Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

Le cœur ouvert avec étonnement aux surprises de Dieu

Le cœur ouvert avec étonnement aux surprises de Dieu

Avant la prière de l’Angélus de ce dimanche 4 juillet, le Pape François a médité sur l’incompréhension des contemporains de Jésus, qui n’avaient pas compris qu’il était le Fils de Dieu. Il a averti sur le risque que nous courons, nous aussi, de laisser passer Dieu sans le reconnaître.

PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint Pierre
Dimanche 4 juillet 2021

_________________________

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile que nous lisons dans la liturgie de ce dimanche (Mc 6, 1-6) nous parle de l’incrédulité des villageois de Jésus. Après avoir prêché dans d’autres villages de Galilée, il retourne à Nazareth, où il a grandi avec Marie et Joseph ; et, un samedi, il commence à enseigner dans la synagogue.

Beaucoup, en l’écoutant, se demandent : « D’où vient toute cette sagesse ? Mais n’est-il pas le fils du charpentier et de Marie, c’est-à-dire de nos voisins que nous connaissons bien ? » (cf. vv. 1-3). Face à cette réaction, Jésus affirme une vérité qui fait aussi partie de la sagesse populaire : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, parmi ses proches et dans sa maison » (v. 4). Nous le disons plusieurs fois.

Arrêtons-nous sur l’attitude des villageois de Jésus, on pourrait dire qu’ils connaissent Jésus, mais ils ne le reconnaissent pas. Il y a une différence entre savoir et reconnaître. En fait, cette différence nous fait comprendre que l’on peut connaître diverses choses sur une personne, se faire une idée, se fier à ce que disent les autres, peut-être parfois les rencontrer dans le quartier, mais tout cela ne suffit pas.

C’est une connaissance ordinaire et superficielle qui ne reconnaît pas l’unicité de cette personne. C’est un risque que l’on court tous : on pense en savoir beaucoup sur une personne, et le pire c’est de l’étiqueter et de l’enfermer dans nos préjugés.

De même, les villageois de Jésus le connaissent depuis trente ans et pensent tout savoir ! « Mais n’est-ce pas le garçon que nous avons vu grandir, le fils du charpentier et celui de Marie ? Mais d’où vient cela ? ». Méfiance. En réalité, ils n’ont jamais réalisé qui est vraiment Jésus, ils s’arrêtent à l’extérieur et rejettent la nouveauté de Jésus.

Et là, on entre en plein dans le vif du problème : quand on fait prévaloir la commodité de l’habitude et la dictature des préjugés, il est difficile de s’ouvrir à la nouveauté et de s’étonner. Nous vérifions, avec l’habitude, avec les préjugés. Il en résulte que souvent de la vie, des expériences et même des personnes nous ne cherchons que la confirmation de nos idées et de nos schémas, afin de ne jamais avoir à faire l’effort de changer.

Et cela peut arriver aussi avec Dieu, précisément à nous les croyants, à nous qui pensons connaître Jésus, que nous en savons déjà tant sur lui et qu’il nous suffit de répéter les choses de toujours. Et cela ne suffit pas, avec Dieu, mais sans ouverture à la nouveauté et surtout – écoutez bien – ouverture aux surprises de Dieu, sans étonnement, la foi devient une litanie fatiguée qui s’éteint lentement et devient une habitude, une habitude sociale.

J’ai dit un mot : émerveillement. Qu’est-ce que c’est, étonnement ? L’émerveillement, c’est précisément lorsque se produit la rencontre avec Dieu : « J’ai rencontré le Seigneur ». Nous lisons l’Évangile : maintes fois, les personnes qui rencontrent Jésus et le reconnaissent ressentent l’étonnement. Et nous, avec la rencontre avec Dieu, devons emprunter ce chemin : ressentir l’étonnement. C’est comme le certificat de garantie que cette rencontre est vraie, ce n’est pas routinier.

En fin de compte, pourquoi les villageois de Jésus ne le reconnaissent-ils pas et ne croient-ils pas en lui ? Pourquoi? Quelle est la raison? On peut dire, en un mot, qu’ils n’acceptent pas le scandale de l’Incarnation. Ils ne connaissent pas ce mystère de l’Incarnation, mais ils n’acceptent pas le mystère.

