Quatrième pilier de la spiritualité vincentienne : la Vierge Marie
AUX ASSOCIÉS DE LA MÉDAILLE MIRACULEUSE,
La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous !
P. Tomaz Mavric, Supérieur Général, Congrégation de la Mission.
Dans cette lettre de Carême, nous méditerons sur la Bienheureuse Vierge Marie, le quatrième pilier de la spiritualité de notre Fondateur saint Vincent de Paul, après ceux de l’Incarnation, de la Sainte Trinité et de l’Eucharistie.
La Médaille Miraculeuse est le symbole chrétien le plus répandu dans le monde après la croix. Cependant, beaucoup de personnes n’ont pas encore eu l’occasion de la connaître, de découvrir le message de Marie, de recevoir et de porter la Médaille.
Au début de ce Carême, 40 jours avec Jésus dans le désert, je voudrais inviter chacun de nous à remplir notre cœur de la chaleur, de la confiance, de la disponibilité et de tout l’amour qu’un fils ou une fille peut avoir envers sa mère.
Puissions-nous aussi assumer, renouveler ou approfondir notre attachement de toujours à son égard grâce à trois démarches qui nous aideront à nous rapprocher de Marie, notre Mère du Ciel, modèle prééminent qui nous montre le meilleur et le plus court chemin pour aller à Jésus, le but de notre vie et notre tout !
À l’Angélus, le Pape François nous invite à faire attention au langage utilisé qui peut « alimenter les préjugés, dresser des barrières » et « polluer le monde« . Puis il dénonce : sur les réseaux sociaux de nombreuses fake news et agressions. Le Souverain Pontife nous demande de réfléchir sur notre propre regard :
« Nous nous plaignons souvent de ce qui ne va pas dans la société, dans l’Église, dans le monde, sans nous poser de questions. Nous regardons les autres comme Dieu nous regarde qui ne voit pas les erreurs irrémédiables. en nous, mais les enfants qui ils ont tort. »
« Parlons-nous avec douceur ou polluons-nous le monde en répandant des poisons : critiquer, se plaindre, alimenter une agression généralisée ? »
Le mercredi des Cendres, le Saint Père invite à une journée de prière et de jeûne pour la paix en Ukraine.
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Dans un moment de crise et de tension, de peur et de déséquilibres internationaux, le Pape exhorte à la paix qui se construit à partir du langage. S’attardant sur l’Évangile de Luc d’aujourd’hui, dans lequel « Jésus nous invite à réfléchir sur notre regard et sur notre parole », il met en garde contre les conséquences d’un usage abusif et léger de la langue qui peut faire mal comme une arme.
Avec la langue on peut aussi nourrir les préjugés, dresser des barrières, attaquer et même détruire nos frères : le commérage fait mal et la calomnie peut être plus tranchante qu’un couteau !
Colère et agressivité dans le monde numérique
Un risque qui s’accroît surtout aujourd’hui dans le monde numérique : trop de mots qui « courent vite » et « véhiculent la colère et l’agressivité, alimentent les fausses nouvelles et profitent des peurs collectives pour répandre des idées déformées« . Le Souverain Pontife cite Dag Hammarskjöld, diplomate suédois secrétaire général de l’ONU de 1953 à 1961, prix Nobel de la paix : « Abuser de la parole, c’est mépriser l’être humain ».
Attention à utiliser les mots superficiellement
C’est vrai, tout comme il est vrai que « la façon dont on parle, on se rend compte de ce qu’il a dans le cœur ».
Les mots que nous utilisons disent qui nous sommes. Parfois, cependant, nous prêtons peu d’attention à nos mots et les utilisons superficiellement. Mais les mots ont du poids : ils nous permettent d’exprimer des pensées et des sentiments, de donner la parole aux peurs que nous avons et aux projets que nous avons l’intention de réaliser, de bénir Dieu et les autres.
Demandons-nous quel genre de mots nous utilisons, dit le Pape aux fidèles : « Des mots qui expriment l’attention, le respect, la compréhension, la proximité, la compassion, ou des mots qui visent principalement à nous rendre beaux devant les autres ? »
La paille et la poutre
De même, il faut aussi réfléchir sur son propre « regard« . Et c’est-à-dire, si vous vous concentrez « sur le fait de regarder la paille dans l’œil de votre frère sans remarquer le faisceau dans le nôtre« . Ce qui veut dire « être très attentif aux défauts des autres, même petits comme une paille, négligeant sereinement les nôtres, leur donnant peu de poids ».
Nous trouvons toujours des raisons de blâmer les autres et de nous justifier. Et bien des fois nous nous plaignons de choses qui ne vont pas dans la société, dans l’Église, dans le monde, sans d’abord nous remettre en question et sans nous engager d’abord à nous changer.
« Tout changement positif et fructueux doit commencer par nous-mêmes, sinon il n’y aura pas de changement. »
Reconnaissez vos propres misères
Ce faisant, « notre regard est aveugle ». Et si nous sommes aveugles « nous ne pouvons pas prétendre être des guides et des enseignants pour les autres : un aveugle, en effet, ne peut pas guider un autre aveugle« .
La première chose est donc « de regarder en nous pour reconnaître nos misères », car « si nous ne sommes pas capables de voir nos défauts, nous serons toujours enclins à grossir ceux des autres. Si, au contraire, nous reconnaissons nos erreurs et nos misères, la porte de la miséricorde s’ouvre pour nous ».
Voir le bien chez les autres, pas le mal
Il s’agit essentiellement de regarder les autres comme le Seigneur nous regarde « qui ne voit pas d’abord le mal, mais le bien ».
Dieu nous regarde ainsi : il ne voit pas en nous des erreurs irrémédiables, mais des enfants qui commettent des erreurs. Nous changeons de perspective. Il ne se concentre pas sur les erreurs mais sur les enfants qui font des erreurs… Dieu distingue toujours la personne de ses erreurs. Il croit toujours en la personne et est toujours prêt à pardonner les erreurs. Et nous savons que Dieu pardonne toujours.
Nous sommes tous appelés à faire de même : « Chercher non pas le mal chez les autres, mais le bien ».
L’Annonciation, par le maître de Liesborn (vers 1470, huile sur chêne) – Marie, modèle de l’accueil de la Parole de Dieu
Pour renouveler la foi de l’Église dans la Parole de Dieu, il est nécessaire de regarder là où la réciprocité entre la Parole de Dieu et la foi s’est accomplie parfaitement, c’est-à-dire chez la Vierge Marie, « qui par son ‘oui’ à la parole de l’Alliance et à sa mission, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité ».
La réalité humaine, créée par le Verbe, trouve vraiment son plein accomplissement dans la foi obéissante de Marie. De l’Annonciation à la Pentecôte, elle se présente à nous comme la femme totalement disponible à la volonté de Dieu. Elle est l’Immaculée Conception, celle qui est « pleine de la grâce » de Dieu (cf. Lc 1, 28), docile à la Parole divine de façon inconditionnelle (cf. Lc 1, 38).
Sa foi obéissante place son existence à chaque instant face à l’initiative de Dieu. Vierge à l’écoute, elle vit en pleine syntonie avec la volonté divine ; elle garde dans son cœur les événements de la vie de son Fils, en les ordonnant en une seule mosaïque (cf. Lc 2, 19.51).
À notre époque, il est nécessaire que les fidèles soient initiés à mieux découvrir le lien entre Marie de Nazareth et l’écoute croyante de la Parole divine...
En effet, ce que l’intelligence de la foi a saisi concernant Marie se situe au centre le plus intime de la vérité chrétienne. En réalité, l’incarnation du Verbe ne peut être pensée en faisant abstraction de la liberté de cette jeune fille qui, par son assentiment, coopère de façon décisive à l’entrée de l’Éternel dans le temps.
Elle est la figure de l’Église à l’écoute de la Parole de Dieu qui, en elle, s’est faite chair. Marie est aussi le symbole de l’ouverture à Dieu et aux autres ; de l’écoute active qui intériorise, qui assimile et où la Parole divine devient la matrice de la vie.
À ce point, je désire attirer l’attention sur la familiarité de Marie avec la Parole de Dieu. C’est ce qui resplendit avec une force particulière dans le Magnificat.
Ici, en un certain sens, on voit comment elle s’identifie à la Parole, comment elle entre en elle; dans ce merveilleux cantique de foi, la Vierge exalte le Seigneur avec sa propre Parole.
Le Magnificat, – portrait, pour ainsi dire, de son âme – est entièrement tissé de fils de l’Écriture Sainte, de fils extraits de la Parole de Dieu.
On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu.
De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée.
En outre, la référence à la Mère de Dieu nous montre comment l’agir de Dieu dans le monde implique aussi notre liberté parce que, dans la foi, la Parole divine nous transforme. Aussi, notre action apostolique et pastorale ne pourra jamais être efficace si nous n’apprenons pas de Marie à nous laisser modeler par l’œuvre de Dieu en nous.
L’attention pleine d’amour et de dévotion à la figure de Marie comme modèle et archétype de la foi de l’Église, est d’une importance capitale pour opérer aujourd’hui aussi un changement concret de paradigme dans la relation de l’Église avec la Parole, aussi bien dans l’attitude d’écoute orante qu’à travers la générosité de l’engagement pour la mission et l’annonce.
Contemplant chez la Mère de Dieu une existence totalement modelée par la Parole, nous découvrons aussi que nous sommes appelés à entrer dans le mystère de la foi, par laquelle le Christ vient demeurer dans notre vie.
Chaque chrétien qui croit, nous rappelle saint Ambroise, conçoit et engendre en un certain sens, le Verbe de Dieu en lui-même : s’il n’y a qu’une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous.
Donc ce qui est arrivé à Marie peut arriver en chacun de nous, chaque jour, dans l’écoute de la Parole et dans la célébration des Sacrements.
N° 27-28 DE L’EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE VERBUM DOMINI DU PAPE BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES, AU CLERGÉ, AUX PERSONNES CONSACRÉES ET AUX FIDÈLES LAÏCS SUR LA PAROLE DE DIEU DANS LA VIE ET DANS LA MISSION DE L’ÉGLISE – 30 septembre 2010
Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse