En somme, voilà ce que sont des chrétiens, régénérés par le mystère pascal et par les sacrements qui en portent les fruits jusqu’à nous : « des hommes libres ». Certes! l’expression reste équivoque. Liberté, que de crimes commis en ton nom, et quel prétexte, hypocritement jeté pour légitimer tous nos désirs. Il en fut probablement toujours ainsi.
A peine saint Pierre a-t-il écrit : « Agissez en hommes libres », qu’il précise « non pas en hommes qui usent de leur liberté pour voiler leur malice, mais en serviteurs de Dieu ». D’ailleurs, en ces quelques versets, deux fois encore il insistera : « Soyez soumis à vos maîtres… soyez soumis à toute institution humaine, à cause du Seigneur ».
Il serait évidemment abusif d’invoquer ces phrases comme une interdiction faite aux chrétiens de toute revendication syndicale ou de toute révolution. Saint Pierre poursuit d’ailleurs de la même plume : « Respectez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez l’emprereur ».
Il est clair que ce beau programme, si on l’appliquait, résoudrait bien des questions sociales. Mais les horizons ouverts par l’Évangile sont tellement plus vastes, et offerts même aux esclaves! Ce que le Christ apporte au monde, c’est une libération de la souffrance inutile, des convoitises pour les biens terrestres, et d’une mort sans lendemain, qui angoissent le cœur des hommes.
Dom Claude Jean-Nesmy
Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse
QUATRE-VINGT-DIXIÈME LECTURE : De la mauvaise Communion
Abbe-Charles-Francois-LHOMOND-1727-1794
Non potestis mensae Domini participes esse et mensae daemoniorum.
Vous ne pouvez point participer à la table du Seigneur et à la table des démons. 1 Corinthiens 10.
Je comprends, ô mon Dieu, combien est énorme le crime d’une communion indigne. Vous crucifier de nouveau, profaner votre corps adorable, fouler aux pieds votre sang précieux ; renouveler la trahison de Judas et l’attentat des Juifs contre votre divine personne ; ces idées jettent le trouble dans mon âme, et me remplissent d’horreur.
Un chrétien, un homme qui fait profession de vous appartenir, de croire en vous, est-il donc capable de se porter à un tel excès ? Serais-je moi-même assez méchant pour le commettre ? Ah ! Seigneur, détournez de moi un si grand malheur. Je ne suis pas surpris que ce crime soit suivi d’un châtiment terrible.
Manger et boire son jugement et sa condamnation ; que cette pensée est effrayante ! je ne puis y réfléchir, sans me sentir pénétré d’un sentiment de terreur et d’effroi. Arrêtez, Seigneur, arrêtez les profanateurs ; qu’une force invisible les empêche d’approcher de votre saint autel.
Remplissez-moi d’un saint respect pour la divine Eucharistie ; donnez-moi cette robe nuptiale qui est nécessaire pour entrer dans la salle du festin, et sans laquelle on mérite d’être jeté dans les ténèbres extérieures. Préparez vous-même dans mon cœur votre demeure, en le purifiant de toutes ses souillures, et ne permettez pas que je trouve la mort dans la source même de la vie.
Pour éviter ce malheur, ô mon Dieu ! je ne me jugerai pas moi-même, je courrais trop de risques de me tromper, mais j’aurai recours à un directeur éclairé ; je ne lui cacherai rien de mes faiblesses ; je me soumettrai à sa décision, et je la suivrai avec confiance.
Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse
NB : à ceux qui le demanderont – par contact -, je donnerai gratuitement la version de ces prières, mise en EPUB. P. J.-Daniel Planchot, cm
Le christianisme est une vie nouvelle, la vie éternelle, apportée aux hommes, et ils naissent à cette vie tout le temps de leur existence ici-bas. Mais, puisqu’elle est leur vie, elle est une vie humaine, et la vie humaine, par essence, demande un principe maternel en même temps qu’un principe paternel.
C’est pour cela que, dans sa création, Dieu a fait cette merveille d’entre les merveilles qui est le cœur des mères. II y a mis un amour profond, obstiné, déraisonnable dirait-on, un amour prêt à tous les sacrifices, à tous les dévouements, à toutes les partialités.
Hélas ! que deviendraient les pauvres êtres que nous sommes, si ne se penchait, sur leurs années d’impuissance et de misères, quelqu’un « qui est fait pour les aimer », et s’ils ne portaient, ancré dans leur sang, la certitude d’être précieux pour quelqu’un ?…
Dieu n’a pas voulu que la vie surnaturelle fût moins humaine que la vie naturelle, au contraire, ni que les enfants qu’il adopte en son Fils fussent à moitié orphelins.
Et il a fait la Vierge.
Lui qui met au cœur des mères ordinaires des merveilles de tendresse, que ne mettra-t-il au cœur de la mère par excellence, dont l’amour pour son Fils Unique et pour ses fils d’adoption doit être en quelque manière le pendant du sien ? — Ce seront des combles, des miracles d’affection et de douceur, quelque chose de mystérieux comme la vie de la grâce à laquelle ils correspondent et comme l’incarnation qui est leur raison d’être.
Car, encore une fois, il n’y a que l’incarnation ; mais elle montre sa totalité en donnant aux hommes, comme mère, par une surnaturelle maternité, la mère de Dieu.
Si Dieu même fait qu’une Vierge soit mère, s’il fait qu’étant mère d’un Homme-Dieu elle soit mère de tout le genre humain, il ne lui inspirera pas seulement des sentiments maternels tièdes et réservés dont une mère ordinaire ne se contenterait pas.
La maternité divine, comme saint Thomas le dit, est de l’ordre des choses infinies, et elle l’est en tant que maternité ; c’est donc en un amour maternel en quelque sorte infini qu’elle va s’exprimer. Mère de l’Infini, mère dans laquelle cet Infini devient la vie de l’humanité entière, elle sera en quelque sorte infiniment mère, et Dieu lui fera le cœur assez grand pour aimer en conséquence. Il y va du sérieux, de la sincérité, du réalisme de l’incarnation…
Il y a, dans le plan providentiel, un aspect de l’amour du Christ que les hommes ne voient bien qu’en regardant sa mère, comme il y a un aspect de l’amour de Dieu que les hommes ne voient bien qu’en regardant l’Homme-Dieu…
Là où n’est pas cette douce mère de grâce… Dieu même n’apparaît plus aussi bien comme un père, le Christ n’est plus aussi proche, l’Église n’est plus aussi familiale, le christianisme perd de son attrait accueillant. Il devient comme un temple … sans présence vivante et sans autel ; un système ordonné mais froid : il n’y a plus de mère dans la maison. En refusant une partie du don de Dieu, c’est toute sa bonté que l’on a mise en doute, et tout le réalisme de l’incarnation.
ÉMILE MERSCH
Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse