ce temps est celui de ma Passion, l’heure de ton supplice n’est pas encore venue.

Pourquoi crains-tu (pour moi) ce que tu surmonteras toi aussi ? Ne sois pas déconcerté par la faiblesse que j’ai prise. C’est en raison de ce que j’ai assumé de toi que j’ai tremblé, mais toi, sois sans crainte en raison de ce que tu tiens de moi. »

Saint Léon le Grand Sermon 3 sur la Passion, 4-5 : PL 54, 320-321. Traduction Orval.

Celui qui devait livrer Jésus (Jn 12,4)

Celui qui devait livrer Jésus (Jn 12,4)

LUNDI (de la Semaine sainte) Is 42,1-7-  Jn 12,1-11

Pourquoi ne pas avoir vendu ce parfum trois cents deniers que l’on aurait donnés aux pauvres ? (Jn 12,5)

Judas avait ses travers. L’évangéliste Jean en souligne un très durement, le plus voyant sans doute : il tenait à l’argent. Sa foi doit donc lutter avec le mal subsistant dans son propre cœur, sa volonté de conversion avec des com­plications intérieures. Il faut dire que la cupidité est quel­que chose de bas, qui avilit.

Pierre, irréfléchi, impression­nable tant qu’on voudra, avait un cœur magnanime. Jean, le fanatique, brûlait d’un désir immense de se donner. Thomas, quoique méfiant, avait cette sincérité qui fait droit à la vérité, dès qu’elle se manifeste. Judas a dû avoir quelque chose de vulgaire.

Comment Jean aurait-il, autre­ment, pu l’appeler hypocrite et voleur, avec son intransi­geance coutumière, il est vrai ? (Jn 12,6) Comment aurait-il pu s’abaisser autrement jusqu’à trahir par un baiser de paix ? On n’arrive pas là tout d’un coup, mais à la suite d’une longue préparation. La possibilité du salut était mal­gré tout en lui. Il était appelé à devenir un apôtre et pou­vait l’être.

Mais un jour, la volonté de conversion a dû être paralysée. Nous ne savons pas à quel moment, peut-être à Capharnaùm, quand Jésus annonça l’Eucharistie et que les auditeurs trouvèrent son discours intolérable.

En cette circonstance l’opinion publique s’est détournée de Jésus, et beaucoup de ses disciples n’allèrent plus avec lui. Le cercle immédiat du Maître a dû être ébranlé aussi, car Jésus n’a pas demandé sans raison aux Douze : Voulez-vous partir, vous aussi ? (Jn 6,66-67)…

*

Peut-être est-ce alors que s’éteignit la foi de Judas… En restant, il s’exposait à un danger effroyable. La vie toute sainte, où toute pensée, tout jugement, toute action vien­nent de Dieu et vont à Dieu, n’est pas si facile à supporter.

C’est folie de penser qu’il est agréable, sans restriction, de vivre à côté d’un saint, surtout à côté du Fils de Dieu ; de s’imaginer qu’on ne peut pas ne pas devenir bon à ce con­tact. On peut y devenir un démon ! Le Seigneur lui-même le dit : N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l’un de vous est un démon (Jn 6,70).

Judas ne l’avait pas été dès le début, comme le croit le peuple, il l’est devenu, et auprès du Sauveur. Oui, disons-le tran­quillement, auprès du Sauveur, car celui-ci est au monde pour la chute et la résurrection d’un grand nombre (Lc 2,34).

C’est surtout après Capharnaùm que la situation dut être intolérable pour lui. Avoir toujours cette figure devant les yeux, sentir à chaque instant sa pureté surhumaine, constater sans arrêt — c’était là le plus pénible — cette disposition de victime, cette volonté de se sacrifier pour les hommes, seul quelqu’un qui aimait Jésus pouvait sup­porter tout cela.

C’est déjà assez difficile de supporter — il faudrait dire de pardonner — la grandeur d’un homme quand on est petit soi-même. Mais que dire, s’il s’agit de grandeur religieuse, de grandeur divine dans le sacrifice, de la grandeur du Rédempteur !…

C’est alors que Judas est devenu l’allié naturel des ennemis du Maître. Tous ses instincts pharisaïques se sont réveillés en lui, et il a vu en Jésus un grand danger pour Israël. En même temps s’est fait sentir ce qu’il y avait de bas en lui. L’argent est rede­venu sa vie et une tentation toute-puissante, jusqu’au jour où il a suffi peut-être d’un rien, d’une rencontre, pour faire naître en lui l’horrible projet.

Romano Guardini Le Seigneur, Alsatia, 1964, t. 2, p. 62-64.

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

MOIS DE SAINT JOSEPH – XXXe JOUR

MOIS DE SAINT JOSEPH – XXXe JOUR

Prééminence de saint Joseph sur les justes et les saints.

Saint Joseph patron de l’Église universelle église Saint Joseph Angers 49
Saint Joseph patron de l’Église universelle église Saint Joseph Angers 49

« On peut appliquer à saint Joseph ces paroles de saint Paul, dit saint Alphonse de Liguori : « Il a été autant au-dessus des anges qu’il a reçu un nom plus excellent que le leur : celui de père du Sauveur et d’époux «ai de la Vierge. »

Car plus un être se rapproche de son principe , d’après la doctrine de saint Thomas, plus il participe à l’effet de ce principe. Or nul n’a plus approché que saint Joseph du Christ, source de la grâce, et de la Vierge, canal universel de la grâce : donc nul après la Vierge n’a eu plus de part à la grâce du Christ Rédempteur.

« Il pouvait faire envie aux anges et défier le ciel tout ensemble, s’écrie saint François de Sales ; car qu’y a-t-il entre les anges de comparable à la Reine des anges, ou en Dieu de plus que Dieu ? » (S. François de Sales, Lettre à une veuve)

Aussi ce double titre de père du Sauveur et d’époux de la Vierge, qui, d’après saint Thomas, élève saint Joseph au-dessus de toute la hiérarchie des esprits bienheureux, lui fait en outre une place à part au milieu des justes de l’ancienne loi et des saints de la loi nouvelle.

I

Et d’abord, pour le comparer aux justes de l’ancienne loi, il réunit en sa seule personne tous les privilèges qui ont été séparément départis aux plus illustres d’entre eux, et il les possède à un degré plus éminent qu’aucun de ces hommes si favorisés de Dieu. En lui se continue la dignité des patriarches et des prophètes, en lui se termine la série des ancêtres du Christ, représentée par l’échelle mystique qui apparut à Jacob durant son sommeil.

Mais, plus heureux que les prophètes, saint Joseph a été le témoin et le coadjuteur de la rédemption qu’ils ont prédite, et, plus favorisé que les patriarches, il a vu naître, et il a appelé son fils, le Sauveur, dont ils avaient reçu la promesse, et qui devait être le fruit béni de leur postérité. Saint Joseph a été le père d’une race nouvelle, comme Abraham, puisqu’il a été le père de Celui qui venait apporter le salut du monde.

Il a été un homme selon le cœur de Dieu, comme David, et il a pénétré plus avant que le roi d’Israël dans le secret des conseils célestes : David n’a vu l’Homme-Dieu qu’à travers le voile des temps, saint Joseph l’a vu face à face.

II

La prééminence de saint Joseph sur les saints de la loi nouvelle, et même sur les plus illustres de tous, qui sont les apôtres, ne paraît pas moins évidente, lorsqu’on considère l’excellence du ministère et l’étendue des prérogatives de ce grand saint.

1° L’excellence de son ministère.

Les apôtres qui marchent en tête de l’Église sont les serviteurs du Christ, et les dispensateurs de ses mystères ; ils sont même, dans un certain sens mystique, appelés les pères du Christ, puisqu’ils l’engendrent dans le cœur des fidèles.

Mais saint Joseph n’est pas seulement le père de Notre-Seigneur en vertu de cette paternité spirituelle et allégorique; il l’est d’abord en vertu de son mariage, qui le rend {à l’époque] le maître et le supérieur de Marie, et, par conséquent, qui le rend participant et même possesseur de tous les biens accordés à cette créature privilégiée , sans en excepter le plus insigne de tous : son fils, Jésus-Christ.

Jésus-Christ appartient à saint Joseph, comme une gerbe qui s’est élevée dans son champ, et l’autorité de saint Joseph sur Marie s’étend jusqu’à l’Homme-Dieu, en tant que fils de cette bienheureuse Vierge.

Jésus-Christ appartient aussi à saint Joseph, en vertu des droits d’adoption, « Or, par l’adoption, dit saint Augustin, l’homme devient le fils de celui dont il n’est pas né, et dont les droits l’emportent désormais sur celui de son véritable père. Telle est la force du lien d’amour établi entre eux. A ce titre, saint Joseph fut donc le père de Notre-Seigneur; que dis-je, il le fut dans le sens le plus parfait. »

Saint Joseph n’a pas seulement le titre de père de Notre-Seigneur, il en a l’autorité, et il en exerce tous les droits. Il en a aussi l’affection, les soins, la sollicitude; et, par un juste retour, Jésus-Christ l’aime et l’honore comme son père. Tous ses travaux, toutes ses actions, il les accomplit auprès de Jésus. Il nourrit Jésus, il le réchauffe, il le garde, il lui enseigne l’état de charpentier.

Il vit toujours avec Jésus et ne vit que pour Jésus. Saint Jean-Baptiste et les apôtres ont, à la vérité, un ministère très-élevé, mais qui les place sous la dépendance du Christ. Saint Joseph, au contraire, par son ministère, est, en un certain sens, le supérieur du Christ, il lui impose son nom, il le conduit et le protège, comme chef de la sainte famille.

Le ministère des apôtres regarde directement l’ordre de la grâce ; celui de saint Joseph regarde directement l’ordre de l’union hypostatique, qui est plus parfait en son genre, dit Suarez. Les apôtres portent dans le monde entier le nom, la doctrine, la grâce du Christ. Joseph porte la personne même du Christ à Jérusalem et en Égypte, ces deux centres qui représentent le peuple de la promesse et la gentilité païenne, c’est-à-dire, tous les peuples de l’univers.

2° L’étendue de ses privilèges.

Aucun saint n’a jamais été revêtu de prérogatives semblables à celles que d’illustres docteurs s’accordent à reconnaître dans saint Joseph. « Dieu, dit saint Thomas, choisit et prépare ceux qu’il destine à remplir de grandes missions. »

Avec quel soin ne disposa-t-il pas de l’âme de ce Joseph, auquel il voulait confier la plus sublime de toutes! Il le prévint de grâces si éminentes que, selon l’opinion de plusieurs Pères de l’Église, il le sanctifia dès le sein de sa mère, lui accorda l’esprit de prophétie, et le confirma en grâce.

Mais en dehors de ces prérogatives spéciales, et dont on a pu contester l’existence, puisque l’Église n’en a rien affirmé, comment mettre en doute les grâces insignes dont saint Joseph a été comblé, en tant que père de Jésus-Christ et époux de Marie?

Aucun autre saint a-t- il reçu des faveurs aussi rares que celui qui, pendant trente ans, a joui de la présence, de la sagesse et des exemples de Notre-Seigneur; qui, pendant trente ans, a été uni à la plus parfaite des créatures ; qui a été le protecteur, le témoin de sa vie et l’imitateur de ses vertus?

Et comme rien ne surpasse l’amour d’une épouse pour son époux, celui d’un fils pour son père, aucune créature n’a possédé au même degré que saint Joseph l’amour de Jésus et de Marie, n’a pénétré plus avant dans les secrets de l’Homme-Dieu, et n’a imité plus parfaitement les vertus de sa bienheureuse Mère.

Aussi saint Joseph, marqué du sceau de cette mission privilégiée, ministre du Père éternel dans l’œuvre de la rédemption, son représentant et son image auprès de Jésus-Christ ; saint Joseph, époux de la plus pure des vierges, et correspondant à toutes ses grâces par une constante fidélité, a-t-il surpassé en mérites et en gloire les justes et les saints de tous les siècles.

« Bien loin que cette opinion soit téméraire, dit Suarez, je la crois selon la vérité et la piété » ; et l’on peut répéter, sur le père adoptif de Notre-Seigneur, la belle parole de saint Grégoire de Nazianze : « Dieu a réuni en saint Joseph, comme en un soleil, tout ce que les autres saints ont ensemble de splendeur. »

( Tiré de Francisco Suarez ( 1548-1617) et de Christophorus de Vega (1510-1573)

 

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