Ils ne savent pas, mais la raison l’ignore et ils sentent qu’il est scandaleux que l’immensité de Dieu se révèle dans la petitesse de notre chair, que le Fils de Dieu soit le fils du charpentier, que la divinité soit cachée dans l’humanité, que Dieu tu vis dans le visage, dans les mots, dans les gestes d’un homme simple.

Voici le scandale : l’incarnation de Dieu, sa manière concrète, sa « vie quotidienne ». Et Dieu s’est concrétisé dans un homme, Jésus de Nazareth, il est devenu un compagnon de route, il s’est fait l’un des nôtres. « Tu es l’un des nôtres » : le dire à Jésus est une belle prière !

Et parce qu’il est l’un de nous, il nous comprend, nous accompagne, nous pardonne, nous aime tellement. En réalité, un dieu abstrait, distant qui ne se mêle pas des situations et qui accepte une foi loin de la vie, des problèmes, de la société est plus à l’aise. Ou on aime croire en un dieu des « effets spéciaux », qui ne fait que des choses exceptionnelles et donne toujours de grandes émotions.

Au lieu de cela, chers frères et sœurs, Dieu s’est incarné : Dieu est humble, Dieu est tendre, Dieu est caché, il se rapproche de nous en habitant la normalité de notre vie quotidienne. Et puis, ça nous arrive comme aux autres villageois de Jésus, on risque que, quand ça passe, on ne le reconnaisse pas.

Je reprends cette belle phrase de saint Augustin : « J’ai peur de Dieu, du Seigneur, quand ça passe ». Mais, Augustin, pourquoi as-tu peur ? « J’ai peur de ne pas le reconnaître. J’ai peur du Seigneur quand il passe. » Nous ne le reconnaissons pas, nous sommes scandalisés par lui, nous réfléchissons à la façon dont notre cœur est par rapport à cette réalité.

Maintenant, dans la prière, nous demandons à Notre-Dame, qui a accueilli le mystère de Dieu dans la vie quotidienne de Nazareth, d’avoir les yeux et le cœur libres de préjugés et d’avoir les yeux ouverts à l’émerveillement : « Seigneur, puisses-tu te rencontrer ! » Et quand nous rencontrons le Seigneur, il y a cet émerveillement. Nous le rencontrons dans la normalité : les yeux ouverts sur les surprises de Dieu, sur sa présence humble et cachée au quotidien.

Après l’Angélus

Chers frères et sœurs,

De la nation bien-aimée d’Eswatini, en Afrique australe, des nouvelles de tensions et de violences arrivent. J’invite ceux qui en ont la responsabilité et ceux qui manifestent leurs aspirations pour l’avenir du pays à un effort commun pour le dialogue, la réconciliation et le règlement pacifique des différentes positions.

Et je suis heureux de vous annoncer que du 12 au 15 septembre prochain, si Dieu le veut, j’irai en Slovaquie pour faire une visite pastorale. L’après-midi [du 12]. Les Slovaques en sont heureux ! [sur la place il y a de nombreux pèlerins slovaques].

Avant [le matin du même dimanche 12 septembre], je concélébrerai la messe de clôture du Congrès eucharistique international à Budapest. Je remercie sincèrement tous ceux qui préparent ce voyage et je prie pour eux. Nous prions tous pour ce voyage et pour les personnes qui travaillent à son organisation.

Et je vous salue chaleureusement tous, Romains, pèlerins d’Italie, de divers pays, en particulier les Slovaques ! En particulier, je salue les groupes de fidèles de Cosenza, Crotone, Morano Calabro et Ostuni. Je souhaite à tous un bon dimanche. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci! Bonjour; salut!


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Si nous suivons Dieu, rien dans la vie n’est accidentel

Si nous suivons Dieu, rien dans la vie n’est accidentel

Lors de l’audience générale, dans la deuxième catéchèse consacrée à la Lettre aux Galates, le Pape François retrace l’histoire de saint Paul, insistant sur sa conversion, et rappelle que le Seigneur «tisse notre histoire». Si nous accueillons « son dessein de salut, sa grâce change nos cœurs, change nos vie et nous fait voir de nouvelles voies.

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Cour Saint-Damase
Mercredi 23 juin 2021

Résumé de la catéchèse :

Frères et sœurs, notre nouveau cycle de catéchèses porte sur la lettre de saint Paul aux Galates. L’Apôtre y rapporte plusieurs événements de sa vie, tels que sa conversion et sa décision de se mettre au service du Christ, mais il y développe aussi des thèmes importants pour la foi et la vie des chrétiens.

Paul se rend compte qu’un grand danger menace les églises qu’il a fondées en Galatie : certains chrétiens venus du judaïsme sèment des théories contraires à son enseignement et dénigrent sa personne en soutenant qu’il n’est pas un véritable Apôtre. Ils affirment surtout que les païens convertis doivent se soumettre à la Loi de Moïse, renonçant à leur identité culturelle pour se soumettre aux usages des juifs.

Les Galates ne savent que faire : découvrir le Christ avait été pour eux le début d’une vie nouvelle, et les avait libérés. Devant ces critiques ils se sentent perdus et incertains sur la manière de se comporter.

Notre époque ne manque pas non plus de prédicateurs qui se présentent, non pour annoncer l’Évangile, mais promouvoir les formes de christianismes auxquelles ils sont liés, et la meilleure manière, selon eux, d’être chrétiens. Suivre l’enseignement de l’Apôtre nous aidera à comprendre quelle route il faut suivre.

Catéchèse sur la Lettre aux Galates – 1. Introduction à la Lettre

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après le long itinéraire consacré à la prière, nous commençons aujourd’hui un nouveau cycle de catéchèses. J’espère qu’avec cet itinéraire de la prière nous avons réussi à prier un peu mieux, à prier un peu plus. Aujourd’hui, je désire réfléchir sur certains thèmes que l’apôtre Paul propose dans sa Lettre aux Galates.

C’est une lettre très importante, je dirais même décisive, non seulement pour mieux connaître l’apôtre, mais surtout pour considérer certains arguments qu’il affronte en profondeur, en montrant la beauté de l’Évangile. Dans cette lettre, Paul rapporte de nombreuses informations biographiques, qui nous permettent de connaître sa conversion et la décision de mettre sa vie au service de Jésus Christ.

En outre, il affronte plusieurs thématiques très importantes pour la foi, comme celles de la liberté, de la grâce et de la manière de vivre chrétienne, qui sont extrêmement actuelles parce qu’elles touchent de nombreux aspects de la vie de l’Église de nos jours. Il s’agit d’une lettre très actuelle. Elle semble écrite pour notre époque.

La première caractéristique qui ressort de cette Lettre est la grande œuvre d’évangélisation mise en œuvre par l’apôtre, qui au moins à deux reprises avait visité les communautés de la Galatie au cours de ses voyages missionnaires. Paul s’adresse aux chrétiens de ce territoire.

Nous ne savons pas précisément à quelle zone géographique il se réfère, et nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude la date à laquelle il écrivit cette lettre. Nous savons que les Galates étaient une antique population celte qui, à travers de nombreuses péripéties, s’était établie dans cette région étendue de l’Anatolie, dont le chef-lieu était la ville d’Ancyra, aujourd’hui Ankara, la capitale de la Turquie.

Paul rapporte seulement que, à cause d’une maladie, il fut obligé de s’arrêter dans cette région (cf. Ga 4,13). Saint Luc, dans les Actes des apôtres, trouve en revanche une motivation plus spirituelle. Il dit qu’ils «parcoururent la Phrygie et le territoire galate, le Saint-Esprit les ayant empêchés d’annoncer la parole en Asie» (16, 6).

Les deux faits ne sont pas en contradiction: ils indiquent plutôt que la voie de l’évangélisation ne dépend pas toujours de notre volonté et de nos projets, mais demande la disponibilité à se laisser façonner et à suivre d’autres parcours  qui n’étaient pas prévus.

Parmi vous, il y a une famille qui m’a salué: ils disent qu’ils doivent apprendre le letton, et je ne sais plus quelle autre langue, parce qu’ils doivent partir comme missionnaires dans ces terres. L’Esprit Saint apporte aujourd’hui aussi de nombreux missionnaires qui quittent leur patrie et s’en vont dans une autre terre en mission.

Mais ce que nous constatons est que dans son œuvre évangélisatrice inlassable, l’apôtre avait réussi à fonder diverses petites communautés, éparses dans la région de la Galatie. Paul, quand il arrivait dans une ville, dans une région, ne construisait pas immédiatement une grande cathédrale, non.

Il créait de petites communautés qui sont le levain de notre culture chrétienne d’aujourd’hui. Il commençait en créant de petites communautés. Et ces petites communautés grandissaient et allaient de l’avant.

Aujourd’hui aussi, on utilise cette méthode pastorale dans chaque région de mission. J’ai reçu une lettre, la semaine dernière, d’un missionnaire de Papouasie – Nouvelle-Guinée; il me dit qu’il prêche l’Évangile dans la jungle, à des personnes qui ne savent même pas qui était Jésus Christ. C’est beau! On commence à créer de petites communautés. Aujourd’hui aussi, cette méthode est la méthode évangélisatrice de la première évangélisation.

Ce que nous tenons à noter est la préoccupation pastorale de Paul qui est plein d’ardeur. Après avoir fondé ces Eglises, il s’aperçoit d’un grand danger – le pasteur est comme un père ou une mère qui s’aperçoit immédiatement des dangers pour leurs enfants – qu’elles courent pour leur croissance dans la foi. Elles grandissent et les dangers arrivent.

Comme disait quelqu’un: «Les vautours viennent faire un massacre dans la communauté».  Certains chrétiens venus du judaïsme s’étaient en effet infiltrés, commençant avec astuce à semer des théories contraires à l’enseignement de l’apôtre, arrivant même à dénigrer sa personne. Ils commencent par la doctrine: «Cela non, cela oui», et ensuite ils dénigrent l’apôtre.

C’est la voie de toujours: ôter l’autorité à l’apôtre. Comme on le voit, c’est une pratique antique que de se présenter dans certaines occasions comme les uniques détenteurs de la vérité – les purs – et de chercher à déprécier, également par la calomnie, le travail accompli par les autres. Ces adversaires de Paul soutenaient que les païens devaient eux aussi être soumis à la circoncision et vivre selon les règles de la loi mosaïque.

Ils reviennent en arrière, aux prescriptions d’avant, les choses qui ont été dépassées par l’Évangile.  Les Galates auraient donc dû renoncer à leur identité culturelle pour s’assujettir à des normes, à des prescriptions et des usages propres aux juifs. Pas seulement. Ces adversaires soutenaient que Paul n’était pas un vrai apôtre et n’avait donc aucune autorité pour prêcher l’Évangile.

Et très souvent nous voyons cela. Pensons à certaines communautés chrétiennes ou à certains diocèses: on commence avec des histoires et ensuite on finit par discréditer le curé, l’évêque. Telle est précisément la voie du malin, de ces gens qui divisent, qui ne savent pas construire. Et dans cette Lettre aux Galates, nous voyons cette manière de faire.

Les Galates se trouvaient dans une situation de crise. Que devaient-ils faire? Ecouter et suivre ce que Paul leur avait prêché, ou bien écouter les nouveaux prédicateurs qui l’accusaient? Il est facile d’imaginer l’état d’incertitude qui animait leur cœur. Pour eux, avoir connu Jésus et cru à l’œuvre de salut réalisée avec sa mort et sa résurrection, était vraiment le début d’une vie nouvelle, d’une vie de liberté.

Ils avaient entrepris un parcours qui leur permettait d’être finalement libres, alors que leur histoire était tissée de nombreuses formes d’esclavage violent, notamment celui qui les soumettait à l’empereur de Rome.

C’est pourquoi, devant les critiques des nouveaux prédicateurs, ils se sentaient perdus et ils se sentaient incertains sur la manière de se comporter: «Mais qui a raison ? Ce Paul ou ces gens qui viennent maintenant en enseignant d’autres choses? Qui dois-je écouter? En somme, l’enjeu était vraiment important!

Cette condition n’est pas loin de l’expérience que divers chrétiens vivent à notre époque. En effet, aujourd’hui aussi ne manquent pas des prédicateurs qui, en particulier à travers les nouveaux moyens de communication, peuvent troubler les communautés.

Ils ne se présentent pas tout d’abord pour annoncer l’Évangile de Dieu qui aime l’homme dans Jésus crucifié et ressuscité, mais pour affirmer avec insistance, en vrais “gardiens de la vérité ” – c’est ainsi qu’ils s’appellent –, quelle est la meilleure façon d’être chrétiens.

Et ils affirment avec force que le vrai christianisme est celui auquel ils sont attachés, souvent identifié avec certaines formes du passé, et que la solution aux crises actuelles est de revenir en arrière pour ne pas perdre l’authenticité de la foi. Aujourd’hui aussi, comme alors, il existe donc la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées. Mais comment pouvons-nous reconnaître ces personnes?

Par exemple, l’une des caractéristiques de leur manière de procéder est la rigidité. Devant la prédication de l’Évangile qui nous rend libres, qui nous rend joyeux, ils sont rigides. Toujours la rigidité: on doit faire cela, on doit faire ceci… La rigidité est propre à ces personnes.  Suivre l’enseignement de saint Paul dans la Lettre aux Galates nous fera du bien pour comprendre quelle route suivre.

Celle indiquée par l’apôtre est la voie libératrice et toujours nouvelle de Jésus Crucifié et Ressuscité; c’est la voie de l’annonce, qui se réalise à travers l’humilité et la fraternité, les nouveaux prédicateurs ne savent pas ce qu’est l’humilité, ce qu’est la fraternité; c’est la voie de la confiance douce et obéissante, les nouveaux prédicateurs ne connaissent pas la douceur ni l’obéissance.

Et cette voie douce et obéissante va de l’avant dans la certitude que l’Esprit Saint œuvre à chaque époque de l’Église. En dernière instance, la foi dans l’Esprit Saint présent dans l’Église, nous fait aller de l’avant et nous sauvera.


Je salue cordialement les personnes de langue française. La voie de la liberté que nous indique saint Paul est celle, toujours nouvelle, de Jésus mort et ressuscité, la voie de la confiance, paisible et obéissante, en la certitude que l’Esprit Saint agit à toutes les époques dans son Église.

Que Dieu vous bénisse !


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

PREMIÈRES VÊPRES DE LA SOLENNITÉ DES SAINTS PIERRE ET PAUL

CÉLÉBRATION DES PREMIÈRES VÊPRES
DE LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL

Saints Pierre et Paul - Église de Monclar dAgenais 47
Saints Pierre et Paul – Église de Monclar dAgenais 47

Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis auprès de la tombe de saint Paul, qui naquit il y a deux mille ans à Tarse de Cilicie, dans l’actuelle Turquie. Qui était ce Paul? Dans le temple de Jérusalem, devant la foule agitée qui voulait le tuer, il se présente lui-même avec ces mots: « Je suis juif: né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville [Jérusalem], j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse… » (Ac 22, 3).

A la fin de son chemin, il dira de lui-même: « J’ai reçu la charge… [d’enseigner] aux nations païennes la foi et la vérité » (1 Tm 2, 7; cf. 2 Tm 1, 11). Maître des nations, apôtre et annonciateur de Jésus Christ, c’est ainsi qu’il se décrit lui-même en regardant rétrospectivement le parcours de sa vie.

Mais avec cela, son regard ne va pas seulement vers le passé. « Maître des nations » – cette parole s’ouvre à l’avenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Paul n’est pas pour nous une figure du passé, que nous rappelons avec vénération. Il est également notre maître, pour nous aussi apôtre et annonciateur de Jésus Christ.

Nous sommes donc réunis non pour réfléchir sur une histoire passée, irrévocablement révolue. Paul veut parler avec nous – aujourd’hui. Pour écouter et pour apprendre à présent de lui, qui est notre maître, « la foi et la vérité », dans lesquelles sont enracinées les raisons de l’unité parmi les disciples du Christ…

Nous sommes donc ici rassemblés pour nous interroger sur le grand Apôtre des Nations. Nous nous demandons non seulement: qui était Paul? Nous nous demandons surtout: Qui est Paul? Que me dit-il? En cette heure,…  je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, dans lesquels apparaît sa physionomie intérieure, la spécificité de son caractère.

Dans la Lettre aux Galates, il nous a offert une profession de foi très personnelle, dans laquelle il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle quelle est l’impulsion la plus profonde de sa vie. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Tout ce que Paul accomplit part de ce centre.

Sa foi est l’expérience d’être aimé par Jésus Christ de manière tout à fait personnelle; elle est la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pour quelque chose d’anonyme, mais par amour pour lui – de Paul – et que, en tant que Ressuscité, il l’aime toujours, c’est-à-dire que le Christ s’est donné pour lui.

Sa foi est le fait d’être frappé par l’amour de Jésus Christ, un amour qui le bouleverse jusqu’au plus profond de lui-même et qui le transforme. Sa foi n’est pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Sa foi est l’impact de l’amour de Dieu sur son cœur. Et ainsi, cette foi est l’amour pour Jésus Christ.

Paul est présenté par de nombreuses personnes comme un homme combatif qui sait manier l’épée de la parole. De fait, sur son parcours d’apôtre les disputes n’ont pas manqué. Il n’a pas recherché une harmonie superficielle. Dans la première de ses Lettres, celle qui s’adresse aux Thessaloniciens, il dit: « Nous avons cependant trouvé l’assurance qu’il fallait pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l’Évangile de Dieu…

Jamais, vous le savez, nous n’avons eu un mot de flatterie » (1 Th 2, 2.5). Il considérait que la vérité était trop grande pour être disposé à la sacrifier en vue d’un succès extérieur. La vérité dont il avait fait l’expérience dans la rencontre avec le Ressuscité méritait pour lui la lutte, la persécution, la souffrance. Mais ce qui le motivait au plus profond, était d’être aimé par Jésus Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres.

Paul était un homme capable d’aimer, et toute son œuvre et sa souffrance ne s’expliquent qu’à partir de ce centre. Les concepts de base de son annonce se comprennent uniquement à partir de celui-ci. Prenons seulement l’une de ses paroles-clés: la liberté. L’expérience d’être aimé jusqu’au bout par le Christ lui avait ouvert les yeux sur la vérité et sur la voie de l’existence humaine – cette expérience embrassait tout.

Paul était libre comme un homme aimé par Dieu qui, en vertu de Dieu, était en mesure d’aimer avec Lui. Cet amour est à présent la « loi » de sa vie et il en est précisément ainsi de la liberté de sa vie. Il parle et agit, mû par la responsabilité de la liberté de l’amour. Liberté et responsabilité sont liées ici de manière inséparable.

Se trouvant dans la responsabilité de l’amour, il est libre; étant quelqu’un qui aime, il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte pour l’arbitraire et l’égoïsme. C’est dans le même esprit qu’Augustin a formulé la phrase devenue ensuite célèbre: Dilige et quod vis fac (Tract. in 1Jo 7, 7-8) – aime et fais ce que tu veux.

Celui qui aime le Christ comme Paul l’a aimé peut vraiment faire ce qu’il veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu; car sa volonté est ancrée à la vérité et parce que sa volonté n’est plus simplement sa volonté, arbitre du moi autonome, mais qu’elle est intégrée dans la liberté de Dieu et apprend de celle-ci le chemin à parcourir.

Dans la recherche du caractère intérieur de saint Paul je voudrais, en deuxième lieu, rappeler la parole que le Christ ressuscité lui adressa sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande d’abord: « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? ». A la question: « Qui es-tu, Seigneur? », est donnée la réponse: « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9, 4).

En persécutant l’Église, Paul persécute Jésus lui-même: « Tu me persécutes ». Jésus s’identifie avec l’Église en un seul sujet. Dans cette exclamation du Ressuscité, qui transforma la vie de Saul, est au fond désormais contenue toute la doctrine sur l’Église comme Corps du Christ. Le Christ ne s’est pas retiré au ciel, en laissant sur la terre une foule de fidèles qui soutiennent « sa cause ».

L’Église n’est pas une association qui veut promouvoir une certaine cause. Dans celle-ci, il ne s’agit pas d’une cause. Dans celle-ci il s’agit de la personne de Jésus Christ, qui également en tant que Ressuscité est resté « chair ». Il a la « chair et les os » (Lc 24, 39), c’est ce qu’affirme le Ressuscité dans Luc, devant les disciples qui l’avaient pris pour un fantôme. Il a un corps.

Il est personnellement présent dans son Église, « Tête et Corps » forment un unique sujet dira saint Augustin. « Ne le savez-vous pas? Vos corps sont les membres du Christ », écrit Paul aux Corinthiens (1 Co 6, 15). Et il ajoute: de même que, selon le Livre de la Genèse, l’homme et la femme deviennent une seule chair, ainsi le Christ devient un seul esprit avec les siens, c’est-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Co 6, 16sq).

Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, dans lequel l’Église donne sans cesse son Corps et fait de nous son Corps: « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16sq).

En ce moment, ce n’est pas seulement Paul, mais le Seigneur lui-même qui s’adresse à nous: Comment avez-vous pu laisser déchirer mon Corps? Devant le visage du Christ, cette parole devient dans le même temps une question urgente:

Réunis-nous tous hors de toute division. Fais qu’aujourd’hui cela devienne à nouveau la réalité: Il y a un unique pain, et donc, bien qu’étant nombreux, nous sommes un unique corps. Pour Paul, la parole sur l’Église comme Corps du Christ n’est pas une comparaison quelconque.

Elle va bien au-delà d’une comparaison: « Pourquoi me persécutes-tu? » Le Christ nous attire sans cesse dans son Corps à partir du centre eucharistique, qui pour Paul est le centre de l’existence chrétienne, en vertu duquel tous, ainsi que chaque individu, peuvent faire de manière personnelle l’expérience suivante: Il m’a aimé et s’est donné lui-même pour moi.

Je voudrais conclure par l’une des dernières paroles de saint Paul, une exhortation à Timothée de la prison, face à la mort: « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile », dit l’apôtre à son disciple (2 Tm 1, 8). Cette parole, qui se trouve à la fin des chemins parcourus par l’apôtre, comme un testament renvoie en arrière, au début de sa mission.

Alors qu’après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul, aveugle, se trouvait dans sa maison de Damas, Ananie reçut le mandat d’aller chez le persécuteur craint et de lui imposer les mains, pour qu’il retrouve la vue. A Ananie, qui objectait que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, il fut répondu: Cet homme doit faire parvenir mon nom auprès des peuples et des rois.

« Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom » (Ac 9, 15sq). La charge de l’annonce et l’appel à la souffrance pour le Christ vont de pair inséparablement. L’appel à devenir le maître des nations est dans le même temps et intrinsèquement un appel à la souffrance dans la communion avec le Christ, qui nous a rachetés à travers sa Passion.

Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paye par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, la garder loin de lui, garde loin de lui la vie elle-même et sa grandeur; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il n’y a pas d’amour sans souffrance – sans la souffrance du renoncement à soi-même, de la transformation et de la purification du moi pour la véritable liberté.

Là où il n’y a rien qui vaille la peine de souffrir, la vie elle-même perd sa valeur. L’Eucharistie – le centre de notre être chrétiens – se fonde sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de l’amour, qui a atteint son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne.

Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que précisément ainsi notre vie devient grande, mûre et véritable. A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons que sur son chemin de maître des nations s’est accomplie la prophétie faite à Ananie à l’heure de l’appel: « Et moi je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom ».

Sa souffrance le rend crédible comme maître de vérité, qui ne cherche pas son propre profit, sa propre gloire, la satisfaction personnelle, mais qui s’engage pour Celui qui nous a aimés et qui s’est donné lui-même pour nous tous.

En cette heure, nous rendons grâce au Seigneur, car il a appelé Paul, le rendant lumière des nations et notre maître à tous, et nous le prions: Donne-nous aujourd’hui aussi des témoins de la résurrection, touchés par ton amour et capables d’apporter la lumière de l’Évangile dans notre temps. Saint Paul, prie pour nous! Amen.

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs Samedi 28 juin 2008

© Copyright – Libreria Editrice Vaticana

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse