Archives de catégorie : Informations

sur l’Association, la Chapelle, la vie de l’Église

Le Pape et les victimes de la triple catastrophe de Fukushima

Le Pape et les victimes de la triple catastrophe de Fukushima:

l’indifférence vaincue par la compassion


À Tokyo, le troisième jour de son séjour au Japon, le pape François a rencontré les victimes du séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire du 11 mars 2011, il a demandé de ne pas oublier les 50 000 sans-abri et de repenser l’utilisation de l’énergie nucléaire, choisissant «un style de vie humble et austère».

Le Pape François a rencontré ce lundi à Tokyo les victimes du ‘Triple désastre’, c’est-à-dire le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 et l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima.

Le Pape François, accueilli avec beaucoup de respect et une émotion palpable dans les regards malgré la pudeur traditionnelle des Japonais, a tout d’abord écouté trois témoignages.

La directrice d’une école maternelle a raconté comment la catastrophe a remis en question son existence, avec la perte d’une petite fille qui était scolarisée dans son établissement, ainsi que la destruction de sa propre maison. Elle a insisté sur le thème de la protection de la vie.

Un prêtre shintoïste survivant de la catastrophe de Fukushima, dont le temple se situait à 17 kilomètres de la centrale nucléaire, a ensuite délivré une réflexion sur l’harmonie entre les êtres humains et la nature. Dans une tonalité très proche de celle du Pape François, il a expliqué qu’il faut «entendre la voix de la terre».

Enfin, un jeune homme provenant d’une localité proche de Fukushima a raconté son évacuation, à huit ans, lors de la catastrophe. Il a raconté avoir voulu mourir tellement la situation avait été éprouvante. Son père, très déstabilisé par cet exode, est tombé malade physiquement et mentalement.

Il faudra plus d’une vie pour restaurer les terres et les forêts contaminées.» «Je ne veux pas qu’ils meurent en nous ayant menti, en ayant caché la vérité», a souligné cet adolescent, qui a confié prier pour que «ceux qui ont le pouvoir trouvent un autre chemin et puissent éliminer la menace des rayonnements du nucléaire». Le Pape l’a étreint et consolé au terme de son témoignage.

Poursuivre la mobilisation internationale

Le Pape François a ensuite pris la parole pour s’adresser à «tous ceux qui ont si terriblement souffert de la triple catastrophe – le tremblement de terre, le tsunami et l’accident nucléaire -, qui a touché non seulement les préfectures d’Iwate, de Miyagi et de Fukushima, mais aussi tout le Japon et ses habitants».

Il a invité à prier «pour les plus de 18.000 personnes qui ont perdu la vie, pour leurs familles et pour les disparus», avant de marquer un temps de silence.

Il a remercié «pour les efforts des gouvernements locaux, des organisations et des personnes qui travaillent dans la reconstruction des zones touchées par la catastrophe et pour aider les plus de 50.000 personnes évacuées qui vivent actuellement dans des logements temporaires, sans pouvoir même retourner chez elles».

Il a invité à poursuivre l’élan de mobilisation, y compris sur le plan international, en remarquant que «certains de ceux qui vivaient dans les zones touchées se sentent maintenant oubliés et un grand nombre doit faire face à de continuelles difficultés : terres et forêts contaminées ainsi que les effets à long terme de la radioactivité».

«Personne ne se “reconstruit” tout seul, personne ne peut recommencer tout seul. Il est indispensable de trouver une main amicale, une main fraternelle en mesure d’aider à relever non seulement la ville, mais aussi le regard et l’espérance.»  «Huit ans après la triple catastrophe, le Japon a montré comment un peuple peut s’unir dans la solidarité, avec patience, persévérance et endurance».

Une remise en question des paradigmes du système économique

En revenant sur les propos du prêtre shintoïiste, François a remarqué que les défis de l’humanité «ne peuvent pas être compris ni traités séparément : guerres, réfugiés, alimentation, disparités économiques et défis environnementaux», car en réalité tout est interconnecté.

«Le premier pas, je crois, outre la prise de décisions courageuses et importantes concernant l’exploitation des ressources naturelles, et en particulier concernant les futures sources d’énergie, c’est d’œuvrer et de tendre vers une culture en mesure de combattre l’indifférence», a-t-il dit en reprenant un axe central de son encyclique Laudato Si’.

Le Pape François est revenu également sur les leçons à tirer de la catastrophe de Fukushima. Après avoir dénoncé frontalement l’usage militaire de l’énergie nucléaire hier à Nagasaki et Hiroshima, François a indirectement dénoncé le nucléaire civil, en adressant son soutien à l’épiscopat japonais.

«Tant que les liens sociaux ne seront pas rétablis dans des communautés locales, et que les personnes n’auront pas retrouvé une vie sûre et stable, l’accident de Fukushima ne sera pas complètement surmonté. Ce qui implique, également, comme l’ont si bien signalé mes frères évêques du Japon, la préoccupation concernant la persistance de l’utilisation de l’énergie nucléaire ; et ils ont demandé la fermeture des centrales nucléaires.»

«Notre époque est tentée de faire du progrès technologique la mesure du progrès humain. Ce “paradigme technocratique” du progrès et du développement façonne la vie des personnes et le fonctionnement de la société et, souvent, conduit à un réductionnisme qui touche tous les milieux de nos sociétés. Par conséquent, il est important, en des moments comme celui-ci, de marquer une pause et de réfléchir sur qui nous sommes et, peut-être de manière plus critique, sur qui nous voulons être.»

Dépasser une vision du développement égoïste et à court terme

«En pensant à l’avenir de notre maison commune, nous devons nous rendre compte que nous ne pouvons pas prendre des décisions purement égoïstes, et que nous avons une grande responsabilité envers les générations futures. Dans cette perspective, il nous faut opter pour une forme de vie humble et austère qui prenne en compte les urgences que nous sommes appelés à affronter.»

«Célébrons et rendons grâce pour tous ceux qui, de manière simple, ont essayé d’alléger le fardeau des victimes. Que cette compassion soit le chemin qui permette à tous de trouver espérance, stabilité et sécurité pour l’avenir !», a-t-il conclu, avant d’invoquer les bénédictions divines sur l’assistance.

L’hommage du Pape aux saints martyrs du Japon

L’hommage du Pape aux saints martyrs du Japon

Après une première intervention consacrée à la bombe atomique, le Pape François s’est ensuite rendu sur la colline Nishizaka pour rendre hommage aux martyrs chrétiens du Japon. C’est en effet sur ce lieu que furent crucifiés saint Paul Miki et ses compagnons en 1597, avant d’autres martyrs.

«J’attendais avec impatience ce moment», a d’emblée confié le Pape François lors de son discours, qui précédait la récitation de l’Angélus. «Je viens en tant que pèlerin, prier, confirmer, et aussi être confirmé par la foi de ces frères qui par leur le témoignage et le don d’eux-mêmes nous indiquent le chemin.»

Cette colline est en effet un symbole pour les chrétiens du Japon, qui furent à partir de la fin du XVIe siècle ciblé par une politique de persécution religieuse particulièrement violente, récemment portée à la connaissance du grand public par le film de Martin Scorsese, Silence. 

En 1597, la crucifixion de Paul Miki, un séminariste jésuite japonais, avec 25 de ses compagnons, eut un impact important dans toute la chrétienté, jusqu’en Europe. Il furent béatifiés 30 ans plus tard, un délai exceptionnellement court pour l’époque, et furent canonisés en 1862. C’est un siècle plus tard, en 1962 donc, que fut érigé ce sanctuaire en leur mémoire.

«Plus que de mort, ce sanctuaire nous parle du triomphe de la vie. Saint Jean Paul II a perçu ce lieu non seulement comme le mont des martyrs, mais aussi comme une vraie Montagne des Béatitudes où nous pouvons toucher du doigt le témoignage d’hommes envahis par l’Esprit Saint, libres de tout égoïsme, de tout confort et de tout orgueil», a précisé François en citant son exhortation apostolique Gaudete et Exsultate. «En effet, ici, la lumière de l’Évangile a brillé dans l’amour qui a triomphé de la persécution et de l’épée.»

Un don de la vie qui doit nous interpeller aujourd’hui

«La lumière de la résurrection est aussi annoncée là où le sang des martyrs devient semence de la vie nouvelle que Jésus Christ veut offrir à nous tous. Leur témoignage nous confirme dans la foi et nous aide à renouveler le don de nous-mêmes ainsi que notre engagement à vivre en disciples missionnaires, qui savent œuvrer pour une culture capable de toujours protéger et défendre toute vie, à travers ce ‘‘martyre’’ du service quotidien et silencieux de chacun, spécialement à l’endroit des plus démunis.»

«Je viens devant ce monument des martyrs pour rencontrer ces saints hommes et femmes, et je voudrais le faire avec la modestie de ce jeune jésuite qui venait des ‘‘confins de la terre’’ et qui a trouvé, dans l’histoire des premiers missionnaires et martyrs japonais, une profonde source d’inspiration et de renouvellement», a expliqué le Pape, s’inscrivant dans les pas du père Pedro Arrupe, qui fut missionnaire au Japon et joua un rôle dans la construction de ce sanctuaire, avant de devenir général des jésuites.

L’exemple des martyrs actuels

«En ce lieu nous nous unissons également aux chrétiens qui en diverses parties du monde subissent et connaissent aujourd’hui le martyre à cause de la foi.»

«Les martyrs du XXIème siècle nous interpellent par leur témoignage afin que nous suivions avec courage la voie des béatitudes. Prions pour eux et avec eux, et élevons la voix pour que la liberté religieuse soit garantie pour tous, partout dans le monde, et élevons aussi la voix contre toute manipulation des religions, par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effrénés et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes», a dit le Pape, en citant la Déclaration sur la Fraternité humaine signée à Abou Dhabi en février dernier.

Il a enfin appelé à prier pour que les saints martyrs du Japon intercèdent pour leur pays «et pour toute l’Église, afin que son engagement éveille et garde vivante la joie de la mission».

Nagasaki : le Pape appelle à l’interdiction des armes nucléaires

Nagasaki : le Pape appelle à l’interdiction des armes nucléaires

Pour sa première étape dans la ville japonaise frappée par la bombe atomique le 9 août 1945, le Pape François a lancé un appel vibrant pour l’interdiction des armes nucléaires, depuis le parc construit sur le lieu de l’hypocentre du bombardement atomique de 1945.

Marchant sur les pas de Jean-Paul II venu à Nagasaki le 25 février 1981, il a déclaré que «ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l’horreur que nous les êtres humains nous sommes capables de nous infliger. La croix bombardée et la statue de Notre-Dame, récemment découvertes dans la cathédrale de Nagasaki, nous rappellent une fois de plus l’horreur indescriptible vécue dans leur propre chair par les victimes et leurs familles.».

«Notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d’une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et empêcher tout dialogue possible.»

La sécurité internationale ne peut pas se baser sur une menace de destruction

«La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain.»

En remarquant une nouvelle fois que l’argent dépensé dans des armements de plus en plus sophistiqués devrait plutôt être investi dans les services à la population et la protection de l’environnement, le Pape a appelé à construire une confiance mutuelle impliquant la participation de tous : «individus, communautés religieuses, société civile, Etats dotés d’armes nucléaires et ceux qui n’en possèdent pas, secteurs militaires et privés, et organisations internationales».

«L’Église catholique, pour sa part, est irrévocablement engagée dans la décision de promouvoir la paix entre les peuples et les nations : c’est un devoir auquel elle se sent obligée devant Dieu comme devant tous les hommes et femmes de cette terre. Nous ne pourrons jamais nous lasser d’œuvrer et de soutenir avec une insistance persistante les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.»

Un appel à la responsabilité des leaders politiques

«Convaincu qu’un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire, je demande aux leaders politiques de ne pas oublier que ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps», a dit le Pape François, dans la filiation, notamment, de Jean XXIII et de Paul VI. «Il devient crucial de créer des instruments qui assurent la confiance et le développement mutuel, et de compter sur des leaders qui soient à la hauteur des circonstances.»

Le Pape a ensuite prononcé ces mots de la célèbre prière de saint François d’Assise :

«Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

là où il y a la haine, que j’apporte l’amour,

là où il y a l’offense, que j’apporte le pardon,

là où il y a le doute, que j’apporte la foi,

là où il y a le désespoir, que j’apporte l’espérance,

là où il y a les ténèbres, que j’apporte la lumière,

là où il y a la tristesse, que j’apporte la joie.»

«En ce lieu de mémoire, qui nous émeut et ne peut nous laisser indifférents, il est encore plus riche de sens de nous confier à Dieu, pour qu’il nous enseigne à être des instruments efficaces de paix et à veiller aussi à ne pas commettre les mêmes erreurs du passé.»