La Médaille Miraculeuse et le Credo X

LA RÉSURRECTION DES MORTS ET LA VIE ÉTERNELLE
D
ieu assume notre vie : l’Assomption de Marie et sa couronne de sainteté

Nous achevons notre lecture du Credo, en remarquant dans cette lecture les points d’attache de la Médaille Miraculeuse concernant les derniers articles que sont la résurrection des morts et la vie éternelle. Dieu nous prépare comme il l’a déjà fait pour la Mère de Jésus, Marie, ce que nous célébrons en son Assomption.

L’ESPÉRANCE DES BIENS À VENIR

En nous questionnant sur le but et les problèmes de l’existence, nous avons tous à affronter tôt ou tard la question de la durée de la vie et d’une vie personnelle et éternelle. C’est quand des proches s’en vont ou que nous devons les quitter que ces questions s’imposent à nous avec le plus d’insistance. Dans ces instants-là, nous réfléchissons à l’espérance universelle, si bien exprimée autrefois par Job : « Si l’homme une fois mort pouvait revivre !»

Maintenant, comme toujours, le sceptique met en doute la parole de Dieu et chacun doit choisir qui il va écouter. Est-ce vrai qu’aucune vie n’a de bien grande valeur et que chaque mort n’est pas une bien grande perte ? Schopenhauer, le philosophe pessimiste allemand, a écrit : « Désirer l’immortalité, c’est désirer la perpétuation éternelle d’une grande faute. » (Le monde comme volonté et comme représentation). Et viennent s’ajouter les dires de nouvelles générations insensées qui crucifient le Christ à nouveau, modifiant ses miracles, doutant de sa divinité et rejetant sa résurrection.

Pourtant c’est bien vers la résurrection que nous tendons. Telle est l’audace de notre espérance. Tout ce que nous proclamons dans le Credo n’aurait aucun sens s’il n’y avait pas de résurrection. Comment Dieu pourrait-il être Créateur, Seigneur et Sauveur de l’homme si l’homme devait disparaître ?

Notre foi nous oriente résolument vers l’avenir. Cet avenir n’est pas le néant puisque grâce à un don de Dieu à venir, nous sommes destinés à entrer, à travers la mort, dans la pleine communion avec Celui qui nous fait vivre.

Cet avenir, tous les saints l’ont désiré ardemment. Par ce désir, ils n’ont pas fui le présent ou déprécié l’histoire ; ils ont donné aux hommes la conscience de leur pleine dignité : une dignité qui s’épanouit au delà de la mort. Dès les temps apostoliques, les chrétiens témoignent de leur foi dans la résurrection des morts.

L’ESPRIT-SAINT, « ARRHES DE NOTRE HÉRITAGE » (EPH 1, 14)

Avec la confession de Jésus-Christ, dans la deuxième partie du credo, le regard a déjà été orienté vers l’avenir, dans l’attente de celui qui « viendra juger les vivants et les morts ».

L’Esprit a été laissé par Jésus à ses disciples comme « consolateur », pour qu’ils ne restent pas « orphelins » et vivent ce temps de l’attente dans la confiance, soutenus par la force de Dieu, et pour qu’ils pénètrent toujours mieux « dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13).

L’Esprit-Saint est ainsi celui qui donne la force de vivre les épreuves quotidiennes de la vie, mais aussi celui qui maintient, au sein de ces épreuves, l’esprit des croyants tendus vers les biens promis et qu’ils peuvent déjà commencer d’accueillir dans la foi.

Dans le Christ, déclare l’Épître aux Éphésiens (1, 14), « vous avez cru, et vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit-Saint, arrhes de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire ».

De même, dans l’Épître aux Romains, saint Paul évoque cette attente impatiente :« Nous le savons, la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. Elle n’est pas la seule ; nous aussi, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l’adoption, la délivrance pour notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance. » (Rm 8, 22 24.)

L’Esprit-Saint est le support et la nourriture de cette espérance. Il vient sans cesse relever les croyants, les maintenir en éveil, en inspirant et animant leur prière : « L’Esprit, poursuit saint Paul, vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables » (Rm 8, 26). C’est lui qui, habitant le cœur des fidèles, les fait murmurer les mots mêmes de Jésus : « Abba – Père ! » (Rom 8, 15 ; Gal 4, 6). De même, déclare encore saint Paul, personne ne peut confesser en vérité la foi chrétienne, « personne ne peut dire ‘Jésus est Seigneur’ si ce n’est par l’Esprit-Saint » (I Cor 12, 3). C’est l’Esprit qui fait lancer l’appel : « Marana tha ! Viens, Seigneur Jésus ! » (I Cor 16, 22 ; Apoc 22, 20.) C’est l’Esprit qui fait vivre, dans la foi et dans la prière, le temps de l’attente et de l’espérance.

LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

La résurrection de la chair désigne, par excellence, l’objet de cette espérance chrétienne. Elle est bien l’œuvre de l’Esprit-Saint de Dieu.

Dans le langage biblique, dont le Symbole des Apôtres est encore très proche, la « chair » désigne l’homme dans sa faiblesse, dans son impuissance fondamentale. Aussi bien le Credo de Nicée-Constantinople a-t-il pu traduire la même idée en parlant de la résurrection des morts, en la présentant explicitement comme l’objet d’une attente : « J’attends la résurrection des morts. » N’est ce pas devant et dans la mort que l’homme fait l’expérience de sa radicale faiblesse, de sa radicale impuissance ?

La formule « résurrection de la chair » souligne en outre que c’est un être concret, et non une quelconque substance éthérée, qui est promis à la résurrection. Et c’est pourquoi la résurrection ne peut être que l’œuvre de l’Esprit créateur. C’est le même Esprit qui « appelle le néant à l’existence » et qui « fait vivre les morts » (Rm 4, 17).

Cette œuvre de l’Esprit, avec l’espérance qu’elle fonde, porte sans doute sur l’au-delà de la mort corporelle. Mais elle est déjà commencée. C’est pourquoi saint Paul pouvait parler, de « prémices », d’ »arrhes ». Notre faiblesse ne se manifeste pas uniquement dans la mort. Elle est de tous les jours. Mais à chaque instant l’Esprit Saint vient nous redresser et nous permettre d’attendre, en tenant ferme dans la foi, le jour où nous serons tout à Dieu, dans le partage de son amour.

LE CORPS

C’est en vertu même de notre foi que, chrétiens, nous attachons de l’importance au corps humain. Dieu nous a façonné un corps, « tiré de la glaise » et animé par « son souffle » (Gn 2). C’est dans notre nature corporelle et spirituelle que Dieu nous a faits à son image et à sa ressemblance. Le Christ a encore ennobli notre nature en prenant chair de notre humanité et en faisant sienne notre condition mortelle, avec ses joies et ses peines ; après sa résurrection, il s’est montré vivant dans son corps.

Le corps est inséparable de la personne. Il en fait partie intégrante. C’est dans son corps que l’homme reçoit les sacrements, qu’il communie au Corps du Christ, à ses frères et à tout l’univers. Le corps est saint, comme la personne : il vient de Dieu et il va à Dieu. Respecter le corps, c’est respecter la personne.

C’est pourquoi notre vocation chrétienne nous presse d’avoir le souci de ceux qui souffrent ou sont méprisés dans leur corps. Certes, nous ne sommes pas les seuls à soulager la souffrance. Nous sommes cependant animés d’une espérance qui nous est propre et qui nous fait dire : « Mon corps vivra, parce que moi je vivrai. Mon corps est, dès à présent, embarqué dans une aventure pour ce temps et pour l’éternité. »

C’est dans la foi en la création et en la résurrection que, chrétiens, nous respectons notre corps et l’enfant déjà conçu. Nous sommes appelés à faire don de notre vie, dans le bonheur ou la souffrance, dans la mort naturelle ou le martyre, car nous sommes portés par la joyeuse espérance qu’aucune épreuve, même la mort, rien « ne nous séparera de l’amour du Christ » (Rm 8, 35).

Pour croire en la résurrection, il faut accepter de mourir et de mourir vraiment, comme le Christ. Le Christ est mort dans toute la réalité de son humanité. Il n’a pas survécu à lui même comme quelqu’un qui ne doit rien à personne : dans sa mort d’homme, il a remis sa vie entre les mains du Père et Dieu l’a ressuscité.

C’est un article de notre foi que nos corps ressusciteront un jour. Tous les hommes mourront, et ils ressusciteront avec les mêmes corps qu’ils auront eus pendant qu’ils vivaient. Ces corps, mis en terre, éprouveront la corruption et seront réduits en cendres ; mais, quelques changements qu’ils aient éprouvés, leurs cendres se réuniront un jour, et seront ranimées par le souffle de Dieu. Il n’y a pas de vérité qui soit plus clairement établie dans les divines Ecritures, ni plus fortement appuyée de la foi constante de tous les siècles. Cette vérité a été connue dans tous les temps : le saint homme Job lui-même fait profession de cette foi. « Je sais, dit-il, que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai de la terre au dernier jour, que je serai encore revêtu de ma peau, que je verrai mon Dieu dans ma chair, que je le verrai moi-même, et non un autre, que je le contemplerai de mes propres yeux. » (Job 19, 25)

Mais c’est principalement dans la loi nouvelle que cette vérité brille dans tout son jour. « Le temps viendra, dit Jésus-Christ, que tous ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui auront fait de bonnes œuvres ressusciteront pour vivre ; mais ceux qui en auront fait de mauvaises ressusciteront pour le jugement. » (Jn 5, 28-29) « En un moment, dit saint Paul, en un clin d’œil, au son de la trompette, les morts ressusciteront pour ne plus mourir. Comme tous sont morts par un seul homme, qui est Adam, tous revivront par un seul homme, qui est Jésus-Christ. » (I Co 15,52) Cette résurrection sera générale ; tous, grands et petits, bons et méchants, justes et pécheurs ; ceux qui ont vécu avant nous depuis le commencement du monde, ceux qui sont maintenant sur la terre, ceux qui viendront après nous, tous mourront et ressusciteront au dernier jour avec les mêmes corps qu’ils avaient avant leur mort. C’est Dieu qui opérera cette merveille par sa toute-puissance. Comme il a tiré toutes choses du néant par sa seule volonté, de même il rassemblera facilement nos membres épars et les réunira à nos âmes. Il n’est pas plus difficile au Tout-Puissant de faire revivre nos corps qu’il ne l’a été de les créer.

LA PURIFICATION

Survivre veut dire qu’on ne meurt pas, mais qu’on continue à vivre « par ses propres moyens ». Or, c’est par grâce que nous ressuscitons. Ressusciter, c’est se recevoir de Dieu, corps et âme.

Beaucoup se laissent captiver, au sens fort du mot, par la croyance en la réincarnation. Après la mort, l’homme poursuivrait son existence dans d’autres vies, jusqu’à ce qu’il entre un jour dans le nirvâna. Dans cette vision des choses, la vie présente n’a rien d’unique et de définitif : elle n’engage pas, dès à présent, l’éternité. Elle n’est qu’une phase dans un cycle où l’on naît et renaît, conditionné par sa vie antérieure, jusqu’à la purification finale. Cette croyance est incompatible avec la foi chrétienne.

Devant le mystère de la mort qui nous dépasse, la plupart des hommes éprouvent plus ou moins confusément le besoin d’être purifiés. Voilà pourquoi beaucoup offrent des sacrifices, implorent des divinités, se soumettent à des rites ou cherchent les moyens de se purifier par l’ascèse ou la méditation avant le grand rendez-vous avec la mort.

Ce désir de purification, Dieu l’a mis dans le cœur de l’homme. Ce désir doit être christianisé. Le chrétien sait combien son amour de Dieu et du prochain est imparfait et doit être guéri par celui du Christ.

A ce désir chrétien de guérison, Dieu répond par sa miséricorde. Le purgatoire n’est ni un temps ni un lieu. C’est un état où l’amour de Dieu consume totalement ce qui nous empêche d’être pleinement heureux de sa présence.

L’enfer est un état où l’homme refuse consciemment et délibérément toute relation à Dieu et aux autres. L’enfer existe, car l’homme a la possibilité de se laisser « captiver » par son orgueil. L’enfer est la conséquence du refus de la grâce ou de la miséricorde de Dieu.

L’homme n’accède pas par ses propres moyens à la présence de Dieu ; mais Dieu, par grâce et par amour, l’admet en sa présence. Si l’homme refuse, Dieu juge le refus de l’homme. C’est pour cela aussi que, dans l’Ecriture, l’enfer comporte une dimension de châtiment.

LA VIE FRATERNELLE

L’amour que nous avons pour Dieu et les uns pour les autres ne disparaît pas au moment de la mort, mais il est sauvé par le Christ, qui vit auprès du Père. Ainsi, lorsque des êtres humains meurent, nous restons en communion avec eux parce qu’ils sont vivants dans l’amour du Père. Les défunts gardent leur relation d’amour avec nous et nous attendent avec le Christ dans la « Jérusalem nouvelle ». L’Evangile nous parle d’une vie fraternelle auprès de Dieu, d’un banquet auquel nous sommes tous invités, de la vision de Dieu face à face.

Quant à nous, notre résurrection a déjà commencé, dit saint Paul, car l’Esprit du Ressuscité nous anime. Mais elle n’apparaît pas encore.

Dans l’Evangile, la santé, la paix, la justice et la miséricorde annoncent la venue du royaume de Dieu. L’engagement pour la justice, pour la transformation de la société et de ses structures, est essentiel à l’Eglise. Mais sa mission ne s’arrête pas aux aspects sociaux et politiques de l’histoire. L’Eglise est dans le monde et pour le monde. Mais elle est aussi en marche vers « la Jérusalem d’en-haut ».

Là où est le Christ, là est l’Eglise : le Christ ressuscité est parmi nous, mais sa présence glorieuse dépasse l’histoire. L’Eglise terrestre marche dans l’histoire en communion avec l’Eglise céleste, déjà rassemblée dans la gloire du Christ.

Vivant et luttant dans le monde, nous sommes donc unis par une même charité et une même louange à l’Eglise que nous ne voyons pas encore. C’est une joie qui nous est propre et en laquelle s’entend la force de notre espérance. Notre amour pour les hommes est d’autant plus exigeant que nous savons que nous sommes « citoyens du ciel » et que notre patrie est dans « les cieux ».

« Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme » (Gaudium et Spes, 39). Dès à présent, nous nous préparons à recevoir ce don de Dieu.

Nous regardons le corps humain presque uniquement dans sa phase initiale et provisoire : le corps de chair que nous portons en ce monde. Mais Dieu a fait les corps en vue de la gloire. Son rêve ce sont les corps glorieux, ressuscités, incorruptibles, instruments dociles du créateur sans jamais le trahir. Cette vision de nos corps, qui seront transfigurés par le Christ, engendre un autre rapport à la naissance et à l’avortement, à la santé et au plaisir, à la maladie et aux soins, au « mourir » et à l’euthanasie.

PRIÈRE

La mort n’est qu’un sommeil, ô mon Dieu : c’est l’expression ordinaire des saintes Écritures. Mon corps tombera un jour en poussière ; mais, après avoir reposé dans le tombeau pendant quelque temps, il en sortira plein de vie : il ressuscitera, non plus dans cet état d’infirmité et de faiblesse où il est maintenant, mais éclatant, impassible, immortel. Je l’espère, ô mon Dieu, de ta miséricorde ; et cette espérance, que je nourris dans mon sein, me rassure contre les frayeurs de la mort. La nature, à la vérité, redoute ce passage du temps à l’éternité ; mais la foi de la résurrection me console et me soutient. Tu as créé l’homme immortel, et, s’il était resté fidèle, il n’aurait jamais connu la mort. Il a une horreur naturelle pour un état par lequel il ne devait pas passer : la mort est la peine due à son péché ; mais tu as bien adouci cette peine, ô mon Dieu, en mourant toi-même pour expier nos péchés, et en ressuscitant pour nous donner le gage de notre résurrection future. Tu as dit toi-même : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, il vivra. » (Jn 11,25-26) Tu es ma vie, ô mon Dieu : c’est de toi que je tiens la vie naturelle ; tu es ma résurrection : c’est par toi que ce corps mortel doit être un jour revêtu de l’heureuse immortalité. Je crois en toi ; je revivrai donc après avoir subi l’arrêt de mort porté contre tous les hommes : je revivrai pour ne plus mourir et pour régner avec toi dans l’éternité.

DIEU ASSUME NOTRE VIE

Dans la perspective biblique, l’homme a été constitué dès l’origine capable de recevoir Dieu et Dieu a créé l’humanité en vue de s’y incorporer. Le Christ « venu en notre chair » a pris notre humanité pour que nous ayons part à sa divinité.

Le rapport à la vie à la mort ne s’inscrit pas dans un univers replié sur le corruptible. Il n’est pas commandé par l’autodéfense personnelle ou collective, qui justifie l`avortement ou l’euthanasie.

Le véritable rapport de l’être humain à lui-même et à autrui s’inscrit dans la défense que Dieu prend de sa créature, même la plus faible, la plus diminuée. C’est la défense d’un Père, d’une Mère, quand bien même l’humanité abandonnerait son petit (Is 54,15).

« Une femme cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Même s’il s’en trouvait une, moi, je ne t’oublierai jamais », dit le Seigneur. (Is 54,10)

Que l’on songe à tous ceux et celles qui, avec tant de délicatesse, entourent de soins et d’affection un être déshérité ou diminué. Il faut leur dire un merci ému, comme à tous ceux qui témoignent de l`oubli de soi au service de ceux qui, au regard de leur entourage, ne sont pas jugés dignes de vivre.

Si nous rivons notre regard à ce monde-ci, si nous perdons le sens de la vocation de tout homme à partager la gloire de Dieu, nous perdons le recul et la sagesse. Ce qui nous domine n’est plus que la logique du sentiment : « Un enfant…, à tout prix. », ou « Pas d’enfant…, à aucun prix ». « La mort à volonté… ou par pitié. » Dans la logique de la technique, la maladie et la mort sont d’autant plus insupportables que la technique peut les faire reculer. Elles sont chassées de la conscience moderne. Elles font pourtant partie de la vie et du chemin vers Dieu.

Pour nous, chrétiens, le mystère du Christ qui « est né, a souffert, est mort et est ressuscité » se réfracte dans toute vie humaine.

LA VIE FUTURE

L’attente d’une vie future, dit Tertullien, est « le dogme du genre humain et la foi de la nature ». Il commence son Traité de la résurrection de la chair par ces paroles : « la résurrection des morts est l’espérance des chrétiens. » Il y a donc une autre vie après celle-ci, et cette seconde vie ne finira jamais. Nous y serons éternellement heureux ou malheureux, selon que nous serons justes ou- injustes aux yeux de Dieu au moment de notre mort. L’âme juste, au sortir de son corps, entrera dans la société des bienheureux, pour y jouir avec eux de la vue de Dieu. « Maintenant, dit l’Apôtre, nous ne voyons Dieu que comme dans un miroir et en énigme, mais alors nous le verrons face à face ; nous ne le connaissons qu’imparfaitement, mais alors nous le connaîtrons comme nous en sommes connus. » (I Co 13,12) « Nous savons, dit saint Jean, que, quand Dieu se montrera à nous dans la gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (I Jn 3,2) Voir Dieu, le posséder, c’est le plus grand bonheur qu’il soit possible de désirer, puisque Dieu est le souverain bien, la plénitude et la source de tous les biens. Ce bonheur est infiniment au-dessus de nos pensées et de nos paroles. L’œil de l’homme n’a point vu, l’oreille de l’homme n’a point entendu, le cœur de l’homme ne saurait comprendre ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment et qui le servent. Ils seront enivrés de l’abondance des biens de la maison du Seigneur et inondés d’un torrent de délices. Éternellement ils aimeront Dieu : éternellement ils en seront aimés. Cet amour sera la source d’une joie pure, d’une joie ineffable. Leurs corps, après la résurrection générale, auront part à ce bonheur immense.

