Huitième jour de la neuvaine – Jésus seul

Voir «Jésus, seul», cela signifie encore : concentrer sur Jésus seul notre attention et notre regard, ne pas nous laisser distraire par les choses du monde, ni par les hommes et les femmes que nous rencontrons, bref, rendre Jésus suprême et unique dans notre vie.
Est-ce à dire qu’il faille fermer les yeux au monde qui nous entoure et qui souvent a besoin de nous ?
Quelques uns sont appelés à rester absolument seuls avec le Maître : qu’ils soient fidèles à cette vocation.
Mais la plupart des disciples de Jésus, vivant au milieu du monde, peuvent donner aux mots «Jésus, seul» encore une autre interprétation.
Sans renoncer à un contact reconnaissant avec les choses créées, à un contact aimant et dévoué avec les hommes, ils peuvent atteindre un degré de foi et de charité, où Jésus deviendra transparent, à travers les hommes et les choses.
Toute beauté naturelle, toute beauté humaine, deviendront la frange de la beauté même du Christ; nous verrons son reflet dans tout ce qui, en d’autres, attire et mérite notre sympathie; bref, nous aurons «transfiguré » le monde, et, dans tous ceux sur lesquels nous ouvrirons les yeux, nous trouverons «Jésus seul».
L’événement qui a eu lieu sur le mont Thabor est un défi que le Christ nous lance pour que nous continuions à « jouer » à le chercher.
C’est une main tendue à notre faiblesse et à notre incohérence, c’est un rayon d’espérance pour nous dire : « Persévère ! » Persévère, malgré tous les efforts qu’exige un instant décisif, déjà venu ou encore à venir, un instant qui attend de toi que tu reconnaisses le Christ et que tu cries comme l’apôtre Jean sur le lac de Tibériade : « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,17).
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Il est cependant, en un sens, légitime et même désirable de demeurer sur la sainte montagne. On peut croire sans témérité que notre très aimé Sauveur se souvenait des joies ressenties au Thabor et du témoignage reçu alors du ciel, quand, dans les angoisses de l’agonie, il priait longuement en disant : Abba, Père.
Ne demandait-il pas et ne méritait-il pas pour nous, dans l’abattement de la sueur sanglante, que nous vivions de la vérité la plus importante peut-être qu’il ait apportée au monde : sa filiation divine et notre participation à cette filiation ? Mgr Gay a écrit que l’état de Fils de Dieu est le fondement de la vie humaine de Jésus et par conséquent celui de la vie chrétienne.
Le fidèle qui persévère en cet état bienheureux est la vivante image de Jésus. Comme le Sauveur ne cessait de vivre dans In contemplation de son Père et de l’amour que son Père lui porte ; ainsi l’âme fidèle demeurera en esprit sur le Thabor si elle reste en état permanent de conscience filiale, malgré le bruit et l’agitation du monde, semblable à un pic élevé dont le sommet^ hors d’atteinte du brouillard qui attriste la plaine, apparaît resplendissant dans la lumière du soleil.
N’est-ce pas la solution de l’antinomie apparente entre notre ardent désir de contempler le Roi de gloire et le devoir impérieux de nous arracher à cette contemplation pour faire face aux humbles et saintes occupations de chaque jour ?
Action et contemplation n’étaient point séparées en la très sainte Vierge Marie, ni chez les apôtres que le souvenir de la Transfiguration soutint dans leurs travaux et dans leur martyre. Et saint François de Sales aimait à dire que la fine pointe de l’âme doit toujours être unie à Dieu ; sans doute est-ce là le secret de la prodigieuse fécondité de son action.
Vivre de la pensée que Dieu nous aime, que nous sommes ses enfants et que nous aurons part à l’héritage de son Fils unique, tel paraît être le fruit dernier et le plus parfait de la Transfiguration du Sauveur : « notre cité est dans les deux. » Idéal difficile, mais dont nous pouvons approcher si nous correspondons à la grâce.
Le Christ connaît notre misère, et sa Providence détermine pour chacun avec une infinie sollicitude la proportion de lumière et d’ombres, de joies et d’épreuves qui lui convient. Assez d’ombres pour que la croix ne soit pas absente, assez de lumière pour ne pas perdre de vue lé Thabor,
Ombre et lumière se succèdent selon un rythme mystérieux qui d’abord nous échappe : c’est seulement dans le recul du temps que nous l’apercevons et que nous comprenons les motifs de la conduite divine à notre endroit.
Il est rare alors que, revenant sur le passé, nous ne voyions pas, avec une reconnaissance émerveillée, que Dieu nous a menés par le chemin le plus sanctifiant pour nous Cette évidence de la bonté divine dans le passé favorise puissamment pour l’avenir un abandon affectueux entre les mains du Christ.
L’abandon total exige un grand esprit de foi et demande beaucoup d’humilité, maïs il est récompensé au-delà de toute expression : « Gloire à vous Jésus, qui vous révélez aux petits ! » L’âme est établie dans une paix inaltérable et un bonheur profond que rien ne lui ravit. C’est comme une anticipation de la vie éternelle, dans la contemplation de Jésus, dans une union intime avec lui, dans la docilité. à, son Esprit-Saint, dans l’amour filial de son Père.
Sans quitter cette atmosphère sereine, le chrétien lutte pour son Chef, avec un zèle d’autant plus ardent qu’il a sa source dans le contact ininterrompu du Cœur Sacré, avec une force d’autant plus conquérante qu’elle connaît sa faiblesse et s’appuie toujours sur le Christ, avec enfin l’espoir indéfectible que « la tribulation présente prépare, au-delà de toute mesure, une plénitude éternelle de gloire (2 Cor. IV, 17)
Ces hautes vérités veulent être longuement et humblement méditées. L’Église nous exhorte à prier Dieu que nous puissions les comprendre dans la clarté d‘un cœur purifié. Le Sauveur ne nous en refusera pas l’intelligence.
Et, soit que sa bonté nous fasse monter sur le Thabor, soit qu’elle nous demande de le quitter pour travailler à l’extension de son règne/nous saurons, par la grâce de Dieu, garder nos yeux fixés sur le Christ transfiguré, et nous souvenir que le Fils bien-aimé est « le premier-né parmi un grand nombre de frères» (Rom. VIII, 29) destinés à partager l’héritage qu’il leur a acquis de son sang.
Ces pensées de foi nous soutiendront dans le labeur de la vie présente. Si nous laissons le Roi de gloire renouveler en nous son Mystère, il nous introduira un jour dans la céleste Jérusalem « que la gloire de Dieu illumine et dont l’Agneau» (Apoc XXII, 23) est le flambeau où nous serons pour toujours transfigurés avec lui : Cohéritiers de la gloire du Roi lui-même et partenaires dans sa gloire.
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Tu t’es transfiguré sur la montagne, ô Christ notre Dieu, laissant tes disciples contempler ta gloire autant qu’ils le pouvaient : Fais briller aussi sur les pécheurs que nous sommes, ton éternelle clarté, par les prières de la Mère de Dieu.
Source de lumière, gloire à toi.
Gloire et louange à notre Dieu, éblouissant de sainteté!
Ta transfiguration révèle ta lumière qui veut se donner aux hommes.