Septième jour de la neuvaine – Jésus rassure l’homme

Les disciples sont terrassés d’effroi. Jésus les touche et les rassure. «Et, eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul ». Nous pouvons trouver à cette phrase des sens divers, également vrais.
La condition normale du disciple de Jésus, en ce monde, est de s’attacher à la personne de Jésus, sans que celle ci revête les attributs extérieurs de la gloire divine. Le disciple doit voir «Jésus, seul», Jésus dans son humilité.
Si, à de rares moments, son image nous semble enveloppée de lumière, et si nous croyons entendre la voix du Père, désignant le Fils à notre affection, ces éclairs ne durent pas; et nous devons aussitôt retrouver Jésus, là où Il se trouve habituellement, au milieu de nos humbles et parfois difficiles devoirs quotidiens.
Le Christ lit dans les cœurs et y apprécie la disponibilité, la pureté et l’amour. Et bien qu’il soit souverainement juste, il choisit, il a des préférences. Il désire avoir autour de lui ceux qui le respectent et l’adorent avec ferveur. Cette fois-ci, il a choisi Pierre, Jacques et Jean (Mt 17,1). C’est chacun de nous qu’il choisit et qu’il appelle à le contempler dans la lumière de l’évangile et à le suivre.
Nous avons besoin d’un pont entre Dieu et l’homme : c’est le Christ, l’Homme-Dieu. Il nous montre le chemin. Il nous montre qui nous pouvons être et il nous donne le courage de nous présenter nous-mêmes devant notre Père céleste.
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Jésus transfiguré ne manifeste sa gloire que pour un temps, car il doit, avant de retourner au ciel, suivre ia voie douloureuse du Calvaire. Telle est la volonté de son Père, amoureusement acceptée par lui et dont il s’entretient avec Moïse et Élie, concertant, pour ainsi dire, avec eux l’exécution de cet ordre divin : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem » (Luc IX, 31).
Depuis ce jour, le Christ annonce à maintes reprises le baptême sanglant dont il doit être baptisé et multiplie les avertissements aux apôtres qui ne parviennent pas à se détacher de leurs rêves temporels. Il leur défend de répéter ce qu’ils ont vu, tant qu’il ne sera pas ressuscité, et eux conçoivent si peu un Messie souffrant qu’ils cherchent entre eux la signification de cette prédiction surprenante.
Il prophétise de nouveau sa Passion, et eux se gardent de le questionner sur ce point, par crainte de trop bien comprendre une réponse trop claire- Bien mieux, deux des témoins de la grande merveille, Jacques et Jean, n’hésitent pas à solliciter les premières places dans son royaume ; et Jésus de leur répondre qu’ils ne savent ce qu’ils demandent, et de leur promettre d’abord une part de son calice d’amertume, laissant au Père le soin de les récompenser un jour.
Tout de même, leur aveuglement n’est que partiel, et la Transfiguration a fait pénétrer là foi si avant dans leur âme qu’elle n’en sera pas arrachée par le drame du vendredi-saint, en dépit d’une éclipse passagère et d’une lâcheté trop certaine, Pierre et Jean, Jean surtout, n’abandonneront pas complètement Jésus souffrant. Ils seront les premiers à courir au tombeau.
Et quand au soir de Pâques, le Sauveur ressuscité se montrera k eux, ils croiront de tout leur cœur, disposés enfin à comprendre que le Christ devait souffrir pour entrer dans sa gloire. La descente du St-Esprit mettra le sceau à leur transformation.
Ils seront dans le monde les témoins héroïques du Maître, inébranlables dans leur foi, aimant à rappeler sa gloire magnifique un instant entrevue, mais prêts il être baptisés de son baptême, à boire son calice et à mêler leur sang au sien.
Chef-d’œuvre admirable de la grâce qui a conduit les humbles pêcheurs aux plus hauts sommets de la sainteté, consumant leur faiblesse dans la force des secours divins et le feu du sacrifice, leur donnant enfin accès à la montagne éternelle où l’on voit le Christ face à face et d’où on ne redescend pas.
Les desseins de la Providence à. l’égard du chrétien sont exactement semblables : la passion avant la glorification ; mais quelquefois, selon la miséricorde de Dieu, une sorte de transfiguration qui fortifie en vue de l’épreuve. Bien des âmes en ont fait l’expérience.
Dans des circonstances importantes, aux jours de grandes solennités de l’Église, dans l’intimité de l’union eucharistique, ou dans une pieuse méditation, le Christ nous emmène sur la montagne et se transfigure pour ainsi dire devant nous. Le sentiment de sa présence devient plus intense, la foi en sa divinité s’impose plus fortement.
Sa charité envahit et presse, augmente la conviction qu’il est le Fils unique, éternel et tout-puissant, mort et ressuscité, rédempteur et intercesseur, fait presque toucher du doigt la réalité de notre adoption surnaturelle. Il semble que le Père céleste se penche amoureusement vers nous et nous murmure à l’oreille du cœur : Vous êtes mon enfant bien-aimé ; eu vous je mets mes complaisances.
Un peu comme les hommes (mais avec quelle différence d’accent !) reprennent sans y penser, quand ils parlent à leurs enfants, le mot touchant du père du prodigue à son fils aîné : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi » (Lc XV, 31)– L’Esprit-Saint nous fait alors répéter à satiété que Dieu est notre père, met en pleine lumière notre union au Fils premier-né.
La force de Dieu entre dans l’âme avec ces joyeuses certitudes, multiplie la foi et l’espérance, imprime d’ineffaçables souvenirs, laisse un avant-goût du ciel et une aurore de la vie éternelle. « Quelle allégresse pour celui que vous visiter ? ô Jésus assis à la droite du Père, ô lumière de la patrie et incompréhensible amour ! » (ancienne hymne de Laudes de la fête)
Ces moments privilégiés de bonheur très pur sont comme le baiser du Sauveur qui ne veut pas nous laisser oublier nos destinées immortelles. Il faut recevoir ces faveurs avec simplicité, humilité et reconnaissance.
On peut avec saint Pierre en savourer la douceur et en garder soigneusement la mémoire, à la condition cependant d’écouter Jésus-Christ jusqu’au bout et d’être disposé à quitter la montagne quand il l’ordonnera, pour descendre dans la plaine et reprendre la lutte.
La vie chrétienne ne peut s’écouler tout entière sur le Thabor : le disciple n’est pas plus grand que le maître et il n’y a pas d’autre chemin pour aller au ciel que la voie royale de la sainte croix. Il ne faut donc pas se méprendre.
Il ne faut pas s’attacher avec une avidité égoïste et gourmande aux consolations. Bien loin d’incliner à une telle illusion, la lumière de la transfiguration doit éclairer sur le rôle providentiel et la nécessité du sacrifice, donner une vue juste des choses et l’intelligence du sens vrai de la vie : la récompense céleste comme terme et la croix comme moyen d’y parvenir.
« Écoutez bien ceci : le Fils de l’homme doit Être livré entre les mains des hommes. » Nous avons, hélas 1 résisté plus que les apôtres à cette parole ; prions-les de nous aider à la comprendre et à nous soumettre sans murmure à la sainte volonté de Dieu.
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Aide-nous à te trouver, ô Christ, et à te suivre, car te trouver c’est trouver la splendeur de la beauté. Trouver le Christ, c’est le bonheur.
Gloire et louange à notre Dieu, éblouissant de sainteté!
Ta transfiguration révèle ta lumière qui veut se donner aux hommes.