Lors de l’angélus place Saint-Pierre, le Pape François a rappelé qu’il ne fallait pas céder à la tentation de réduire la religion à la pratique des lois. Les rapports des fidèles avec Dieu ne sont pas ceux des serviteurs avec leur maître.
partager le pain de vie
Il a commenté l’Évangile de ce dimanche 5 août. Si les semaines passées, c’est l’image de la tendresse de Jésus qui était mise en avant, cette fois «la perspective change» : si la foule recherche de nouveau Jésus, celui-ci veut que les gens le connaissent et que leur rencontre aille au-delà «de la satisfaction immédiate des nécessités matérielles».
Jésus est en effet venu pour nous «ouvrir l’existence à un horizon plus ample par rapport aux préoccupations quotidiennes, comme se nourrir, s’habiller ou la carrière». C’est pourquoi il stimule la foule «à faire un pas en avant, à s’interroger sur la signification du miracle et pas seulement à en profiter». La multiplication des pains et des poissons, «c’est le signe du grand don que le Père a fait à l’humanité et qui est Jésus lui-même».
Croire en l’envoyé, non pas respecter seulement les lois
Jésus, vrai «pain de la vie», veut rassasier les corps mais aussi les âmes par sa Parole, son Corps et son Sang. Or, cela, la foule ne le comprend pas. Elle pense qu’il faut observer des préceptes «pour obtenir d’autres miracles comme celui de la multiplication des pains». «C’est une tentation commune» : réduire la religion à la pratique de lois, «projetant sur notre rapport avec Dieu l’image du rapport entre serviteurs et leur maître».
Jésus leur répond en disant qu’il faut croire en celui qui a été envoyé. Ces paroles valent aussi pour nous aujourd’hui. «La foi en Jésus nous permet d’accomplir les œuvres de Dieu. Si nous nous laissons entrainer dans ce rapport d’amour et de confiance avec Jésus, nous serons capables d’accomplir de bonnes œuvres qui sentent bon l’Évangile, pour le bien et les nécessités des frères.»
Le bienheureux Pape Paul VI est parti vers le ciel le jour de la Transfiguration, il y a quarante ans. Le Saint-Père François s’est rendu tôt ce lundi 6 août dans les grottes vaticanes pour se recueillir sur sa tombe.
Ce «grand Pape de la modernité» sera canonisé le 14 octobre prochain, lors du synode sur les jeunes. «Il y a quarante ans, le bienheureux pape Paul VI vivait ses dernières heures sur cette terre. Que du ciel, il intercède pour l’Église qu’il a tant aimée et pour la paix dans le monde» a dit le Pape François, lors de l’Angélus du dimanche 5 août 2018.
À ce propos, il est bon de relire la Lettre que le Pape émérite Benoît XVI a écrite, voilà dix ans déjà, à l’évêque de Brescia [en Lombardie, Italie du Nord], d’où Paul VI était originaire :
A mon vénéré frère Luciano Monari, évêque de Brescia
A l’occasion du trentième [maintenant quarante] anniversaire de la mort du Pape Paul VI, je désire vous faire parvenir un salut cordial et mes vœux, vénéré frère, ainsi qu’au presbyterium et à toute la communauté diocésaine de Brescia, dont mon prédécesseur a reçu le don de la foi et à laquelle il a puisé les grandes valeurs de piété, de culture et d’humanité, auxquelles il a toujours conformé son existence, de prêtre, d’évêque et de Successeur de Pierre.
Il fut toujours lié à cette Église, dans laquelle il fut introduit par des prêtres zélés, par un grand amour jamais entamé et par des sentiments de profonde et sincère reconnaissance, qu’il ne manqua pas d’exprimer dans diverses circonstances à travers des gestes pleins d’affection et de vénération.
Je suis moi aussi personnellement reconnaissant au serviteur de Dieu Paul vi pour la confiance dont il fit preuve à mon égard en me nommant, en mars 1977, archevêque de Munich, et, trois mois plus tard, en me faisant entrer dans le Collège cardinalice.
Il fut appelé par la Providence divine à guider l’Église au cours d’une période historique marquée par de nombreux défis et problématiques. En reparcourant en esprit les années de son pontificat, on est frappé par l’ardeur missionnaire qui l’anima et qui le poussa à entreprendre des voyages apostoliques exigeants, également dans des pays lointains, et à accomplir des gestes de haute valeur ecclésiale, missionnaire et œcuménique.
Le nom de ce Pape reste en particulier lié au Concile œcuménique Vatican II. Le Seigneur a voulu qu’un fils de la terre de Brescia devienne le timonier de la barque de Pierre précisément pendant la célébration de l’Assemblée conciliaire et au cours des premières années de sa mise en œuvre.
Au fil des années, l’importance de son pontificat devient toujours plus évidente pour l’Église et pour le monde, ainsi que l’inestimable héritage de magistère et de vertu qu’il a laissé aux croyants et à toute l’humanité.
Trente ans se sont écoulés depuis le 6 août 1978, lorsque le Pape Paul vi s’éteignit dans la résidence d’été de Castel Gandolfo. C’était le soir du jour où l’Église célèbre le mystère lumineux de la Transfiguration du Christ. Dans le texte préparé pour l’Angélus du 6 août, qu’il ne put pas prononcer, en tournant le regard vers le Christ transfiguré il avait écrit:
« Ce corps, qui se transfigure devant les yeux émerveillés des apôtres, est le corps du Christ notre frère, mais c’est également notre corps appelé à la gloire; cette lumière qui l’inonde est et sera également notre part d’héritage et de splendeur. Nous sommes appelés à partager tant de gloire, car « nous participons de la nature divine » » (Insegnamenti di Paolo VI, 1978, 588).
En rappelant sa pieuse disparition, je rends grâce à Dieu avec ferveur pour avoir donné à l’Église un Pasteur, fidèle témoin du Christ Seigneur, si sincèrement et profondément amoureux de l’Église et si proche des attentes et des espérances des hommes de son temps, en souhaitant vivement que chaque membre du Peuple de Dieu sache honorer sa mémoire avec l’engagement d’une recherche constante et sincère de la vérité.
Avec ces sentiments, alors que j’invoque la protection maternelle de la Vierge Marie, je vous envoie de tout cœur, vénéré frère, ainsi qu’à ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux une Bénédiction apostolique spéciale.
De Castel Gandolfo, le 26 juillet 2008
LETTRE DU PAPE BENOÎT XVI À L’ÉVÊQUE DE BRESCIA POUR LE XXX ANNIVERSAIRE DE LA MORT DU PAPE PAUL VI
Reprise, ce mercredi 1er août , des audiences générales hebdomadaires du Pape François dans la salle Paul VI du Vatican. Se basant sur le premier des dix commandements, «Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi» (Ex 20, 3), il a proposé une longue réflexion sur l’idolâtrie, un thème «d’une grande importance et actualité», une «tendance humaine qui n’épargne ni les croyants ni les athées».
Un Dieu, c’est ce qui est au centre de sa vie, dont dépend ce que l’on fait et ce que l’on pense; une idole, en revanche, est une «divinisation de ce qui n’est pas Dieu», une «vision» qui confine à l’obsession, une «projection de soi-même dans des objets ou des projets». Et le monde nous offre un «supermarché d’idoles», de toutes natures possibles, -objets, images, idées ou rôles.
Les idoles exigent des sacrifices, rendent esclaves
Les idoles exigent un culte, du sang, des sacrifices comme aux temps anciens où l’on tuait des êtres humains sur leurs autels. Celles d’aujourd’hui ne sont pas en reste. Le Pape en a cité plusieurs exemples: la carrière qui demande l’abandon des enfants «qu’on délaisse ou qu’on n’engendre pas», le culte outrancier de la beauté qui réclame des sacrifices, la renommée qui commande «l’immolation de soi-même de son innocence et de son authenticité», sans parler de l’argent, du profit ou de la drogue.
Les idoles asservissent, «elles promettent le bonheur mais elles ne le donnent pas», «elles promettent la vie, mais l’enlèvent». Au contraire du vrai Dieu, «qui donne la vie», qui «nous apprend à aimer», qui «n’exige aucun enfant mais donne son propre Fils» par amour pour nous, qui nous enseigne à vivre le présent, et ne nourrit aucune illusions. Ce Dieu «concret», le Pape l’oppose aux idoles «liquides».
Les idoles asservissent, «elles promettent le bonheur mais elles ne le donnent pas», «elles promettent la vie, mais l’enlèvent». Au contraire du vrai Dieu, «qui donne la vie», qui «nous apprend à aimer», qui «n’exige aucun enfant mais donne son propre Fils» par amour pour nous, qui nous enseigne à vivre le présent, et ne nourrit aucune illusions. Ce Dieu «concret», le Pape l’oppose aux idoles «liquides».
L’amour est incompatible avec l’idolâtrie
«Qui est mon dieu véritable ? Est-ce l’amour Un et Trine, ou mon image, mon succès personnel, peut-être au sein de l’Église même ?» «Combien ai-je d’idoles ? Et quelle est celle qui a ma préférence ?». Reconnaitre ses propres idolâtries est le début de la grâce qui remet sur le chemin de l’amour. «L’amour est incompatible avec l’idolâtrie», car pour aimer, il faut être libre.
Or, l’attachement à une idée ou un objet «nous rend aveugles à l’amour », nous pousse à renier ceux qui nous sont chers, nos parents, nos enfants, notre famille. «Quelle est mon idole ?» Un moyen efficace de s’en débarrasser: «Attrape-la, et jette–la par la fenêtre».