Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Saint Joseph, patron de l’Église universelle

Saint Joseph, patron de l’Église universelle

Concluant le cycle de catéchèse sur la figure de saint Joseph, mercredi 16 février 2022, le Pape François a insisté sur le titre de saint Joseph comme Patron de l’Église Universelle. S’appuyant sur l’Évangile, il a expliqué qu’ayant reçu la mission de protéger la famille de Nazareth, Joseph protège également l’Église de laquelle cette dernière est le noyau primordial.

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 16 février 2022

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Catéchèse sur saint Joseph – 12.

Résumé

Chers frères et sœurs,

nous achevons aujourd’hui le cycle de nos catéchèses sur la figure de saint Joseph, Patron de l’Église catholique. Les Évangiles nous rapportent que Joseph est le véritable gardien de Jésus et de Marie avec qui il forme le noyau primordial de l’Église. C’est pourquoi, il est, encore aujourd’hui, le protecteur de l’Église car elle est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire.

Nous devons apprendre de Joseph à protéger et à aimer, nous aussi, l’Enfant Jésus et sa mère ; c’est-à-dire à aimer les Sacrements et le peuple de Dieu ; à aimer les pauvres et notre paroisse. Nous vivons une époque où il est commun de critiquer l’Église, mais demandons-nous si, du fond du cœur, nous aimons l’Église.

En effet, seul l’amour nous rend capables de dire pleinement la vérité, de dire ce qui ne va pas, mais aussi de reconnaître tout le bien et la sainteté qui sont dans l’Église.

Chers frères et sœurs, demandons l’intercession de saint Joseph dans les moments les plus difficiles de notre vie et de celle de nos communautés, afin d’avoir le courage de demander pardon et de recommencer humblement, la force et la patience de savoir supporter les injustices et les souffrances par amour de l’Évangile. Que saint Joseph soit notre Providence.

Catéchèse

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous terminons le cycle de catéchèse sur la figure de saint Joseph. Ces catéchèses sont complémentaires à la Lettre apostolique Patris corde, rédigée à l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église catholique par le bienheureux Pie IX. Mais que signifie ce titre ? Qu’est-ce que cela signifie que saint Joseph est « patron de l’Église » ? J’aimerais y réfléchir aujourd’hui avec vous.

Dans ce cas également, ce sont les évangiles qui nous fournissent l’interprétation la plus correcte. En effet, à la fin de chaque récit dont Joseph est le protagoniste, l’Évangile note qu’il emmène avec lui l’Enfant et sa mère et fait ce que Dieu lui a ordonné (cf. Mt 1,24 ; 2,14.21).

Ainsi ressort le fait que Joseph a la tâche de protéger Jésus et Marie. Il en est le principal gardien : « En effet, Jésus et Marie sa Mère sont le trésor le plus précieux de notre foi » [1] (Lettre apostolique Patris corde, 5), et ce trésor est gardé par saint Joseph.

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Dans le dessein de salut, le Fils ne peut être séparé de la Mère, de celle qui « avança dans le pèlerinage de la foi et garda fidèlement son union avec le Fils jusqu’à la croix » (Lumen gentium, 58), comme le dit Vatican II Le Conseil nous le rappelle.

Jésus, Marie et Joseph sont en un certain sens le noyau primordial de l’Église. Jésus est Homme et Dieu, Marie, la première disciple, est la Mère ; et Joseph, le gardien. Et nous aussi, « nous devons toujours nous demander si nous protégeons de toutes nos forces Jésus et Marie, qui sont mystérieusement confiés à notre responsabilité, à nos soins, à notre garde » (Patris corde, 5).

Et voilà une très belle trace de la vocation chrétienne : garder. Garder la vie, garder le développement humain, garder l’esprit humain, garder le cœur humain, garder le travail humain. Le chrétien est – on peut dire – comme saint Joseph : il doit garder. Être chrétien, ce n’est pas seulement recevoir la foi, confesser la foi, mais garder sa vie, sa propre vie, la vie des autres, la vie de l’Église.

Le Fils du Très-Haut est venu au monde dans un état de grande faiblesse : Jésus est né ainsi, faible, faible. Il voulait avoir besoin d’être défendu, protégé, soigné. Dieu a fait confiance à Joseph, tout comme Marie, qui a trouvé en lui l’époux qui l’aimait et la respectait et prenait toujours soin d’elle et de l’Enfant.

En ce sens, « saint Joseph ne peut manquer d’être le Custode de l’Église, car l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et en même temps dans la maternité de l’Église la maternité de Marie est préfigurée. Joseph, continuant à protéger l’Église, continue à protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi, en aimant l’Église, continuons à aimer l’Enfant et sa mère » (ibid.).

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Cet Enfant est Celui qui dira : « Tout ce que tu as fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que tu l’as fait » (Mt 25,40). Par conséquent, chaque personne qui a faim et soif, chaque étranger, chaque migrant, chaque personne sans vêtements, chaque personne malade, chaque prisonnier est « l’Enfant » que Joseph garde.

Et nous sommes invités à garder ces gens, ces frères et sœurs qui sont les nôtres, comme Joseph l’a fait. Pour cela, il est invoqué comme le protecteur de tous les nécessiteux, des exilés, des affligés, et même des mourants – nous en parlions mercredi dernier.

Et nous aussi devons apprendre de Joseph à « garder » ces biens : aimer l’Enfant et sa mère ; aimez les sacrements et le peuple de Dieu ; aimer les pauvres et notre paroisse. Chacune de ces réalités est toujours l’Enfant et sa mère (cf. Patris corde, 5). Nous devons garder, car avec cela nous gardons Jésus, comme Joseph l’a fait.

*

Aujourd’hui, il est courant, il est quotidien de critiquer l’Église, de souligner ses incohérences – elles sont nombreuses -, de souligner les péchés, qui sont en réalité nos incohérences, nos péchés, car l’Église a toujours été un peuple de pécheurs qu’ils rencontrer la miséricorde de Dieu Demandons-nous si, au fond de notre cœur, nous aimons l’Église telle qu’elle est.

Peuple de Dieu en chemin, avec de nombreuses limitations mais avec un grand désir de servir et d’aimer Dieu En effet, seul l’amour nous rend capables de dire la vérité pleinement, non partiellement ; dire ce qui ne va pas, mais aussi reconnaître tout le bien et la sainteté qui sont présents dans l’Église, à commencer par Jésus et Marie. Aimez l’Église, gardez l’Église et marchez avec l’Église.

Mais l’Église n’est pas ce petit groupe qui est proche du prêtre et commande à tout le monde, non. L’Église que nous sommes tous, nous tous. En chemin. Se protéger les uns les autres, se protéger les uns les autres. C’est une bonne question : quand j’ai un problème avec quelqu’un, est-ce que j’essaie de le protéger ou de le condamner immédiatement, de faire des commérages à son sujet, de le détruire ? Il faut garder, toujours garder !

*

Chers frères et sœurs, je vous encourage à demander l’intercession de saint Joseph précisément dans les moments les plus difficiles de votre vie et de celle de vos communautés. Là où nos erreurs deviennent scandale, nous demandons à saint Joseph d’avoir le courage de dire la vérité, de demander pardon et humblement de recommencer.

Là où la persécution empêche l’annonce de l’Évangile, nous demandons à saint Joseph la force et la patience de pouvoir supporter les abus et les souffrances par amour de l’Évangile.

Là où les moyens matériels et humains se font rares et nous font vivre la pauvreté, surtout quand nous sommes appelés à servir les plus petits, les sans défense, les orphelins, les malades, les exclus de la société, prions saint Joseph pour qu’il soit la Providence pour nous. Combien de saints se sont tournés vers lui ! Combien de personnes dans l’histoire de l’Église ont trouvé en lui un patron, un gardien, un père !

Imitons leur exemple et pour cela, tous ensemble, nous prions aujourd’hui; prions saint Joseph avec la prière que j’ai placée à la fin de la Lettre Patris corde, lui confiant nos intentions et, d’une manière particulière, l’Église qui souffre et qui est en épreuve. Et maintenant, vous avez en main dans différentes langues, je crois en quatre, la prière, et je crois qu’elle sera aussi à l’écran pour qu’ensemble, chacun dans sa langue, puisse prier saint Joseph.

Prière

Salut, gardien du Rédempteur
et époux de la Vierge Marie.
Dieu t’a confié son Fils;
en toi Marie a mis sa confiance;
avec toi, le Christ s’est fait homme.

Ô bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous,
et guide-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.

[1] S. Rituum Congreg., Décr. Quemadmodum Deus (8 décembre 1870) : ASS 6 (1870-71), 193 ; cf PII IX, let. ap. Inclytum Patriarcham (7 juillet 1871): lc, 324-327.

Salutation

Je salue cordialement les personnes de langue française, particulièrement les Jeunes du Sundgau, les pèlerins de Lorient, de Marseille et les Prêtres de l’Ordinariat des Orientaux de France. Demandons la grâce de ne pas fermer nos yeux et nos mains devant la misère de nos frères et sœurs.

Qu’à l’exemple de saint Joseph, nous sachions découvrir en eux les visages de Jésus et de Marie qui implorent notre amour, notre tendresse et notre protection. Que Dieu vous bénisse !

Enfin, comme d’habitude, mes pensées vont aux personnes âgées, aux malades, aux jeunes et aux jeunes mariés. Dans le monde qui continue d’être déchiré par des contrastes profonds et apparemment incurables, malade, chacun de vous est, pour sa part, un signe de réconciliation qui a ses racines dans la Parole de l’Évangile.  A tous, ma bénédiction !


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La joie de se libérer de l’égocentrisme et de la dureté

La joie de se libérer de l’égocentrisme et de la dureté

Le dimanche des Béatitudes, François nous invite à découvrir les dons de la vie au-delà des biens matériels, mais aussi à nous libérer de la certitude de déjà tout savoir.

Le but est d’être « une personne humble, ouverte, libre de préjugés et de rigidité ». Et « il est intéressant de noter que Jésus, bien qu’entouré d’une grande foule, proclame les Béatitudes en s’adressant ‘à ses disciples’. »

LE PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
dimanche 13 février 2022

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Chers frères et sœurs, bonjour!

Au centre de l’Évangile de la Liturgie d’aujourd’hui se trouvent les Béatitudes (cf. Lc 6, 20-23). Il est intéressant de noter que Jésus, bien qu’entouré d’une grande foule, les proclame en s’adressant « à ses disciples » (v. 20). Parler aux disciples.

Les Béatitudes, en effet, définissent l’identité du disciple de Jésus, elles peuvent sembler étranges, presque incompréhensibles pour ceux qui ne sont pas disciples ; tandis que, si nous nous demandons à quoi ressemble un disciple de Jésus, la réponse ce sont précisément les Béatitudes.

Nous voyons la première, qui est à la base de toutes les autres : « Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » (v. 20). Heureux êtes-vous les pauvres. Deux choses que Jésus dit de ses disciples : qu’ils sont bénis et qu’ils sont pauvres ; en effet, qu’ils sont bénis parce qu’ils sont pauvres.

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Dans quel sens? En ce sens que le disciple de Jésus ne trouve pas sa joie dans l’argent, le pouvoir ou d’autres biens matériels, mais dans les dons qu’il reçoit chaque jour de Dieu : la vie, la création, les frères et sœurs, etc.

Ce sont des cadeaux de la vie. Même les biens qu’il possède, il est heureux de les partager, car il vit dans la logique de Dieu. Et qu’est-ce que la logique de Dieu ? La gratuité. Le disciple a appris à vivre dans la gratuité.

Cette pauvreté est aussi une attitude face au sens de la vie, car le disciple de Jésus ne pense pas la posséder, il sait déjà tout, mais il sait qu’il doit apprendre chaque jour. Et c’est cela la pauvreté : la conscience de devoir apprendre chaque jour. Le disciple de Jésus, parce qu’il a cette attitude, est une personne humble, ouverte, libre de préjugés et de rigidités.

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Il y avait un bel exemple dans l’évangile de dimanche dernier : Simon Pierre, un pêcheur expert, accepte l’invitation de Jésus à jeter les filets à une heure inhabituelle ; puis, émerveillé par la pêche prodigieuse, il quitte la barque et tous ses biens pour suivre le Seigneur. Pierre se montre docile en quittant tout, et devient ainsi disciple.

Par contre, ceux qui sont trop attachés à leurs propres idées, à leurs propres certitudes, ne suivent guère vraiment Jésus, ils le suivent un peu, seulement dans les choses où « je suis d’accord avec lui et [où] il est d’accord avec moi », mais puis, sinon, ça ne marche pas. Et ce n’est pas un disciple.

Et ainsi il tombe dans la tristesse. Il devient triste parce que les comptes ne lui correspondent pas, parce que la réalité échappe à ses schémas mentaux et il se retrouve insatisfait. Le disciple, au contraire, sait se remettre en question, il sait chercher Dieu humblement chaque jour, ce qui lui permet de plonger dans la réalité, d’en saisir la richesse et la complexité.

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En d’autres termes, le disciple accepte le paradoxe des Béatitudes : elles déclarent qu’il est bienheureux, c’est-à-dire heureux, qu’il est pauvre, qu’il manque de beaucoup de choses et qu’il le reconnaît.

Humainement, nous sommes amenés à penser autrement : ceux qui sont riches sont heureux, ceux qui regorgent de biens, ceux qui reçoivent des applaudissements et sont enviés par beaucoup, ceux qui ont toutes les certitudes. Mais c’est une pensée mondaine, ce n’est pas la pensée des Béatitudes !

Au contraire, Jésus déclare que le succès mondain est un échec, car il repose sur un égoïsme qui gonfle et laisse ensuite le vide dans le cœur. Face au paradoxe des Béatitudes, le disciple se laisse mettre en crise, conscient que ce n’est pas Dieu qui doit entrer dans notre logique, mais nous qui devons entrer dans la sienne.

Cela nécessite un voyage, parfois fatigant, mais toujours accompagné de joie. Parce que le disciple de Jésus est joyeux de la joie qui lui vient de Jésus Parce que, rappelons-le, la première parole que Jésus dit est : bienheureux ; d’où le nom des Béatitudes. C’est le synonyme d’être disciple de Jésus.

Le Seigneur, nous libérant de l’esclavage de l’égocentrisme, dénoue nos fermetures, desserre notre dureté et nous révèle le vrai bonheur, qui se trouve souvent là où nous ne pensons pas. C’est Lui qui guide notre vie, pas nous, avec nos idées préconçues ou avec nos besoins. Enfin, le disciple est celui qui se laisse guider par Jésus, qui ouvre son cœur à Jésus, l’écoute et suit son chemin.

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Nous pouvons alors nous demander : ai-je – chacun de nous – la disponibilité d’un disciple ? Ou est-ce que je me comporte avec la rigidité de quelqu’un qui se sent bien, qui se sent bien, qui se sent déjà arrivé ? Est-ce que je me laisse « miner intérieurement » par le paradoxe des Béatitudes ou est-ce que je reste dans le périmètre de mes idées ?

Et puis, avec la logique des Béatitudes, au-delà des épreuves et des difficultés, est-ce que je ressens la joie de suivre Jésus ? C’est le trait saillant du disciple : la joie du cœur. N’oublions pas : la joie du cœur. C’est la pierre de touche pour savoir si une personne est disciple : a-t-il de la joie dans son cœur ? Ai-je de la joie dans mon cœur ? C’est le point.

Que Notre-Dame, première disciple du Seigneur, nous aide à vivre en disciples ouverts et joyeux.

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Après l’Angélus

Chers frères et sœurs,

les nouvelles en provenance d’Ukraine sont très inquiétantes. Je confie tout effort pour la paix à l’intercession de la Vierge Marie et à la conscience des responsables politiques. Prions en silence.

Je vous salue tous chaleureusement, Romains et pèlerins d’Italie et de divers pays.

En particulier, je salue les fidèles de Funchal et d’Estreito de Câmara de Lobos, sur l’île de Madère, au Portugal ; ainsi que ceux de Pérouse et de Catanzaro.

Je souhaite à tous un bon dimanche. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir.


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Accompagner la mort, sans l’éviter ni la provoquer

Accompagner la mort, sans l’éviter ni la provoquer

Après avoir dédié la catéchèse du mercredi 2 février à la communion des saints, le Pape François consacre celle du 9 février à la figure de Joseph, comme saint patron de la bonne mort. Dans sa méditation, il a insisté, entre autres, sur l’importance des soins palliatifs, et a très fermement dénoncé l’euthanasie et le suicide assisté.

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 9 février 2022

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Catéchèse sur saint Joseph – 11. Saint Joseph, patron de la bonne mort

Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Aujourd’hui, selon une belle et ancienne dévotion, nous approfondissons la figure de Joseph comme patron de la bonne mort. La culture contemporaine du bien-être semble vouloir évacuer la réalité de la mort et de notre finitude ; notre foi chrétienne ne nous dispense pas de la peur de la mort, mais elle nous aide à l’affronter. Et la vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort, c’est la résurrection du Christ.

Grâce à la foi en la résurrection, notre vie tout entière prend un sens nouveau : puisque nous n’emporterons rien avec nous au dernier jour, préoccupons-nous uniquement ici-bas d’accumuler les choses vraiment importantes : la charité fraternelle et le sens des autres. Il est bon de mourir réconciliés, sans rancune et sans regrets.

Rappelons-nous aussi que nous ne pouvons pas éviter la mort, et qu’après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir un malade, il est immoral de pratiquer l’acharnement thérapeutique.

Ainsi, les soins palliatifs sont une aide précieuse qu’il faut encourager, mais sans qu’ils dérivent vers l’euthanasie. Nous devons accompagner la mort, mais pas la provoquer ni favoriser le suicide assisté. En effet, la vie est un droit, mais non la mort. Celle-ci doit être accueillie, et non administrée.

Que Saint Joseph nous aide donc à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible, comme une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est tout spécialement proche de nous dans les derniers moments de notre vie.

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Catéchèse

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la dernière catéchèse, stimulée une fois encore par la figure de Saint Joseph, nous avons réfléchi sur le sens de la communion des saints. Et c’est précisément à partir de là que je voudrais aujourd’hui approfondir la dévotion particulière que le peuple chrétien a toujours eu pour Saint Joseph, comme patron de la bonne mort.

Une dévotion née de la pensée que Joseph soit mort avec l’assistance de la Vierge Marie et de Jésus, avant que ceux-ci ne quittent la maison de Nazareth. Il n’y a pas de données historiques, mais [sic] comme on ne voit plus Joseph dans la vie publique, on pense qu’il est mort là, à Nazareth, dans sa famille. Et pour l’accompagner dans la mort, Jésus et Marie étaient là.

Le pape Benoît XV, il y a un siècle, écrivait que « par Joseph, nous allons directement à Marie, et par Marie à l’origine de toute sainteté, qui est Jésus ». Aussi bien Joseph que Marie nous aident à aller à Jésus. Et encourageant les pratiques pieuses en l’honneur de saint Joseph, il en recommande une en particulier, et disait ceci :

« Puisqu’il est considéré à juste titre comme le protecteur le plus efficace des mourants, ayant expiré avec l’assistance de Jésus et de Marie, il sera du ressort des saints pasteurs d’inculquer et de favoriser […] les pieuses associations qui ont été instituées pour implorer Joseph en faveur des mourants, comme celles « de la Bonne Mort », du « Transit de Saint Joseph » et « pour les Agonisants » ». (Motu proprio Bonum sane, 25 juillet 1920) : c’étaient les associations de l’époque.

Chers frères et sœurs, peut-être certains pensent-ils que ce langage et ce thème ne sont qu’un héritage du passé, mais en réalité notre relation avec la mort ne concerne jamais le passé, mais c’est toujours le présent. Le pape Benoît disait il a quelques jours, en parlant de lui-même, qu’il « se tient devant la porte obscure de la mort ».

C’est bien de remercier le Pape qui a cette lucidité, à 95 ans, pour nous dire ceci : « Je suis devant l’obscurité de la mort, la porte obscure de la mort ». Un bon conseil qu’il nous a donné, n’est-ce pas ? La soi-disant culture « du bien-être  » tente d’évacuer la réalité de la mort, mais de manière spectaculaire la pandémie de coronavirus l’a remise en évidence.

Cela a été terrible : la mort était partout, et tant de frères et de sœurs ont perdu des êtres chers sans pouvoir être près d’eux, ce qui a rendu la mort encore plus difficile à accepter et à traiter.

Une infirmière me racontait qu’elle se trouvait devant une grand-mère en train de mourir de Covid, et qu’elle lui a dit : « Je voudrais dire au revoir aux miens avant de m’en aller ». Et l’infirmière, assez courageuse, a sorti son téléphone portable et l’a connectée avec les siens. La tendresse de cet adieu…

Malgré cela, l’on cherche par tous les moyens d’écarter la pensée de notre finitude, s’illusionnant ainsi d’ôter à la mort son pouvoir et chasser la peur. Mais la foi chrétienne n’est pas une façon d’exorciser la peur de la mort, elle nous aide plutôt à l’affronter. Tôt ou tard, tous nous passerons par cette porte…

La vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort vient de la résurrection du Christ. Voici la lumière. Et saint Paul écrit : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité.

Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 12-14). C’est une certitude : Christ est ressuscité, Christ est ressuscité, le Christ est vivant parmi nous. Et c’est la lumière qui nous attend derrière cette porte obscure de la mort.

Chers frères et sœurs, ce n’est que par la foi en la résurrection que nous pouvons regarder l’abîme de la mort sans être submergés par la peur. Non seulement cela, mais nous pouvons redonner un rôle positif à la mort. En effet, la réflexion sur la mort, éclairée par le mystère du Christ, nous aide à regarder d’un œil nouveau toute la vie.

Je n’ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard ! Derrière un corbillard : jamais vu. Nous irons seuls, sans rien dans les poches du linceul : rien. Parce que le linceul n’a pas de poches. Cette solitude de la mort : c’est vrai, je n’ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard.  Il ne sert à rien d’accumuler si un jour nous mourrons.

Ce que nous devons accumuler, c’est la charité, la capacité de partager, la capacité de ne pas rester indifférent aux besoins des autres. Ou encore, à quoi bon se disputer avec un frère, ou avec une sœur, un ami, un membre de la famille ou un frère ou une sœur dans la foi si ensuite un jour nous mourrons ?

Quel est l’intérêt de se mettre en colère, de se mettre en colère contre les autres ? Face à la mort, tant de questions sont redimensionnées. C’est bon de mourir réconcilié, sans rancune et sans regret ! Je voudrais dire une vérité : tous nous cheminons vers cette porte, tous.

L’Évangile nous dit que la mort arrive comme un voleur, comme le dit Jésus : elle arrive comme un voleur, et même si nous essayons de maîtriser son arrivée, peut-être en planifiant notre propre mort, elle reste un événement avec lequel nous devons compter et devant lequel nous devons aussi faire des choix.

Deux considérations s’imposent à nous, chrétiens. La première est que nous ne pouvons pas éviter la mort, et c’est précisément pour cette raison que, après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir la personne malade, il est immoral de s’engager dans l’acharnement thérapeutique (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2278).

Cette phrase du peuple fidèle de Dieu, des gens simples : « Laisse-le mourir en paix », « aide-le à mourir en paix » : quelle sagesse ! La deuxième considération concerne la qualité de la mort elle-même, la qualité de la douleur, de la souffrance.

En effet, nous devons être reconnaissants pour toute l’aide que la médecine s’efforce d’apporter, afin que, grâce aux « soins palliatifs », toute personne qui s’apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible. Cependant, il faut se garder de confondre cette aide avec des dérives inacceptables qui portent à tuer.

Nous devons accompagner les personnes jusqu’à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser aucune forme de suicide. Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, La vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée.

Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants. Mais je voudrais souligner ici un problème social mais réel. Cette « planification » – je ne sais pas si c’est le mot qui convient – mais l’accélération de la mort des personnes âgées.

Nous constatons souvent, dans une certaine classe sociale, que les personnes âgées, parce qu’elles n’ont pas les moyens, reçoivent moins de médicaments par rapport à ce dont ils auraient besoin, et c’est inhumain : cela ce n’est pas les aider, cela c’est les pousser plus rapidement vers la mort. Et cela n’est ni humain ni chrétien.

Il faut prendre soin des personnes âgées comme d’un trésor de l’humanité : elles sont notre sagesse. Et si elles ne parlent pas, et si elles sont dénuées de sens, mais elles sont le symbole de la sagesse humaine. Ce sont ceux qui nous ont précédés et qui nous ont laissé tant de belles choses, tant de souvenirs, tant de sagesse.

S’il vous plaît, n’isolez pas les personnes âgées, ne précipitez pas la mort des personnes âgées. Caresser une personne âgée c’est la même espérance que caresser un enfant, car le début de la vie et la fin sont toujours un mystère, un mystère qu’il faut respecter, accompagner, soigner. Aimer.

Que Saint Joseph nous aide à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible. Pour un chrétien, la bonne mort est une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est proche de nous aussi dans ce dernier moment de notre vie. Également dans la prière de l’Ave Maria, nous demandons à la Vierge d’être près de nous « à l’heure de notre mort ».

C’est précisément pour cette raison que je voudrais terminer cette catéchèse en priant tous ensemble la Vierge, un Ave Maria pour les mourants, pour ceux qui passent par cette porte obscure, et pour tant de familles qui sont en train de vivre le deuil. Prions ensemble : Ave Maria…


Salutations

Je salue cordialement les personnes de langue française présentes aujourd’hui, en particulier les jeunes venus de France, le groupe de pèlerins du Sacré Cœur de Marseille, et le groupe de l’Arche de Reims. Ce matin, nous prions en particulier pour les mourants et pour ceux qui sont en deuil. Que la tendresse de Dieu les rejoigne dans leur souffrance, et leur donne l’espérance de la résurrection.

Que Dieu vous bénisse !


APPELS

Je tiens à remercier toutes les personnes et communautés qui se sont jointes à la prière pour la paix en Ukraine le 26 janvier. Continuons à implorer le Dieu de la paix pour que les tensions et les menaces de guerre soient surmontées à travers un dialogue sérieux, et que les pourparlers du « format Normandie » puissent également contribuer à cette fin. N’oublions pas : la guerre est une folie !

Après-demain, 11 février, c’est la Journée mondiale des malades. Je souhaite me souvenir de nos chers malades, afin qu’à tous soient assurés les soins sanitaires et l’accompagnement spirituel. Prions pour nos frères et sœurs, pour leurs familles, pour les agents de santé et les agents pastoraux, et pour tous ceux qui s’occupent d’eux.


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