Que regrettez-vous, âmes du Purgatoire, de la terre que vous avez quittée ?
Je regrette les scandales donnés. Si, au moins, je n’avais que mes fautes à regretter !
Si, en mourant, j’avais pu arrêter les tristes conséquences de mes scandales et de mes malédictions !
Ô vous qui venez me visiter en compagnie du Sacré-Cœur et qui faites briller à mes yeux un rayon de sa Lumière, vous avez en Lui le moyen le plus sur et le plus facile, en coopérant à sa grâce et vous animant de son zèle, de convertir plus d’âmes que je n’en ai scandalisées sur terre.
Prions : Ô Seigneur, Dieu tout-puissant, nous te supplions, par le Sang de Jésus, répandu durant sa Passion, de délivrer les âmes du Purgatoire, et surtout celles qui doivent le plus tôt entrer dans ta Gloire, afin qu’elles commencent des maintenant à te bénir pendant toute l’éternité et intercéder inlassablement pour nous. Amen. Doux Cœur de Marie, soyez notre salut.
Notre Père et Je vous Salue Marie. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !
***
Seigneur, nous Te prions dans la lumière de la Fête de « Toussaint »,
«Tous – saints» ! C’est fabuleux !
Seigneur, nous Te prions dans la joie de toutes les saintes et de tous les saints :
Ils sont si nombreux….. à travers les âges !…. à travers le monde !
Ils sont si nombreux…. loin de nous !…… tout près de nous…:
Si près de nous que nous sommes trop habitués et que nous sommes tentés de ne pas les voir :
dans nos familles, nos quartiers, nos écoles, nos lieux de travail,
dans nos paroisses ou les diverses aumôneries de jeunes, d’hôpitaux, de Maisons d’Arrêt,..
Seigneur, ils sont si nombreux ceux qui vivent du dynamisme de la foi et de l’espérance en toi !
Ils sont si nombreux ceux et celles qui vivent « à ton image et à ta ressemblance » !
L’actualité, la grande actualité, c’est de t’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, et d’aimer nos frères comme nous-mêmes.
Cet amour de toi et de nos frères, c’est ce qui fait actualité :
C’est ce qui laisse une trace de lumière dans le cœur de nos frères.
Oui, en cette Fête de Toussaint, avec nos frères, que nos cœurs soient en fête pour toi !
Seigneur, nous te prions aujourd’hui dans la Lumière de tous les saints qui ont traduit ici, en langage d’actualité, de génération en génération, ta sainteté quotidienne et éternelle !
Seigneur, avec toutes ces saintes et tous ces saints qui ont fait rayonner l’actualité de ta sainteté, que nos cœurs soient en Fête pour toi !
Nous te chantons !…
Seigneur, nous Te prions aussi dans la Lumière de tous ceux qui, ici, t’ont accueilli avec joie, humilité, simplicité, et fidélité.
Seigneur, Dieu très Saint, nos cœurs sont en fête pour toi avec les saintes et les saints de nos contrées.
Nos cœurs sont en fête avec toutes les saintes et tous les saints anonymes de notre entourage :
Tous ceux et celles qui vivent l’actualité de ta Sainteté à travers l’amour quotidien des familles et des autres communautés humaines, où le monde se construit,
à travers l’accomplissement consciencieux et discret de la tâche quotidienne,
à travers les patiences, les confiances réexprimées, les pardons renouvelés,
à travers les amitiés consolidées, les joies et les peines partagées…
Seigneur, nos cœurs sont en fête pour toi pour ta Sainteté qui se reflète et fait actualité
dans le regard rieur des enfants,
dans l’appétit de vie des jeunes,
dans la générosité des familles,
dans la sagesse et l’espérance des anciens.
Amen !
MOIS DU ROSAIRE – jour 27 – Méthode qu’il faut observer dans la méditation des Mystères du Rosaire et les fruit que nous devons en tirer
Traité de l’amour de Dieu de saint François de Sales – C’est la Sainte Vierge qui le délivra. Il entra dans l’église Saint-Étienne-des-Grès, à Paris, et récita le “ Souvenez-vous ” aux pieds de Notre-Dame de Bonne Délivrance. Alors, « la tentation s’évanouit ; son mal lui tomba sur ses pieds comme des écailles de lèpre ». En reconnaissance, il voua sa virginité à Dieu et à Marie, et fit vœu de réciter son chapelet tous les jours.
« Mon cœur s’est échauffé au-dedans de moi, dit le Prophète royal, et le feu s’y allumera dans ma méditation. »
La méthode générale que nous devons suivre dans la méditation des mystères du Rosaire, nous est prescrite dans ces paroles, en expliquant ce passage du feu de la charité et de l’Amour de Dieu et du prochain qui s’allumait dans les entrailles du Saint Prophète par la méditation des choses célestes.
De manière que, dit Saint Cyrille, méditer, « c’est comme frapper avec du fer sur un caillou pour .en faire jaillir du feu » :
c’est donc au moyen de la méditation des mystères et réflexions de l’entendement, qu’il faut que vous frappiez sans cesse sur le caillou de votre cœur endurci, jusqu’à ce que vous en tiriez du feu et que vous l’embrasiez enfin lui-même de l’amour de Dieu, de la Charité du prochain, et d’un ardent désir de l’humilité, de la mortification et de toutes les vertus chrétiennes.
La méditation ne doit être qu’un moyen pour exciter dans notre cœur le désir de la vertu: car la perfection de la vie chrétienne ne consiste point dans les bonnes pensées ni dans l’intelligence des choses saintes.
Mais elle consiste dans les solides et véritables vertus, et particulièrement dans les actes que l’on en produit et qui sont l’accomplissement de toute la perfection; par conséquent c’est là-dessus que nous devons le plus insister, et c’est à quoi nous devons principalement nous occuper dans la méditation des mystères du rosaire.
Le premier exercice consiste à se représenter le lieu où le fait qu’on veut méditer s’est passé, comme si on s’y trouvait. Par exemple, si nous avons à méditer le Crucifiement de Notre Seigneur sur le Calvaire, nous nous formerons une idée de toutes les circonstances, telles que les évangélistes nous les ont décrites, par rapport au lieu, aux personnes, aux actions et aux paroles.
Or, l’utilité de cet exercice consiste en ce que nous renfermons notre esprit dans l’étendue du sujet que nous méditons, de peur qu’étant aussi volage qu’il l’est, il ne se répande sur d’autres sujets.
Cet exercice de l’imagination doit être suivi de celui de l’entendement que nous appelons méditation, et qui n’est autre chose que l’application aux considérations capables d’élever notre volonté vers Dieu et de nous affectionner aux Saints Mystères que nous méditons. C’est en cela que la méditation est fort différente de l’étude; car la fin de l’étude est la science, tandis que la fin de la méditation est l’amour de Dieu et la pratique de la vertu.
Après avoir donc circonscrit notre esprit dans l’étendue du sujet que nous voulons méditer, appliquons notre entendement aux considérations qui en sont la substance et l’exposé; et si notre esprit trouve assez de lumières et d’utilité dans une seule de ces considérations, il faut l’y arrêter, imitant les abeilles qui ne quittent point la fleur à laquelle elles se sont attachées, tant qu’elles y trouvent du miel à sucer.
Mais, si notre esprit a de la peine à tirer des réflexions de telle considération et que notre cœur n’y sente pas d’attrait, passons à une autre considération, sans curiosité toutefois et sans précipitation. De là dans certains livres de prières, les mystères sont simplement indiqués avec une considération et une prière; dans d’autres il y a dix considérations (autant que d’Ave Maria) destinées à donner matière à la méditation des fidèles.
Chacun peut choisir la manière de méditer les mystères qui lui convient le mieux d’après ses dispositions, sa facilité à méditer. Il en est de même pour les quelques mots qu’on ajoute à l’Ave Maria pour se rappeler le mystère qu’on médite; ce rappel peut donner lieu chaque fois à de nouvelles considérations et à de nouvelles affections.
C’est, en effet, par cette vive attention de l’esprit que la méditation excite en notre volonté tant de bons et saints mouvements, tels que les suivants: l’amour de Dieu et du prochain, le désir de la gloire céleste, le zèle du salut des âmes, l’ardeur à imiter la vie de Jésus-Christ, la compassion, l’admiration, la joie, la confusion de nos péchés, la confiance en la miséricorde de Dieu et les autres affections auxquelles l’âme doit s’exercer et dans lesquelles elle doit s’épancher le plus qu’elle pourra.
Il ne faut pourtant pas s’arrêter tellement à ces affections générales qu’elles fassent négliger de prendre des résolutions spéciales pour la pratique. De là aussi, la nécessité d’avoir en vue, dans la méditation de chaque mystère, une vertu comme suite et fruit de ce Mystère.
Ainsi la première parole de Notre-Seigneur sur la Croix, produira dans notre âme le désir de l’imiter dans la pratique du pardon et de l’amour des ennemis; mais cela est peu de chose, si nous ne formons notre résolution de cette manière:
« Eh bien ! je ne m’offenserai plus des paroles fâcheuses de la part d’un tel, ni du mépris que celui-ci fait de moi; au contraire, je dirai et ferai ce qu’il faut pour adoucir l’esprit et pour gagner le cœur.»
