Tous les articles par P. Jean-Daniel Planchot

EUCHARISTIE MÉDITÉE 4

EUCHARISTIE MÉDITÉE 4

Le Père du prodigue

Mon fils était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. (Luc, XV 24)

Eucharistie- Motif sculpté sur porte d'église - Bruxelles
Eucharistie- Motif sculpté sur porte d’église – Bruxelles

4e Action de grâces – pour nous le plus tendre des pères.

Vous êtes à moi, mon Dieu, vous m’enveloppez de votre amour comme d’une atmosphère de bonheur ; je repose sur votre cœur et vous sens vivre tout auprès du mien. Pourquoi, Seigneur, tant de bonté, tant d’amour ? Ah ! si votre miséricorde l’oublie, mon cœur ne l’oubliera jamais.

Vous êtes le Saint des saints, la sainteté même, la pureté par essence, et moi je ne suis, hélas ! qu’une personne marquée par le péché, qu’une cendre impure que le souffle de votre grâce a purifiée, que votre sang a lavée de sa souillure originelle ; je suis enfin cet enfant prodigue qui a dissipé loin de vous tous les biens qu’il tenait de votre libéralité.

Oui, mon Dieu, je le confesse à vos pieds, tout a été pour moi une occasion de chute : je ne me suis servi de vos bienfaits que pour vous outrager, et vos dons mêmes ont été la source de mes fautes. Que d’erreurs ont obscurci ma raison ! que de fantômes impurs ont souillé mon imagination !

A combien de pensées vaines, frivoles et souvent dangereuses mon esprit ne s’est-il pas livré ! Combien de fois surtout mon cœur ne s’est-il-pas partagé entre vous et les créatures ! Hélas ! j’ai divisé entre vous et elles cet amour dont vous deviez être le seul objet, et je l’ai souillé, ce pauvre cœur, par mille affections trop humaines et trop naturelles.

J’avoue toutes ces fautes, toutes ces erreurs à vos pieds, ô mon Dieu, je les confesse en votre présence, et cette confession, tout en me couvrant de confusion, en m’inspirant le plus sincère repentir, n’altère pas ma confiance ; car si je fus et suis encore si coupable, vous êtes miséricordieux et vous êtes mon Père.

J’ai péché, il est vrai, mais je pleure ; je fus ingrat, mais je vous aime, et je sais que le repentir et l’amour couvrent à vos yeux la multitude de mes iniquités.

Je sais encore, Seigneur, que vous n’êtes venu à moi que pour m’apporter le pardon et le salut, que vous êtes mon Sauveur et mon Père avant d’être mon juge, et qu’il vous est plus doux d’exercer la miséricorde que la justice.

Exercez-la donc sur moi dans toute son étendue, celte miséricorde, ô mon Dieu ; qu’elle me pardonne le passé et me préserve pour l’avenir ; que votre grâce soit ma force au moment du péril et de l’épreuve ; que votre cœur soit en tout temps mon refuge et mon asile.

Mais en implorant votre miséricorde pour moi, ô mon Dieu, souffrez que je la sollicite aussi pour ceux de mes frères qui s’égarent et qui s’éloignent de vous. Permettez, o Jésus, que je vous répète en leur faveur ces paroles adorables que du haut de la croix vous adressâtes à votre Père pour ceux qui vous y avaient attaché : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

Hélas ! vous le voyez, Seigneur, ils sont encore plus malheureux que coupables; soyez touché de compassion, que vos entrailles paternelles s’émeuvent pour eux ; regardez-les de loin, voyez leur épuisement et leur misère, allez à eux s’ils ne veulent pas venir à vous; jetez à leurs cœurs affamés l’aliment de votre amour, et ne vous vengez d’eux qu’eu les forçant à vous aimer.

Et vous, ô Vierge sainte, vous qui n’avez jamais eu besoin de miséricorde, mais qui l’avez donnée au monde en lui donnant Jésus, le fruit béni de votre chaste sein, vous qu’on appelle à juste titre l’espérance de ceux qui n’en ont plus, le refuge du pauvre pécheur, ah ! ouvrez-nous à tous votre cœur et vos bras maternels, soyez notre ville de refuge, faites-vous notre avocate, cachez-nous sous le manteau de votre charité.

Vous êtes la Mère du juste et du pécheur ; mais souvenez-vous que, si l’un a plus de droits à votre amour, l’autre en a davantage à votre compassion. Oh ! plaidez sa cause, arrêtez le glaive de l’éternelle justice suspendu sur sa tête, réclamez-le comme votre enfant, comme la part de votre héritage, comme un frère faible et malheureux que Jésus, votre divin Fils, a confié en mourant à votre sollicitude et à votre amour.

Et obtenez-lui enfin cette grâce puissante qui touche et qui convertit, ces larmes qui purifient, ce repentir et cet amour qui des plus grands pécheurs peuvent faire les plus grands saints. Ainsi soit-il.

Léonie Guillebaut

« Il descendit aux enfers »

« Il descendit aux enfers »

SAMEDI SAINT

Lève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera (Ep 5,14)

Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude… Dieu est mort dans la chair, et les enfers ont tressailli. Dieu s’est endormi pour un peu de temps, et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers…

Il va chercher Adam, notre premier père, la brebis per­due. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort (Le 1,79). Il va délivrer de leurs douleurs Adam dans ses liens, et Eve captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur fils…

Tenant les armes victorieuses de la croix, le Seigneur fait son entrée. Et lorsque le premier père, Adam, le vit, plein de stupeur, il se frappa la poitrine, et cria aux autres : « Mon Seigneur soit avec vous tous ! »

Et le Christ répon­dit à Adam : « Et avec ton esprit ». Et lui ayant saisi la main, il lui dit : « Tiens-toi debout, toi qui dormais, lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (Ep 5,14). Je suis ton Dieu et, à cause de toi, je suis devenu ton fils…

« Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Surgis d’entre les morts, je suis la Vie des morts. Lève-toi, toi l’œuvre de mes mains, toi, mon effigie, qui as été faite à mon image. Lève-toi, et partons d’ici, car tu es en moi, et je suis en toi, nous formons tous deux une personne unique et indivisible.

« A cause de toi, moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi, le Seigneur, j’ai pris la forme d’escla­ve ; à cause de toi, moi, qui demeure au-dessus des cieux, je suis descendu sur la terre, et sous la terre. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme sans protection, libre entre les morts (Ps 87,5-6). Pour toi, qui es sorti du jardin, j’ai été livré aux Juifs dans le jardin, et j’ai été crucifié dans le jardin.

« Regarde sur mon visage les crachats que j’ai reçus pour toi, afin de te replacer dans l’antique paradis. Regarde sur mes joues la trace des soufflets que j’ai subis pour rétablir en mon image ta beauté détruite.

« Regarde sur mon dos la trace de la flagellation que j’ai reçue, afin de te décharger du fardeau de tes péchés, qui avait été imposé sur ton dos. Regarde mes mains, qui ont été solidement clouées au bois, à cause de toi, qui autrefois as mal étendu tes mains vers le bois…

«Je me suis endormi sur la croix, et la lance a percé mon côté à cause de toi, qui t’es endormi au paradis et as fait sortir Eve de ton côté. Mon côté a guéri la douleur de ton côté. Et mon sommeil te fait sortir maintenant du som­meil de l’enfer.

« Lève-toi, et partons d’ici, de la mort à la vie, de la cor­ruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous, partons d’ici, et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du paradis, de la terre au ciel.

« Mon Père céleste attend la brebis perdue, un trône de ché­rubin est prêt, les porteurs sont debout et attendent, la salle des noces est préparée, les tentes et les demeures éternelles sont ornées, les trésors de tout bien sont ouverts, le Royaume des cieux qui existait avant tous les siècles vous attend. »

Anonyme oriental du IVe siècle Homélie pour le Samedi Saint : PG 43, 444 à 464. Traduction de Hans Urs von Balthasar dans Dieu et l’homme d’aujourd’hui, DDB, 1958, p. 258-262.

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Saint Isidore, docteur de l’Église, Évêque de Séville

Saint Isidore, docteur de l’Église, Évêque de Séville

Saint Isidore © BAV, Urb. lat. 179, f. 2r

« Dieu n’a pas fait toutes les choses du néant, mais certaines à partir de quelque chose, d’autres au contraire du néant. Du néant il a créé le monde, l’ange et les âmes». Le fait qu’un évêque, ayant vécu entre le VI et le VII siècle et qui écrivait en latin soit proposé comme patron de l’Internet peut être stupéfiant.

Cela est arrivé à Isidore, durant le pontificat de Jean Paul II, et bien qu’il manque la proclamation officielle, il existe tout de même un grand consensus pour l’ un des Docteurs de l’Église les plus prolifiques de tous les temps.

Quand la sainteté est de la « maison »

Isidore naît dans une famille originaire de Carthagène et il devient très tôt orphelin de père. Il est alors élevé par son grand frère Léandre qui le précédera sur la cathèdre de Séville; un autre frère, Fulgence, et leur sœur Florentine, sont tous devenus religieux puis vénérés comme saints de l’Église; ceci est suffisant pour comprendre le caractère extraordinaire de cette famille.

Une légende raconte que lorsque le petit Isidore n’avait qu’un an d’existence, un essaim d’abeilles vola sur son berceau en y déposant sur ses lèvres une goutte de miel comme souhait qu’un jour justement un enseignement doux et substantiel jaillirait de ces lèvres, en plus de sa plume.

Pourtant Isidore, initialement, est un étudiant paresseux et peu zélé, qui sèche souvent les cours, jusqu’au jour où comme une fulguration soudaine il comprend que la constance et la bonne volonté peuvent mener très loin une personne.

Un épiscopat de 36 ans

En lisant saint Augustin et saint Grégoire le Grand, il devient ainsi l’homme le plus cultivé de son temps. Il devient en même temps aussi l’un des évêques les plus populaires et aimés. Lorsque son frère bien-aimé Léandre meurt, Isidore, déjà membre du clergé de Séville, lui succède comme évêque à la cathèdre de la Ville.

En 36 ans il s’emploie beaucoup pour la diffusion de la doctrine, contre l’arianisme, et pour la conversion des Wisigoths, au point de présider le Concile de Tolède en 633. Il donne beaucoup d’importance à la liturgie, en renforçant l’usage des hymnes, chants et prières qui constituent le rite mozarabe, appelé aussi «isidorien».

Partisan convaincu de la nécessité que les candidats au sacerdoce soient particulièrement préparés et instruits , il fonde pour cela le premier collège, qui est l’ancêtre des séminaires modernes. Tout ceci sans négliger les pratiques de piété, la prière, la pénitence et la méditation à tous les moments de la journée.

Le savoir humain

On utilise souvent, dans le langage commun l’hyperbole «tout le savoir humain», pour indiquer un savoir exagéré, que personne ne peut comprendre en soi. Isidore, cependant, y réussit. Il écrit beaucoup, écrit de tout et sur tout, tant sa curiosité est immense et insatiable, et son esprit entrainé à analyser et comprendre les sujets les plus divers du savoir.

Son œuvre la plus fameuse, en effet, est dénommée Étymologies, et est un compendium du savoir contemporain, considéré comme la première encyclopédie de l’histoire, divisée en vingt livres et classés par thèmes, et divisés selon la matière, que ce soit la grammaire, la rhétorique, la dialectique, la mathématique, la musique, l’agriculture, l’astronomie, les langues ou la théologie.

Son œuvre aussi c’est les Commentaires sur les livres historique de L’Ancien Testament.

Catéchèse de Benoît XVI, 18 juin 2008 (page 2)