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sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

LE MOIS DU SAINT NOM DE JÉSUS VIe JOUR.

LE MOIS DU SAINT NOM DE JÉSUS VIe JOUR.

BAPTÊME DE JÉSUS-CHRIST.

Tunc venit Jesus à Galilaeà in Jordanem ad Joannem, ut baptizaretur ab eo.

Alors Jésus vint de la Galilée vers Jean, sur les bords du Jourdain, afin d’être baptisé par lui. Matthieu 3.

D’après LE MOIS DE JÉSUS – Malines 1839

Ier Point.

IHS extrait des armes du Pape François
IHS extrait des armes du Pape François

Depuis le retour d’Égypte, Jésus-Christ vivait obscurément à Nazareth, par­tageant les travaux de Joseph et de Marie, et se montrant, dans toutes les occasions, plein de docilité pour ces saints person­nages auxquels le Ciel avait voulu confier le soin d’une enfance si précieuse.

Mais le mo­ment où le Fils de Dieu devait commencer sa mission, s’approchait : il allait sortir de cet état de silence dans lequel il paraissait enseveli, et s’occuper exclusivement de ce qui regardait le service de son Père.

Apprends ici, ô mon âme! à ne jamais con­trarier les volontés célestes, et à remplir exactement les devoirs de l’état dans lequel tu es placée. Tant que le Fils de Dieu ne voit point arriver l’époque où il doit commencer son ministère, il se renferme dans la retraite et l’obscurité, et nous fournit jusqu’à l’âge de trente ans le modèle d’une vie humble et laborieuse.

N’ai-je pas cherché quelquefois à me produire au dehors par des actions d’éclat; quoique je me trou­vasse attaché à une condition qui me pres­crivait le silence ?

Quelque temps avant que Jésus-Christ com­mençât sa mission, Dieu suscita sur la terre un grand prophète qui devait être le pré­curseur de son Fils. C’était Jean-Baptiste, appelé par Malachie, l’ange envoyé de Dieu pour préparer les voies du Seigneur.

C’était lui qui, suivant Isaïe, devait crier dans le désert : Rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu. Toute vallée sera remplie, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les chemins tortus devien­dront droits, et les raboteux unis. C’était enfin ce Jean Baptiste auquel Jésus-Christ lui-même rendit un si glorieux témoignage, en disant qu’il était le plus grand d’entre les enfants des hommes:

Ce saint précurseur du Fils de Dieu vint donc par les ordres du Ciel dans le désert de Judée et dans tout le pays du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence, qui ne donnait point la rémission des péchés, mais qui disposait les hommes à la recevoir, et était la figure du baptême que Jésus-Christ devait instituer.

C’est pendant que nombreux du le peuple juif accourait auprès de saint Jean pour se faire baptiser, que Jésus sortit de Nazareth, et se dirigea vers le Jourdain. Il était au moment de commencer son ministère ; et, quoiqu’il n’eût pas besoin d’implorer l’as­sistance du Saint-Esprit, puisque cet Es­prit divin était en lui dès sa plus tendre enfance, il voulut, en se faisant baptiser par son précurseur, instituer le sacrement de la régénération.

C’est là du moins le sen­timent des Pères, et notamment de saint Augustin et de saint Grégoire de Nazianze.

Le Catéchisme du concile de Trente, pour prouver qu’on doit ramener à cette époque l’institution du baptême, remarque que, dans le moment où Jésus-Christ fut baptisé, la très-sainte Trinité, au nom de laquelle le baptême se donne, se rendit sensiblement présente, car on entendit la voix du Père, le Fils était présent, et le Saint-Esprit des­cendit sur lui en forme de colombe.

Mais si Jésus-Christ, avant de commen­cer sa mission, veut recevoir visiblement le Saint-Esprit, n’est-ce pas pour m’enseigner que je ne dois rien entreprendre d’im­portant, sans implorer auparavant l’assis­tance céleste?

Je le connais mainte­nant; c’est un nouvel exemple de foi et d’humilité que le Fils de Dieu me propo­se, et je n’en ai peut-être jamais profité ! orgueilleux de mes talents ou de mon in­dustrie, j’ai peut-être constamment regar­dé comme mon propre ouvrage le succès de mes diverses entreprises, sans songer que Dieu seul est le dispensateur de tous les ta­lents, et que l’homme se fatiguera inutile­ment à construire une maison, si le Sei­gneur ne la construit avec lui.

Oh ! combien de désordres et de scandales cesseraient d’affliger l’Église, si tous les chrétiens avaient la pieuse habitude d’invoquer le secours de l’Esprit-Saint, avant de se li­vrer à leurs occupations ou de prendre quelque décision importante !

Comme on verrait diminuer le nombre de ces mal­heureux qui traînent une vie pleine d’a­mertume et de dégoûts, parce qu’ils se sont engagés sans réflexion dans les états où la volonté de Dieu ne les appelait pas !

Comme on remarquerait plus de sagesse et de constance dans leurs résolutions, plus de prudence et de discernement dans leurs entreprises, plus de fidélité dans le ma­riage, plus de modération dans la prospé­rité, plus de résignation dans l’infortune, plus de fermeté et de courage dans les tri­bulations ! En un mot, la face de la terre ne serait-elle pas renouvelée ?

IIe Point.

Jésus étant arrivé sur les bords du Jourdain, se mêle à la foule des Juifs qui étaient accourus auprès de saint Jean, et se présente avec eux pour recevoir le bap­tême de son précurseur. Saint Jean péné­tré et attendri d’un si grand abaissement, se refuse à ce ministère, en disant : C’est moi qui dois être baptisé par vous, et ce­pendant vous venez à moi !

N’importe, auguste Précurseur du Fils de Dieu, vous ne pourrez persister dans votre humble refus ; Jésus va vous donner l’ordre de lui conférer le baptême, puisqu’il veut avoir cette nouvelle conformité avec les pécheurs.

D’ailleurs il doit manifester à ce moment sa divinité : en même temps que l’Esprit Saint descendra sur lui sous une forme corpo­relle, une voix miraculeuse proclamera son innocence, et annoncera à la terre qu’il est le Fils bien-aimé de celui qui règne dans les Cieux.

Ah ! sans doute, ce ne sont point les eaux du Jourdain qui ont sancti­fié le juste et le saint par excellence : on peut dire, au contraire, que la présence du Fils de Dieu dans ce fleuve, l’a sancti­fié ; désormais il sera célèbre entre tous les fleuves de la terre ; et lorsqu’une longue suite de siècles aura éloigné de ses bords le flambeau du christianisme, ce fleuve ne laissera pas d’être vénéré.

Le silence profond qui régnera sur ses rivages, sera, souvent interrompu par les chants joyeux du pèlerin qui, arrivé sur ses bords après de longues fatigues, s’esti­mera heureux de pouvoir contempler son cours et s’abreuver de son onde.

Mais ce qui doit m’intéresser le plus, ce que je ne saurais méditer avec assez d’at­tention, c’est la dignité à laquelle m’a élevé la qualité de chrétien que j’ai acquise dans le baptême institué aujourd’hui par mon divin Rédempteur. Après avoir été conçu dans le péché, j’étais né enfant de colère, et mon âme défigurée se voyait soumise à l’empire du démon.

Tout-à-coup, par la vertu des eaux régénératrices répandues sur ma tête, je me vis dégagé des liens qui me retenaient captif sous la puissance du dé­mon ; mon âme fut réconciliée avec son Dieu ; les portes du Ciel s’ouvrirent pour moi, et le Père des miséricordes m’adopta pour son enfant.

O mon âme ! quelle tendre charité de la part de ton Dieu ? je m’estimerais heureux d’être uni par le sang à un monarque célèbre, et je ne me ferais pas gloire d’appartenir à Dieu en qualité d’enfant ! d’être par la grâce d’adoption, ce que le Fils de Dieu est par nature !

Oh ! combien j’ai sujet de m’écrier ici avec le Prophète roi : Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, qui s’élève dans ce qu’il y a de plus haut pour y placer son trône, et qui s’abaisse pour considérer ce qui se passe dans le Ciel et sur la terre ; qui tire l’indigent de la poussière, pour le placer avec- les princes de son peuple ?

Du mo­ment où l’eau sainte eut coulé sur ma tête, je me trouvai élevé au plus haut degré de noblesse et de gloire que je pusse ambi­tionner : dès-lors je fus fait héritier de mon Dieu et cohéritier de Jésus-Christ, je me vis autorisé à appeler Dieu mon Père. O don qui surpasse tous les dons !

Voyez, s’écrie saint Jean, voyez quelle charité le Père céleste nous a témoignée : il a voulu et que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet. O mon âme ! pourrais-tu jamais négliger le souvenir d’un bienfait si précieux ? que dis-je ? devrais-tu laisser écouler un seul jour, une seule heure, sans offrir à Dieu le tribut de ta reconnaissance et de ton amour?

PRIÈRE.

Non, mon Dieu, non, je n’oublierai ja­mais tous les témoignages de charité et de prédilection que j’ai reçus de vous. Tan­dis qu’une infinité de peuples étaient plon­gés dans les ténèbres de l’idolâtrie, vous avez daigné me choisir particulièrement pour me faire connaître votre nom ; vous avez fait luire sur moi l’admirable lumière de votre saint Évangile, et vous m’avez admis au nombre de vos enfants chéris.

O mon Père ! puisque vous voulez que je me serve de ce nom, j’ai bien mal répondu à toutes les marques d’amour que vous m’a­vez données ; mais il me semble que je n’ai jamais compris aussi vivement qu’au­jourd’hui la grandeur de votre charité pour moi, j’en suis pénétré de reconnaissance, et tout le regret que je forme, c’est d’a­voir regardé si longtemps avec indifférence les ineffables prodiges que vous avez opé­rés en ma faveur.

Soyez-en béni à jamais, ô mon Dieu! et ne permettez pas qu’après avoir vu les portes de l’enfer fermées sous mes pas par votre main miséricordieuse, je contraigne votre justice de les rouvrir pour m’y précipiter.

Mon divin Rédempteur, c’est par vous que j’ai obtenu la faveur de pouvoir être appelé enfant de Dieu : faites qua je ne me rende jamais indigne d’un si beau titre ; donnez-moi aujourd’hui quelque part aux dons précieux de cet Esprit divin qui ré­side en vous dans toute sa plénitude, afin qu’étant toujours éclairé sur les volontés de votre Père céleste, je puisse travailler effi­cacement à accomplir ce qui lui est agréable.

RÉSOLUTIONS.

l.° J’estimerai mon titre de chrétien par­dessus tout le reste ; je passerai dans un saint recueillement l’anniversaire du jour de mon baptême, et je renouvellerai sou­vent aux pieds des autels les engagements et les promesses que j’y ai contractés.

2.° Je ne commencerai jamais mon tra­vail, sans prier le Seigneur qu’il daigne le bénir et le sanctifier ; et toutes les fois que j’aurai à prendre quelque décision impor­tante, je solliciterai humblement du Saint-Esprit les grâces et les secours nécessaires pour agir toujours conformément aux vo­lontés du Ciel.

D’après un texte de Malines 1839

Présenté par l’Association de la M2daille Miraculeuse

Pourquoi l’adoration des Mages

Pourquoi l’adoration des Mages ?

Épiphanie -Chapelle Saint Vincent de Paul Paris 6
Épiphanie -Chapelle Saint Vincent de Paul Paris 6

Les Mages lui offrirent des présents précieux et symboliques, de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; de l’or parce qu’il était roi, de l’encens parce qu’il était Dieu, de la myrrhe parce qu’il devait être un homme de douleurs.

Ces dons sont offerts à Jésus par les Mages pour reconnaître sa royauté, comme un tribut qui lui est présenté par ses sujets. Dieu avait voulu que la dignité de son Fils incarné fut manifestée à tous ceux qu’il devait sauver sur la terre. Les premiers appelés furent les pauvres et humbles bergers avertis par un ange.

Après ceux-là, vinrent les deux vieillards de Jérusalem, Simon et Annah, convoqués par l’Esprit-Saint, représentant la Loi Mosaïque. Mais le Messie n’était pas venu seulement pour régénérer le peuple juif ; il était descendu du ciel pour donner la vraie lumière à toutes les nations de la terre.

Si ses préférés étaient les pauvres, son amour n’excluait pas les puissants et les savants du monde. A ceux-là, il avait envoyé une étoile, et ils avaient obéi à ce mystérieux langage. Eux aussi, ils avaient reçu un cordial accueil de l’Enfant et de sa mère. Eux aussi, ils étaient heureux parce qu’ils avaient eu la foi et parce qu’ils avaient su comprendre l’appel de la Providence.

Le bref récit de l’évangile renferme de multiples enseignements. Nous apprenons ainsi que les Juifs ne sont pas seuls à être appelés auprès du Messie. Les Gentils aussi sont convoqués pour l’adorer. Pour tous, il suffira d’entrer dans cette maison sainte qui est l’Église, et ils y trouveront l’Enfant avec sa mère, Jésus avec Marie, les deux inséparables ouvriers de la rédemption des âmes.

En outre, les Mages ne sont pas là à titre purement individuel ; ils sont les représentants de tous les hommes qui doivent venir prier et adorer leur Rédempteur. Ils sont les premiers, mais tous les siècles les suivront, et offriront au divin Libérateur les mêmes présents qu’ils déposèrent eux-mêmes à ses pieds.

Ils lui ont apporté de l’or, parce qu’il est roi ; mais toujours, depuis lors, Jésus-Christ a eu de l’or à sa disposition, toutes les fois qu’il en a voulu. Quel est le souverain qui a de plus beaux et de plus nombreux palais que les églises où réside le Dieu de l’Eucharistie ?

Ils lui ont offert de l’encens parce qu’ils croyaient à sa divinité ; mais leur encensoir ne s’est jamais éteint, et ce n’est pas seulement par la fumée odorante de nos sanctuaires que nous proclamons sa divinité, mais encore et surtout par les prières incessantes que nous lui adressons.

Enfin, ils ont déposé à ses pieds de la myrrhe, cette plante amère qui symbolise la douleur, qu’on employait pour l’ensevelissement des cadavres, et qui devait être apportée avec un mélange d’aloès, du poids de cent livres, pour faire au divin Crucifié une royale sépulture.

Le symbolisme de ce présent est plus notable encore. Il annonçait toutes les tristesses, toutes les douleurs, toutes les tortures par lesquelles les hommes devraient, selon la parole du grand Apôtre, compléter ce qui manquait encore à la Passion du Christ, pour achever son œuvre rédemptrice.

Marie aura sa part de cet or, de cet encens et de cette myrrhe. Elle aura aussi sur toute la terre des sanctuaires magnifiques ; elle aussi, elle sera priée comme étant la toute-puissance suppliante. Mais elle aussi, elle aura à souffrir sur la terre, et devra participer aux douleurs et aux souffrances de son Fils bien-aimé. Elle sera nommée, à juste titre, la Reine des Martyrs.

+ Albert Pillet

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

LE MOIS DU SAINT NOM DE JÉSUS Ve JOUR.

LE MOIS DU SAINT NOM DE JÉSUS Ve JOUR.

FUITE EN ÉGYPTE.

Surge, et accipe Puerum, et matrem ejus, et fuge in Egyptum.

Levez-vous, prenez l’Enfant et sa mère, et fuyez en Égypte. Matthieu 2.

Ier Point.

IHS extrait des armes du Pape François
IHS extrait des armes du Pape François

Il n’y a que quelques jours que Jésus habite sur la terre ; il est encore éten­du dans son berceau, et déjà son enfance est un objet de terreur pour l’impiété. A peine le cruel Hérode a-t-il reçu la nouvelle de sa naissance, à peine s’est-il fait repré­senter les prophéties qui annoncent la venue d’un Rédempteur, qu’il forme le dessein de s’opposer lui-même à l’accomplissement des oracles célestes : il nourrit dans son cœur des projets barbares et sacrilèges, et sourit d’avance à la pensée de la victoire qu’il se flatte de remporter sur le Ciel.

L’insensé ! il ignore qu’une puissance invisible scrute ses pensées les plus secrètes, et se jouera de ses téméraires efforts! il ne sait pas que l’œil qui veille sur le berceau de Jésus-Christ, lit au fond de son cœur, et connaît ses des­seins criminels avant qu’il les conçoive !

Non, tyran barbare, tu ne triompheras pas de cet enfant qui paraît aujourd’hui si faible : tu le chercheras pour l’immoler, mais il sera dérobé à ta fureur. Tu as prétendu, dans ta folle impiété, faire varier les décrets éternels ; tu as voulu prouver qu’il était en ton pouvoir de convaincre les Livres saints de mensonge et d’imposture : eh bien ! tu vas servir toi-même à l’accomplissement de ces prophéties qui excitent ta rage.

En vertu de tes ordres cruels, le sang de l’innocence va ruisseler ; mais le fer de tes satellites n’arri­vera pas jusqu’au berceau de Jésus-Christ. Une prévoyance surhumaine l’éloignera du théâtre de ta barbarie ; tu ne recueilleras pour tout succès que les malédictions des mères, et ta mémoire odieuse ne vivra dans la postérité que pour être un objet d’oppro­bre et d’infamie chez toutes les générations.

Avant que la sentence d’Hérode pût être mise à exécution, un ange fut envoyé du Ciel pour ordonner à la sainte famille de quitter les lieux soumis à la domination de ce prince cruel, et de partir pour l’Égypte.

Mais pourquoi exposer le divin Enfant à un voyage si long et si périlleux ? Père céleste ! ne pourriez-vous pas soustraire votre Fils au couteau du tyran, sans l’exiler sur une terre habitée par des gens qui ne connaissent pas votre nom ? ne pourriez-vous pas frapper d’aveuglement les exécuteurs des ordres d’Hérode, ou glacer subitement le bras sacrilège qui oserait approcher le fer du corps de mon Sauveur ?

Ah ! oui sans doute, vous le pourriez ; mais le moment n’est pas venu de faire éclater votre puis­sance : d’ailleurs un semblable prodige ou­vrirait peut-être les yeux d’Hérode, et l’éclairerait sur la noirceur de son crime, tan­dis que ce prince cruel, livré à toute la cor­ruption de son cœur, est indigne de rece­voir du Ciel un avertissement si manifeste

Il attribuera à son imprévoyance l’inutilité de ses mesures, et sa rage forcenée, accrue, s’il est possible, par le souvenir de son impuissance entretiendra dans son esprit les ténèbres épaisses d’une impiété délirante.

Mais que va devenir le divin Enfant dans les régions où l’ont relégué les vo­lontés éternelles ? O mon âme ! apprend ici que Dieu n’exige jamais rien de toi qui soit au-dessus de tes forces; et que, s’il t’ordonne quelquefois des sacrifices qui te paraissent impossibles, il a toujours l’intention de t’accorder les grâces nécessaires pour que tu puisses triompher de tous les obstacles.

La même main qui a protégé le berceau de Jésus contre les fureurs d’Hérode, le guide à travers les déserts jusqu’en Égypte, et les ramènera dans la terre d’Israël, après la mort du tyran.

IIe Point.

Mais ne puis-je pas recueillir d’au­tres leçons dans cette fuite précipitée de mon Sauveur ?

Si Jésus-Christ, tout Dieu qu’il est, obéit aux ordres de son Père, lorsqu’il lui commande de se soustraire par la fuite à la persécution d’un prince cruel, quelle témérité n’y a-t-il point de ma part à aller au-devant du danger, comme je le fais quelquefois, et à m’exposer volontaire­ment à des occasions où je cours le risque de perdre mon innocence !

Le langage que je tiens n’est-il pas celui d’un insensé lors­que je me dis à moi-même : je saurai agir avec prudence, et je ne m’avancerai pas assez loin pour courir un danger réel ; lors­que j’apercevrai l’ennemi, je me retirerai ; ou bien : je ne suis pas tellement faible, que je me laisse terrasser aux premiers coups ; je sais à quoi m’en tenir, et je ferai bien en sorte de ne pas succomber?

Malheu­reux que je suis! je prétends connaître le point au-delà duquel le danger devient réel, et je ne crains pas de m’avancer avec assurance jusqu’à cette limite délicate !

Et qui me dit que je ne me trompe pas? qui me dit que je ne suis pas aveuglé par mes passions, et que je ne me repose pas avec sécurité dans le lieu le plus périlleux ? qui me dit enfin, qu’après m’être avancé sans crainte jusqu’à ce point si difficile à déter­miner, je ne rencontrerai pas un ennemi qui me le fera franchir ?

Je ne suis pas assez faible pour me laisser ter­rasser aux premiers coups : hélas I comment osé-je proférer de semblables paroles? Quand je serais le plus fort de tous les hommes, pourrais-je avec raison m’autoriser de cette force pour m’exposer au danger? et ne sais-je pas que tout homme, quel qu’il soit, n’est par lui-même que faiblesse et que misère ?

D’ailleurs suis-je plus fort que tant de saints personnages, dont les chutes déplorables sont encore pour l’Église un sujet de gémis­sement et de douleur ? et s’il est vrai que la leçon de l’expérience soit toujours la plus sûre, que m’apprend-elle au sujet de cette prétendue force que je fais tant valoir pour autoriser ma témérité ? Combien d’écueils que je n’ai pu surmonter! combien d’assauts où j’ai été honteusement vaincu !

Combien de naufrages imprévus sur une mer dont le calme et la tranquillité me rassuraient ! Oh ! si je ne m’aveuglais pas sur ma faiblesse ; si les tristes épreuves que j’ai faites de ma misère et de mon impuissance m’avaient éclairé sur les véritables dispositions de mon âme, quelle idée aurais-je aujourd’hui de moi-même? ne rougirais-je pas de témoigner la moindre confiance en mes propres forces ?

Depuis que je paie si chèrement le honteux et coupable plaisir de satisfaire ma témérité, n’aurais-je pas dû apprendre que celui-là est réellement le plus fort, qui croit l’être le moins, et m’appliquer à moi-même ces paroles de l’Apôtre : Que celui qui se croit ferme, prenne garde de tomber?

Mais, ô mon âme ! le mystère que tu mé­dites ne te rappelle-t-il pas une autre sorte d’infidélité bien plus criminelle encore ? Combien de fois ne t’es-tu pas autorisée des miséricordes divines pour t’exposer volon­tairement à des périls dont le sentiment de ta faiblesse aurait dû t’éloigner !

Parce que tu avais été favorisée, en plusieurs ren­contres, des effets de cette miséricorde in­effable, était-ce une raison pour que tu pusses compter toujours sur le secours cé­leste, comme si Dieu l’avait mis à ta dispo­sition ? devais-tu retourner en insensée au-devant de tes ennemis, parce que la bonté de ton Sauveur t’avait dérobée la première fois à leurs dangereuses embûches?0l’étrange moyen d’attirer sur toi les grâces et les fa­veurs du Ciel !

Comment osais-tu prétendre à l’assistance divine, dans le moment même où tu outrageais la libéralité de ton su­prême bienfaiteur par la conduite la plus indigne et la plus téméraire? Espérais-tu donc que le Ciel opérerait plutôt un pro­dige que de te laisser en la puissance de ton ennemi? Mais ce prodige n’a pas été opéré en faveur du Fils de Dieu, puisque tu le vois aujourd’hui contraint de fuir sur une terre étrangère.

Tu voudrais donc que le Père céleste te traitât avec plus d’indul­gence qu’il n’a traité son Fils bien-aimé ? fut-il jamais aveuglement plus déplorable, ingratitude plus révoltante ?

PRIÈRE.

Il n’est que trop vrai, ô mon Dieu ! que ma faiblesse est extrême, et que j’ai toute» sortes de raisons pour ne point me fier à mes propres forces. Toutes les fois que j’ai résisté à votre grâce, lorsqu’elle me pres­sait de fuir des occasions dangereuses, toutes les fois que j’ai voulu m’avancer té­mérairement sur une route semée d’écueils, j’ai fait des chutes funestes et déplorables.

Et qui suis-je donc, ô mon Dieu ! pour pré­tendre triompher, sans votre secours, de l’ennemi de mon salut? Je vois tous vos plus fervents serviteurs s’humilier profon­dément devant vous; je les vois tremblants et craintifs au souvenir de leur faiblesse et de leur misère, et moi je m’aveugle au point de me croire capable par moi-même de lutter avec succès contre le démon !

O mon Sauveur ! daignez, je vous en conjure, daignez m’éciairer sur mes infirmités : pé­nétrez-moi d’une sainte frayeur à l’approche du danger, afin que je ne le recherche pas, comme je l’ai fait trop souvent ; et lorsque je m’y verrai exposé, sans qu’il m’ait été possible de l’éviter, ne permettez pas que je compte jamais sur mes propres forces, mais faites que je mette toute ma confiance dans la puissance de votre secours.

RÉSOLUTIONS.

1. Je m’éloignerai avec soin de toutes les occasions dangereuses, et je me représenterai souvent les malheureuses épreuves que j’ai faites de ma faiblesse, pour parvenir à extirper en moi tout sentiment d’orgueil et de confiance en mes propres forces.

2. Je ne murmurerai jamais lorsque Dieu m’ordonnera quelques sacrifices qui me paraîtront pénibles. Je regarderai les dons de la grâce comme des bienfaits dont je serai toujours indigne, et j’éviterai sur­tout de me prévaloir des miséricordes cé­lestes pour autoriser mes démarches témé­raires ou inconsidérées.

D’après un texte de Malines 1839

Présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse