L’Esprit Saint nous fait ressusciter de nos limites et de nos morts, il faut lui laisser de l’espace dans notre vie. C’est l’exhortation que ce matin le Pape a adressé dans l’homélie de la messe à Sainte-Marthe, en rappelant qu’il ne peut pas y avoir de vie chrétienne sans l’Esprit Saint.
Jésus et Nicodème -dessin de Rembrandt
Nous pouvons renaître «à partir du peu que nous sommes», de «notre existence pécheresse», seulement avec «l’aide de la force elle-même qui a fait ressusciter le Seigneur, avec la force de Dieu», et c’est pour cela que «le Seigneur nous a envoyé l’Esprit Saint». Seuls, nous ne pouvons rien faire. C’est la réponse de Jésus à Nicodème, proposée par l’Évangile du jour, tiré du 3e chapitre de Saint-Jean.
Jésus parle de «renaître d’en haut». Le message de la Résurrection du Seigneur est «ce don de l’Esprit Saint» et, en effet, dans la première apparition de Jésus aux apôtres, le même dimanche que la Résurrection, il leur dit : «Recevez l’Esprit Saint.»
«Ceci est la force ! Nous ne pouvons rien faire sans l’Esprit» La vie chrétienne ne consiste pas seulement dans le fait de bien se comporter, mais de renaître de l’Esprit en lui laissant de la place :
«C’est l’Esprit qui nous fait ressusciter de nos limites, de nos morts, parce que nous avons tellement de nécroses dans notre vie, dans l’âme. Le message de la Résurrection est celui de Jésus à Nicodème : il faut renaître. Mais comment laisse-t-on de la place à l’Esprit ? Une vie qui se dit chrétienne, mais qui ne laisse pas de place à l’Esprit et ne se laisse pas porter en avant par l’Esprit est une vie païenne, déguisée en chrétienne.»
«L’Esprit est le protagoniste de la vie chrétienne, l’Esprit Saint, qui est avec nous, nous accompagne, nous transforme, vainc avec nous. Personne n’est jamais monté au ciel, sinon Celui qui est descendu du ciel, c’est-à-dire Jésus. Lui, Il est descendu du ciel. Et Lui, au moment de la Résurrection, Il nous dit : “Recevez l’Esprit Saint”, Il sera le compagnon de vie, de vie chrétienne.»
Pas de vie chrétienne sans l’Esprit Saint, qui est «le compagnon de chaque jour», don du Père, don de Jésus. «Demandons au Seigneur qu’il nous donne cette conscience que l’on ne peut pas être chrétiens sans cheminer avec l’Esprit Saint, sans agir avec l’Esprit Saint, sans laisser l’Esprit Saint être le protagoniste de notre vie.»
Les chrétiens ne doivent pas accumuler les richesses, mais les mettre plutôt à disposition des plus nécessiteux, à l’image de la première communauté chrétienne guidée par les Apôtres, dont la vie est décrite dans la première lecture du jour, tirée du livre des Actes des Apôtres.
pour renaître de l’Esprit
Trois grâces sont à demander aux communautés chrétiennes : l’harmonie, la pauvreté et la patience. La conversation nocturne entre Jésus et Nicodème – au centre de la liturgie de la parole – se consacre au thème de la « renaissance », ce qui signifie « renaître de l’Esprit ».
Les lectures de la veille invitaient à « réfléchir à l’une des nombreuses transformations » que l’Esprit opère : donner du « courage », transformer l’homme « d’un lâche et craintif » en « courageux pour annoncer Jésus sans crainte ». De personne en tant qu’individu, on passe à « ce que l’Esprit fait dans une communauté ».
Harmonie et bien commun, signes d’une communauté née de nouveau
En relisant le passage des Actes des Apôtres (4, 32-37) qui décrit les premières communautés chrétiennes on semble presque être confronté à la description d’un monde idéal: « Tout le monde était ami, tout le monde mettait en commun, personne ne se disputait. »
« C’est comme un résumé, comme si la vie s’arrêtait un peu et que l’Esprit de Dieu nous montrait ce qu’il pouvait faire dans une communauté, comment une communauté pourrait être transformée: une communauté diocésaine, une paroisse, une communauté religieuse, une communauté familiale. »
Dans cette description, sont à mettre en évidence deux signes caractéristiques de « renaissance dans une communauté ». D’abord l’harmonie: « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un cœur et une âme ». Qui est né de l’Esprit, c’est-à-dire qui a la « grâce de l’unité, de l’harmonie ». En fait, le Saint-Esprit est « le seul qui puisse nous donner l’harmonie » car « il est aussi l’harmonie entre le Père et le Fils ». Ensuite, il y a un deuxième signe, et c’est celui du « bien commun ». Dans l’écriture, nous lisons: « Aucun d’entre eux n’était dans le besoin, personne ne considérait comme sa propriété ce qui lui appartenait. »
Difficultés à purifier et persécutions
À ce stade, ces deux aspects ne sont qu’une « étape » dans le cheminement de la communauté renaissante. En fait, on commence également à rencontrer des « problèmes ». Par exemple, il y a le cas « du mariage d’Ananias et de Saphire », qui, entrant dans la communauté, « ont tenté de frauder la communauté ».
Une expérience négative qui de nos jours est semblable aux « maîtres bienfaiteurs qui s’approchent de l’Église, viennent pour l’aider et utilisent l’Église pour leurs propres affaires ». Puis il y a aussi « les persécutions » qui, de plus, avaient été « annoncées par Jésus. »
A cet égard, la dernière des béatitudes de Matthieu : » Heureux quand ils vous insultent, vous persécutent à cause de moi … Réjouissez-vous ». Jésus « a promis bien de belles choses, la paix, l’abondance: ‘Vous en aurez cent fois plus avec des persécutions' ».
Tout cela se trouve « dans la première communauté renaissante du Saint-Esprit », à laquelle Pierre explique : « Les frères ne s’émerveillent pas de ces persécutions, de ce feu qui a éclaté parmi vous ». « L’image du feu » est celle du « feu qui purifie l’or », c’est « l’or d’une communauté renaissant du Saint-Esprit purifié des difficultés, des persécutions ».
Le don de la patience dans les difficultés
Un troisième élément important : le « conseil de Jésus » donné à ceux qui se retrouvent au milieu de difficultés et de persécutions: « Ayez de la patience, car avec patience, vous sauverez vos vies, vos âmes ‘. » Nous avons besoin de « patience pour durer, supporter les problèmes, supporter les difficultés, supporter les médisances, les calomnies, les maladies, supporter la douleur de la perte d’un fils, de sa femme, de son mari, de sa mère, de son père … la patience. »
le non-cumul les richesses, mais leur gestion en vue du bien commun
Voici donc les trois éléments : une communauté chrétienne « montre qu’elle renaît dans le Saint-Esprit, quand c’est une communauté qui recherche l’harmonie » et non pas la division interne, « lorsqu’elle recherche la pauvreté » et « non l’accumulation de richesses » – les richesses, en fait, « sont pour le service » – et quand elle a de la patience, c’est-à-dire quand « elle ne se fâche pas immédiatement face aux difficultés et ne se sent pas offensée », parce que « le serviteur de Dieu, Jésus, est patient. »
« En cette deuxième semaine de Pâques » au cours de laquelle sont célébrés les mystères pascals, on doit « penser à nos communautés », qu’elles soient diocésaines, paroissiales, familiales ou religieuses, on doit demander trois grâces: celle de « l’harmonie, qui est plus que de l’unité », celle de la « pauvreté » – qui ne signifie pas « de la misère » : en fait, qui a une possession « doit bien la gérer pour le bien commun et avec générosité »- et enfin la grâce de la« patience ».
Nous devons en effet comprendre que non seulement « chacun de nous » a reçu la grâce de « renaître dans l’Esprit », mais que cette grâce est aussi pour « nos communautés ».
Pape François, homélie de la messe à Sainte Marthe le mardi 14 avril 2015
Rencontre de nuit entre Jésus et Nicodème – Crijn Hendricksz. Volmarijn, première moitié du XVIIe siècle
Que signifie vivre la Pâque, l’«esprit pascal»? Une question qui s’impose, car le chrétien court le risque de l’«idéalisation» et d’oublier que «notre foi est concrète». Lors de la première Messe après Pâques, le Pape a tracé le parcours à suivre: «Aller sur les routes de l’Esprit, sans compromis», en témoignant avec courage et franchise de la vérité.
Pour comprendre ce programme de vie, il faut un «changement de mentalité», se libérer des liens du «rationalisme» et adhérer à la «liberté» de l’Esprit. Et c’est ce que Jésus expliquait à Nicodème dans l’épisode évangélique de la visite nocturne (Jn, 3, 1-8).
Le Pape s’est arrêté sur la réponse de Jésus: «Mais que signifie “naître de l’Esprit”? Cela signifie “il vous fait naître d’en haut: le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit”». Dans ce message, on perçoit «un air de liberté».
Cela reste cependant un discours difficile et, «pour mieux le comprendre la première lecture nous éclaire». Dans le passage de la liturgie (Ac, 4, 23-31) on trouve «le final d’une histoire que la liturgie a proposée au cours de toute la semaine de Pâques. L’histoire de la guérison, par Pierre et Jean, de cet infirme qui était amené tous les jours à la porte du Temple, pour faire l’aumône».
La lecture de cet épisode jette une lumière sur le discours à Nicodème. Le Pape l’a expliqué en soulignant que «toutes les personnes qui étaient là au portique de Salomon», avaient «vu» et s’étaient émerveillés. Il s’agit précisément de «ce sentiment — plus qu’un sentiment: cet état d’âme que crée en nous la présence du Seigneur. L’émerveillement. La rencontre avec le Seigneur conduit à l’émerveillement».
Face à cela, les chefs, les grands prêtres, les docteurs de la loi, s’étaient «scandalisés» et, conscients que le miracle était public, ils se demandaient: «Que faisons-nous?». Ils voyaient cet infirme qui, selon le récit, «dansait de joie pour leur faire comprendre que Jésus l’avait guéri».
Les docteurs de la loi appelèrent les deux apôtres pour «leur dire de ne plus parler, de ne plus prêcher», mais quand «ils leur firent la proposition», Pierre — lui qui «avait renié Jésus trois fois» répondit: «Non! Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu. Et… nous continuerons ainsi».
Voilà le détail qui éclaircit tout. Les «deux mots» qui sont les mêmes que ceux avec lesquels Jean commence la première lettre: «Ce que nous avons vu et entendu». Il s’agit du caractère concret d’un fait, de la foi, de l’incarnation du Verbe».
Face à cela, «les chefs veulent entrer dans des négociations pour arriver à des compromis». Mais les apôtres «ne veulent pas de compromis; ils ont du courage. Ils ont la franchise de l’Esprit», «qui signifie parler ouvertement, avec courage». C’est le caractère concret de la foi.
Une conclusion qui concerne chaque chrétien: «Parfois nous oublions que notre foi est concrète: le “caractère concret de la foi” conduit à la franchise, au témoignage jusqu’au martyre, qui est contre les compromis ou l’idéalisation de la foi».
Pour ces docteurs de la loi «le Verbe ne s’est pas fait chair: il s’est fait loi». Au cours de l’histoire, très souvent cette Église «qui a condamné le rationalisme, les lumières», est elle aussi «tombée dans une théologie du “on peut et on ne peut pas”, “jusqu’ici, jusque là”, et elle a oublié la force, la liberté de l’Esprit, cette renaissance de l’Esprit qui donne la liberté, la franchise de la prédication, l’annonce que Jésus Christ est le Seigneur».
Ainsi, on comprend également l’«histoire des persécutions». «Demandons au Seigneur cette expérience de l’Esprit qui nous mène de l’avant, qui nous donne l’onction de la foi, l’onction du caractère concret de la foi». Les paroles adressées à Nicodème retentissent de nouveau:
«Ne t’émerveille pas si je t’ai dit: il vous fait naître d’en haut: le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit».
Le Pape a conclu par une prière: «Que le Seigneur nous donne cet Esprit pascal, d’aller sur les routes de l’Esprit sans compromis, sans rigidité, avec la liberté d’annoncer Jésus Christ comme Il est venu: en chair».
PAPE FRANÇOIS – MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE – Lundi 24 avril 2017