Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

De la Patience du Christ

De la Patience du Christ

Jésus meurt sur la croix - chapelle 140 rue du Bac Paris
Jésus meurt sur la croix – chapelle 140 rue du Bac Paris

— Homme de douleurs et Dieu de patience, le Seigneur Jésus a tout souffert pour moi, les liens, les crachats, les fouets, les malédictions, les opprobres, les blessures, la mort, et la mort de la croix. O vous tous qui passez par le chemin, regardez, et voyez s’il est une douleur comparable à la mienne. Il a souffert en tout : dans son honneur, dans sa réputation, dans son âme, dans son corps, dans ses membres ; depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain en lui.

II a souffert de la part de tous, de la part des rois comme un insensé ; de la part des gouverneurs comme un coupable ; de la part des pontifes comme un blasphémateur ; de la part des bourreaux comme un scélérat ; de la part des Juifs comme un objet de scandale ; de la part des chrétiens comme un homme délaissé ; de la part de ses amis comme un inconnu ; de la part de moi‑même comme s’il n’était pas mon Bien‑Aimé.

Le voilà posé comme un signe de contradiction pour tout le monde. Il a souffert en tout temps. Dans son enfance, une étable, les langes, la circoncision ; dans son bas âge, l’exil ; dans sa jeunesse, la pauvreté ; dans sa vie publique, les travaux et les contradictions ; dans sa Passion, tous les supplices ; sur l’autel, les sacrilèges ; dans le ciel, les crimes et les péchés quotidiens des hommes. Voilà tout ce qu’a souffert pour vous le Seigneur Jésus, qui, à la longanimité et à la patience, joint une grande miséricorde.

En effet, conduit à la mort, il s’est tu comme une brebis devant celui qui la tond ; comme un sourd, il n’entendait pas, et comme un muet, il n’ouvrait pas la bouche, tel qu’un agneau qu’on porte au sacrifice. Lorsqu’il était maudit, il ne maudissait pas, mais plutôt il bénissait, en disant : Mon Père, pardonnez‑leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Vous ne voulez pas que je boive le calice que mon Père m’a donné ? Je suis prêt à souffrir. J’ai vivement désiré de manger cette Pâque avec vous, et que je suis pressé jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse !

Noël Véran Aubry (1719-1756) – Manuel des Chrétiens

« FEMME, VOICI VOTRE FILS »

« FEMME, VOICI VOTRE FILS »

Marie-au-pied-de-la-croix-de-Jesus
Marie-au-pied-de-la-croix-de-Jesus

Marie n’est pas seule auprès de la croix ; l’amour y a conduit de saintes femmes qui symbolisent et amorcent, en vue de l’avenir, le rôle insigne que doit jouer dans le monde la femme chrétienne. Mais une présence plus significative encore a été ici ménagée. Seul parmi les apôtres, Jean avoisine le gibet; Jésus a besoin de lui pour exprimer, conformément au plan éternel, ce que seront les rapports du genre humain, bénéficiaire de son testament, et Marie, sa Mère.

C’est la seconde des Sept Paroles, qui est consacrée à cette déclaration. Elle succède à l’appel miséricordieux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font », et cette corrélation est bien émouvante. Pendant que les hommes le crucifient, Jésus songe à les pardonner, et aussitôt, parce que ce serait trop peu, à leur procurer une mère. Cette mère est la sienne.

Le jour où la terre commet son plus grand forfait, il veut lui offrir ce trésor. Marie ne pouvant plus veiller sur lui veillera sur ses bourreaux, ceux de maintenant et ceux de tous les âges. Car on ne peut trop souvent le répéter : les vrais bourreaux sont les pécheurs. C’est à cause d’eux que Jésus souffre. Les autres, des comparses, avons-nous dit, sauf en ceci qu’ils sont, ainsi que nous tous, des pécheurs.

Voilà donc la situation. Jésus part ; avant de quitter les siens, il établit son disciple en sa place auprès de sa Mère, et sa Mère en sa place auprès du disciple, étant convenu qu’en celui-ci sont inclus mystérieusement tous ses frères humains.

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A coup sûr, ce testament en deux articles : « Voilà votre fus, voilà votre Mère », a une portée immédiate. Il s’agit bien d’un legs personnel. Jésus associe, avant de mourir, ses deux plus grandes tendresses, et il entend les conforter l’une par l’autre. Mais sur la croix, le Rédempteur manie d’autres intérêts que ceux de sa maison, et son regard porte sur de plus vastes espaces.

L’union de Marie et de Jean, émouvante réalité, est surtout pour lui un symbole : elle figure la maternité universelle et l’universelle filiation qui feront de l’Église catholique une union de tous les hommes en Jésus, par Marie; une union de Jésus, par Marie, avec tous les hommes.

C’est un mystère qui n’est pas nouveau ; il remonte à l’éternité, et il a déjà été révélé au cours de la vie du Maître ; il sera manifesté encore, historiquement, dans le groupe apostolique, cette Église des premiers temps; mais en ce moment il revêt le caractère d’un testament en forme solennelle, d’un testament élargi, et qui s’égale au plan spirituel tout entier, en sa durée et en toutes ses phases.

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Jésus ne nous quitte que visiblement ; invisiblement il nous reste; son sacrifice est de portée perpétuelle et la messe nous le conserve, peut-on dire, en sa plus essentielle réalité ; « en agonie jusqu’à la fin du monde », ainsi que dit Pascal, toujours en Passion, il aura toujours aussi Marie en Compassion. La croix pourrait-elle bien se séparer du « glaive » ? et le coup de lance ne percera-t-il pas les deux cœurs ?

Jésus a besoin de Marie ; il a besoin d’elle toujours, et notamment aux deux extrémités de sa vie, parce que c’est là que commence et se consomme ce qu’il est venu entreprendre sur terre. Au début, elle le conçoit ; à la fin, c’est nous qu’elle conçoit, d’une conception non pas nouvelle, encore une fois, mais décisive.

Elle a vécu jusque-là toute pour lui : il la renvoie aux hommes au moment où lui-même les quitte, en donnant à ce renvoi une signification permanente, tellement que le fait passager et les paroles qui l’expriment deviennent l’attestation d’un plan qui domine, perpétue et universalise ce qu’ils ont de transitoire et d’individuel.

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Le rôle perpétuel de Marie est ainsi fixé. Son droit n’est pas créé ; il est confirmé à l’heure de toutes la plus opportune, celle où se réalisent le plus pleinement et le plus magnifiquement ses titres. Le point culminant de la Rédemption n’est-il pas la croix ? La croix est donc bien choisie pour être aussi le point culminant, le centre de manifestation de la maternité mariale.

Depuis toujours Jésus appartient à l’humanité; depuis trois ans, il s’est de plus en plus transféré en elle, si l’on peut ainsi dire ; il s’est comme mué en elle ; cessant d’être lui-même par un sacrifice total, il est devenu nous, et c’était comme un temps de gestation de l’humanité religieuse.

Maintenant, c’est notre naissance. Auprès de Marie, nous allons, spirituellement, prendre sa place, et puisque aussi bien « le Christ ressuscité ne meurt plus », Marie aura deux fils : Jésus et le genre humain, Jésus et chaque âme, qui pour le Rédempteur vaut un univers.

Les mots qui tombent de la croix expriment ces choses. « Voilà votre fils ; voilà votre Mère », c’est une Annonciation que prononce l’Ange de la Nouvelle Alliance, avec toute l’efficacité qui s’attache à sa parole, à son sacerdoce, comme lorsqu’il dit, observe saint Pierre Damien : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang. » C’est un Fiat spirituel, une création mystique, établissant des rapports qui auront effet, autant que nous le voudrons, jusqu’à la vie éternelle.

Après tout, la Mère de Jésus n’a été élue Mère de Dieu que pour cela. Si elle est Mère du Rédempteur au titre même de Rédempteur, comme le suppose le plan spirituel tant de fois exposé, elle est Mère de la Rédemption et Mère des rachetés, en union avec Celui qui rachète. A ses yeux, Lui et nous tous, nous sommes inséparables ; elle se sent notre Mère de droit, et elle ne peut s’étonner de la parole qui le déclare.

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Éprouve-t-elle dans son cœur le sentiment que lui prête saint Bernard, quand il la suppose déçue d’une telle substitution : à la place du Fils divin, l’homme; à la place du Maître qui est sien, le serviteur ; à la place de l’Innocent de qui elle tient sa propre innocence, le pécheur et, ce qui est la même chose, le bourreau ?

Il se peut que Marie goûte, sensiblement, l’amertume de ce contraste; tout ce qui est humain a place dans le cœur humain de la Vierge ainsi que de Jésus. Mais ce qui n’est pas exclu a licence d’être surmonté. Ce que ressent le cœur le chair ne détermine pas le libre choix de l’âme.

Comme Jésus ne veut, même dans l’agonie, que la seule volonté de son Père : ainsi Marie ne veut et n’aime que la seule volonté et l’amour de son Fils. Ils n’eurent, un temps, qu’un même cœur, et c’était un symbole. Si ce cœur s’est dédoublé, les deux parts ne se sont pas disjointes ; leur battement est toujours un et leurs objets ne se distinguent pas.

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Aussi Jésus ne craint-il point de n’être pas compris. Il ne dit point, remarque Origène : Celui-ci est aussi votre fils, ou désormais votre fils ; mais simplement et absolument : votre fils, voulant marquer et sachant qu’elle entend : celui-ci est votre, et tous les miens sont vôtres au nom même de votre maternité à mon égard; car ils ne sont pas d’autres que moi; ils sont mon corps même, mon corps spirituel, et vous, ma mère selon l’esprit comme selon la chair, vous êtes donc leur mère.

Heureuse déclaration ! plus heureuse réalité, qui associe pour le salut de l’homme Celui qui est sa force et celle qui est sa douceur, la douceur étant une force elle-même, en cette vie où l’âpreté du devoir est parfois plus à craindre que ses périls.

Messe « in Coena Domini » en ce Jeudi Saint

Messe « in Coena Domini » en ce Jeudi Saint

Dans l’après-midi de ce Jeudi Saint, juste avant 15 heures, le pape François s’est rendu à Civitavecchia, ville portuaire au Nord de Rome, dans le nouveau complexe pénitentiaire, pour célébrer la Sainte Messe « in Coena Domini » avec les personnes qui y sont détenues. Il a lavé les pieds de douze détenus, et pris le temps, après la messe, d’échanger avec de nombreux prisonniers et des membres du personnel.

Puis, après la proclamation du Saint Évangile, le Saint-Père a prononcé l’homélie au pied levé. A la fin de l’homélie, le Pape François a répété le geste de Jésus lors de la Dernière Cène, lorsque le Seigneur a lavé les pieds de ses disciples en signe d’amour poussé jusqu’au service et à l’humiliation, envers 12 prisonniers, hommes et femmes, y compris des personnes d’âges différents et de nationalités différentes.

A la fin de la messe, le directeur de la prison a adressé quelques mots de remerciement au Saint-Père et a offert en cadeau une estampe de l’ancien port de Civitavecchia, des produits du jardin cultivé par les détenus et des œuvres réalisées par le personnel et les détenus. Puis le pape a salué une cinquantaine de personnes, représentant les détenus, les agents et le personnel de la prison.

Voici l’homélie prononcée par le Saint-Père :

Chaque jeudi saint, nous lisons ce passage de l’Évangile : c’est une chose simple. Jésus, avec ses amis, ses disciples est au souper, le souper pascal; Jésus lave les pieds de ses disciples – une chose étrange qu’il a faite : à ce moment-là, les esclaves se lavaient les pieds à l’entrée de la maison. Et puis, Jésus – d’un geste qui touche aussi le cœur – lave les pieds du traître, celui qui le vend.

Ainsi est Jésus et il nous enseigne ceci simplement : parmi vous, vous devez vous laver les pieds. C’est le symbole : parmi vous, vous devez vous servir ; l’un sert l’autre, sans intérêt. Comme ce serait bien si c’était possible de le faire tous les jours et pour tout le monde : mais il y a toujours de l’intérêt, c’est comme un serpent qui entre.

Et on est scandalisé quand on dit : « Je suis allé dans cette fonction publique, ils m’ont fait payer un pourboire ». Cela fait mal, parce que ce n’est pas bon. Et nous, plusieurs fois, dans la vie, nous recherchons notre intérêt, comme si nous faisions payer un pourboire entre nous.

Au lieu de cela, il est important de tout faire sans intérêt : l’un sert l’autre, l’un est le frère de l’autre, l’un fait grandir l’autre, l’un corrige l’autre, et donc il faut faire avancer les choses. Servir! Et puis, le cœur de Jésus, qui dit au traître : « Ami » et qui l’attend aussi, jusqu’au bout : pardonne tout. Je voudrais mettre ceci aujourd’hui dans le cœur de chacun de nous, même dans le mien : Dieu pardonne tout et Dieu pardonne toujours !

C’est nous qui en avons assez de demander pardon. Et chacun de nous, peut-être, a quelque chose dans son cœur, qu’il porte depuis un certain temps, qui fait de lui un squelette caché dans le placard. Mais, demandez pardon à Jésus : Il pardonne tout. Il veut juste notre confiance pour demander pardon. Vous pouvez le faire lorsque vous êtes seul, lorsque vous êtes avec d’autres compagnons, lorsque vous êtes avec le prêtre.

C’est une belle prière pour aujourd’hui : « Mais, Seigneur, pardonne-moi. Je vais essayer de servir les autres, mais tu me sers avec ton pardon ». Ainsi, il a payé par le pardon. C’est la pensée que je voudrais vous laisser. Servez-vous, aidez-vous les uns les autres et assurez-vous que le Seigneur pardonne. Et combien pardonne-t-il ? Tout! Et jusqu’où ? Toujours! Il ne se lasse pas de pardonner : c’est nous qui nous lassons de demander pardon.

Et maintenant, je vais essayer de faire le même geste que Jésus a fait : laver les pieds. Je le fais avec le cœur parce que nous, les prêtres, devons être les premiers à servir les autres, pas à les exploiter. Le cléricalisme nous conduit parfois dans cette voie. Mais nous devons servir.

C’est un signe, un signe aussi d’amour pour ces frères et sœurs et pour vous tous ici présents ; un signe qui signifie : « Je ne juge personne. J’essaie de servir tout le monde ». Il y a Celui qui juge, mais c’est un Juge un peu étrange, le Seigneur : il juge et pardonne. Nous suivons cette cérémonie avec le désir de nous servir et de nous pardonner. »


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse