Catéchèse – 15. La Vierge Marie, femme de prière

Catéchèse – 15. La Vierge Marie, femme de prière

Ce mercredi 18 novembre, depuis la bibliothèque Palais apostolique, le Pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale. Il s’est arrêté aujourd’hui sur la femme de prière qu’est la Vierge Marie. Suivant son exemple, le pape François invite, dans la prière, à se mettre dans une attitude de disponibilité, avec un cœur ouvert à la volonté de Dieu, en ne dirigeant pas sa vie de manière autonome mais en la remettant entre les mains du Seigneur.

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Bibliothèque du palais apostolique
Mercredi 18 novembre 2020


Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans notre chemin de catéchèse sur la prière, nous rencontrons aujourd’hui la Vierge Marie, comme femme de prière. La Vierge priait. Quand le monde l’ignore encore, quand elle est encore une simple jeune fille fiancée à un homme de la maison de David, Marie prie. Nous pouvons imaginer la jeune fille de Nazareth recueillie en silence, en dialogue permanent avec Dieu, qui bientôt devait lui confier sa mission.

Elle est déjà pleine de grâce et immaculée depuis sa conception, mais elle ne sait encore rien de sa vocation surprenante et extraordinaire et de la mer en tempête qu’elle devra sillonner. Une chose est certaine: Marie appartient au grand groupe de ces humbles de cœur que les historiens officiels n’insèrent pas dans leurs livres, mais avec lesquels Dieu a préparé la venue de son Fils.

Marie ne dirige pas sa vie de façon autonome: elle attend que Dieu prenne les rênes de son chemin et la guide où Il veut. Elle est docile, et avec cette disponibilité elle prédispose les grands événements auxquels Dieu participe dans le monde. Le Catéchisme nous rappelle sa présence constante et attentive dans le dessein bienveillant du Père et tout au long de la vie de Jésus (cf. CEC, nn. 2617-2618).

Marie est en prière, quand l’archange Gabriel vient lui apporter l’annonce à Nazareth. Son “Me voici”, petit et immense, qui à ce moment-là fait sursauter de joie la création tout entière, avait été précédé dans l’histoire du salut par tant d’autres “me voici”, par tant d’obéissances confiantes, par tant de disponibilités à la volonté de Dieu.

Il n’y a pas de meilleure manière de prier que de se mettre, comme Marie, dans une attitude d’ouverture, de cœur ouvert à Dieu: “Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux ”. C’est-à-dire le cœur ouvert à la volonté de Dieu. Et Dieu répond toujours. Combien de croyants vivent ainsi leur prière!

Ceux qui sont les plus humbles de cœur prient ainsi: avec l’humilité essentielle, disons-le ainsi; avec une humilité simple: «Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux». Et ces derniers prient ainsi, en ne se mettant pas en colère parce que les journées sont pleines de problèmes, mais en allant vers la réalité et en sachant que dans l’amour humble, dans l’amour offert dans chaque situation, nous devenons des instruments de la grâce de Dieu.

Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux. Une prière simple, mais c’est mettre notre vie entre les mains du Seigneur: que ce soit Lui qui nous guide. Nous pouvons tous prier ainsi, presque sans mots.

La prière sait adoucir l’inquiétude: mais, nous sommes inquiets, nous voulons toujours les choses avant de les demander et nous les voulons tout de suite. Cette inquiétude nous fait mal, et la prière sait adoucir l’inquiétude, elle sait la transformer en disponibilité. Quand je suis inquiet, je prie et la prière ouvre mon cœur et me rend disponible à la volonté de Dieu.

La Vierge Marie, en ces quelques instants de l’Annonciation, a su repousser la peur, tout en ayant le présage que son “oui” lui aurait procuré des épreuves très dures. Si, dans la prière, nous comprenons que chaque jour donné à Dieu est un appel, alors nous élargissons notre cœur et nous accueillons tout. On apprend à dire: “Ce que Tu veux Seigneur. Promets-moi que tu seras présent à chaque pas de mon chemin”.

Cela est important : demander sa présence au Seigneur à chaque pas de notre chemin : qu’il ne nous laisse pas seuls, qu’il ne nous abandonne pas dans la tentation, qu’il ne nous abandonne pas dans les mauvais moments. Le final du Notre Père est ainsi : la grâce que Jésus lui-même nous a enseignée à demander au Seigneur.

Marie accompagne en prière toute la vie de Jésus, jusqu’à la mort et à la résurrection; et, à la fin elle continue, et elle accompagne les premiers pas de l’Église naissante (cf. Ac 1,14). Marie prie avec les disciples qui ont traversé le scandale de la croix. Elle prie avec Pierre, qui a cédé à la peur et a pleuré de remords. Marie est là, avec les disciples, parmi les hommes et les femmes que son Fils a appelés pour former sa communauté.

Marie ne joue pas le rôle d’un prêtre parmi eux, non ! Elle est la mère de Jésus qui prie avec eux, en communauté, comme une personne de la communauté.  Elle prie avec eux et elle prie pour eux. Et, à nouveau, sa prière précède l’avenir qui va se réaliser: par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle est devenue la Mère de Dieu, et par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle devient la Mère de l’Église.

En priant avec l’Église naissante, elle devient la Mère de l’Église , elle accompagne les disciples dans les premiers pas de l’Église dans la prière, en attendant l’Esprit Saint. En silence, toujours en silence. La prière de Marie est silencieuse. L’Évangile nous raconte seulement une prière de Marie: à Cana, quand elle demande à son Fils, pour ces pauvres gens qui allaient faire une mauvaise impression pendant cette fête.

Imaginons: faire une fête de mariage et la finir avec du lait parce qu’il n’y avait plus de vin ! Quelle mauvaise impression! Et Elle prie et demande à son Fils de résoudre ce problème. La présence de Marie est en elle-même une prière, et sa présence parmi les disciples au Cénacle, en attendant l’Esprit Saint, est en prière.

Ainsi, Marie fait naître l’Église, elle est la Mère de l’Église. Le Catéchisme explique: «Dans la foi de son humble servante le Don de Dieu – c’est-à-dire l’Esprit Saint – trouve l’accueil qu’il attendait depuis le commencement des temps.» (CEC, n. 2617).

Chez la Vierge Marie, l’intuition féminine naturelle est exaltée par son union très particulière avec Dieu dans la prière. C’est pourquoi, en lisant l’Évangile, nous remarquons qu’elle semble quelquefois disparaître, pour ensuite réaffleurer dans les moments cruciaux: Marie est ouverte à  la voix de Dieu qui guide son cœur, qui guide ses pas là où il y a besoin de sa présence.

Une présence silencieuse de mère et de disciple. Marie est présente parce qu’elle est Mère, mais elle est également présente parce qu’elle est la première disciple, celle qui a le mieux appris les choses de Jésus. Marie ne dit jamais: « Venez, je résoudrai les choses». Mais elle dit: «Faites ce qu’Il vous dira», toujours en indiquant Jésus du doigt. Cette attitude est typique du disciple, et elle est la première disciple: elle prie comme Mère et elle prie comme disciple.

«Quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur» (Lc 2,19). C’est ainsi que l’évangéliste Luc décrit la Mère du Seigneur dans l’Évangile de l’enfance. Tout ce qui arrive autour d’elle finit par avoir un reflet au plus profond de son cœur: les jours pleins de joie, comme les moments les plus sombres, quand elle aussi a du mal à comprendre par quelles routes doit passer la Rédemption.

Tout finit dans son cœur, pour être passé au crible de la prière et être transfiguré par celle-ci. Qu’il s’agisse des dons des Rois mages, ou bien de la fuite en Égypte, jusqu’à ce terrible vendredi de passion: la Mère conserve tout et porte tout dans son dialogue avec Dieu.

Certains ont comparé le cœur de Marie à une perle d’une splendeur incomparable, formée et polie par l’accueil patient de la volonté de Dieu à travers les mystères de Jésus médités en prière. Comme il serait beau que nous puissions nous aussi ressembler un peu à notre Mère! Avec le cœur ouvert à la parole de Dieu, avec le cœur silencieux, avec le cœur obéissant, avec le cœur qui sait recevoir la Parole de Dieu et qui la laisse grandir avec une semence du bien de l’Église.


Je suis heureux de saluer les personnes de langue française ! Le “oui” de la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église, donne à sa prière une valeur incomparable. Demandons la grâce d’être comme elle des hommes et des femmes ouverts à Dieu, afin que le Christ, Roi de l’univers, soit accueilli dans nos cœurs et dans nos vies. A tous, je donne ma bénédiction !

Je salue cordialement les fidèles anglophones. En ce mois de novembre, nous continuons à prier pour les êtres chers qui nous ont quittés et pour tous les morts, afin que le Seigneur, dans sa miséricorde, les accueille dans le Royaume des Cieux. Sur vous et vos familles, j’invoque la joie et la paix du Seigneur Jésus-Christ. Que Dieu vous bénisse!

Avec affection, je salue les frères et sœurs germanophones. Dans la prière, nous voulons nous laisser guider par Marie et apprendre d’elle à nous mettre dans une attitude d’humilité, de disponibilité, d’ouverture à la volonté de Dieu: «Seigneur, ce que tu veux, quand tu veux et comme tu veux». Que Seigneur vous bénisse!

Je salue cordialement les fidèles hispanophones. Que le Seigneur, à l’imitation de la Vierge Marie et par son intercession, nous donne la grâce de comprendre dans la prière que chaque jour qu’il nous accorde est l’occasion d’accueillir la volonté du Père, de l’accomplir avec un cœur plein de l’amour de Dieu,et bien disposé au service des frères. Que le Seigneur vous bénisse tous.

J’adresse un salut cordial et affectueux aux auditeurs lusophones. De Notre Mère Bénie nous apprenons à apporter nos espoirs et nos joies, nos angoisses et nos inquiétudes au Seigneur dans la prière, enfin, tout ce que nous gardons dans nos cœurs. Dieu te bénisse !

Je salue les fidèles arabophones. En ce mois de novembre, nous continuons à prier pour nos proches décédés, afin que le Seigneur, dans sa miséricorde, les accueille au banquet céleste. Que le Seigneur vous bénisse tous et vous protège toujours de tout mal!

Je salue cordialement tous les Polonais. Aujourd’hui en Pologne se trouve la mémoire liturgique de la bienheureuse Karolina Kόzka, vierge et martyre. À seize ans, elle subit la mort en martyre pour défendre la vertu de chasteté. Avec son exemple, elle montre encore aujourd’hui, notamment aux jeunes, la valeur de la pureté, du respect du corps humain et de la dignité des femmes. Fiez-vous à son intercession pour qu’elle vous aide à témoigner avec courage des vertus chrétiennes et des valeurs évangéliques. Je vous bénis de tout mon cœur.

* * *

J’adresse un salut cordial aux fidèles italophones. Aujourd’hui, nous célébrons la dédicace de la basilique Saint-Pierre au Vatican et celle de Saint-Paul sur la Via Ostiense. Cette fête, qui met en lumière la signification de l’église, édifice sacré où se rassemblent les croyants, suscite en chacun de nous la conscience que chacun est appelé à être un temple vivant de Dieu.

Enfin, comme d’habitude, mes pensées vont aux personnes âgées, aux jeunes, aux malades et aux jeunes mariés. Je vous exhorte à aimer l’Église du Seigneur; coopérer avec générosité et enthousiasme à sa construction; vivre l’offrande de votre prière et de vos souffrances comme contribution précieuse à la construction de l’Église du Seigneur, demeure du Très-Haut parmi nous.


Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Frères et sœurs, dans notre méditation sur la prière, aujourd’hui nous rencontrons la Vierge Marie, comme femme de prière. Marie, la jeune fille de Nazareth, qui est en dialogue permanent avec Dieu, est pleine de grâce et immaculée dès sa conception. Avec docilité et disponibilité, elle prépare les grands évènements qui impliquent Dieu dans le monde. Son “Me voici”, petit et immense, fait tressaillir de joie la création tout entière.

Il n’y a pas de meilleure façon de prier que de se mettre comme Marie dans une attitude d’ouverture. La prière sait apaiser l’inquiétude, sait la transformer en disponibilité. Marie accompagne en prière toute la vie de Jésus, jusqu’à sa mort et sa résurrection ; et finalement elle accompagne les débuts de l’Église naissante. Sa prière précède l’avenir : par l’œuvre de l’Esprit Saint elle est devenue Mère de Dieu et Mère de l’Église.

Chez la Vierge Marie, l’intuition féminine naturelle est exaltée par son union très particulière avec Dieu dans la prière. C’est la voix de Dieu qui guide ses pas là où l’on a besoin de sa présence. Marie garde tout dans son cœur et apporte tout dans son dialogue avec Dieu. Le cœur de Marie pourrait être comparé à une perle d’une splendeur incomparable, formée et lissée par l’accueil patient de la volonté de Dieu à travers les mystères de Jésus médités en prière.


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Les pauvres sont au centre de l’Évangile

Après avoir célébré la messe lors de la Journée mondiale des pauvres, le Saint-Père, comme le veut la tradition dominicale, a prié l’Angélus depuis la fenêtre des appartements pontificaux. Il a invité à sortir de la logique de l’indifférence pour utiliser les dons qui nous ont été donnés au service des pauvres.

PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint Pierre
Dimanche 15 novembre 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

En cet avant-dernier dimanche de l’année liturgique, l’Évangile nous présente la célèbre parabole des talents (cf. Mt 25, 14-30). Cela fait partie du discours de Jésus sur la fin des temps, qui précède immédiatement sa passion, sa mort et sa résurrection.

La parabole raconte l’histoire d’un riche seigneur qui doit partir et, prévoyant une longue absence, confie ses biens à trois de ses serviteurs: au premier il confie cinq talents, au second deux, au troisième. Jésus précise que la distribution se fait « selon la capacité de chacun » (v. 15).

C’est ce que le Seigneur fait avec nous tous: il nous connaît bien, il sait que nous ne sommes pas les mêmes et ne veut favoriser personne au détriment des autres, mais confie à chacun un capital à la mesure de ses capacités.

Pendant l’absence du maître, les deux premiers serviteurs travaillent dur, au point même de doubler la somme qui leur est confiée. Ce n’est pas le cas du troisième serviteur, qui cache son talent dans un trou: pour éviter les risques, il le laisse là, à l’abri des voleurs, mais sans le faire fructifier.

Le moment est venu du retour du maître, qui appelle les serviteurs à se présenter. Les deux premiers présentent le bon fruit de leur engagement, ils ont travaillé et le maître les loue, les récompense et les invite à participer à sa fête, dans sa joie.

Le troisième, cependant, se rendant compte qu’il est en faute, commence aussitôt à se justifier en disant: «Seigneur, je sais que tu es un homme dur, qui moissonnes là où tu n’as pas semé et moissonnes là où tu n’as pas répandu le grain (v. 24-25). Il se défend de sa paresse en accusant son patron d’être « dur ».

C’est une habitude que nous avons aussi: nous nous défendons, à plusieurs reprises, en accusant les autres. Mais ils ne sont pas en faute: la faute est nôtre, la faute est la nôtre. Et ce serviteur accuse les autres, accuse le maître  pour se justifier. Nous aussi, souvent, faisons de même. Alors le maître le réprimande: il l’appelle serviteur «méchant et paresseux» (v. 26); lui fait enlever son talent et le fait expulser de sa maison.

Cette parabole est valable pour tout le monde mais, comme toujours, surtout pour les chrétiens. Même aujourd’hui, cela a beaucoup de pertinence: aujourd’hui, qui est le jour des pauvres, où l’Église nous dit : «Chrétiens, tendez la main aux pauvres. Tendez la main aux pauvres. Vous n’êtes pas seuls dans la vie: il y a des gens qui ont besoin de vous. Ne soyez pas égoïstes, tendez la main aux pauvres. »

Nous avons tous reçu de Dieu un «héritage» en tant qu’êtres humains, une richesse humaine, quelle qu’elle soit. Et en tant que disciples du Christ, nous avons aussi reçu la foi, l’Évangile, le Saint-Esprit, les sacrements et bien d’autres choses. Ces dons doivent être utilisés pour bien travailler, pour bien travailler dans cette vie, comme un service à Dieu et aux frères.

Et aujourd’hui, l’Église vous dit, nous dit: «Utilisez ce que Dieu vous a donné et regardez les pauvres. Regardez: il y en a beaucoup; même dans nos villes, au centre de notre ville, il y en a beaucoup. Faites du bien! »

Nous pensons parfois qu’être chrétien ne fait pas de mal. Et ne pas faire de mal, c’est bien. Mais ne pas faire le bien n’est pas bon. Nous devons faire le bien, sortir de nous-mêmes et regarder, regarder ceux qui en ont le plus besoin. Il y a tellement de faim, même au cœur de nos villes, et souvent nous entrons dans cette logique d’indifférence: les pauvres sont là, et nous regardons ailleurs. Tendez la main aux pauvres: c’est le Christ.

Certains disent: « Mais ces prêtres, ces évêques qui parlent des pauvres, des pauvres … Nous voulons qu’ils nous parlent de la vie éternelle! ». Regardez, frères et sœurs, les pauvres sont au centre de l’Évangile; c’est Jésus qui nous a appris à parler aux pauvres, c’est Jésus qui est venu pour les pauvres. Tendez la main aux pauvres. Vous avez reçu tant de choses et vous avez laissé votre frère, votre sœur mourir de faim?

Chers frères et sœurs, que chacun dise dans son cœur ce que Jésus nous dit aujourd’hui, répète dans son cœur: « Tend la main aux pauvres ». Et Jésus nous dit une autre chose: « Vous savez, je suis le pauvre ». Jésus nous dit ceci: « Je suis le pauvre ».

La Vierge Marie a reçu un grand cadeau: Jésus lui-même, mais elle ne l’a pas gardé pour elle, elle l’a donné au monde, à son peuple. Nous apprenons d’elle à atteindre les pauvres.

Après l’Angélus

Chers frères et sœurs!

Je suis proche dans mes prières du peuple des Philippines, qui souffre de destruction et surtout des inondations causées par un violent typhon. J’exprime ma solidarité avec les familles les plus pauvres exposées à ces calamités et mon soutien à ceux qui font tout leur possible pour les aider.

Mes pensées se tournent ensuite vers la Côte d’Ivoire, qui célèbre aujourd’hui la Journée nationale de la paix, dans un contexte de tensions sociales et politiques qui, malheureusement, ont fait de nombreuses victimes.

Je me joins à la prière pour obtenir du Seigneur le don de l’harmonie nationale et j’exhorte tous les fils et filles de ce cher pays à collaborer de manière responsable à la réconciliation et la coexistence pacifique. En particulier, j’encourage les différents acteurs politiques à rétablir un climat de confiance mutuelle et de dialogue, dans la recherche de solutions justes qui protègent et promeuvent le bien commun.

Hier, dans un hôpital de Roumanie, où divers patients atteints de coronavirus ont été hospitalisés, un incendie s’est déclaré qui a fait quelques victimes. J’exprime ma proximité et je prie pour eux. Nous prions pour eux.

Je vous salue tous, fidèles de Rome et pèlerins de divers pays. N’oubliez pas, aujourd’hui, que la voix de l’Église résonne dans nos cœurs: «Tendez la main aux pauvres. Parce que, vous savez, le pauvre est le Christ.» Je suis particulièrement satisfait de la présence du Chœur d’enfants d’Hösel (Allemagne). Merci pour votre chant!

Je souhaite à tous un bon dimanche et n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir!


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suivre Jésus en se mettant au service des pauvres

Le Pape François a célébré ce dimanche 15 novembre à la basilique Saint-Pierre la messe pour la Journée mondiale des Pauvres, depuis l’autel de la Chaire et devant une assistance limitée en raison de la pandémie de coronavirus. Dans son homélie, il a développé une réflexion sur le sens de la parabole des talents, tirée du 25e chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu, lu ce jour à la messe.

JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES

SAINTE MESSE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique du Vatican XXXIIIe dimanche ordinaire, 15 novembre 2020

*

La parabole que nous avons entendue a un début, un centre et une fin, qui illuminent le début, le centre et la fin de notre vie.

Le début. Tout commence par un grand bien: le maître ne garde pas ses richesses pour lui-même, mais les donne aux serviteurs; à qui cinq, à qui deux, à qui un talent, «selon la capacité de chacun» (Mt 25, 15). On a calculé qu’un seul talent correspondait au salaire d’une vingtaine d’années de travail: c’était un bien surabondant, qui suffisait alors pour toute une vie.

Voici le début: pour nous aussi, tout a commencé avec la grâce de Dieu – tout, toujours, commence par la grâce, non par notre force – avec la grâce de Dieu qui est Père et a mis tant de bien entre nos mains, nous confiant à chacun des talents différents.

Nous sommes porteurs d’une grande richesse, qui ne dépend pas du nombre de choses que nous avons, mais de ce que nous sommes: de la vie reçue, du bien qui est en nous, de la beauté irrépressible dont Dieu nous a doté, parce que nous sommes à son image, chacun de nous est précieux à ses yeux, chacun de nous est unique et irremplaçable dans l’histoire!

C’est ainsi que Dieu nous regarde, c’est ce que Dieu ressent. Combien il est important de s’en souvenir: trop de fois, en regardant notre vie, on ne voit que ce qui nous manque et on se plaint de ce qui nous manque. Alors cédons à la tentation du « peut-être! … »: peut-être que j’avais ce travail, peut-être que j’avais cette maison, peut-être que j’avais de l’argent et du succès, peut-être que je n’avais pas ce problème, peut-être que j’avais de meilleures personnes autour de moi! …

Mais l’illusion de  » peut-être »nous empêche de voir le bien et nous fait oublier les talents que nous avons. Oui, vous n’avez pas cela, mais vous avez ceci, et le «peut-être» nous fait oublier cela. Mais Dieu nous les a confiés parce qu’il connaît chacun de nous et sait de quoi nous sommes capables; il nous fait confiance, malgré nos fragilités.

Il fait également confiance à ce serviteur qui cachera le talent: Dieu espère que, malgré ses craintes, lui aussi utilisera ce qu’il a bien reçu. Bref, le Seigneur nous demande de commettre le temps présent sans nostalgie du passé, mais dans l’attente industrieuse de son retour.

Cette vilaine nostalgie, qui est comme une humeur jaune, une humeur noire qui empoisonne l’âme et la fait toujours regarder en arrière, toujours aux autres, mais jamais de leurs propres mains, aux opportunités d’emploi que le Seigneur nous a données, à nos conditions …, Même à notre pauvreté. Nous arrivons ainsi au centre de la parabole: c’est l’œuvre des serviteurs, c’est-à-dire le service.

Le service est aussi notre travail, celui qui fait fructifier les talents et donne du sens à la vie: en fait, il n’est pas nécessaire de vivre ceux qui ne vivent pas pour servir. Il faut le répéter, le répéter beaucoup: ceux qui ne vivent pas pour servir n’ont pas besoin de vivre. Nous devons méditer là-dessus: ceux qui ne vivent pas pour servir n’ont pas besoin de vivre.

Mais quel est le style du service? Dans l’Évangile, les bons serviteurs sont ceux qui risquent. Ils ne sont pas prudents et vigilants, ils ne gardent pas ce qu’ils ont reçu, mais ils l’utilisent. Parce que bien, si vous n’investissez pas, vous perdez; parce que la grandeur de notre vie ne dépend pas de ce que nous mettons de côté, mais de la quantité de fruits que nous portons.

Combien de personnes passent leur vie à s’accumuler, à penser à être bien plus qu’à faire du bien. Mais combien vide est une vie qui poursuit les besoins, sans regarder ceux qui en ont besoin! Si nous avons des cadeaux, c’est à nous d’être des cadeaux pour les autres.

Et ici, frères et sœurs, nous nous posons la question: est-ce que je suis seul aux besoins ou est-ce que je peux me tourner vers ceux qui en ont besoin? Qui est dans le besoin? Est-ce que ma main est comme ça [étend-la pour l’ouvrir] ou comme ça [la retire fermée]? Il faut souligner que les serviteurs qui investissent, qui risquent, sont appelés quatre fois «fidèles» (vv. 21.23).

Pour l’Évangile, il n’y a pas de fidélité sans risque. « Mais, père, est-ce qu’être chrétien signifie prendre des risques? » – «Oui, cher ou cher, prenez un risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous finirez par être le troisième [serviteur]: enterrer vos capacités, vos richesses spirituelles et matérielles, tout ». Prendre des risques: il n’y a pas de fidélité sans risque.

Être fidèle à Dieu, c’est passer sa vie, c’est se laisser bouleverser par le service. « J’ai ce plan, mais si j’ai besoin … ». Laissez le plan bouleversé, vous servez. C’est triste quand un chrétien joue sur la défensive, ne s’attachant qu’au respect des règles et au respect des commandements. Ces chrétiens «mesurés» qui ne sortent jamais des règles, jamais, parce qu’ils ont peur du risque.

Et ceux-ci, permettez-moi l’image, ceux qui prennent soin d’eux-mêmes pour ne jamais risquer, ceux-ci commencent dans la vie un processus de momification de l’âme, et finissent avec des momies. Cela ne suffit pas, il ne suffit pas d’observer les règles; la fidélité à Jésus ne consiste pas seulement à ne pas commettre d’erreurs, elle est négative.

Alors pensait le serviteur paresseux de la parabole: dénué d’initiative et de créativité, il se cache derrière une peur inutile et enterre le talent qu’il a reçu. Le maître le définit même comme « méchant » (v. 26). Pourtant, il n’a rien fait de mal! Ouais, mais il n’a rien fait de bien. Il a préféré pécher par omission plutôt que de risquer de faire des erreurs.

Il n’était pas fidèle à Dieu, qui aime se dépenser; et lui a fait la pire offense: rendre le cadeau reçu. «Vous m’avez donné ceci, je vous donne ceci», rien de plus. Le Seigneur, au contraire, nous invite à nous impliquer généreusement, à surmonter la peur avec le courage de l’amour, à surmonter la passivité qui devient complicité.

Aujourd’hui, en ces temps d’incertitude, en ces temps de fragilité, nous ne gaspillons pas nos vies à ne penser qu’à nous-mêmes, avec cette attitude d’indifférence. Ne nous leurrons pas en disant: « Il y a paix et sécurité! » (1 Ts 5,3).

Saint Paul nous invite à affronter la réalité, à ne pas nous laisser infecter par l’indifférence. Comment, alors, servir selon la volonté de Dieu? Le maître l’explique au serviteur infidèle: « Tu aurais dû confier mon argent aux banquiers et ainsi, revenant, j’aurais retiré le mien avec intérêt » (v. 27). Qui sont ces «banquiers» pour nous, capables de nous procurer un intérêt durable? Ce sont les pauvres.

N’oubliez pas: les pauvres sont au centre de l’Évangile; l’Évangile ne peut être compris sans les pauvres. Les pauvres sont dans la même personnalité que Jésus, qui, étant riche, s’est anéanti, s’est fait pauvre, s’est fait péché, la pire pauvreté. Les pauvres nous garantissent un revenu éternel et nous permettent déjà maintenant de nous enrichir en amour.

Parce que la plus grande pauvreté à combattre est notre pauvreté d’amour. La plus grande pauvreté à combattre est notre pauvreté d’amour. Le livre des Proverbes fait l’éloge d’une femme industrieuse et amoureuse, dont la valeur est supérieure à celle des perles; cette femme est à imiter qui, dit le texte, «tend la main aux pauvres» (Pr 31,20): c’est la grande richesse de cette femme.

Tendez la main à ceux qui sont dans le besoin, au lieu d’exiger ce qui vous manque: vous multiplierez ainsi les talents que vous avez reçus. Le temps de Noël approche, le temps des vacances. Combien de fois, la question que beaucoup de gens se posent est: «Que puis-je acheter? Que puis-je avoir de plus? Je dois aller dans les magasins pour acheter ».

Disons l’autre mot: « Que puis-je donner aux autres? ». Être comme Jésus, qui s’est donné et est né dans cette crèche. Nous arrivons ainsi à la fin de la parabole: il y aura ceux qui auront l’abondance et ceux qui auront gaspillé leur vie et resteront pauvres (cf. v. 29).

Bref, à la fin de la vie, la réalité sera révélée: la fiction du monde s’estompera, selon laquelle le succès, le pouvoir et l’argent donnent sens à l’existence, tandis que l’amour, ce que nous avons donné, émergera comme une vraie richesse. Ces choses tomberont, à la place l’amour émergera.

Un Père de l’Église a écrit: «C’est ainsi que cela se passe dans la vie: après la mort et le spectacle terminé, chacun ôte le masque de la richesse et de la pauvreté et s’éloigne de ce monde. Et ils ne sont jugés que sur la base de leurs œuvres, les unes vraiment riches, les autres pauvres »(Saint Jean Chrysostome, Discours sur le pauvre Lazare, II, 3).

Si nous ne voulons pas vivre mal, nous demandons la grâce de voir Jésus dans les pauvres, de servir Jésus dans les pauvres. Je voudrais remercier de nombreux fidèles serviteurs de Dieu, qui ne parlent pas d’eux-mêmes, mais vivent ainsi, servant. Je pense, par exemple, à Don Roberto Malgesini.

Ce prêtre n’a pas fait de théories; il a simplement vu Jésus dans les pauvres et le sens de la vie en servant. Il essuya doucement les larmes, au nom de Dieu qui réconforte. Le début de sa journée était la prière, pour accueillir le don de Dieu; le centre de la journée est la charité, pour faire fructifier l’amour reçu; la finale, un témoignage clair de l’Évangile.

Cet homme a compris qu’il devait tendre la main aux nombreux pauvres qu’il rencontrait chaque jour, car en chacun d’eux il voyait Jésus Frères et sœurs, demandons la grâce de ne pas être chrétiens en paroles, mais en actes. Pour porter du fruit, comme Jésus le souhaite.  Ainsi soit-il.


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