L’ASSOMPTION

Marie a accueilli la Parole dans son cœur et elle a donné un corps au Fils de Dieu. Le Père l’a aimée d’un amour de prédilection et l’a associée « corps et âme » à la mort et à la résurrection de son Fils. En elle, l’Eglise contemple son propre avenir. Tel est le mystère que nous fêtons le 15 août, en la fête de l’Assomption de la Vierge Marie.

« Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort. » (Lumen Gentium 59 ; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950 : DS 3903) L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens. (cf Catéchisme de l’Église Catholique n° 966)

Après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. (n°969)

couronnement de la Vierge choeur cathédrale de ChartresEn suivant la partie architecturale de la clôture du chœur de la cathédrale de Chartres, on peut contempler le couronnement de Notre Dame. C’est une scène charmante. Agenouillée sur des nuages peuplés de petits anges, Marie reçoit sur la tête une élégante et gracieuse couronne que lui posent ensemble les trois Personnes de l’auguste Trinité. Le Père est vêtu de l’aube, de la chape et de la tiare à triple couronne et tient en sa main gauche la boule du monde, le Fils est en tunique et manteau la couronne d’épines sur la tête, le Saint Esprit se présente sous la forme d’une colombe tenant au bec la couronne de Marie. Celle-ci est vêtue de la robe longue et du manteau, ses cheveux flottent avec grâce sur les épaules, sa figure douce et grave respire le bonheur et la reconnaissance. Dans l’arrière plan de ce groupe, on voit quatre anges qui prient en joignant les mains. (Description de la cathédrale de Chartres de l’abbé M T Bulteau p.155)

Oui, Marie est Reine. Mais si nous demandons à voir sa couronne, nous ne la verrons jamais. Elle n’est pas d’or, ni de pierre précieuse. La couronne de Marie, c’est la miséricorde de Dieu. Marie est Reine parce que Jésus est Roi. Il fait participer sa Mère à sa régence. Or le règne de Dieu n’est pas temporel. Il n’est pas visible. Il s’établit dans nos cœurs de par la miséricorde de Dieu. Or la venue de son Règne est menacée car les hommes s’obstinent à refuser cette miséricorde. C’est pourquoi Marie, comme Reine de la Paix, parcourt le monde dans un dernier tour afin que les hommes s’ouvrent et croient à la miséricorde divine. Par sa sainteté personnelle, par son œuvre pour notre humanité et par sa place dans la communion des saints, elle porte une couronne de sainteté.

LA VIE ÉTERNELLE

La vie en Dieu, dans le partage de son amour, est précisément cette vie éternelle évoquée à la fin du Symbole, ou encore la « vie du monde à venir », selon la formule du Credo de Nicée Constantinople.

« La vie éternelle, déclare Jésus dans l’évangile de Jean, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé » (Jn 17, 3).

Promise en plénitude pour l’au delà de la mort, elle est dès maintenant commencée, dans la mesure où notre vie d’ici-bas est déjà animée par l’Esprit de Dieu, c’est à dire en communion réelle avec le Père et le Fils. « Dans cette existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, déclare le prêtre dans une des préfaces de la liturgie eucharistique, la vie éternelle est déjà commencée : nous avons reçu les premiers dons de l’Esprit par qui tu as ressuscité Jésus d’entre les morts, et nous vivons dans l’espérance que s’accomplisse en nous le mystère de Pâques. »

La « vie éternelle » est moins à entendre comme une vie indéfiniment étendue que comme une vie intense, ainsi que l’est la vie même de Dieu. Le temps est une des formes de notre faiblesse, de notre dispersion, de cette perte continuelle qui nous affecte. L’éternité est, au contraire, présence vive, plénitude, cela même qui permet d’être parfaitement à soi-même en étant parfaitement aux autres, dans l’amour. L’éternité est d’abord une qualité intrinsèque de la vie de Dieu, qui ne peut être donnée en plénitude que lorsque la mort a libéré cette vie en nous de toutes les infirmités dont le corps mortel est le signe.

AMEN

Quand nous prononçons ce dernier mot, nous attestons, comme nous l’avons déjà dit, que nous faisons nôtres toutes les affirmations du Symbole, que nous nous y reconnaissons comme dans ce qui nous fait vivre.

« Amen », un mot si bref ! Le chant grégorien parvenait à déployer cette acclamation sur tant de notes qu’il fallait respirer deux fois pour arriver au bout…

« Amen ! » : y a t il un mot plus vidé de sens ? N’évoque t-il pas l’impatience d’en finir avec un discours trop long ? : « Dire amen à quelqu’un » : l’expression est devenue typique pour désigner un comportement de faible.

« Amen » signifie « oui, c’est sûr, c’est solide, j’y crois! » Quoi de pire que de ne pouvoir s’appuyer sur quelqu’un ? Ou qu’un ami qui vous laisse choir ? Amen, c’est tout un credo en miniature. Cette proclamation joyeuse et vigoureuse ponctue nos célébrations et nos prières. Elle ne signifie pas « point final » (point mort!) mais point de rebondissement : par ce mot, je réponds que je crois. L’Amen qui conclut le Credo manifeste notre assentiment à l’œuvre du Père, du Fils et de l’Esprit, dans l’Eglise.

C’est dans l’acte de communion au Christ que l’ »Amen » prend tout son sens. Par l’Esprit Saint, nous disons « Oui », comme Marie en son Fiat, le « Oui » au Christ, le « Oui » du Christ. Le mot est accompagné du geste de la main ouverte, signe d’un cœur de pauvre, car seul un cœur de pauvre peut compter sur un autre que lui même.

PRIÈRE

Je comprends, ô mon Dieu, pourquoi tu nous rappelles si souvent, dans l’Évangile, au souvenir des biens et des maux de la vie future, de cette vie où le bien sera récompensé sans mesure : c’est que les biens de ce monde ne sont rien en comparaison de ceux que tu prépares aux justes dans le ciel ; c’est que les maux qu’on peut souffrir sur la terre n’ont aucune proportion avec ceux dont tu préviens les méchants. Tu veux que nous comprenions la relativité de la vie présente, qui passe comme un songe, et que nous occupions notre esprit de la pensée de celle qui doit suivre et qui ne finira jamais. Le temps que nous passons sur la terre est un temps d’épreuve : si nous sommes fidèles à accomplir ta sainte loi, nous sommes assurés d’une éternité de bonheur. Si au contraire nous vivons dans le péché, nous sommes menacés d’une éternité de malheur. Pénètre, Seigneur, mon esprit et mon cœur de la crainte d’être séparé de toi, afin que cette crainte salutaire me détourne du mal ; inspire-moi le désir du ciel, afin qu’il me soutienne dans la pratique du bien ; fais-moi la grâce de ne jamais oublier que la vie présente ne m’a été donnée que pour une autre qui sera éternelle.

Notre Père des cieux – Que ton nom soit sanctifié !
Toi qui es amour, que ton amour pardonne encore une fois ce que j’ai dit ici par amour, et qui est indigne de toi !
Que ton règne vienne ! Le nôtre n’a jamais été que ruines et massacres et dans la misère des pensées d’aujourd’hui nos articles de foi politiques sont des sacrements de ténèbres qui produisent le contraire de ce qu’ils signifient.
Que ta volonté soit faite, comme au ciel, sur la terre !
Sois béni pour cet amour que tu m’as donné pour toi et dont je témoignerais encore quand je ne croirais plus !
Donne-nous aujourd’hui notre pain nécessaire.
Mais quand donc retrouverai-je sur les lèvres de l’âme ce goût que tu as ?
Pardonne-nous nos péchés, qui nous rendent aveugles et sourds et apprends-nous à remettre leurs dettes à ceux qui ne nous doivent rien qui ne soit à toi !
Épargne-nous les épreuves, et conduis-nous par des chemins faciles !
tu sais notre faiblesse, et combien il est dur de mourir, et combien nous avons de peine à te céder un peu de ce néant dont tu fais tant de choses !
Et délivre-nous du mal !
Mon Dieu, sois béni d’être qui tu es, et non un autre !
Et laisse-moi contempler un jour encore, avant qu’il ne m’emporte, l’océan sans rivage de cette joie qui vient de toi ! Amen !

(d’après André Frossard)