Tous les articles par P. Jean-Daniel Planchot

libres de la tentation du scandale

20-04-2013 source : l’Osservatore Romano

Une Eglise faite de chrétiens libérés de la tentation de murmurer contre Jésus « trop exigeant », mais surtout libres « de la tentation du scandale » est une Eglise qui se consolide, marche et croît sur la route indiquée par Jésus. C’est pour cette Eglise que dans la matinée du samedi 20 avril, le Pape François a demandé de prier au cours de la Messe célébrée dans la chapelle de la Maison Sainte Marthe.

L’exhortation du Pape a été la conclusion de la réflexion sur les lectures de la liturgie du jour proposée dans l’homélie. « Le passage du livre des Actes des apôtres (9, 31-42) nous raconte une scène de l’Eglise, qui était en paix. Elle était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Un moment de paix. Et il dit aussi ceci: « Elle se consolidait, marchait et grandissait » ». Il s’agissait d’une Eglise qui avait subi la persécution, mais qui au cours de cette période se renforçait, allait de l’avant et grandissait. Le Pape François a précisé que c’est précisément la vie de l’Eglise, qui « doit aller ainsi: se consolider, marcher et grandir ». Et pour que cela soit possible, « nous devons faire des pactes, nous devons faire des négociations, nous devons faire tant de choses non? ».

Mais, s’est demandé le Pape, comment se consolide-t-elle, marche-t-elle, grandit-elle? « Dans la crainte du Seigneur et avec le réconfort de l’Esprit Saint » a été la réponse. Tel le cadre dans lequel vit l’Eglise, l’air qu’elle respire « en marchant dans la crainte du Seigneur et avec le réconfort de l’Esprit Saint ». Et c’est précisément ce que « Dieu au début avait demandé à notre père Abraham: « Marche dans ma présence et sois irrépréhensible ». C’est un style de l’Eglise. Marcher dans la crainte du Seigneur. C’est un peu le sens de l’adoration, la présence de Dieu. L’Eglise marche ainsi et lorsque nous sommes en présence de Dieu, nous ne faisons pas de choses mauvaises et nous ne prenons pas de décisions mauvaises. Nous sommes devant Dieu. Même avec la joie et le bonheur. Tel est le réconfort de l’Esprit Saint, c’est-à-dire le don que le Seigneur nous a donné. Ce réconfort nous fait aller de l’avant ».

Le Pape a ensuite fait référence à l’Evangile de Jean (6, 60-69) dans lequel on lit des expressions particulières accompagnées par deux verbes: murmurer et scandaliser. « Un grand nombre des disciples de Jésus ont commencé à murmurer et à se scandaliser. Murmurer et scandaliser ». Certains se sont éloignés en disant « « cet homme est un peu spécial; il dit des choses dures et nous nous ne pouvons pas… C’est un risque trop grand d’aller sur cette voie. Nous avons du bon sens, non? Tenons-nous en arrière et n’allons pas si près de lui ». Sans doute avaient-ils une certaine admiration pour Jésus mais un peu de loin: ne pas trop se mêler à cet homme, parce qu’il dit des choses un peu étranges. Ceux-là ne se consolident pas dans l’Eglise, ils ne marchent pas en présence de Dieu, ils n’ont pas le réconfort de l’Esprit Saint, ils ne font pas croître l’Eglise. Ce sont des chrétiens de bon sens uniquement: ils prennent leurs distances. Des chrétiens, pour ainsi dire, satellites, qui ont une petite Eglise, à leur mesure. Pour le dire avec les paroles propres à Jésus dans l’Apocalypse, « des chrétiens tièdes » ».

Le Pape n’a pas hésité à définir de « prudence mondaine » la tentation de nombreuses personnes. « je pense à un grand nombre de nos frères et sœurs qui en ce moment, précisément en ce moment, apportent le témoignage du nom de Jésus même jusqu’au martyre. Ce ne sont pas des « chrétiens satellites »: eux vont avec Jésus, sur la voie de Jésus. Ils savent parfaitement ce que Pierre dit au Seigneur, lorsque le Seigneur lui pose la question: vous aussi voulez-vous vous en aller, être des « chrétiens satellites »?. Pierre lui répond: « Seigneur à qui irons-nous? Tu as les paroles de vie éternelle ». Ainsi, d’un grand groupe, il devient un plus petit groupe, mais de ceux qui savent parfaitement qu’ils ne peuvent pas aller ailleurs parce que lui seul, le Seigneur, a les paroles de vie éternelle ». Aller avec Jésus, donc, sans crainte et sur la voie qu’il a indiquée. Telle est l’invitation du pape François qui, au terme de l’homélie, a demandé de prier au cours de la Messe « pour l’Eglise, afin qu’elle continue de croître, de se consolider, de marcher dans la crainte de Dieu et avec le réconfort de l’Esprit Saint. Que le Seigneur nous libère de la tentation du « bon sens »; de la tentation de murmurer contre Jésus, parce qu’il est trop exigeant; et de la tentation du scandale ».

recevoir la parole de Dieu avec humilité

Ce vendredi matin, le Pape a rappelé que la Parole de Dieu devait être accueillie humilité parce qu’il s’agit d’une parole d’amour. Elle peut ainsi entrer dans les cœurs et changer les vies. La voix de Jésus passe par nos intelligences et va au cœur car Jésus – a-t-il dit – veut nous convertir. Commentant les lectures de la messe, le pape François a critiqué les docteurs qui ne répondent que par leur cerveau, les grands idéologues qui coupent la route de l’amour et de la beauté. Quand l’idéologie entre dans l’Église –a-t-il lancé – quand l’idéologie entre dans l’intelligence de l’Évangile, on ne comprend plus rien.

Critique des idéologies et du moralisme

Le souverain pontife a fustigé le moralisme de ceux qui prétendent n’utiliser de l’Évangile que ce qu’ils comprennent avec leur intelligence, les idéologues qui falsifient l’Évangile et qui finissent par être des intellectuels sans talent, des moralistes sans bonté qui ne comprennent rien à la beauté. Toute interprétation idéologique, de n’importe quel côté qu’elle vienne, est une falsification de l’Évangile – a-t-il insisté.

Les Saints au contraire sont ceux qui font progresser l’Église. Ils ont pris le chemin de la conversion, de l’humilité, de l’amour, du cœur, le chemin de la beauté. Et le pape François a demandé que l’on prie pour que le Seigneur libère l’Église de toute interprétation idéologique et qu’Il ouvre son cœur à l’Évangile tout simple qui nous parle d’amour, qui nous apporte l’amour qui est si beau et qui nous rend beaux nous aussi.

19-04-2013 source : Osservatore Romano

Dieu n’est pas un aérosol

18-04-2013 source : Radio Vatican

Lors de son homélie jeudi matin en la chapelle de la Maison Saint Marthe où il réside actuellement, le pape François s’est opposé à l’image d’un « Dieu-aérosol », à la présence diffuse mais indéfinie. Au contraire, a-t-il affirmé, « nous croyons en un Dieu qui est Père, qui est Fils et qui est Esprit saint ».

C’est par contre à l’Église à s’ouvrir, à se diffuser :  « Que toute la Pastorale soit faite en clef missionnaire. Nous devons sortir de nous-mêmes vers toutes les périphéries existentielles » : c’est ainsi que s’exprime le Pape François dans sa Lettre aux Evêques d’Argentine, actuellement réunis en Assemblée plénière. Après s’être excusé de ne pas pouvoir y participer suite « aux engagements pris depuis peu », le Pape rappelle la nécessité de l’engagement missionnaire à la lumière de l’Evangile. « Une Église qui ne sort pas, tôt ou tard, tombe malade du fait de l’air vicié de la réclusion. Il est également vrai qu’il peut arriver à une Eglise qui sort ce qui peut arriver à une personne lorsqu’elle se trouve dans la rue : avoir un accident. Face à cette alternative, je veux dire franchement que je préfère mille fois une Eglise qui a eu un accident à une Eglise malade. La maladie de l’Eglise enfermée est d’être autoréférentielle, elle se contemple, elle se replie sur elle-même. Il s’agit d’une sorte de narcissisme qui nous conduit à la mondanité spirituelle et au cléricalisme sophistiqué et nous empêche donc de faire l’expérience de « la douce et réconfortante joie d’évangéliser ». La lettre est écrite sur un ton très familier puisque qu’à la fin, elle invite à prier « pour ne pas se monter la tête et pour savoir écouter ce que Dieu veut et pas ce que je veux »