Voilà véritablement le moyen sûr et infaillible de tirer un grand profit spirituel de la méditation bien faite des Mystères du Rosaire.
De même qu’on a dû se préparer à la récitation et à la méditation du Rosaire, en se mettant en la présence de Dieu et en lui demandant le secours de ses lumières et de ses inspirations, on doit de même terminer cette récitation et cette méditation par trois actes qui demandent beaucoup d’humilité.
Le premier est de rendre grâces à Dieu de la connaissance qu’il nous a donnée de sa Miséricorde, ou d’une autre de ses perfections, et de le remercier de toutes les saintes affections et résolutions que sa grâce a excitées et opérées en nous.
Le second est de lui offrir toute la gloire qui peut lui revenir de Sa Miséricorde, ou d’une autre de ses perfections, lui présentant encore toutes nos affections et nos résolutions, en union des vertus de Jésus-Christ Son Fils et des mérites de sa Mort.
Le troisième doit être une humble prière par laquelle nous demandons à Dieu la grâce de participer aux mérites de Son Fils, l’esprit de Ses Vertus et principalement la fidélité à nos résolutions, en reconnaissant que l’exécution dépend de Sa Sainte Bénédiction.
Enfin, il est à conseiller de prier pour l’Église, nos pasteurs, nos parents, amis et autres personnes, par l’intercession de Notre-Dame du Rosaire, des Anges et des Saints et de finir par un Pater et un Ave.
Les personnes qui ont l’habitude de méditer, nous comprendront aisément, et pourront sans la moindre difficulté mettre en usage cette méthode de réciter et de méditer le Rosaire; les autres ne doivent pas s’imaginer qu’elle soit difficile et qu’elle exige beaucoup de temps; en s’y exerçant, elles apprendront par leur propre expérience, qu’elle est très facile.
Du reste chacun peut suivre celle qui lui plaît, pourvu qu’elle soit propre à lui faire réciter et méditer le Rosaire avec fruit.
Résolution
Conservez ce qui est bon, dit Saint Paul. Si nous avons une bonne manière de réciter le Rosaire, tenons-nous-y en tâchant seulement de le réciter toujours avec plus de ferveur; si nous reconnaissons que nous ne méditons pas les Mystères d’une manière convenable et fructueuse, tâchons de nous pénétrer de l’esprit d’oraison qui est l’esprit de Dieu et de l’Église, afin que nous devenions de fidèles disciples et de parfaits imitateurs de Jésus et de Marie.
Prière
Tout don parfait vient de toi, Seigneur ! nous venons donc te demander instamment la grâce de réciter et de méditer selon l’esprit de l’Église le Saint Rosaire, afin qu’en nous pénétrant des Mystères qui le composent, nous pratiquions à ta plus grande Gloire et pour le Salut de notre âme, les vertus qui en découlent et que ta grâce seule peut nous faire pratiquer.
Nous l’implorons de toi, Seigneur, par l’intercession de Marie, notre bonne et puissante Mère. Ainsi soit-il.
D’après le manuel de Liège 1847
DIEU EST AMOUR
Au ciel les liens saints de la terre ne sont pas brisés. Bien plus, dans la sollicitude de la Vierge Mère, élevée au ciel pour devenir notre Avocate et protectrice, type de l’Église victorieuse, nous découvrons le même modèle qui a inspiré l’amour prévenant de nos chers défunts envers nous, non brisé par la mort, mais rendu plus puissant dans la lumière de Dieu.
Enfin, dans la vision de Marie glorifiée par toutes les créatures, nous célébrons le mystère eschatologique d’une humanité recomposée dans le Christ dans une unité parfaite, où il n’existe plus de divisions, ni de rivalité autre que celle de se devancer l’un l’autre dans l’amour.
Car Dieu est Amour. Dans les mystères du Saint Rosaire nous contemplons donc et nous revivons les joies, les douleurs et les gloires du Christ et de sa Sainte Mère, qui deviennent les joies, les douleurs et les espérances de l’homme.
Saint Jean-Paul II, Osservatore Romano 45, 08-11-1983
Aujourd’hui, nous parlons de saint Ignace, qui a été le troisième Évêque d’Antioche, de 70 à 107, date de son martyre. A cette époque, Rome, Alexandrie et Antioche étaient les trois grandes métropoles de l’empire romain. Le Concile de Nicée parle de trois « primats »: celui de Rome, mais Alexandrie et Antioche également participent, d’une certaine manière, à un « primat ».
Saint Ignace était Évêque d’Antioche, qui se trouve aujourd’hui en Turquie. Là, à Antioche, comme nous l’apprenons des Actes des Apôtres, se développa une communauté chrétienne florissante: le premier Évêque fut l’apôtre Pierre – c’est ce que nous rapporte la tradition – et là, « pour la première fois, les disciples reçurent le nom de chrétiens » (Ac 11, 26).
Eusèbe de Césarée, un historien du IV siècle, consacre un chapitre entier de son Histoire ecclésiastique à la vie et à l’œuvre littéraire d’Ignace (3, 36). « De Syrie », écrit-il, « Ignace fut envoyé à Rome pour être livré en pâture aux bêtes sauvages, à cause du témoignage qu’il avait rendu du Christ.
En accomplissant son voyage à travers l’Asie, sous la surveillance sévère des gardes » (qu’il appelle les « dix léopards » dans sa Lettre aux Romains, 5, 1), « dans toutes les villes où il s’arrêtait, à travers des prédications et des avertissements, il renforçait les Eglises; et surtout, il exhortait, avec la plus grande vigueur, à se garder des hérésies, qui commençaient alors à se multiplier, et recommandait de ne pas se détacher de la tradition apostolique ».
La première étape du voyage d’Ignace vers le martyre fut la ville de Smyrne, où était Évêque saint Polycarpe, disciple de saint Jean. Ici, Ignace écrivit quatre lettres, respectivement aux Églises d’Éphèse, de Magnésie, de Tralles et de Rome.
« Parti de Smyrne », poursuit Eusèbe « Ignace arriva à Troade, et de là, envoya de nouvelles lettres »: deux aux Eglises de Philadelphie et de Smyrne, et une à l’Evêque Polycarpe. Eusèbe complète ainsi la liste des lettres, qui nous sont parvenues de l’Église du premier siècle comme un trésor précieux.
En lisant ces textes, on sent la fraîcheur de la foi de la génération qui avait encore connu les Apôtres. On perçoit également dans ces lettres l’amour ardent d’un saint. Enfin, de Troade, le martyr arriva à Rome où, dans l’amphithéâtre Flavien, il fut livré aux bêtes féroces.
Aucun Père de l’Église n’a exprimé avec autant d’intensité qu’Ignace l’ardent désir d’union avec le Christ et de vie en Lui. C’est pourquoi nous avons lu le passage de l’Évangile sur la vigne qui, selon l’Évangile de Jean, est Jésus. En réalité, en Ignace confluent deux « courants » spirituels: celui de Paul, entièrement tendu vers l’union avec le Christ, et celui de Jean, concentré sur la vie en Lui.
A leur tour, ces deux courants débouchent sur l’imitation du Christ, proclamé plusieurs fois par Ignace comme « mon » ou « notre Dieu ». Ainsi, Ignace supplie les chrétiens de Rome de ne pas empêcher son martyre, car il est impatient d’être « uni au Christ ».
Et il explique: « Il est beau pour moi de mourir en allant vers (eis) Jésus Christ, plutôt que de régner jusqu’aux confins de la terre. Je le cherche lui, qui est mort pour moi, je le veux lui, qui est ressuscité pour moi… Laissez-moi imiter la Passion de mon Dieu! » (Romains 5, 6).
On peut saisir dans ces expressions ardentes d’amour le « réalisme » christologique prononcé, typique de l’Église d’Antioche, plus que jamais attentive à l’incarnation du Fils de Dieu et à son humanité véritable et concrète: Jésus Christ, écrit Ignace aux Smyrniotes, « est réellement de la souche de David », « il est réellement né d’une vierge », « il fut réellement cloué pour nous » (1, 1).
L’irrésistible aspiration d’Ignace vers l’union au Christ donne naissance à une véritable « mystique de l’unité ». Lui-même se définit comme « un homme auquel est confié le devoir de l’unité » (Philadelphiens, 8, 1). Pour Ignace, l’unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l’unité absolue.
Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n’est qu’en Dieu que celle-ci se trouve à l’état pur et originel. L’unité à réaliser sur cette terre de la part des chrétiens n’est qu’une imitation, la plus conforme possible à l’archétype divin. De cette façon, Ignace arrive à élaborer une vision de l’Église qui rappelle de près certaines des expressions de la Lettre aux Corinthiens de Clément l’Évêque de Rome.
« Il est bon pour vous », écrit-il par exemple aux chrétiens d’Éphèse, « de procéder ensemble en accord avec la pensée de l’Evêque, chose que vous faites déjà. En effet, votre collège des prêtres, à juste titre célèbre, digne de Dieu, est si harmonieusement uni à l’Évêque comme les cordes à la cithare. C’est pourquoi Jésus Christ est chanté dans votre concorde et dans votre amour symphonique.
Et ainsi, un par un, vous devenez un chœur, afin que dans la symphonie de la concorde, après avoir pris le ton de Dieu dans l’unité, vous chantiez d’une seule voix » (4, 1-2). Et après avoir recommandé aux Smyrniotes de ne « rien entreprendre qui concerne l’Église sans l’évêque » (8, 1) », confie à Polycarpe:
« J’offre ma vie pour ceux qui sont soumis à l’Évêque, aux prêtres et aux diacres. Puissé-je avec eux être uni à Dieu. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme administrateurs de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs. Cherchez à plaire à Celui pour lequel vous militez et dont vous recevez la récompense. Qu’aucun de nous ne soit jamais surpris déserteur. Que votre baptême demeure comme un bouclier, la foi comme un casque, la charité comme une lance, la patience comme une armure » (6, 1-2).
D’une manière générale, on peut percevoir dans les Lettres d’Ignace une sorte de dialectique constante et féconde entre les deux aspects caractéristiques de la vie chrétienne: d’une part, la structure hiérarchique de la communauté ecclésiale, et de l’autre, l’unité fondamentale qui lie entre eux les fidèles dans le Christ. Par conséquent, les rôles ne peuvent pas s’opposer.
Au contraire, l’insistance sur la communauté des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des analogies éloquentes: la cithare, la corde, l’intonation, le concert, la symphonie. La responsabilité particulière des Evêques, des prêtres et des diacres dans l’édification de la communauté est évidente.
C’est d’abord pour eux que vaut l’invitation à l’amour et à l’unité. « Ne soyez qu’un », écrit Ignace aux Magnésiens, en reprenant la prière de Jésus lors de la Dernière Cène: « Une seule supplique, un seul esprit, une seule espérance dans l’amour; accourez tous à Jésus Christ comme à l’unique temple de Dieu, comme à l’unique autel; il est un, et procédant du Père unique, il est demeuré uni à Lui, et il est retourné à Lui dans l’unité » (7, 1-2).
Ignace, le premier dans la littérature chrétienne, attribue à l’Église l’adjectif de « catholique », c’est-à-dire « universelle »: « Là où est Jésus Christ », affirme-t-il, « là est l’église catholique » (Smyrn. 8, 2). E
t c’est précisément dans le service d’unité à l’Église catholique que la communauté chrétienne de Rome exerce une sorte de primat dans l’amour: « A Rome, celle-ci préside, digne de Dieu, vénérable, digne d’être appelée bienheureuse… Elle préside à la charité, qui reçoit du Christ la loi et porte le nom du Père » (Romains, prologue).
Comme on le voit, Ignace est véritablement le « docteur de l’unité »: unité de Dieu et unité du Christ (au mépris des diverses hérésies qui commençaient à circuler et divisaient l’homme et Dieu dans le Christ), unité de l’Église, unité des fidèles « dans la foi et dans la charité, par rapport auxquelles il n’y a rien de plus excellent » (Smyrn. 6, 1).
En définitive, le « réalisme » d’Ignace invite les fidèles d’hier et d’aujourd’hui, il nous invite tous à une synthèse progressive entre la configuration au Christ (union avec lui, vie en lui) et le dévouement à son Église (unité avec l’Évêque, service généreux de la communauté et du monde).
Bref, il faut parvenir à une synthèse entre communion de l’Église à l’intérieur d’elle-même et mission proclamation de l’Évangile pour les autres, jusqu’à ce que, à travers une dimension, l’autre parle, et que les croyants soient toujours davantage « dans la possession de l’esprit indivis, qui est Jésus Christ lui-même » (Magn. 15).
En implorant du Seigneur cette « grâce de l’unité », et dans la conviction de présider à la charité de toute l’Église (cf. Romains, prologue), je vous adresse le même souhait que celui qui conclut la lettre d’Ignace aux chrétiens de Tralles: « Aimez-vous l’un l’autre avec un cœur non divisé. Mon esprit s’offre en sacrifice pour vous, non seulement à présent, mais également lorsqu’il aura rejoint Dieu… Dans le Christ, puissiez-vous être trouvés sans tache » (13).
Et nous prions afin que le Seigneur nous aide à atteindre cette unité et à être enfin trouvés sans tache, car c’est l’amour qui purifie les âmes.
BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 14 mars 2007 sur Saint Ignace d’Antioche