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Ambroise AUTPERT, SUR LA MÈRE DES ÉLUS

Ambroise AUTPERT, SUR LA MÈRE DES ÉLUS

La Mère des élus - cathédrale de Vienne Autriche
La Mère des élus – cathédrale de Vienne Autriche

Les sermons d’Autpert sur la Vierge sont les premiers en date de la littérature latine chrétienne. Celle-ci, sans doute, avait commenté bien avant lui des textes évangéliques dans lesquels la personne de Marie tient une grande place. Mais les orateurs chrétiens n’avaient pas encore employé directement leur éloquence à magnifier la Mère de Dieu.

Et nul d’entre ceux auxquels il était arrivé de parler d’elle ne l’avait fait avec la dévotion fervente et enthousiaste qui anime la prose d’Ambroise Autpert. L’homélie sur la Purification elle-même, bien qu’elle ait pour objet, dans la pensée de son auteur, une fête du Seigneur [1], évoque à plusieurs reprises le mystère de la Vierge mère, moins pour l’analyser que pour le chanter.

Les sermons sur l’Assomption et sur la Nativité de Marie [2], sans plan bien défini, ne cherchent pas non plus à instruire : ce sont des morceaux de pur lyrisme, des cris d’admiration, des prières ardentes. On n’y entend pas un docteur : on y sent vibrer une âme. Nulle sentimentalité pourtant : une doctrine très ferme, mais faite de contact avec le réel divin dans la foi, et non de dissection conceptuelle.

Elle est évidemment centrée sur les deux dogmes fondamentaux ici : maternité divine, virginité perpétuelle. Autpert ne parle de ces mystères qu’avec une jubilation profonde :

« O heureuse Marie, et digne de toute louange, qui nous avez donné un tel, un si grand Rédempteur ! O Mère glorieuse ! Heureux les baisers imprimés sur vos lèvres quand vous l’allaitiez ! Il vagissait et se traînait sur le sol, il jouait avec vous, car il était vraiment votre fils ; et en même temps, engendré par le Père, il demeurait le maître du monde. Il est né de vous, celui qui vous a créée.

Il est né de vous, celui qui fit jaillir l’eau du rocher pour abreuver le peuple altéré (Num., 20, 11). Il est né de vous, celui qui apparut à Moïse dans le buisson ardent (Ex., 3, 2), et lui remit la Loi au Sinaï (Ibid., 19 ss). Il est né de vous, celui qui fit reprendre vie à la verge d’Aaron et lui donna de porter des fruits (Num., 17, 23).

Il est né de vous, celui qui marcha sur les eaux (Mt., 14, 25), se dressa, tel un lion, hors du sépulcre, et monta en vainqueur jusqu’aux cieux. Il est né de vous, celui dont les anges désirent contempler la face (Cf. I Petr., 1, 12). Il est né de vous, celui qui donne à ses fidèles la vie éternelle. O femme bienheureuse, joie des anges, désir des saints ! La louange qu’on vous adresse reste toujours inférieure à vos mérites (Nativ., col. 1303). »

Aux yeux d’Autpert, le Christ semble n’avoir voulu souffrir que pour témoigner de la vérité de sa chair et par là de la maternité bien réelle de sa mère (Assompt., § 5, col. 2131). « D’avoir conçu Dieu a rendu cette petite fille plus grande que le ciel et la terre… et nulle créature ne conçoit bien sa grandeur [3]. » Sa maternité a fait d’elle la « forme de Dieu (Assompt., 1. c) ».

Quatre siècles avant saint Bernard, l’abbé de Saint-Vincent pressent la complexité des sentiments de Marie devant le mystère de son Fils : « Qui donc, Vierge bienheureuse, nous dira quelque chose des sentiments qui remplissaient votre âme, lorsque vous contempliez dans ce petit enfant né de vous le Dieu dont l’immensité déborde toutes choses ?

Vous voyiez d’un côté la créature, de l’autre le Créateur, ici la faiblesse, là la force, tantôt celui qu’il fallait nourrir, tantôt celui qui nourrit tous les êtres, une bouche incapable de parler, et le docteur des anges.

Qui donc, je le répète, serait assez habile pour nous découvrir les secrets de votre cœur, et nous dire comment votre pensée passait de l’un à l’autre, comment, tenant dans vos mains ce Dieu-homme, vous l’adoriez comme votre seigneur, et vous embrassiez en lui votre enfant nouveau-né ? Qui ne serait saisi de stupeur devant un si grand miracle ? Qui n’en perdrait la parole ? » (Purif., § 3, col. 1294)

Le mystère de la virginité intacte est affirmé avec non moins de netteté et de chaleur : « Voyons donc, mes frères, quelle est cette vierge si sainte, en laquelle l’Esprit-Saint a daigné venir, si belle, que Dieu a choisie pour épouse. Elle est le temple de Dieu, la fontaine scellée, la porte fermée de la maison du Seigneur… Elle est intacte dans sa conception, féconde dans son enfantement, vierge par sa chasteté.

Elle a conçu, non d’un homme, mais du Saint-Esprit. Elle a enfanté, non dans la douleur, mais dans la joie. Elle a nourri la nourriture des anges et des hommes. Heureuse, certes, et digne de toute louange, elle qui, sans rien recevoir de l’homme, a donné aux hommes le pain du ciel, et au monde son Sauveur ! Oui, bienheureuse cette mère, qui sans souillure a conçu la pureté, et sans souffrance a engendré le remède !…

Élue vierge intacte pour recevoir la fécondité, elle est devenue mère sans perdre son intégrité. Si nous voulons pénétrer le mystère de cette vierge qui a conçu la chair sans jouir des embrassements charnels, et a enfanté un homme sans le concours de l’homme, nous sommes assurés de défaillir dans cette recherche…

Contentons-nous de croire que, vierge avant, pendant et après l’enfantement, elle a conçu son fils sans violation de sa chair, sans le concours d’un homme, mais par l’œuvre de l’Esprit, et qu’elle l’a mis au monde sans rompre la clôture de son sein. » (Nativ., col. 1302 A-D)

Marie n’est pas seulement la mère, elle est aussi l’épouse de son Dieu, « la mère de sa chair, l’épouse de son amour [4] », celle que le Roi des rois associe à son règne dans un embrassement plein d’amour [5].

Sa conception virginale a un caractère quasi spirituel : car c’est par sa foi aux dires de l’ange qu’elle a conçu son Rédempteur [6]. Et c’est, pourquoi elle est victorieuse de toutes les hérésies (Nativ., col. 1303 A).

Mu par le souci de s’en tenir strictement aux données de de la Révélation, Autpert n’attribue pas à la Vierge d’autre vertu que l’humilité, parce que c’est la seule dont parle l’Évangile (Lc, I, 38, 48) :

« Bienheureuse humilité, qui a renouvelé les cieux, purifié le monde, ouvert le paradis et fait sortir des limbes les âmes des saints ! »

Et voici Marie devenant l’humilité personnifiée : « Oui, bienheureuse humilité, qui avez enfanté Dieu aux hommes, mis au monde la vie pour la donner aux mortels ! O bienheureuse et vraie humilité, porte du ciel, échelle du paradis ! Oui, Marie est devenue toute humilité, elle par qui le Seigneur a daigné naître. Elle est devenue la porte du ciel, l’échelle céleste par laquelle Dieu est descendu sur la terre [7]. »

Et la litanie s’égrène, joyeuse et sonore comme un carillon dans un ciel d’Assomption :

« Marie est la palme des vierges, la gloire des veuves, l’allégresse des gens mariés, la victoire des chrétiens, le repos des âmes. Elle est la porte du ciel, l’exaltation des Apôtres, la louange des martyrs, la jubilation des confesseurs, la continence des vierges, la règle des moines, la norme des princes, la justice des rois. Elle est la santé des moeurs, la mort des péchés, la vie des vertus, la force des combattants, la palme des victorieux.

Elle est élevée au-dessus des astres, plus sainte que toutes les femmes, elle dont la vie glorieuse illustre toutes les Églises. Elle guérit les malades, relève ceux qui sont tombés, et rend l’espoir aux désespérés. Voilà Marie : elle habite les âmes pacifiées, portant du fruit chez les pénitents, joyeuse chez les progressants, glorieuse chez ceux qui persévèrent, victorieuse chez ceux qui passent à une autre vie [8]. »

Cette Vierge si sainte est la figure de l’Église, en même temps que le plus noble de ses membres [9]. Comme elle, l’Église est vierge et mère : l’une engendre la tête, l’autre les membres [10]. Autpert va plus loin : dans le sein de Marie, l’Église s’est unie à son chef [11]. Mère du Christ, la Vierge est aussi la mère des élus :

« A parler vrai, c’est avec un sentiment tout maternel qu’elle (prie) pour eux. Elle regarde comme ses fils ceux que la grâce unit au Christ. N’est-elle pas la mère des élus, elle qui a engendré leur frère ? Je m’explique : Si le Christ est le frère des croyants, pourquoi celle qui l’a engendré ne serait-elle pas leur mère ? » (Purif., § 7, col. 1297 BC)

Marie est aussi la mère des nations, mater gentium [12].

C’est d’abord par sa maternité divine qu’elle les a enfantées à Dieu :

« Elle a réparé les dommages causés par notre première mère, elle a apporté le salut à l’homme déchu. La mère de notre race a attiré le châtiment sur le monde ; la mère de notre Seigneur a enfanté^ son salut. Eve est l’auteur du péché, Marie du mérite ; Eve nous a donné la mort, Marie la vie.

Celle-là nous a blessés, celle-ci nous a guéris, elle qui, d’une manière admirable et pleine de mystère, a mis au monde le Sauveur de toutes choses, qui est aussi le sien. » (Assompt., § 4, col. 2130-2,13.1)

Par elle Dieu a rempli le monde de sa lumière, par elle il a recouvré le genre humain, par elle l’accès du royaume des cieux nous a été ouvert (Nativ., col. 1306 C).

Et Autpert ne recule pas devant cette formule hardie, qui a effarouché Froben, l’éditeur d’Alcuin [13] : « Le monde entier est en fête, car il a été racheté par elle. » (Nativ., col. 1300 D) Traduisons : « car il tient d’elle la rançon de son salut », et les théologiens les plus chatouilleux’ n’hésiteront plus à donner l’absolution à notre auteur.

Le rôle de Notre-Dame dans la rédemption des hommes ne se limite pas à sa maternité divine : il se prolonge dans son intercession toute puissante. Elle ne cesse pas d’offrir pour ainsi dire le Christ aux hommes, comme elle le mit autrefois dans les bras de Siméon, en leur obtenant par ses prières l’union au Rédempteur (Purif., § 7, col. 1297 B). Mais c’est encore de sa maternité divine que lui vient la force de son impétration :

« J’ose le dire, mes frères : les mérites de celle qui fut choisie pour devenir la mère du Rédempteur ont plus de poids que ceux de n’importe quel saint pour apaiser la colère du Juge [14]. »

L’attitude d’Autpert touchant la mort et l’assomption de la sainte Vierge est très représentative de sa mentalité théologique :

« La tradition, écrit-il, veut que la Vierge Marie ait été enlevée au ciel aujourd’hui. Mais de quelle façon elle est entrée dans ce royaume d’en-haut, on n’en trouve le récit dans aucun document catholique. Quant aux apocryphes, l’Église de Dieu non seulement les rejette, mais les ignore [15]. Il n’est donc pas permis de tirer parti des écrits anonymes qui prétendent narrer l’assomption de la Vierge.

Certains se sont émus de constater que si d’une part son corps ne se trouve pas sur la terre, d’autre part son assomption corporelle, telle que la rapportent les apocryphes, ne se lit pas dans les récits catholiques. Mais n’est-il pas avéré qu’on ne saurait découvrir nulle part sur la terre le corps de Moïse, de celui à qui Dieu a parlé face à face ?

N’est-ce pas dès lors pure folie que de chercher à savoir où peuvent se trouver les restes de celle qui a donné à la terre le Dieu incarné ? Il n’y a vraiment pas à se mettre en peine de son corps, puisque personne ne doute que, élevée au-dessus des anges, elle ne règne avec le Christ. Contentons-nous de cette certitude: tenons-la pour reine des cieux, elle qui a enfanté le Roi des anges.

« Parmi les écrivains latins, d’ailleurs, personne n’a parlé de sa mort en termes clairs. A propos de la prophétie de Siméon : Un glaive transpercera ton âme (Lc, 2, 35), Ambroise, de bienheureuse mémoire, dit ceci : « Ni l’histoire ni les saintes lettres ne rapportent que Marie ait subi la mort par l’épée. » (In Lucam, II, 61 – P. L., 15, 1574)

De son côté, Isidore écrit : « On ne sait s’il voulait parler du glaive de l’esprit ou du glaive de la persécution [16]. » Mais pourquoi citer ces observations tardives ? Il suffit de constater que Jean l’Évangéliste, celui-là même à qui le Seigneur en croix confia la garde de sa mère, n’a pas jugé utile d’en livrer le souvenir à la postérité.

Personne pourtant n’aurait été plus qualifié que lui pour s’acquitter de cette tâche avec fidélité, si Dieu avait voulu que ce mystère fût dévoilé. Que l’homme se garde donc bien de suppléer par une fiction mensongère à un silence imposé par Dieu !

La seule opinion sûre concernant l’assomption de la Vierge est celle-ci : « Nous croyons qu’elle a été élevée au-dessus des anges ; est-ce dans son corps ou hors de son corps (Cf. II Cor., 12, 2-3), nous l’ignorons. » (Assompt., § 2-3, col. 2130).

On serait mal venu de s’étonner de cette prudente réserve. La croyance à l’assomption corporelle de la Mère de Dieu n’a pris consistance que tardivement dans l’Eglise latine. A la fin du vme siècle, elle était encore loin d’être universelle.

Mais s’il ne croit pas devoir sortir des limites d’une ignorance qu’il juge être celle de l’Église elle-même, l’abbé de Saint-Vincent n’en est pas moins persuadé que Marie jouit auprès de son Fils d’une gloire incomparable :

« (Bien que l’Apocalypse (14, 3-4) semble attribuer aux vierges une prééminence sur les autres saints) nous n’osons pas affirmer qu’aucun d’entre eux précède dans la béatitude l’apôtre Pierre, si ce n’est cette bienheureuse et très sainte Vierge qui a mérité de devenir à la fois l’épouse et la mère de son Dieu. » (In Apoc, 555 D)

« (O Vierge bénie) vous passez pleine de joie parmi les lis des confesseurs et les roses des martyrs : vous aussi, vous régnez dans ce bienheureux empire des saints; car vous suivez l’Agneau partout où il va. Vous vous promenez donc parmi les douceurs du paradis.

Votre fils, qui est aussi votre Seigneur et le nôtre, vous a mis en main la palme et sur la tête une couronne qui ne se flétrit pas. Unie aux choeurs des anges, vous vous tenez dans la chambre du Roi votre fils, notre Seigneur Jésus-Christ, parée de perles, de pierreries et de bracelets précieux.

Un trône y a été dressé pour vous. Le Roi des rois, qui vous aime par-dessus tout, car vous êtes à la fois sa vraie mère et son épouse pleine de beauté, vous associe à sa royauté dans un ardent embrassement [17]. » La servante du Seigneur est devenue la Dame des anges et, par contraste, la terreur des enfers [18].

On pourrait se demander à quelles influences a obéi Ambroise Autpert en parlant de la Vierge-Mère comme personne ne l’avait fait avant lui en Occident. La présence de nombreux clercs et moines grecs dans le sud de la péninsule à la suite des persécutions iconoclastes n’y fut sans doute pas étrangère [19].

On sait que les fêtes de la Vierge alors existantes avaient reçu à Rome, à la fin du siècle précédent, une solennité accrue, sur l’initiative d’un pape d’origine syrienne, Sergius Ier (687-701) [20].

Il faut remarquer toutefois que les œuvres d’Autpert ne révèlent aucune dépendance directe par rapport à la littérature chrétienne de Byzance. Les apocryphes, si souvent exploités par les Grecs, n’y tiennent aucune place.

Elles s’inscrivent simplement dans le grand courant de dévotion qui portait alors la chrétienté romaine vers la Mère de Dieu. L’abbé de Saint-Vincent n’est pas à proprement parler un précurseur, car il n’innove que dans la forme. Sa théologie, ici encore, est l’écho fidèle de la pensée et du culte de l’Église.

Dom Jacques Winandy  (in Ambroise Autpert. Moine et théologien)

[1] « Si subtiliter a fldelibus quae sit huius diei festivitas perpendatur, eo devotionis affectu eam celebrandam suscipient, quo dominicae nativitatis, circumcisionis atque apparitionis solemnia sunt obsecuti. Illius enim est ista solemnitas cuius et illa, sed nec minor ista quam illa » (Purif., init.).

[2] Ce dernier est plein de réminiscences liturgiques, si ce n’est plutôt la liturgie qui lui aurait emprunté bon nombre de textes.

[3] Prière Summa et incomprehensibilis, p. 142, 1. 445-451

[4] In Apoc, 436 H. Cf. 555 D ; Assompt., § 1 et 4, col. 2130.

[5] Assompt., § 11, col. 2134. Cf. Nativ., col. 1307 C.

[6] « Concepit per verbum », dit la recension tronquée de Nativ. Cf. infra, p. 92, i. 75. Réminiscence de l’hymne de Sédulius, A solis orius cardine, dont la liturgie lit ainsi le 4e vers de la str. 4 : « Verbo concepit filium ».

[7] Dans In Apoc, 436 G, Autpert fait dire à la Vierge : « C’est l’humilité qui a invité le Fils de Dieu à élire domicile dans ma chair, et a donné à l’Esprit-Saint un tel attrait pour la pureté de mon cœur, qu’il a voulu, de concert avec le Père et le Verbe, former dans mes entrailles la chair du Verbe. »

[8] Nativ., col. 1306, corrigé d’après la recension brève (Infra, P. 94).

[9] « (Ecclesia) cuius excellentissimum membrum ipsa beata Virgo esse cognoscitur » (In Apoc, 531 E).

[10] « Sive tune matrem et virginem Mariam, sive tune matrem et virginem Ecclesiam, Christum peperisse vel parère dicamus, a veritatis ratione non discrepamus. Illa caput peperit, haec membra capitis gignit » (In Apoc, 532 G). Cf. 530 H. Dans Puvif., § 4, col. 1294 CD,
Autpert force quelque peu l’allégorie : il voit dans la Vierge portant son Fils au Temple le type de l’Église issue du judaïsme, révélant l’économie rédemptrice à l’Église des Gentils. Plus loin (§ 13, col. 1301 C), il dira que la prophétie de Siméon, au delà de Marie, s’applique à l’Église, dont le cœur est percé par le glaive de la prédication.

[11] In Apoc, 531 A. Cf. supra, p. 34.

[12] Assompt., § 5, col. 2131 ; Nativ., col. 1303 C.

[13] Alcuini Opéra, Ratisbonne, 1777, II, p. 54a.

[14] Nativ., col. 1306 D. Cf. Assompt., § 12, col. 2134 ; Prière Summa et incomprehensibitts, p. 142, I. 451.

[15] « Apocrypha nescit Ecclesia », S. Jérôme, Apologia adversus libros Rufini, II, 27 (P. L., 23, 451 C). « …apocryphe, dans le décret gélasien, n’est pas nécessairement l’équivalent de livre à l’index. Il signifie… : livre non reconnu par l’Église romaine, ne faisant pas autorité dans cette Église » (Jugie, La mort et l’Assomption de la sainte Vierge, Cité du Vatican, 1944, p. 110).

[16] De ortu et obitu Patrum, 67 (P. L., 83, 148-149).

[17] Nativ., 1307 BC. Cf. Assompt., § 11, col. 2134.

[18] Nativ., col. 1303 C. Cf. Assompt., § 5, col. 2131 ; Prière Summa et incomprehensibilis, p. 142, 1. 452-455.

[19] Sur cette immigration, cf. Scaduto, II monachisnto basiliano nella Sicilia méridionale, Rome, 1947, p. xvii-xviii.

[20] « Constituit autem ut diebus Adnuntiationis Domini, Dormitionis et Nativitatis sanctae Dei genitricis semperque virginis Mariae ac sancti Symeonis, quod Ypapanti Greci appellant, letania exeat a sancto Hadriano et ad s. Mariam populus occurrat » (Liber Pontificalis, édit. Duchesne, I, p. 376. Cf. note 43).

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

 

MOIS DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS VINGTIÈME JOUR

Quatrième épine du Cœur de Jésus : L’ÂME QUI COMMUNIE RAREMENT.

 

LA Communion ! c’est le but principal que s’est proposé le Cœur de Jésus en instituant la divine Eucharistie, Il l’a dit : « Prenez et mangez, car j’ai un immense désir de célébrer celle Pâque avec vous, Venez à mon festin, ô mes amis ! mangez ce pain que je vous ai préparé, c’est mon corps ; enivrez-vous de ce vin délicieux, c’est mon sang. En vérité, celui qui refusera de s’asseoir a ma Table n’aura pas la vie ».

 

pain et vin pour l'eucharistie
pain et vin pour l’eucharistie

Comment les hommes répondent-ils à cet appel ? Ils n’ont que froideur et indifférence pour Jésus-Hostie. Nouveaux  prodigues, ils fuient la maison du père de famille, désertent la Table sainte et s’excommunient eux-mêmes.

Je le sais bien, il reste encore de fidèles adorateurs du Cœur de Jésus, des amis dévoués qui cherchent, comme Véronique, à essuyer son visage adorable et le reçoivent fréquemment par la sainte Communion. Mais, mon Dieu ! que ce nombre est petit, si on le compare à la multitude des impies, des indifférents, des ingrats, dont la place reste toujours vide au banquet eucharistique !

En quel état sont ces âmes qui, depuis de longues années peut-être, n’ont pas goûté leur Dieu, n’ont pas étanché leur soif au calice du salut ? Elles meurent de faim et de soif. Combien cette désertion, cet abandon, cette mort spirituelle, doivent être sensibles à la tendresse de Jésus ! Quelle nouvelle et cruelle blessure pour son Cœur si aimant et si aimable !

Écoute comme il s’en plaint par son prophète : « J’ai élevé des enfants chéris, je les ai admis à ma table, je les ai nourris de ma propre chair,et après cette première Communion ils m’ont presque tous abandonné ».

Sois touché de la plainte du Cœur de ton Maître. Aie pitié de lui. Tandis que la foule s’éloigne de son Tabernacle, viens prier, pleurer à ses pieds. Que l’exemple de ceux qui l’abandonne ne fasse que redoubler ton  zèle, ton dévouement, ton amour.

Approche-toi du banquet eucharistique aussi fréquemment que tu le pourras, et examine si tu n’as pas souvent omis la sainte communion par ta faute. Aime Jésus pour ceux qui ne l’aiment pas, visite-le dans l’Eucharistie pour ceux qui l’y délaissent, ouvre-lui surtout ton cœur pour tous ceux qui refusent de le recevoir.

En retour, puisses-tu entendre la belle parole qu’il adressait à Marguerite Marie : « Ma fille, je viens dans ce cœur que je t’ai donné, afin que par ton ardeur tu répares les injures que j’ai reçues des cœurs tièdes et lâches qui me délaissent ou me déshonorent dans le Saint Sacrement. »

PRIÈRE

O Jésus ! c’est avec un cœur brisé de douleur que je te demande mille et mille fois pardon de l’indifférence de tous ceux qui refusent de te recevoir. Pour te consoler et te faire amende honorable, à l’avenir je communierai souvent. Fais que ce soit toujours avec un cœur exempt de péché et orné de vertus. Ainsi soit-il.

+P. Martin BERLIOUX

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Audience Générale : le Voyage apostolique du Pape Léon XIV en Espagne

Le Voyage apostolique du Pape Léon XIV en Espagne

Lors de sa dernière Audience Générale, le Pape Léon XIV  a proposé quelques réflexions sur son voyage apostolique effectué en Espagne.

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LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 17 juin 2026

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Catéchèse : le Voyage apostolique en Espagne

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique.

Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité.

Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion.

Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique.

Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien.

Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée.

Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine.

Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur.

Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés :
celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ;
celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ;
des détenus qui m’attendaient en prison ;
des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ;
des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique.

Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ.

Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage.

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française venus du Bénin, et de France, en particulier le groupe de La Réunion, les prêtres et les élèves des diverses écoles.

Apprenons de Jésus à regarder le prochain, les personnes et le monde avec les yeux de Dieu, c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

Je vous bénis de grand cœur !

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APPELS

J’accueille avec satisfaction la conclusion d’un accord entre la République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique, qui sera signé ce vendredi, résultat encourageant d’un travail patient de dialogue et de négociation. J’exprime ma gratitude aux pays qui se sont engagés à faciliter la rencontre entre les parties et à rendre possible cet accord.

J’espère que cet accord contribuera à renforcer la confiance mutuelle, la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient, en favorisant les voies du dialogue et de la coopération entre les peuples.

En revanche, des nouvelles douloureuses nous parviennent concernant la guerre en Ukraine, qui continue de s’étendre : de nombreuses victimes innocentes, des secouristes tués, des églises et des sites du patrimoine culturel ravagés par les flammes. Je suis proche de ceux qui pleurent leurs proches, des blessés et de ceux qui, au milieu de la violence, continuent à servir la vie avec courage.

J’invite chacun à prier pour que cette guerre prenne fin. Demandons au Seigneur d’ouvrir des voies de dialogue, d’éteindre la haine et de rendre possible une paix juste et durable.

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Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Je voudrais revenir aujourd’hui avec vous sur le voyage apostolique que j’ai accompli la semaine dernière en Espagne. Partout, j’ai été accueilli par un enthousiasme débordant de foi et d’affection mais aussi par une véritable ouverture à l’écoute du Successeur de Pierre venu conforter les fidèles. J

’ai ainsi pu les encourager à dépasser toute forme de division ou d’opposition en cherchant toujours la communion, le dialogue et l’unité dans la diversité. Cet enthousiasme me semble reposer sur le besoin de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique – à savoir le message du Christ répondant à la recherche de vérité et à la soif de justice qui habite l’homme.

Reçu dans les grandes cathédrales comme dans des stades modernes, j’ai pu percevoir la richesse d’un patrimoine inestimable cohabitant avec les réalités les plus modernes, caractéristique des pays d’Europe. Mais surtout, les diverses rencontres, souvent émouvantes ou édifiantes, m’ont fait comprendre la soif d’entendre dans les paroles du Pape, l’Évangile de l’espérance afin d’apprendre selon la devise du voyage à « lever les yeux ».

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse