Luther et le Magnificat

En cette semaine de l’unité des Chrétiens, voyons par exemple comment Marie est envisagée d’un point de vue protestant, attachons-nous plus spécifiquement à ce qu’en comprend Luther, celui des réformateurs protestants qui a le plus souligné l’importance de Marie pour les croyants.

Luther avait été moine augustin, il avait appartenu à un ordre où la théologie mariale tenait une place importante. Si certes, pour lui, seul le Christ est médiateur pour les croyants, il a par contre souvent montré, dans ses sermons ou dans son commentaire du «Magnificat», que Marie était un exemple particulièrement riche pour la foi.

Dans ce commentaire, Luther insiste en particulier sur deux points. Il souligne en premier lieu le contraste entre la petitesse de la Vierge et l’immensité de l’honneur qui lui est fait. Luther développe l’idée de l’humilité de Marie : fille inconnue d’une humble famille, sans éclat ni prestige, elle est par excellence la figure des pauvres, des hommes ordinaires et obscurs.

C’est parce qu’elle tombe sur une jeune fille que ni ses mérites ni ses richesses ne distinguaient que la grâce de Dieu éclate dans sa totale gratuité. Marie est ainsi un signe d’espoir pour chaque croyant, l’exemple de la miséricorde divine qui s’adresse aux moins méritants.

«Dieu a fait en Marie de grandes choses. Mais la plus grande, nous dit la Vierge elle-même, c’est qu’il ait jeté les yeux sur elle, car tout dépend et tout découle de cette grâce initiale. En effet quand Dieu se penche sur une âme et jette les yeux sur elle, c’est pour la sauver par pure bonté.» (commentaire de Luther)

L’action de grâces de Marie est donc l’occasion pour souligner l’absolue gratuité de l’amour de Dieu. Dès lors, ce qui nous rend proches de Marie, ce qui fait qu’elle a quelque chose à nous dire, c’est que Dieu lui a fait grâce malgré sa petitesse et sa bassesse, qu’elle peut être un exemple pour les croyants.

Cependant, Marie n’est pas seulement l’humble jeune fille qui reçoit une grâce démesurée, elle est aussi celle qui l’accepte d’un cœur confiant. Marie est l’exemple par excellence de l’accueil de la grâce. Elle est celle qui accepte de se laisser entraîner par ce qui la dépasse infiniment.

Son Magnificat, son chant d’action de grâces, est une invitation à ce même accueil confiant par les croyants. Exemple de la grâce qui donne confiance aux croyants, image de l’accueil de cette grâce, Marie est aussi au cœur du mystère de l’Incarnation.

Dans la confession de foi partagée entre protestants et catholiques, la place importante qui lui est dévolue est à la mesure de ce mystère. Marie a été choisie pour être la mère du Christ. Là se joue l’annonce de la proximité que Dieu a accepté de partager avec l’homme : naissant d’une simple femme, il s’est mis au niveau de la faiblesse de la créature.

Marie est alors une invitation pour chaque croyant à accepter de recevoir la parole divine intimement comme la «Mère de Dieu», de la laisser grandir en lui, de la faire sienne. Prendre exemple sur cet accueil joyeux de la grâce de Dieu pour mieux recevoir sa parole, c’est certainement ce que nous pouvons apprendre de Marie.

« Voilà qui nous indique la meilleure façon d’honorer Marie et de se montrer ses fidèles serviteurs. Nous inspirant des paroles du «Magnificat», disons-lui notre admiration : « Ô Marie, bienheureuse vierge et mère de Dieu, dans quel degré d’abaissement et de mépris n’as-tu pas vécu; et cependant le Seigneur a jeté sur toi un regard si plein de bienveillance! Il a fait pour toi de si grandes choses! Tu n’en étais nullement digne et la grâce de Dieu en toi, et si riche et surabondante, surpassant, ô combien, tes propres mérites! Bienheureuse es-tu dès cet instant et pour l’éternité car tu as rencontré Dieu! » (commentaire de Luther)

d’après Solange Chavel, ens

Unité 2012

Du 18 au 25 janvier, avec tous nos frères Chrétiens, avec tous ceux qui nous ont précédés dans la foi, dont la Vierge Marie, comme associés de la Médaille Miraculeuse, restons « unis dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière » (cf. Ac 2, 42), car, comme nous le rappelle le thème de la semaine de l’unité : « Tous, nous serons transformés par la Victoire de notre Seigneur Jésus Christ. »(cf. 1 Co 15,51-58)

Les prières de la semaine 2012 ont été préparées par les Églises présentes en Pologne, elles ont choisi comme thème cette phrase ci-dessus extraite du passage de la première épître de Paul aux Corinthiens (15, 51-58) où il est question de la puissance transformatrice de la foi au Christ, mise spécialement en rapport avec notre prière pour l’unité visible de l’Église, Corps du Christ.

C’est dans sa vie, son action, son enseignement, sa souffrance, sa mort et sa résurrection que nous cherchons comment mener, aujourd’hui, une vie de foi victorieuse qui se traduise dans un engagement social vécu en esprit d’humilité, de service et de fidélité à l’Évangile. Alors qu’il allait connaître la souffrance et la mort désormais proches, Jésus priait pour que ses disciples soient un afin que le monde croie.

Cette « victoire » n’est possible que par une transformation spirituelle, une conversion. C’est dans la prière et l’effort pour la pleine unité visible de l’Église que nous serons nous-mêmes changés, transformés par la victoire de Jésus Christ et rendus semblables à Lui. Il nous faut nous ouvrir les uns aux autres, nous faire des dons et accepter d’en recevoir en échange, afin de pouvoir entrer véritablement dans la vie nouvelle proposée dans le Christ, qui est la seule vraie victoire.

Demandons-le par l’intercession de la Vierge Marie, la Mère du Seigneur, présente au Cénacle.

Le visuel élaboré par l’Unité Chrétienne pour cette semaine de prière 2012 a été réalisé à partir d’une fresque de la chapelle orthodoxe de l’atelier St Jean Damascène (St Jean en Royans, Drôme, France).

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Catéchèse de Benoît XVI lors de l’audience générale de ce mercredi matin 18 janvier 2012 à 10h30 en la salle Paul VI du Vatican

Chers frères et sœurs, aujourd’hui nous entrons dans la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens. Ce rendez-vous spirituel annuel fait grandir la conscience que l’Unité vers laquelle nous tendons ne pourra être obtenue par nos seuls efforts, mais sera surtout un don reçu d’en haut, et à demander toujours.

Cette octave de prière veut « Être un cri unanime de tout le Peuple chrétien » qui demande à Dieu ce grand don ! En effet, la prière demeure la voie fondamentale et première pour parvenir à la pleine communion. Jésus lui-même a prié pour cette unité et l’a demandée à son Père avant sa Passion. Cette année, le thème de la Semaine est : « Tous nous serons transformés par la victoire de Jésus Christ, notre Seigneur ». Cette victoire ne passe ni par le pouvoir ni par la puissance. Elle est celle de l’amour, de l’entraide et du service mutuels. Nous pouvons donc devenir victorieux seulement si nous nous laissons transformer par Dieu en convertissant notre vie.

Chers amis, ayons conscience que le manque d’unité est un obstacle à l’annonce de l’Evangile! L’unité pour laquelle nous prions demande que nous renforcions notre foi en Dieu, qui nous a parlé et s’est fait l’un de nous en Jésus. En vivant plus profondément avec le Christ, nous pourrons témoigner de lui autour de nous et faire grandir la communion dans la vérité et dans la charité !

Je vous invite à être des semeurs d’unité là où vous êtes, dans vos familles et dans vos communautés, pour que l’amour du Christ puisse porter à tous la paix et la joie. Je vous bénis de grand cœur !

© Libreria Editrice Vaticana

LA FOI DE MARIE

La première béatitude, rapportée dans l’Évangile et proclamée par Élisabeth, est celle de la foi :

«Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur !» (Luc 1,45).

«Oui, dit saint Augustin, Marie, en donnant son adhésion à la parole de l’Ange, a ouvert par sa foi le paradis aux hommes.»

Elle a vu son Fils dans l’étable de Bethléem,
et elle crut qu’il était le Créateur du monde.

Elle l’a vu fuir devant Hérode,
et elle crut qu’il était le Roi des rois.

Elle le vit naître,
et elle crut qu’il était éternel.

Elle le vit pauvre, manquant du nécessaire,
et elle le crut souverain Maître de toutes choses.

Elle le vit couché sur la paille,
et elle crut qu’il était le Tout-Puissant.

Elle observa qu’il ne parlait pas,
et elle crut qu’il était la Sagesse infinie.

Elle l’entendit gémir,
et elle crut qu’il était la joie du paradis.

Elle le vit enfin mourir crucifié, rassasié d’opprobres,
et tandis qu’autour d’elle, la foi vacillait dans tous les cœurs,
elle persévéra dans la ferme croyance qu’il était Dieu.

«Près de la croix de Jésus, sa Mère se tenait debout» (Jean 19,25).

«Marie était debout, dit saint Antonin, élevée et soutenue par sa foi en la divinité du Christ, et attendant sans crainte sa prochaine résurrection.»

Ce fut alors, s’écrie Albert le Grand, que «la foi de Marie s’éleva au degré le plus sublime. Les disciples sombrèrent dans le doute, seule la sainte Vierge demeura ferme dans la foi».

Par sa foi Marie mérite d’être la lumière, «le flambeau des chrétiens» (saint Méthode).

Mais comment imiter le parfait modèle de notre foi, la bienheureuse Vierge Marie ? La foi est un don de Dieu et une vertu à mettre en pratique. Elle doit nous servir de règle, et pour croire et pour agir.

C’est dans ce sens qu’écrit saint Jacques : «La foi sans les œuvres est morte» (2,26).

Et saint Augustin insiste : «Vous dites : Je crois, credo, eh bien ! Faites ce que vous dites, et alors vous avez la foi.» ■

Jean-Daniel Planchot

Baptême du Seigneur

Après la solennité de l’Épiphanie, nous célébrons la fête du Baptême du Seigneur, qui conclut le temps liturgique de Noël. Aujourd’hui, nous portons notre regard sur Jésus qui, à l’âge de trente ans environ, se fit baptiser par Jean dans le fleuve Jourdain. Il s’agissait d’un baptême de pénitence, qui utilisait le symbole de l’eau pour exprimer la purification du cœur et de la vie. Jean, appelé le « Baptiste », c’est-à-dire « celui qui baptise », prêchait ce baptême à Israël pour préparer la venue imminente du Messie; et il disait à tous qu’après lui serait venu un autre, plus grand que lui, qui aurait baptisé non pas avec l’eau, mais avec l’Esprit Saint (cf. Mc 1, 7-8).

Et voici que lorsque Jésus fut baptisé dans le Jourdain, l’Esprit Saint descendit,  se  posa sur Lui sous l’apparence physique d’une colombe, et Jean le Baptiste reconnut qu’Il était le Christ, l’ « Agneau de Dieu » venu ôter le péché du monde (cf. Jn 1, 29). C’est pourquoi le Baptême au Jourdain est lui aussi une « épiphanie », une manifestation de l’identité messianique du Seigneur et de son œuvre rédemptrice qui culminera dans un autre « baptême », celui de sa mort et de sa résurrection, pour laquelle le monde  entier  sera  purifié dans le feu de  la  divine  miséricorde (cf. Lc 12,  49-50).

Chers frères et sœurs, que la solennité d’aujourd’hui soit une occasion propice pour tous les chrétiens de redécouvrir avec joie la beauté de leur Baptême, qui, s’il est vécu avec foi, est une réalité toujours actuelle:  il nous renouvelle continuellement, à l’image de l’homme nouveau, dans la sainteté des pensées et des actions. En outre, le Baptême unit les chrétiens de toute confession. En tant que baptisés, nous sommes tous fils de Dieu en Jésus Christ, notre Maître et Seigneur.

Au jour où nous célébrons le Baptême du Seigneur, que chacun se souvienne de son Baptême, rendant grâce pour ce don de Dieu, faisant de nous ses fils et nous appelant à vivre dans cette nouvelle dignité. Que la Vierge Marie nous obtienne de comprendre toujours plus la valeur de notre Baptême et d’en témoigner à travers une conduite de vie digne. Avec mon affectueuse Bénédiction.

BENOÎT XVI - Fête du Baptême du Seigneur, lors de l’Angélus, 8 janvier 2006, place Saint-Pierre, à Rome.

© Copyright 2006 – Libreria Editrice Vaticana

Les trois naissances

« On fête à Noël une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver un bonheur si grand qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse.

La première et la plus sublime naissance est celle du Fils, unique engendré par le Père céleste dans l’essence di­vine, dans la distinction des personnes.

La se­conde naissance est celle qui s’accomplit par une mère qui, dans sa fécondité, garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté.

La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme.

Telles sont les trois naissances qu’on célèbre par trois messes.

La première messe, dans l’obscurité de la nuit, commence ainsi : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » Cette messe figure la naissance cachée qui s’opéra dans le secret inconnu de la divinité.

La seconde messe débute ainsi : « La lumière brillera sur nous, aujourd’hui » ; elle nous rappelle le rayonnement de la nature humaine divinisée, et c’est pourquoi cette messe est célébrée partie pendant la nuit, partie pendant le jour, symbole d’une naissance en partie connaissable, en par­tie inconnaissable.

La troisième messe, en plein jour, a pour introït : « Un enfant nous est né et un Fils nous a été donné. » Elle nous fait penser à l’aimable naissance qui, à chaque instant, se réalise en chaque âme sainte, si elle veut bien y donner une amoureuse attention ; car pour sentir en nous cette naissance et en prendre conscience, il faut une concentration de toutes nos facultés. Alors, dans cette naissance, Dieu devient tellement nôtre, il se donne à nous en telle propriété, que personne n’a jamais rien eu en si intime possession. »

© Copyright : CERF, 2011 , « SERMONS DE JEAN TAULER », du sermon 1
Dominicain de Strasbourg, XIVe siècle

En écho, La triple nuit de la naissance de Pius PARSCH
Prêtre autrichien (1884-1954)