EUCHARISTIE MÉDITÉE 27

EUCHARISTIE MÉDITÉE 27

L’original divin et la copie.

Voyez et faites selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne. Exode 25, 40

Eucharistie- Motif sculpté sur porte d'église - Bruxelles
Eucharistie- Motif sculpté sur porte d’église – Bruxelles

27e ACTION DE GRÂCES.

Vous vous êtes abaissé jusqu’à moi, ô Jésus, votre grandeur n’a pas dédaigné ma bassesse, mon néant, et j’adore en moi en vous adorant caché, anéanti sous ces faibles espèces, celui qui seul est la vie, l’être par excellence, infini en toutes ses perfections, par qui toutes les créatures respirent et se meuvent.

Oui vous êtes, ô aimable Sauveur, la gloire du ciel, la joie des anges et des saints, le soleil divin qui illumine de ses brûlants rayons les saints parvis de la Jérusalem céleste. Vous êtes les délices des cœurs purs, l’espérance et l’amour de tous les justes de la terre.

Comment donc, ô mon Dieu, et par quel prodige de miséricorde êtes-vous venu à moi? Comment n’avez-vous pas eu horreur d’entrer dans une âme remplie de tant de misères, souillée de tant de fautes, dénuée de toutes vertus ?

Ah ! je le comprends, Seigneur, l’abîme appelle l’abîme, et l’abîme de mes misères a appelé celui de vos miséricordes.

Vous êtes venu à moi parce que vous êtes fort et que je suis faible, parce que vous êtes la lumière et que je suis dans les ténèbres; vous voulez me fortifier, m’enrichir, m’éclairer, me faire vivre de votre vie.

Et pour cela, non content d’être descendu du ciel pour m’enseigner par vos exemples la voie qui y conduit, pour la tracer cette voie en y entrant le premier, en l’arrosant de vos larmes et de votre sang, vous venez encore me prendre par la main et vous voulez la parcourir avec moi, afin que votre divine présence adoucisse pour moi ses aspérités et me la fasse paraître moins rude et moins pénible.

Vous voulez être avec moi par votre Eucharistie, ô bien-aimé Jésus, pour me soutenir si je chancelle, pour me relever si je tombe, pour essuyer mes larmes si je pleure, pour panser les blessures faites à mes pieds ou à mon cœur par les ronces et les épines dont la route est semée.

Ah! soyez béni, ô aimable Sauveur, de tant d’amour et de bonté; restez avec moi, restez-y jusqu’à mon dernier jour ; avec vous tout est doux, tout est facile, les larmes perdent leur amertume, la croix n’est plus un fardeau, la douleur devient une joie. C’est dans votre Eucharistie que vous voulez être mon modèle, ô Jésus, et ma vie doit être conforme aux exemples que vous m’y donnez.

Vous voulez, ô divin Sauveur, que je communie à vos vertus, comme je communie à votre chair et à votre sang adorables; vous le voulez, Seigneur, et vous me donnez en même temps les grâces nécessaires pour accomplir votre volonté, car vous connaissez ma faiblesse, mon impuissance, et vous savez que je ne puis rien sans vous, sans le secours puissant de votre sainte grâce.

Accordez-la-moi donc, Seigneur, donnez-la-moi pleine et abondante afin que je corresponde à tous vos desseins de miséricorde sur moi, et ne permettez pas que par malice ou par lâcheté je mette obstacle aux effusions d’amour de votre divin cœur et au bien que vous avez l’intention de me faire par la sainte communion.

Vous vous humiliez, vous vous anéantissez en quelque sorte dans cet adorable sacrement, ô mon divin Jésus, et vous voulez qu’à votre exemple je m’abaisse et je m’anéantisse, non pas seulement devant vous, mais devant tous, toujours et en tous lieux.

Ah l aidez-moi, Seigneur, à triompher de mon orgueil, de ce fond d’amour-propre que rien ne peut détruire, qui se réveille et renaît au fond de mon cœur souvent au moment même où après lui avoir livré de rudes assauts, j’espérais en avoir triomphé et lui avoir porté des coups mortels.

Éclairez-moi, que votre lumière, Seigneur, pénètre jusqu’au fond de mon âme, qu’elle en illumine tous les replis, toutes les profondeurs, afin que je me connaisse moi-même, que l’illusion ne me soit plus possible et que je comprenne enfin mon néant, ma faiblesse et mon impuissance à tout bien.

Ah ! si je me connais tel que je suis, tel que vous me connaissez vous-même, ô mon Dieu, je n’aurais plus que du mépris et de l’horreur pour moi-même, et loin de chercher à être estimé, loué, applaudi, je regarderai les louanges comme une dérision, le mépris et les humiliations comme les seules choses qui me soient légitimement dues.

Et si je n’ai pas comme vos saints assez de vertu pour m’y complaire et pour m’en réjouir, au moins je m’efforcerai de les supporter avec patience et résignation.

Apprenez-moi encore, ô Jésus, à aimer la vie cachée, à faire mes délices de l’obscurité, à ne pas chercher à paraître, à briller, à être compté pour quelque chose dans le monde, à me réjouir quand le monde m’oubliera, que les créatures me délaisseront et qu’elles me laisseront ainsi une plus grande liberté de vivre uniquement pour vous, de m’unir plus étroitement, plus fortement à vous et de vous consacrer sans partage toutes les pensées de mon esprit, toutes les affections de mon cœur.

Oh ! qu’elle doit être douce cette vie cachée où l’âme inconnue de tous n’est connue que de vous, ô mon Dieu ! Alors elle ne prête plus qu’une attention secondaire aux intérêts du temps, elle ne s’en occupe que par devoir et pour accomplir votre volonté; mais elle aspire sans cesse aux seuls biens réels, à ceux qui ne passent pas.

Les choses du temps ne l’absorbent pas, parce qu’elle vit pour l’éternité, qu’elle n’estime et ne veut que ce qui est éternel. Aussi ce qui agite les hommes ne l’agite pas, ce qui les préoccupe ne la préoccupe pas, ce qui les passionne ne la passionne pas, et les vains bruits de la terre ne troublent ni son recueillement ni sa paix.

Faites-moi -vivre, ô Jésus, de cette vie cachée qui est l’objet de mon ambition et de mes désirs les plus ardents, et que ce soit avec vérité que je puisse répéter après le grand Apôtre : Ma vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ mon Sauveur.

Vous me donnez encore dans votre Eucharistie, ô Jésus, l’exemple de la plus constante et de la plus parfaite obéissance, et vous m’enseignez par là à faire abnégation de ma propre volonté et à sacrifier, par l’obéissance à toute autorité qui émane de la vôtre, ce bien le plus cher de tous les biens au cœur de l’homme, le libre exercice de sa volonté.

Ah ! vous le savez, Seigneur, c’est à ce bien auquel nous renonçons le dernier, que nous cherchons à reprendre aussitôt que nous l’avons donné, c’est l’attachement à notre propre volonté qui est pour nous la source de tant de fautes, et qui l’a été pour moi plus encore peut-être que pour beaucoup d’autres.

Je vous la donne, Seigneur, je vous la sacrifie cette volonté qui a été si souvent rebelle à la vôtre, acceptez-la et ne permettez pas que je vous la reprenne jamais. Je ne veux plus à l’avenir en avoir d’autre que la vôtre, et pour cela j’observerai avec fidélité vos commandements et ceux de votre Église dont je veux jusqu’à la fin de ma vie être l’enfant soumis et dévoué.

Par amour pour vous je soumettrai encore ma volonté à tous ceux qui ont sur moi une autorité légitime. Je la soumettrai surtout à celle de celui qui est pour moi votre représentant sur la terre ; je recevrai ses avis avec respect, je les suivrai avec docilité en me rappelant ces paroles de votre Évangile : Celui qui vous écoute m’écoute, celui qui vous méprise me méprise.

Je vous bénis, Seigneur, de m’avoir donné l’obéissance pour guide et pour boussole, car je sais que l’âme qui veut se conduire elle-même court grand risque de se perdre, tandis que celle qui se laisse conduire ne peut errer, elle va à vous par la voie la plus sûre et la plus directe. C’est celle que, aidé de votre grâce, je veux suivre, ô Jésus, jusqu’à mon dernier soupir.

Vous avez dit encore, ô Jésus, que celui qui voulait être votre disciple devait se renoncer lui-même, se charger de sa croix et vous suivre courageusement dans la voie étroite que vous avez parcourue le premier.

Ces paroles me font assez comprendre, ô mon Dieu, que la vie du chrétien doit être une vie pénitente et mortifiée, une vie conforme à la vôtre, et par là même, une vie de renoncement aux les plaisirs illicites, aux satisfactions sensuelles.

Apprenez-moi donc, Seigneur, à me renoncer moi-même, à mortifier mes sens, à leur refuser par amour pour vous les jouissances même permises, faites que je me rappelle que le royaume du ciel souffre violence et qu’on n’y arrive que par le courage, la générosité et le sacrifice.

O Marie, vierge très pure, miroir de justice, vous dont l’âme innocente reflète comme une glace sans tache toutes les vertus de votre divin Fils. Vous qui avez été sur la terre sa plus parfaite image et dont le cœur comme un fidèle écho a toujours répondu à tous les sentiments de son cœur adorable, daignez abaisser sur mon âme si indigente, si dénuée de vertu, un regard de compassion et de miséricorde.

Apprenez-lui à vivre de la vie de Jésus, à imiter les vertus dont il nous donne l’exemple dans son Eucharistie, à retracer dans ma conduite son humilité, son amour de la vie cachée, son obéissance, afin qu’après l’avoir imité sur la terre, je puisse un jour le contempler et le bénir éternellement avec vous dans le ciel. Ainsi soit-il.

Léonie Guillebaut