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sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Prière du Pape pour les victimes de la guerre dans Mossoul en ruine

Prière du Pape pour les victimes
de la guerre dans Mossoul en ruine

Après avoir atterri à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, dimanche matin, le Saint-Père a été accueilli par l’archevêque d’Erbil des Chaldéens, par l’archevêque de Hadiab-Erbil dei Siri, par le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani; par le Premier ministre, Masrour Barzani; et par certaines autorités civiles et religieuses.

 

Puis, après une brève rencontre, dans le salon présidentiel de l’aéroport, avec ces derniers, le pape François s’est rendu à Mossoul, au cœur de la province de Ninive et chef-lieu de la Haute-Mésopotamie, ville martyre qui fut jusqu’en 2017 l’une des bases de l’État islamique. Il y a présidé une prière , en hommage aux victimes de la guerre, implorant le pardon «pour tous ceux qui ont fait du mal à leurs frères et à leurs sœurs».

L’image était particulièrement forte: la tribune installée pour accueillir le Saint-Père a été placée sur une place où figurent les ruines de quatre églises détruites par Daesh, parmi lesquelles l’église catholique de l’Immaculée Conception, symbole des destructions d’une ville qui fut occupée par l’État islamique de 2014 à 2017 et qui fut le théâtre de l’exil de nombreux habitants, chrétiens en particulier.

Le Pape  a été d’abord salué par Mgr Michael Najeeb, l’archevêque chaldéen de la ville et deux personnes, un prêtre catholique et un musulman qui ont livré un témoignage sur la paix et la coexistence entre les religions.

La coexistence, cœur de l’identité de la ville

«La diminution tragique des disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient, est un dommage incalculable non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société elle-même qu’ils laissent derrière eux

«Un tissu culturel et religieux aussi riche de diversité est affaibli par la perte de n’importe lequel de ses membres, aussi petit soit-il. Comme dans un de vos tapis artistiques, un petit fil arraché peut endommager l’ensemble.»

«Aujourd’hui nous élevons nos voix en prière vers Dieu Tout-Puissant pour toutes les victimes de la guerre et des conflits armés. Ici à Mossoul, les tragiques conséquences de la guerre et des hostilités ne sont que trop évidentes.»

Une tempête inhumaine et destructrice

«Comme il est cruel que ce pays, berceau de civilisations, ait été frappé par une tempête aussi inhumaine, avec d’antiques lieux de culte détruits et des milliers et des milliers de personnes – musulmanes, chrétiennes, yézidies et autres – anéanties cruellement par le terrorisme, déplacées de force ou tuées !»

Aujourd’hui,  «nous réaffirmons notre conviction que la fraternité est plus forte que le fratricide, que l’espérance est plus forte que la mort, que la paix est plus forte que la guerre. Cette conviction parle d’une voix plus éloquente que celle de la haine et de la violence; et jamais elle ne pourra être étouffée dans le sang versé par ceux qui pervertissent le nom de Dieu en parcourant des chemins de destruction».

Ce moment émouvant s’est achevé par l’inauguration d’une stèle commémorative et par le lancé d’une colombe, symbole d’une paix retrouvée.

Prière du Saint-Père pour les victimes de la guerre

Paroles introductives du Saint-Père

Avant de prier pour toutes les victimes de la guerre dans cette ville de Mossoul, en Iraq et dans tout le Moyen Orient, je voudrais partager avec vous ces pensées:

Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est – il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom.

Si Dieu est le Dieu de la paix – et il l’est – il ne nous est pas permis de faire la guerre en son nom.

Si Dieu est le Dieu de l’amour – et il l’est – il ne nous est pas permis de haïr nos frères.

Maintenant prions ensemble pour toutes les victimes de la guerre, afin que Dieu Tout Puissant leur accorde la vie éternelle et la paix sans fin, et qu’il les accueille dans ses bras très aimants. Et prions aussi pour nous tous, afin qu’au-delà des appartenances religieuses, nous puissions vivre en harmonie et en paix, conscients qu’aux yeux de Dieu nous sommes tous frères et sœurs.

*

«Dieu très haut, Seigneur du temps et de l’histoire, par amour tu as créé le monde et tu ne cesses jamais de déverser tes bénédictions sur tes créatures. Toi, au-delà de l’océan de la souffrance et de la mort, au-delà des tentations de la violence, de l’injustice et du gain inique, accompagne tes fils et tes filles avec un tendre amour de Père.

Mais nous les hommes, ingrats à l’égard de tes dons et distraits par nos préoccupations et par nos ambitions trop terrestres, nous avons souvent oublié tes desseins de paix et d’harmonie. Nous nous sommes enfermés en nous-mêmes et dans nos intérêts partisans et, indifférents à toi et aux autres, nous avons fermé les portes à la paix.

S’est ainsi répété ce que le prophète Jonas avait entendu dire de Ninive : la méchanceté des hommes est montée jusqu’au ciel (cf. Jon 1, 2). Nous n’avons pas élevé des mains pures vers le Ciel (cf.1 Tm 2, 8), mais de la terre est monté une fois encore le cri du sang innocent (cf. Gn 4, 10).

Les habitants de Ninive, dans le récit de Jonas, ont écouté la voix de ton prophète et ont trouvé le salut dans la conversion. Nous aussi, Seigneur, alors que nous te confions les nombreuses victimes de la haine de l’homme contre l’homme, nous invoquons ton pardon et nous implorons la grâce de la conversion:

Kyrie eleison ! Kyrie eleison ! Kyrie eleison !

Seigneur notre Dieu, dans cette ville, deux symboles témoignent du perpétuel désir de l’humanité de se rapprocher de toi : la mosquée Al-Nouri avec son minaret Al Hadba, et l’église Notre Dame de l’horloge. C’est une horloge qui depuis plus de cent ans rappelle aux passants que la vie est brève et que le temps est précieux.

Apprend-nous à comprendre que tu nous as confié ton dessein d’amour, de paix et de réconciliation, afin que nous le réalisions dans le temps, au cours du bref passage de notre vie terrestre. Fais-nous comprendre que c’est seulement en le mettant en pratique sans délai, que cette ville et ce pays pourront être reconstruits et que les cœurs déchirés par la douleur pourront être guéris.

Aide-nous à ne pas passer notre temps au service de nos intérêts égoïstes, personnels ou de groupe, mais au service de ton dessein d’amour. Et quand nous nous égarons, fais que nous puissions écouter la voix des vrais hommes de Dieu et nous ressaisir à temps, pour ne pas nous laisser ruiner encore par la destruction et la mort.

Nous te confions ceux dont la vie terrestre a été écourtée par la main violente de leurs frères, et nous t’implorons aussi pour tous ceux qui ont fait du mal à leurs frères et à leurs sœurs : qu’ils se repentent, touchés par la puissance de ta miséricorde.

Requiem æternam dona eis, domine, et lux perpetua luceat eis. Requiescant in pace. Amen.»

 

Avoir la capacité de pardonner et le courage de se battre

Qaraqosh :
avoir la capacité de pardonner et le courage de se battre

Le Pape en Irak
Le Pape en Irak

Pour la deuxième étape de sa visite dans la plaine de Ninive ce dimanche, le Pape François est allé à la rencontre de la communauté chrétienne de Qaraqosh, ville située à une trentaine de kilomètres de Mossoul. Les chrétiens la ville martyre de la plaine de Ninive, ont accueilli à bras ouverts le Pape qui a invité ses habitants à valoriser leur héritage spirituel, essentiel dans la reconstruction de la ville et du pays, à ne pas abandonner et à ne jamais perdre espoir.

Le Pape François, de la cathédrale de l’Immaculée Conception, a prié l’Angélus, en prononçant des paroles de réconfort: avec les yeux de la foi, même face à la dévastation, voir le triomphe de la vie sur la mort.

Le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot. Le pape François lance le message de rédemption et d’espoir de Qaraqosh. Ici, dans la plaine de Ninive, à quelques kilomètres de Mossoul, vivait autrefois la plus grande communauté chrétienne du pays, avant la fureur de l’État islamique, qui l’occupa dans la nuit du 7 août 2014, détruisant des maisons et forçant 120 000 chrétiens à fuir et nombre d’entre eux à avoir une vie de personnes déplacées au Kurdistan irakien.

De cette ville, symbole du martyre des chrétiens du troisième millénaire, de la cathédrale de l’Immaculée Conception, aujourd’hui reconstruite mais depuis trois ans le champ de tir de la milice et qui en partie montre encore les témoignages de la violence de l’EI, le Pape a dit :

« Cette assemblée qui est la nôtre montre que le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot. Le dernier mot appartient à Dieu et à son Fils qui vainc le péché et la mort. Même au milieu des ravages du terrorisme et de la guerre, nous pouvons voir, avec les yeux de la foi, le triomphe de la vie sur la mort. »

Il est temps de reconstruire, l’Église est proche des chrétiens

Le regard du Pape passe des habitants de cette ville, qui l’attendaient avec tant d’espoir, qui ont été témoins de « diversité culturelle et religieuse » et d’une beauté qui brille « pour la variété et les différences« , aux signes de destruction, « de violence, de haine. et la guerre ».

Tant de choses ont été détruites et tant de choses doivent être reconstruites, prévient le Pape, qui exhorte le peuple à suivre l’exemple de ceux qui auparavant dans ce lieu, « adoraient et louaient Dieu », qui persévéraient « avec une ferme espérance » sur le chemin terrestre. , laissant un grand héritage spirituel:

« Embrassez cet héritage! Cet héritage est votre force! Il est maintenant temps de reconstruire et de recommencer, en se confiant à la grâce de Dieu, qui guide le sort de chaque homme et de tous les peuples. Vous n’êtes pas seul! Toute l’Église est proche de vous, avec la prière et la charité concrète. Et dans cette région, beaucoup d’entre vous ont ouvert leurs portes en cas de besoin.

Continuer de rêver, ne perds jamais la foi et l’espoir

C’est le moment de restaurer les bâtiments et les liens qui unissent tout le monde, exhorte le Pape, car l’union des personnes âgées et des jeunes préserve l’avenir, à travers l’héritage de la terre, de la culture et de la tradition, mais surtout de la foi:

« Je vous encourage à ne pas oublier qui vous êtes et d’où vous venez! Pour garder les liens qui vous unissent, pour garder vos racines! Il y a certainement des moments où la foi peut faiblir, où il semble que Dieu ne voit pas et n’agit pas. Cela était vrai pour vous dans les jours les plus sombres de la guerre, et c’est également vrai en ces jours de crise sanitaire mondiale et de grande insécurité. Dans ces moments, souvenez-vous que Jésus est à vos côtés. N’arrêtez pas de rêver! N’abandonnez pas, ne perdez pas espoir. »

Non au terrorisme et à l’exploitation de la religion

L’Irak est la terre de nombreux hommes et femmes, «saints d’à côté», qui sauront vous accompagner vers un avenir meilleur. Le Pape reprend les paroles de Madame Sabah Abdallah, témoin chrétien de la férocité de l’État Islamique, mère de l’un des nombreux, trop nombreux, petits martyrs de la ville, pour réitérer que le pardon est nécessaire « par ceux qui ont survécu aux attentats terroristes. « :

« Pardon: c’est un mot clé. Le pardon est nécessaire pour rester amoureux, pour rester chrétien. Le chemin du rétablissement complet est peut-être encore long, mais je vous demande, s’il vous plaît, de ne pas vous décourager. Il faut la capacité de pardonner et, en même temps, le courage de se battre. Je sais que c’est très difficile. Mais nous croyons que Dieu peut apporter la paix sur cette terre. Nous lui faisons confiance et, avec toutes les personnes de bonne volonté, nous disons « non » au terrorisme et à l’exploitation de la religion. »

Respect des femmes, elles donnent la vie malgré leurs blessures

Les dons et les promesses de Dieu ne doivent pas être oubliés, demande à nouveau François, car la gratitude vient de la « mémoire du passé » qui « façonne le présent » et « porte vers l’avenir » :

« Ne nous lassons pas de prier pour la conversion des cœurs et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de l’amour fraternel, dans le respect des différences, des différentes traditions religieuses, dans l’effort de construire un avenir d’unité et de collaboration entre toutes les personnes de bonne volonté . »

Le Pape a conclu par un regard tourné vers toutes les mères et femmes d’Irak, les remerciant pour leur courage:

« Je tiens à remercier chaleureusement toutes les mères et femmes de ce pays, des femmes courageuses qui continuent de donner la vie malgré les abus et les blessures. Que les femmes soient respectées et protégées! Qu’ils reçoivent de l’attention et des opportunités! »

Les mères « consolent, réconfortent, donnent la vie » et c’est ainsi que fait Notre-Dame, cette Mère à qui le Pape, à l’issue de la rencontre, confie tout le peuple chrétien de la terre martyre d’Irak. Et à l’intercession de la Vierge Marie est dédiée la signature de François sur le Livre d’honneur, à l’issue de la rencontre de Qaraqosh:

« De cette église détruite et reconstruite, symbole de l’espérance de Qaraqosh et de tout l’Irak, j’invoque Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, pour le don de la paix. »

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Sainte Messe à la cathédrale chaldéenne de Saint Joseph à Bagdad

le Pape en Irak
le Pape en Irak

Cet après-midi, après avoir quitté la nonciature apostolique de Bagdad, le Saint-Père François s’est rendu à la cathédrale chaldéenne de Saint Joseph où, à 18h00 heure locale, il a présidé la messe.

Lors de la célébration eucharistique, après la proclamation du Saint Évangile, le Pape a prononcé l’homélie. A la fin de la Sainte Messe, avant la bénédiction finale, le Président de l’Assemblée des évêques catholiques d’Irak, Sa Béatitude le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens, a adressé une salutation au Saint-Père. Puis le Pape François est retourné à la nonciature apostolique de Bagdad.

*

Voici l’homélie prononcée lors de la Sainte Messe:

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN IRAK
[5-8 MARS 2021]

MESSE A BAGDAD

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Cathédrale chaldéenne Saint-Joseph à Bagdad
Samedi 6 mars 2021

La Parole de Dieu nous parle aujourd’hui de sagesse, de témoignage et de promesses.

Sagesse

La sagesse sur ces terres a été cultivée depuis des temps très anciens. Sa recherche a depuis toujours fasciné l’homme; mais souvent, celui qui a davantage de moyens peut acquérir plus de connaissances et avoir plus d’opportunités, tandis que celui qui en a moins est mis de côté. C’est une inégalité inacceptable qui s’est étendue aujourd’hui.

Mais le Livre de la Sagesse nous surprend en renversant la perspective. Il dit que «au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » (Sg 6, 6). Pour le monde, celui qui a moins est écarté et celui qui a plus est privilégié. Pour Dieu non: celui qui a plus de pouvoir est soumis à un examen rigoureux, tandis que les derniers sont les privilégiés de Dieu.

Jésus, la Sagesse en personne, complète ce renversement dans l’Évangile: non pas à un moment quelconque, mais au début de son premier discours, avec les Béatitudes. Le renversement est total: les pauvres, ceux qui pleurent, les persécutés sont dits bienheureux. Comment est-ce possible? Bienheureux, pour le monde, sont les riches, les puissants, les célèbres!

A de la valeur celui qui possède, celui qui peut, celui qui compte ! Pour Dieu non: n’est pas plus grand celui qui possède, mais celui qui est pauvre en esprit ;non pas celui qui peut tout sur les autres, mais celui qui est doux avec tous ; non pas celui qui est acclamé par les foules, mais celui qui est miséricordieux envers son frère. A ce point, il peut y avoir un doute: si je vis comme Jésus demande, qu’est-ce que j’y gagne ? Est-ce que je ne risque pas de me faire marcher sur les pieds par les autres ? La proposition de Jésus convient-elle? Ou est-elle perdante ? Elle n’est pas perdante, mais sage.

La proposition de Jésus est sage parce que l’amour, qui est le cœur des Béatitudes, même s’il paraît faible aux yeux du monde, en réalité est gagnant. Sur la croix il s’est montré plus fort que le péché, dans le sépulcre il a vaincu la mort. C’est le même amour qui a rendu les martyrs victorieux dans l’épreuve, et combien il y en a eu au siècle dernier, plus que dans les précédents !

L’amour est notre force, la force de nombreux frères et sœurs qui, ici aussi, ont subi des préjugés et des offenses, des mauvais traitements et des persécutions pour le nom de Jésus. Mais tandis que la puissance, la gloire et la vanité du monde passent, l’amour demeure: comme nous l’a dit l’Apôtre Paul, « l’amour ne passera jamais » (1 Co 13, 8). Vivre les Béatitudes, alors, c’est rendre éternel ce qui passe. C’est porter le Ciel sur la terre.

Témoignage

Mais comment se pratiquent les Béatitudes? Elles ne demandent pas de faire des choses extraordinaires, d’accomplir des exploits qui vont au-delà de nos capacités. Elles demandent le témoignage quotidien. Bienheureux est celui qui vit avec douceur, qui pratique la miséricorde là où il se trouve, qui maintient le cœur pur là où il vit.

Pour devenir bienheureux, il n’est pas nécessaire d’être des héros de temps à autre, mais des témoins chaque jour. Le témoignage est le chemin pour incarner la sagesse de Jésus. C’est ainsi que l’on change le monde: non pas par le pouvoir ou par la force, mais avec les Béatitudes.

Parce que c’est ce qu’a fait Jésus, en vivant jusqu’au bout ce qu’il avait dit au début. Tout consiste à témoigner de l’amour de Jésus, de la même charité que saint Paul décrit magnifiquement dans la deuxième lecture d’aujourd’hui. Voyons comment il la présente.

Pour commencer il dit que «la charité est longanime» (v. 4). Nous ne nous attendions pas à cet adjectif. Amour semble être synonyme de bonté, de générosité, de bonnes œuvres; pourtant Paul dit que la charité est avant tout longanime. C’est une parole qui, dans la Bible, raconte la patience de Dieu.

Tout au long de l’histoire, l’homme a continué à trahir l’alliance avec lui, à tomber dans les mêmes péchés, et le Seigneur, au lieu de se lasser et de s’en aller, chaque fois est demeuré fidèle, a pardonné, a recommencé. La patience de recommencer à chaque fois est la première qualité de l’amour, parce que l’amour ne s’indigne pas, mais repart toujours. Il ne s’attriste pas, mais stimule ; il ne se décourage pas, mais il reste créatif.

Face au mal, il n’abandonne pas, il ne se résigne pas. Celui qui aime ne s’enferme pas en lui-même quand les choses vont mal, mais il répond au mal par le bien, en rappelant la sagesse victorieuse de la croix. Le témoin de Dieu fait ainsi: il n’est pas passif, fataliste, il ne vit pas à la merci des circonstances, de l’instinct et de l’instant, mais il est toujours plein d’espoir, parce qu’il est fondé dans l’amour qui «supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout» (v. 7).

Nous pouvons nous demander: et moi, comment est-ce que je réagis aux situations qui ne vont pas ? Face aux épreuves, il y a toujours deux tentations. La première est la fuite: fuir, tourner le dos, ne plus vouloir savoir. La seconde est de réagir avec colère, par la force. C’est ce qui est arrivé aux disciples à Gethsémani: devant le trouble, plusieurs s’enfuirent et Pierre prit l’épée.

Mais ni la fuite ni l’épée n’ont résolu quoi que ce soit. Jésus, par contre, a changé l’histoire. Comment? par la force humble de l’amour, par son témoignage patient. Nous sommes appelés à faire ainsi; Dieu réalise ses promesses de cette manière.

Promesses.

La sagesse de Jésus, qui s’incarne dans les Béatitudes, demande le témoignage et offre la récompense contenue dans les promesses divines. Nous voyons en effet que chaque béatitude est suivie d’une promesse: celui qui les vit aura le Royaume des Cieux, il sera consolé, rassasié, il verra Dieu… (cf. Mt 5, 3-12). Les promesses de Dieu assurent une joie sans égale et ne déçoivent pas.

Mais comment s’accomplissent-elles ? A travers nos faiblesses. Dieu rend bienheureux ceux qui parcourent jusqu’au bout le chemin de leur pauvreté intérieure. La route est celle-là, il n’y en a pas d’autre. Regardons le patriarche Abraham. Dieu lui promet une nombreuse descendance, mais lui et Sara sont âgés et sans enfants.

Précisément dans leur vieillesse patiente et confiante Dieu opère des merveilles et leur donne un fils. Regardons Moïse: Dieu lui promet qu’il libèrera le peuple de l’esclavage et pour cela il lui demande de parler au pharaon. Moïse fait remarquer qu’il est embarrassé pour parler, pourtant Dieu réalisera la promesse à travers ses paroles.

Regardons la Vierge qui, en raison de la Loi, ne peut avoir d’enfant, est appelée à devenir mère. Et regardons Pierre: il renie le Seigneur et c’est lui que Jésus appelle à confirmer ses frères. Chers frères et sœurs, parfois nous pouvons nous sentir incapables, inutiles. N’y croyons pas, car Dieu veut accomplir des prodiges précisément à travers nos faiblesses.

Il aime faire ainsi et, ce soir, huit fois de suite, il nous a dit tūb’ā [bienheureux], pour nous faire comprendre qu’avec lui nous le sommes réellement. Certes, nous sommes éprouvés, nous tombons souvent, mais nous ne devons pas oublier qu’avec Jésus, nous sommes bienheureux. Ce que le monde nous enlève n’est rien comparé à l’amour tendre et patient avec lequel le Seigneur accomplit ses promesses.

Chère sœur, cher frère, peut-être que tu regardes tes mains et elles te semblent vides, peut-être que dans ton cœur la méfiance s’insinue et que tu ne te sens pas récompensé par la vie. Si c’est le cas, ne crains pas: les Béatitudes sont pour toi, pour toi qui es affligé, affamé et assoiffé de justice, persécuté. Le Seigneur te promet que ton nom est écrit dans son cœur, dans les Cieux!

Et moi aujourd’hui je le remercie avec vous et pour vous, car ici, là où dans l’antiquité est née la sagesse, en ces temps-ci se sont levés beaucoup de témoins, souvent négligés par les chroniques, mais précieux aux yeux de Dieu; des témoins qui, vivant les Béatitudes, aident Dieu à réaliser ses promesses de paix.


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