Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Angélus: rendre grâce pour le don de la vie, signe prodigieux de Dieu

Angélus: rendre grâce pour le don de la vie, signe prodigieux de Dieu

Pour le dernier Angélus avant Noël, ce 21 décembre, quatrième dimanche de l’Avent, le Pape a fait la prière mariale depuis la chapelle de la Maison Sainte-Marthe. Le Saint-Père François a reçu en audience les enfants soignés par le Dispensaire Pédiatrique « Santa Marta » du Vatican ainsi que leurs familles. La fête s’est ensuite poursuivie dans l’Atrium de la Salle Paul VI.
Ensuite, à 12 heures, depuis la Casa Santa Marta, le Saint-Père a dirigé la récitation de l’Angélus et a ensuite béni à distance les bambinelli -des petits Enfant-Jésus- apportés par les fidèles.  À trois jours de la Nativité, le Pape de 88 ans a exhorté chacun à rendre grâce pour «le miracle de la vie» donnée. «Aucun enfant est une erreur». Selon la tradition depuis Paul VI, le Pape François a .

 

PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Dimanche 1er décembre 2024
chapelle de la Maison Sainte-Marthe

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je suis désolé de ne pas être avec vous sur la Place, mais je m’améliore et des précautions doivent être prises.

Aujourd’hui, l’Évangile nous présente Marie qui, après l’annonce de l’Ange, rend visite à Élisabeth, sa parente âgée (voir Luc 1, 39-45), qui attend également un bébé. C’est donc la rencontre de deux femmes heureuses du don extraordinaire de la maternité: Marie a récemment conçu Jésus, le Sauveur du monde (voir Luc 1,31-35), et Élisabeth, malgré son âge avancé, met dans son sein Jean, qui préparera le chemin devant le Messie (voir Luc 1 : 13-17).

Tous deux ont de quoi se réjouir, et peut-être pourrions-nous les sentir lointains, protagonistes de si grands miracles, qui ne se produisent normalement pas dans notre expérience. Le message que l’évangéliste veut nous transmettre, cependant, à quelques jours de Noël, est différent.

En effet, contempler les signes prodigieux de l’action salvifique de Dieu ne doit jamais nous éloigner de Lui, mais plutôt nous aider à reconnaître sa présence et son amour proche de nous, par exemple dans le don de chaque vie, de chaque enfant et de son mère. Le don de la vie. J’ai lu, dans l’émission « À son image », une belle chose qui était écrite : Aucun enfant n’est une erreur. Le don de la vie.

Sur la Place, il y aura aussi aujourd’hui des mères avec leurs enfants, et peut-être y en a-t-il aussi qui « attendent ». S’il vous plaît, ne restons pas indifférents à leur présence, apprenons à nous émerveiller devant leur beauté, comme l’ont fait Elizabeth et Marie, cette beauté des femmes qui attendent.

Bénissons les mères et louons Dieu pour le miracle de la vie ! J’ai aimé – j’ai aimé, parce que maintenant je ne peux plus le faire – quand je suis allé en bus dans l’autre diocèse, pour voir que lorsqu’une femme qui attendait montait dans le bus, on lui donnait immédiatement une place pour s’asseoir : c’est un geste d’espoir et de respect !

Frères et sœurs, ces jours-ci, nous aimons créer une ambiance festive avec des lumières, des décorations et de la musique de Noël. N’oublions pas cependant d’exprimer des sentiments de joie chaque fois que nous rencontrons une mère portant son bébé dans ses bras ou sur ses genoux.

Et quand cela nous arrive, nous prions dans notre cœur et nous disons nous aussi, comme Élisabeth : « Tu es bénie entre les femmes et béni est le fruit de tes entrailles ! (Lc 1,42) ; chantons comme Marie : « Mon âme magnifie le Seigneur » (Lc 1,46), pour que toute maternité soit bénie et qu’en chaque mère du monde soit remercié et exalté le nom de Dieu, qui confie le pouvoir aux hommes et les femmes pour donner la vie aux enfants.

Bientôt, nous bénirons les « Petits Enfants » – j’ai apporté le mien : celui-ci m’a été offert par l’archevêque de Santa Fé, il a été fabriqué par les aborigènes équatoriens – les Petits Enfants que vous avez amenés.

Nous pouvons alors nous demander : est-ce que je remercie le Seigneur parce qu’il s’est fait homme comme nous, pour partager notre existence en tout sauf le péché ? Est-ce que je loue le Seigneur et le bénis pour chaque enfant qui naît ? Quand je croise une future maman, suis-je gentil ? Est-ce que je soutiens et défends la valeur sacrée de la vie des enfants dès leur conception dans le ventre maternel ?

Que Marie, la Bienheureuse entre toutes les femmes, nous rende capables d’éprouver de l’étonnement et de la gratitude devant le mystère de la vie qui naît.

Angelus Domini nuntiavit Mariae

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Après l’Angélus

Chers frères et sœurs !

Je suis toujours avec attention et préoccupation les nouvelles qui viennent du Mozambique et je souhaite renouveler mon message d’espoir, de paix et de réconciliation à ce peuple bien-aimé. Je prie pour que le dialogue et la recherche du bien commun, soutenus par la foi et la bonne volonté, l’emportent sur la méfiance et la discorde.

L’Ukraine, meurtrie, continue d’être frappée par des attaques contre des villes, qui endommagent parfois des écoles, des hôpitaux et des églises. Que les armes se taisent et que les chants de Noël retentissent !

Prions pour qu’à Noël il y ait un cessez-le-feu sur tous les fronts de guerre, en Ukraine, en Terre Sainte, au Moyen-Orient et dans le monde entier. Et je pense avec douleur à Gaza, à sa cruauté ; aux mitraillages d’enfants, aux bombardements d’écoles et d’hôpitaux… Quelle cruauté !

Je vous salue tous avec affection, Romains et pèlerins. Je salue la délégation de citoyens italiens qui vivent dans des territoires qui attendent depuis longtemps une remise en état pour protéger la santé. J’exprime ma proximité avec ces populations, en particulier avec celles qui ont souffert de la récente tragédie de Calenzan


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

o.

Audience générale: réveiller la mémoire reconnaissante envers les ancêtres

Audience générale: réveiller la mémoire reconnaissante envers les ancêtres

Le Pape François a commencé ce mercredi 18 décembre un nouveau cycle de catéchèse sur le thème «Jésus Christ notre espérance». La première partie met en évidence l’enfance de Jésus, racontée par les évangélistes Matthieu et Luc. «La généalogie du Seigneur est constituée d’une histoire vraie, où l’on souligne le péché du roi David. Mais, tout se termine et s’épanouit en Marie et dans le Christ.»

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 18 décembre 2024

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Cycle – Jubilé 2025. Jésus-Christ notre espérance. I. L’enfance de Jésus 1. La généalogie de Jésus (Mt 1,1-17). L’entrée du Fils de Dieu dans l’histoire

Résumé

Chers frères et sœurs,

Nous commençons aujourd’hui le cycle de catéchèse de l’Année jubilaire qui a pour thème « Jésus-Christ notre espérance », car il est lui-même le chemin, la voie à suivre, le but de notre pèlerinage.

L’évangile de S. Matthieu s’ouvre avec la généalogie de Jésus, fils de David aboutissant à Joseph, l’époux de Marie de qui est né Jésus, le « Sauveur du monde », marquant ainsi une nouvelle lignée. Réveillons-en nous la mémoire reconnaissante de nos ancêtres. Et surtout, rendons grâce à Dieu qui, par notre Mère l’Église, nous a engendrés à la vie éternelle : la vie de Jésus, notre espérance.

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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les élèves des différentes écoles de Paris et de Dijon, mais aussi les fidèles qui accompagnent les reliques de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

J’exprime ma sollicitude pour tous les habitants de l’archipel de Mayotte dévasté par un cyclone et je les assure de ma prière. Que Dieu accorde le repos aux personnes qui ont perdu la vie, les secours nécessaires à toutes celles qui se trouvent dans le besoin, et le réconfort aux familles éprouvées.

Le récent voyage en Corse où j’ai été reçu si chaleureusement, m’a particulièrement touché par sa ferveur populaire où la foi n’est pas un fait privé mais aussi par le nombre des enfants présents : une grande joie et une grande espérance !

Dieu vous bénisse tous !

AUDIENCE

Chers frères et sœurs, bonjour !

Une identité unique

Aujourd’hui, nous commençons le cycle de catéchèse qui se déroulera tout au long de l’année jubilaire. Le thème est « Jésus Christ notre espérance » : Il est en effet la destination de notre pèlerinage, et Lui-même est le chemin, le chemin à parcourir.

La première partie traitera de l’enfance de Jésus, qui nous est racontée par les évangélistes Matthieu et Luc (voir Mt 1-2 ; Luc 1-2). Les Évangiles de l’Enfance racontent la conception virginale de Jésus et sa naissance du sein de Marie ; ils rappellent les prophéties messianiques qui s’accomplissent en Lui et parlent de la paternité légale de Joseph, qui greffe le Fils de Dieu sur le « tronc » de la dynastie davidique.

Jésus nous est présenté comme un nouveau-né, un enfant et un adolescent, soumis à ses parents et, en même temps, conscient d’être entièrement consacré au Père et à son Royaume. La différence entre les deux évangélistes est que si Luc raconte les événements à travers les yeux de Marie, Matthieu le fait à travers ceux de Joseph, insistant sur une paternité sans précédent.

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La généalogie

Matthieu ouvre son Évangile et tout le canon du Nouveau Testament par la « généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Mt 1,1). Il s’agit d’une liste de noms déjà présents dans les Écritures hébraïques, pour montrer la vérité de l’histoire et la vérité de la vie humaine.

En effet, « la généalogie du Seigneur est constituée d’une histoire vraie, où l’on trouve des noms pour le moins problématiques et où le péché du roi David est souligné (voir Mt 1,6). Mais tout finit et s’épanouit en Marie et dans le Christ (voir Mt 1, 16) » (Lettre sur le renouveau de l’étude de l’histoire de l’Église, 21 novembre 2024).

Apparaît alors la vérité de la vie humaine qui passe d’une génération à l’autre, livrant trois choses : un nom qui contient une identité et une mission uniques ; appartenir à une famille et à un peuple; et enfin l’adhésion de la foi au Dieu d’Israël.

La généalogie est un genre littéraire, c’est-à-dire une forme adaptée pour transmettre un message très important : personne ne donne sa vie de lui-même, mais la reçoit comme un cadeau des autres ; dans ce cas, nous parlons du peuple élu et celui qui hérite du dépôt de la foi des pères, en transmettant la vie à ses enfants, leur donne aussi la foi en Dieu.

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Cependant, contrairement aux généalogies de l’Ancien Testament, où seuls les noms masculins apparaissent, car en Israël c’est le père qui donne le nom au fils, les femmes figurent également dans la liste de Matthieu parmi les ancêtres de Jésus.

On en retrouve cinq :
Tamar, la belle-fille de Juda qui, une fois veuve, se fait passer pour une prostituée pour assurer une descendance à son mari (voir Gn 38) ;
Rahab, la prostituée de Jéricho qui permet aux explorateurs juifs d’entrer dans la terre promise et de la conquérir (voir Jos 2) ;
Ruth, la Moabite qui, dans le livre du même nom, reste fidèle à sa belle-mère, prend soin d’elle et deviendra l’arrière-grand-mère du roi David ;
Bethsabée, avec qui David commet l’adultère et, après avoir fait tuer son mari, engendre Salomon (voir 2 Sam 11) ;
et enfin Marie de Nazareth, épouse de Joseph, de la maison de David : d’elle est né le Messie, Jésus.

Les quatre premières femmes sont unies non pas par le fait d’être pécheresses, comme on le dit parfois, mais par le fait d’être étrangères par rapport au peuple d’Israël. Ce que Matthieu fait ressortir, c’est que, comme l’écrit Benoît XVI, « à travers eux le monde des Gentils entre… dans la généalogie de Jésus – sa mission envers les juifs et les païens devient visible » (L’Enfance de Jésus, Milan-Cité du Vatican 2012 , 15).

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«Jésus, fils de David, greffé par Joseph et destiné à être le Messie»

Alors que les quatre femmes précédentes sont mentionnées à côté de l’homme qui est né d’elles ou de celui qui l’a engendré, Marie, en revanche, acquiert une importance particulière : elle marque un nouveau départ, elle-même est un nouveau départ, car dans son histoire elle n’est pas davantage la créature humaine en tant que protagoniste de la génération, mais Dieu lui-même.

Cela ressort clairement du verbe « est né » : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, appelé Christ » (Mt 1, 16). Jésus est le fils de David, greffé dans cette dynastie par Joseph et destiné à être le Messie d’Israël, mais il est aussi le fils d’Abraham et de femmes étrangères, donc destiné à être la «Lumière des païens» (voir Luc 2 :32) et le «Sauveur du monde» (Jn 4,42).

Le Fils de Dieu, consacré au Père avec la mission de révéler son visage (voir Jean 1,18 ; Jean 14,9), entre dans le monde comme tous les enfants de l’homme, à tel point qu’à Nazareth il sera appelé «fils de Joseph» (Jn 6,42) ou «fils du charpentier» (Mt 13,55). Vrai Dieu et vrai homme.

Frères et sœurs, éveillons en nous des souvenirs reconnaissants de nos ancêtres. Et surtout nous rendons grâce à Dieu qui, à travers la Mère Église, nous a engendrés à la vie éternelle, la vie de Jésus, notre espérance.

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Mes pensées vont enfin aux jeunes, aux malades, aux personnes âgées et aux jeunes mariés. Noël approche et j’aime penser qu’il y a une crèche dans vos maisons : cet élément important de notre spiritualité et de notre culture est une manière évocatrice de se souvenir de Jésus venu « vivre parmi nous ».

Et puis, chers frères et sœurs, prions pour la paix. N’oublions pas les gens qui souffrent de la guerre : la Palestine, Israël, et tous ceux qui souffrent, l’Ukraine, le Myanmar…

N’oublions pas de prier pour la paix, pour que les guerres cessent. Nous demandons au prince de la paix, le Seigneur, de nous accorder cette grâce : la paix, la paix dans le monde. N’oublions pas que la guerre est toujours une défaite, toujours ! La guerre est toujours une défaite.

Ma bénédiction à tous !


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La piété populaire permet une citoyenneté constructive des chrétiens

La piété populaire permet une citoyenneté constructive des chrétiens

Venu pour conclure le colloque sur la religiosité populaire en Méditerranée à Ajaccio ce dimanche 15 décembre, le Pape François a estimé que la piété populaire ne peut pleinement se déployer que dans une relation saine entre la religion et le politique. La piété populaire, ouvrant les cœurs des croyants à la charité, permet une «citoyenneté constructive» des chrétiens, qui peuvent ainsi œuvrer au bien commun aux côtés des institutions civiles et politiques.

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS À AJACCIO
À L’OCCASION DU CONGRÈS
« LA RELIGIOSITÉ POPULAIRE EN MÉDITERRANÉE »

SESSION CONCLUSIVE DU CONGRÈS

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Palais des Congrès et d’Exposition d’Ajaccio
Dimanche 15 décembre 2024

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Monsieur le Cardinal,
chers frères dans l’épiscopat,
chers prêtres, religieux et religieuses,
chères sœurs et chers frères !

Je suis heureux de vous rencontrer ici à Ajaccio, à l’issue du Colloque sur la piété populaire en Méditerranée, auquel ont participé de nombreux chercheurs et évêques de France et des autres pays.

Les terres baignées par la mer Méditerranée sont entrées dans l’histoire et ont été le berceau de nombreuses civilisations ayant connu un développement exceptionnel. Rappelons notamment les civilisations gréco-romaine et judéo-chrétienne qui témoignent de l’importance culturelle, religieuse et historique de ce grand “lac” situé entre trois continents, cette mer unique au monde qu’est la Méditerranée.

N’oublions pas que dans la littérature classique, tant grecque que latine, la Méditerranée a été souvent le cadre idéal de la naissance de mythes, de contes et de légendes. De même, la pensée philosophique et les arts, avec les techniques de navigation, ont permis aux civilisations de la Mare nostrum de développer une haute culture, d’ouvrir des voies de communication, de construire des infrastructures et des aqueducs, et plus encore des systèmes juridiques et des institutions d’une grande complexité dont les principes de base sont encore valables et pertinents aujourd’hui.

Entre la Méditerranée et le Proche-Orient, une expérience religieuse très particulière est née, liée au Dieu d’Israël qui s’est révélé aux hommes et a initié un dialogue incessant avec son peuple, culminant avec la présence singulière de Jésus, le Fils de Dieu. C’est Lui qui a fait connaître définitivement le visage du Père, son Père et le nôtre, et qui a mené à son accomplissement l’Alliance entre Dieu et l’humanité.

Deux mille ans se sont écoulés depuis l’Incarnation du Fils de Dieu, et nombre d’ères et de cultures se sont succédées. À certains moments de l’histoire, la foi chrétienne a éclairé la vie des peuples et de leurs institutions politiques, alors qu’aujourd’hui, surtout dans les pays européens, la question de Dieu semble s’estomper ; et nous nous retrouvons toujours plus indifférents à sa présence et à sa Parole.

Il faut cependant être prudent dans l’analyse de ce scénario et ne pas se laisser aller à des considérations hâtives ni à des jugements idéologiques qui opposent parfois, encore aujourd’hui, la culture chrétienne et la culture laïque. C’est une erreur !

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Il importante au contraire de reconnaître une ouverture réciproque entre ces deux horizons : les croyants s’ouvrent de plus en plus à la possibilité de vivre leur foi sans l’imposer, de la vivre comme un levain dans la pâte du monde et des milieux dans lesquels ils se trouvent ; et les non-croyants, ou ceux qui se sont éloignés de la pratique religieuse, ne sont pas étrangers à la recherche de la vérité, de la justice et de la solidarité.

Souvent, même s’ils n’appartiennent à aucune religion, ils portent dans leur cœur une soif plus grande, une exigence de sens qui les conduit à s’interroger sur le mystère de la vie et à rechercher des valeurs fondamentales pour le bien commun.

C’est précisément dans ce cadre que nous pouvons saisir la beauté et l’importance de la piété populaire (cf. St Paul VI, Exhort. ap. Evangelii Nuntiandi, n. 48). C’est saint Paul VI qui a “changé le nom”, dans Evangelii nuntiandi il passe de “religiosité” à “piété” populaire.

D’une part, elle nous rappelle l’Incarnation comme fondement de la foi chrétienne qui s’exprime toujours dans la culture, l’histoire et les langues d’un peuple et qui se transmet à travers les symboles, les coutumes, les rites et les traditions d’une communauté vivante.

D’autre part, la pratique de la piété populaire attire et implique également des personnes qui sont au seuil de la foi, qui ne pratiquent pas assidûment mais qui y retrouvent l’expérience de leurs propres racines et affections, ainsi que des idéaux et des valeurs qu’elles considèrent utiles pour leur vie et pour la société.

En exprimant la foi avec des gestes simples et des langages symboliques enracinés dans la culture du peuple, la piété populaire révèle la présence de Dieu dans la chair vivante de l’histoire, renforce la relation avec l’Église et devient souvent une occasion de rencontre, d’échange culturel et de fête ; c’est curieux : une piété qui n’est pas festive n’a pas « une bonne odeur », ce n’est pas une piété qui vient du peuple, elle est trop « distillée ».

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En ce sens, ses pratiques donnent corps à la relation avec le Seigneur et au contenu de la foi. J’aime rappeler, à ce propos, une réflexion de Blaise Pascal qui, dans un dialogue avec un interlocuteur fictif, pour l’aider à comprendre comment parvenir à la foi, dit qu’il ne suffit pas de multiplier les preuves de l’existence de Dieu ou de faire trop d’efforts intellectuels.

Il faut plutôt regarder ceux qui ont déjà progressé sur le chemin, parce qu’ils ont commencé avec peu de choses, « en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes » (Pensées, in Œuvres complètes, Paris 2000, n. 681). Ce sont les petits pas qui vous font avancer. La piété populaire est une piété qui est impliquée dans la culture, mais qui ne se confond pas avec la culture. Et elle avance à petits pas.

Il ne faut donc pas l’oublier : « Dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre ». « Se trouve donc en elle une force activement évangélisatrice que nous ne pouvons pas sous-estimer : ce serait comme méconnaître l’œuvre de l’Esprit Saint » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 123 ; n. 126), qui agit dans le saint Peuple de Dieu, en le faisant avancer dans les discernements quotidiens.

Pensons au pauvre diacre Philippe, qui un jour a été conduit [par l’Esprit] sur une route et a entendu un païen, un serviteur de la reine Candace d’Éthiopie, lire le prophète Isaïe et ne rien comprendre. Il s’est approché : « Comprends-tu ? ». – Non. Et il lui a annoncé l’Évangile.

Et cet homme, qui avait reçu la foi à ce moment-là, s’approchant de l’endroit où il y avait de l’eau, dit : “Dis-moi, Philippe, peux-tu me baptiser, maintenant, ici, qu’il y a de l’eau ?” Et Philippe n’a pas dit : “Non, il doit suivre le cours, il doit amener le parrain et la marraine, tous deux mariés dans l’Église ; il doit faire ceci… ”. Non, il l’a baptisé. Le baptême est précisément le don de la foi que Jésus nous fait.

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Nous devons veiller à ce que la piété populaire ne soit pas utilisée, instrumentalisée par des groupes qui entendent renforcer leur identité de manière polémique, en alimentant des particularismes, des oppositions, des attitudes d’exclusion. Tout cela ne répond pas à l’esprit chrétien de la piété populaire et appelle chacun, en particulier les pasteurs, à la vigilance, au discernement et à la promotion d’une attention constante aux formes populaires de la vie religieuse.

Lorsque la piété populaire réussit à communiquer la foi chrétienne et les valeurs culturelles d’un peuple, unissant les cœurs et fusionnant une communauté, un fruit important naît qui rejaillit sur l’ensemble de la société comme sur les relations entre les institutions politiques, sociales et civiles, et l’Église.

La foi ne reste pas un fait privé, nous devons nous méfier de ce développement, je dirais hérétique, de la privatisation de la foi ; les cœurs s’amalgament et vont de l’avant…, un fait qui s’épuise dans le sanctuaire de la conscience, mais – si elle entend être pleinement fidèle à elle-même – elle implique un engagement et un témoignage envers tous pour la croissance humaine, le progrès social et la protection de toute la création, sous le signe de la charité.

C’est justement pour cette raison qu’à partir de la profession de la foi chrétienne et de la vie communautaire, animée par l’Évangile et les sacrements, d’innombrables œuvres de solidarité et institutions ont vu le jour au cours des siècles comme les hôpitaux, les écoles, les centres de soins – en France, il y en a beaucoup ! – où les croyants se sont engagés auprès des plus démunis et ont contribué à la croissance du bien commun.

La piété populaire, les processions et les rogations, les activités caritatives des confréries, la prière communautaire du Saint Rosaire et d’autres formes de dévotion peuvent nourrir cette, permettez-moi de la qualifier ainsi, “citoyenneté constructive” des chrétiens. La piété populaire vous donne une « citoyenneté  constructive » !

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Parfois, certains intellectuels, certains théologiens ne comprennent pas cela. Je me souviens d’être allé une semaine dans le nord de l’Argentine, à Salta, où a lieu la fête du Señor de los Milagros, le Seigneur des miracles. Toute la province, toute, converge vers le sanctuaire, et tous se confessent, depuis le maire jusqu’à tout le monde, parce qu’ils ont cette piété en eux.

J’allais toujours confesser, et c’était un travail difficile, parce que tous les gens se confessaient. Et un jour, en sortant, j’ai trouvé un prêtre que je connaissais : “Ah, vous êtes là, comment allez-vous ?” – “Bien !”… Et comme nous sortions, à ce moment-là, une dame s’est approchée avec des images de saints à la main et a dit au prêtre, un bon théologien : “Mon Père, voulez-vous les bénir ?”. Le prêtre, avec une grande théologie, lui dit : “Mais, madame, avez-vous participé à la messe ?”. – “Oui, padrecito” – “Et savez-vous qu’à la fin de la messe on béni tout ?” – “Oui, padrecito” – “Et savez-vous que la bénédiction de Dieu vient de vous ?” – “Oui, padrecito”. À ce moment-là, un autre prêtre l’a appelé : “Oh, comment vas-tu ?”. Et la dame qui avait dit tant de fois “oui, padrecito” se tourna vers celui-là : “Mon Père, voulez-vous me les bénir ?”. Il y a une complicité, une saine complicité qui cherche la bénédiction du Seigneur et qui n’accepte pas les généralisations.

En même temps, sur le terrain commun de cette audace de faire le bien, de demander la bénédiction, les croyants peuvent se retrouver sur un chemin commun avec les institutions laïques, civiles et politiques, pour travailler ensemble à la croissance humaine intégrale et à la sauvegarde de cette “île de beauté”.

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D’où la nécessité de développer un concept de laïcité qui ne soit pas statique et figé, mais évolutif et dynamique, capable de s’adapter à des situations différentes ou imprévues, et de promouvoir une coopération constante entre les autorités civiles et ecclésiastiques pour le bien de l’ensemble de la communauté, chacune restant dans les limites de ses compétences et de son espace.

Benoît XVI l’a affirmé : une saine laïcité signifie « libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. […] Une telle saine laïcité garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux » (Exhort. ap. postsyn. Ecclesia in Medio Oriente, n.29). C’est ce qu’a dit Benoît XVI: une saine laïcité, mais à côté d’une religiosité. Les domaines sont respectés.

De cette manière, plus d’énergie et plus de synergies peuvent être libérées, sans préjugés et sans opposition de principe, dans le cadre d’un dialogue ouvert, franc et fructueux.

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Chères sœurs et frères, la piété populaire, très profondément enracinée ici en Corse, et ce n’est pas de la superstition, fait émerger les valeurs de la foi et exprime en même temps le visage, l’histoire et la culture des peuples. C’est dans cet entrelacement, sans confusions, que se noue le constant dialogue entre le monde religieux et le monde laïc, entre l’Église et les institutions civiles et politiques.

Sur ce sujet, vous êtes en route depuis longtemps, c’est votre tradition, et vous êtes un exemple vertueux en Europe. Continuez sur cette voie! Et je voudrais encourager les jeunes à s’engager encore plus activement dans la vie socioculturelle et politique, sous l’impulsion des idéaux les plus sains et de la passion pour le bien commun.

De même, j’exhorte les pasteurs et les fidèles, les hommes politiques et ceux qui exercent des responsabilités publiques à rester toujours proches des peuples, en écoutant les besoins, en comprenant les souffrances, en interprétant les espoirs, parce que toute autorité ne grandit que dans la proximité.

Les pasteurs doivent avoir cette proximité : proximité avec Dieu, proximité avec les autres pasteurs, proximité avec les prêtres, proximité avec les peuples, qui sont si proche. Ce sont les vrais pasteurs. Mais le pasteur qui n’a pas cette proximité, pas même avec l’histoire et la culture, est simplement “Monsieur l’Abbé”. Ce n’est pas un pasteur. Il faut distinguer ces deux manières de faire de la pastorale

Je souhaite que ce Colloque sur la piété populaire vous aide à redécouvrir les racines de votre foi et vous incite à un engagement renouvelé dans l’Église et dans la société civile, au service de l’Évangile et du bien commun de tous les citoyens.

Que Marie, Mère de l’Église, vous accompagne et vous assiste sur votre chemin. Merci beaucoup !


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